Oxymore ou antithèse ?

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108 réponses · Page 5 / 6

Pour ma part, je suis d'accord avec Jean-Luc, et l'antithèse me paraît si évidente qu'elle n'a pas besoin d'être discutée.
Ce n'est évidemment pas parce que je ne vois pas de véritable antithèse dans ce vers de Phèdre que je ne n'apprécie pas la poésie de Racine ! 🙄

Cela dit, les classiques ont parfois abusé de ce procédé, ce dont s'est moqué Queneau : "Ce n'était ni la veille, ni le lendemain ; c'était le jour même !" 🙂

Fontanier déclare à propos de Racine : "Racine lui-même […] pourrait bien se trouver quelquefois répréhensible. Quoi de plus froid, par exemple, que ce vers du rôle d'Hippolyte dans la scène où il veut engager Aricie à le suivre ! Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?" :/

Gabiana, j'apprécie beaucoup votre argument, mais pourquoi manifester au jour une flamme si noire ? 😀
Bonjour j'ai mon examen jeudi et j'aimerais savoir quel est la différence entre une antithèse et un oxymore les exemple sont très vague et j'ai énormément de mal a les comprendre !
Pourriez vous m'aider svp ?
Merci
L'oxymore est une opposition de termes à l'intérieur d'un même groupe. (obscure clarté)
L'antithèse est une opposition entre groupes différents. (Je vis, je meurs; je me brûle et me noie.)
Bonjour,

Je comprends généralement la distinction entre l'antithèse et l'oxymore. Toutefois, j'ai de la difficulté avec certains cas, tels :
- un loup-garou sans pleine lune
- un rassembleur sans amis
- un manège sans la peur

Je serais portée à considérer ces exemples comme des oxymores bien que certains guides littéraires indiquent que l'oxymore est une juxtaposition de deux termes (souvent un adjectif et un nom). Toutefois, comme cette construction m'apparaît être un nom et son complément, je trouve qu'il est étrange de qualifier la figure d'antithèse. Qu'en pensez-vous ?
Bonjour,

Pour ma part il n'y a pas oxymore car il n'existe aucun véritable paradoxe, simplement une opposition au sujet de liens convenus.
Par exemple le manège peut-être associé à la peur mais on peut envisager aussi le plaisir. De même un rassembleur démagogue pourrait ne pas avoir de véritables amis.
Merci Jean-Luc. Si je comprends bien, l'oxymore doit être un paradoxe (ex. noir soleil), contrairement à l'antithèse (ex. La joie venait toujours après la peine), qui se contente de rapprocher deux concepts contrastés. Je perçois toutefois un certain paradoxe dans "loup-garou sans pleine lune" dans la mesure où la transformation du loup-garou se manifeste généralement à ce moment… Enfin, ces deux figures d'opposition sont assez proches… c'est la raison d'être de ce forum! Merci.
L'oxymore et l'antithèse sont des figures d'opposition. Le paradoxe se trouve dans les deux.

L'oxymore oppose deux termes à l'intérieur d'un même groupe : soleil noir, obscure clarté, jeune vieillard….
L'antithèse exprime l'opposition dans une phrase entière, parfois même dans plusieurs phrases
Exemples :
- À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. (Corneille)
- Oh! si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots. (Nelligan)
- C’est toujours le combat du jour et de la nuit. (Hugo)
- Je n’ai jamais vu un enfant sans penser qu’il deviendrait vieillard, ni un berceau sans songer à une tombe. (Flaubert)
J'ajoute que l'oxymore rapproche des termes de sens contraires ET de nature grammaticale différente.
L'exemple ultra-classique : "… cette obscure clarté qui tombe des étoiles", rapproche un adjectif et un nom commun.

L'antithèse, en tant que figure de style, est également un rapprochement de termes contraires ET de nature grammaticale identique.

ex: il était grand jusque dans les plus petites choses…
En fait, l'étude que j'ai faite récemment à l'occasion de la discussion Est-ce un oxymore ? m'a fait apparaître que les définitions de cette figure et de l'antithèse diffèrent assez fréquemment selon les auteurs.

Lamaneur avait bien perçu cela quant à l'oxymoron.

Cet article de Wikipédia s'efforce toutefois de faire le départ entre ces notions :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Antith%C3%A8se V. 2.2.
Bonsoir à tous,

Je suis d'accord avec Roméo31 pour reconnaître que la définition des figures de style varie. Cependant, je dirais plus volontiers qu'elle varie selon les théoriciens ou les universitaires, plus que selon les auteurs. Les auteurs s'occupent souvent très peu de ce genre de choses. En ce qui me concerne, il me semble surtout que cette discussion nous rappelle que l'identification des figures de style est souvent plus complexe que le laisse penser l'étiquetage auquel on se livre parfois dans le secondaire.

Le lien qui existe entre l'antithèse et l'oxymore est réel puisque ces deux figures sont des figures d'opposition. Ce lien est tel que Michèle Aquien, dans son Dictionnaire de poétique, voit dans l'oxymore "une forme d'antithèse qui unit en un syntagme deux termes en principe contradictoires". A l'article "antithèse", elle écrit aussi que "'l'antithèse se manifeste sous des formes très diverses (…) par le rapprochement en un même syntagme, dans le cas de l'oxymore". De son point de vue, l'antithèse engloberait donc l'oxymore à la façon d'un hyperonyme. Pourquoi pas.

