Bonjour, je viens à vous pour savoir si vous pourriez m'aider à résoudre une énigme. Voici la situation, une personne dit à d'autres :
Allez lire ceci, inculquez vous !
Pour moi, c'est une erreur. On peut noter l'oubli du trait d'union, mais ça n'est pas le principal. Pour pouvoir dire cela, il faudrait qu'il existe une forme pronominale du verbe inculquer.
Inculquez vous … oui, s'ils peuvent s'inculquer.
Sauf que ça n'existe pas. Ai-je raison ? oui, non, pourquoi ?
J'ai trouvé plusieurs listes de verbes pronominaux (essentiellement, occasionnels..) et inculquer n'en faisait jamais partie.
J'ai un petit doute car on peut trouver cette page-ci :
https://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/search?verb=s%27inculquer
Pour moi c'est juste une belle erreur et un programme automatisé qui conjuguerai à peu près tout et n'importe quoi, même des verbes inexistants.
En revanche cette page me trouble un peu plus :
https://fr.wiktionary.org/wiki/inculquer
avec l'exemple :
Les proverbes s’inculquent facilement dans la mémoire.
Cette phrase m'a l'air correcte. Cependant c'est une forme réfléchie puisqu'ici le s' représente les proverbes.
Merci à qui pourra m'éclairer !
C'est rare, mais la forme pronominale existe avec un sujet animé :
"Les méchants s'inculquent leurs mauvais principes" (Boiste) dans un Bescherelle de 1842.
Le verbe "inculquer" peut être un pronominal occasionnel, mais il faut alors un COD : "Je m'inculque le goût de la littérature" = "J'inculque à moi-même le goût de la littérature". On ne peut pas dire "Je m'inculque" sans plus !
Mais dans "Inculquez-vous", il n'existe aucun COD pour le pronominal occasionnel "s'inculquer", à l'impératif ici. On ne peut pas dire en effet "Inculquez vous-même". Il faudrait par exemple dire : "Inculquez-vous le goût de la littérature" = "Inculquez à vous-même le goût de la littérature". Dans ces conditions, la formulation "Inculquez-vous" est incorrecte.
Par contre, "Instruisez-vous" serait correct, le pronom "vous" étant un COD : "Instruisez vous-même." Et "Levez-vous" serait aussi correct, bien qu'il n'y ait pas de COD avec le verbe "lever" dans ce sens. Ce ne peut être alors qu'un verbe pronominal dit essentiel : "Vous vous levez." Le second "vous" ne désigne en effet rien de précis, car l'on ne peut pas dire "Vous levez vous-même" (COD) ni "Vous levez à vous-même" (COI). 😉
Merci beaucoup ! J'imagine que le besoin du COD vient du fait qu'inculquer est transitif.
Bien deviné ! Il est plus précisément transitif direct (COD).
Cela ne l'empêche pas d'être aussi transitif indirect (COI). Mais le COI peut être alors sous-entendu, contrairement au COD : "J'inculque le goût de la littérature [à untel]." 🙂
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me répondre !
Cela me permet aussi de mettre mes connaissances en ordre !
Je me permets sinon de vous signaler ma petite étude sur le participe passé : cliquez sur "www" sous mon image.
À bientôt sur le forum ! 🙂
Le COD n'est pas toujours obligatoire : je mange un fruit, je mange.
En effet, il est sous-entendu dans "Je mange [de la nourriture]". Mais dans cet exemple, il ne s'agit pas d'un verbe pronominal. 😉
Aucun rapport avec le fait que le verbe soit utilisé pronominalement ou pas. Mais si vous y tenez : Je me lave vs je me lave la tête m.
Dans "Je me lave" (pronominal), le COD est bien le pronom "me" : "Je lave moi-même."
Dans "Je me lave la tête" (pronominal), le COD est fragmenté en "me" et "la tête" : "Je lave la tête de moi-même."
Dans ces deux phrases pronominales, le COD est en tout cas bien visible et n'est pas sous-entendu. 😉
Je lui lave la tête: lui est COI, pas un morceau (? !) de COD…
Vous conclurez.
Dans cette phrase, "lui" est en effet COI, "la tête" est COD.
Mais vous me disiez (message 10) que le COD pouvait être sous-entendu dans les phrases pronominales. La question ne se pose pas dans votre exemple, car il ne s'agit pas d'une phrase pronominale. 😉
Êtes-vous sûrs que "lui" est COI ?
Oui… À quelle autre fonction penserais-tu ?
Le pronom "lui" est à priori un COI, car "Je lui lave la tête" peut commuter par exemple en "Je lave la tête à Jacques [ou à Marie]" ou encore en "Je lave la tête à lui-même [ou à elle-même]". Cette dernière phrase n'est pas grammaticalement incorrecte, bien que passablement lourdingue !
On pourrait aussi dire "Je lave la tête de Jacques [ou de Marie]" ou "Je lave la tête de lui-même [ou d'elle-même]". Le pronom "lui" deviendrait alors un fragment de COD dans "Je lui lave la tête", mais cet emploi de "lui" serait pour le moins inhabituel !
Dans "Je me lave la tête", le pronom "me" pourrait être un fragment de COD (je lave la tête de moi-même) mais aussi un COI (je lave la tête à moi-même). Cela dit, le COD est plus courant que le COI et vient aussitôt à l'esprit. 😉
Spalding a écrit :"Je lave la tête à Jacques [ou à Marie]"
Dans ce cas, j'aurais dit qu'il s'agissait d'un COS et non d'un COI.
"Je lave la tête de Jacques [ou de Marie]"
Ici, j'aurais dit complément de nom plutôt que fragment de COD (cette dernière notion existe-t-elle vraiment ?)
Dans ce cas, j'aurais dit qu'il s'agissait d'un COS et non d'un COI.
Certes… Mais rappelons que le COS n'est qu'un cas particulier de COI.
Ce n'est pas parce qu'il est COS qu'il cesse d'être un COI (notion plus large).
Un grand nombre de verbes se construisent avec un objet direct et un objet indirect appelé objet second.
(Riegel)
Personnellement, je trouve "Il lave la tête à Jacques" à la limite de la correction. Il me semble que "Il lave la tête de Jacques" est nettement plus correct. "Lui" serait donc complément du nom. Je ne sais pas si cette fonction est possible pour ce pronom.
Dans le cas de la forme réfléchie, Boutin analyse le pronom réfléchi comme un complément de nom. Je ne sais pas si cette analyse est "canonique".
https://www.bertrandboutin.ca/Folder_151_Grammaire/B_j_verbes_pronominaux.htmQuoi qu'écrive Boutin, il semble bien que lui ne soit pas ici complément de nom, mais toujours COI. Riegel l'analyse ici comme un datif. C'est ce qu'il appelle un "datif de la totalité impliquée", qui identifie le "tout" lorsqu'une de ses parties fonctionne comme COD. Un "tout" affecté par l'action portant sur l'une de ses parties.