Dans l'ouvrage qu'elle consacre aux figures de style dans la collection 128, Catherine Fromilhague propose une réflexion à laquelle j'adhère plus volontiers. Dans sa définition de l'oxymore, elle écrit : "par l'oxymore, on délivre essentiellement, de la façon la plus dense possible, une information contrastive, et on développe une vision double, "binoculaire", de la réalité. Voir presque ensemble deux faces opposées d'un même objet, c'est à la fois affirmer le caractère hétérogène d'une réalité où s'expriment des conflits - d'essence baroque -, et montrer qu'on peut les transcender ; l'oxymore révèle là sa différence avec l'antithèse, et on a pu opposer le caractère tragique de l'antithèse, et la dimension paradisiaque de l'oxymore qui harmonise les contraires. L'oxymore devient parfois le lieu où se dévoile l'unité contradictoire du monde, la fusion des opposés" (page 54). Ce distinguo me semble particulièrement pertinent, car il rappelle que l'oxymore tend à faire fusionner des contraires - ou du moins des contraires apparents - alors que l'antithèse construit (et souvent exhibe) l'opposition des contraires.

A ce distinguo d'ordre sémantique, on pourrait ajouter un distinguo d'ordre structural. Je n'ai pas avec moi les ouvrages de Georges Molinié, mais je crois pouvoir dire que G. Molinié verrait dans l'oxymore une figure microstructurale et dans l'antithèse une figure macrostructurale. Je me trompe peut-être et je n'ai malheureusement pas les moyens de vérifier.

En ce qui concerne le distinguo syntaxique (selon lequel l'oxymore rapprocherait des termes de nature grammaticale différente, contrairement à l'antithèse), je ne comprends pas sa pertinence et j'ignore son origine. Cela dit, j'en ai déjà entendu parler. Lorsque j'étais stagiaire, j'avais une tutrice qui avait cette vision des choses. Si quelque peut me dire d'où vient cette idée, je lui serai reconnaissant de me le faire savoir. Cela dit, ni Catherine Fromilhague ni Michèle Aquien ne se font l'écho de cette idée. Catherine Fromilhague donne même cet exemple d'oxymore : "Je suis le parfum / Vivant et défunt / Dans le vent venu" (Valéry). Ici, "vivant et défunt" sont deux adjectifs et pourtant Catherine Fromilhague y voit un oxymore. Honnêtement, je vois mal en quoi ce critère syntaxique serait pertinent dans l'analyse d'une figure d'opposition. Je comprends que l'on veuille distinguer le polyptote et la figure dérivative en considérant la classe grammaticale des mots sur lesquels repose la répétition, mais je ne saisis guère l'intérêt de cette distinction lorsqu'il s'agit d'étudier un oxymore ou une antithèse. Je me demande si l'exemple canonique d'oxymore ("Cette obscure clarté qui tombe des étoiles") n'a pas restreint abusivement la définition de l'oxymore dans les manuels de rhétorique en y faisant apparaître un critère grammatical.

Pour ce qui est de la notion de paradoxe, je comprends très bien que l'on dise que l'oxymore repose sur un paradoxe. Cependant, je ne vois pas en quoi on peut en dire autant de l'antithèse ; du moins dans son fonctionnement général.

Je vous souhaite à tous une bonne année 2017.

Au plaisir,
FC.
Je trouve ce messsage très intéressant, et je te souhaite également une bonne année.
Bonjour,

un oxymore c'est lorsque 2 éléments opposés forment un groupe par exemple "une obscure clarté"
tandis qu'une antithèse c'est lorsque des mots qui désignent des réalités opposées sont mis en parallèle "certains aiment le jour comme d'autres préfère la nuit"

Voilà ce que l'on m'a expliqué, seulement si je saisis bien la différence avec ces deux exemples. Il arrive que dans certain cas j'hésite entre les deux, par exemple : " Lumière sur le côté obscur" il y a bien deux éléments contraires "lumière" et "obscur" seulement ils ne se suivent pas dans la phrase donc j'aurai plutôt dit qu'il s'agirait d'une antithèse, mais là ça me semble bizarre .. :s

C'EST ASSEZ CONFUS ! Pouvez-vous m'expliquer pour cet exemple et de manière générale comme faire une bonne distinction entre ces deux figures de style !!! Merci 😀
Bonjour,

Tu peux déjà consulter cette fiche et les liens qui y sont intégrés: https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/antithese

"Lumière sur le côté obscur" ne me semblent être ni un oxymore, ni une antithèse: aucun contexte n'est nécessaire pour comprendre qu'il s'agit d'un jeu de mots dont le sens est bien d'aller explorer ce qui est sombre.
Peut-être une antiphrase? (ironie)
j'ai ri.

Par exemple : Nous allons essayer de faire lumière sur le côté obscure de la vie.
Attends d'autres avis.
D'accord, merci de ta réponse en tout cas ^^ (sans ironie)
Nous allons essayer de faire la lumière sur le côté obscur de la vie.
Sans toutefois affirmer que nous avons raison, je rejoins perluète : je ne vois pas bien ce qu’il y a d’antithétique à faire la lumière sur l’obscurité, c’est même plutôt logique.
Dans la phrase en question, lumière et obscurité sont métaphoriques, puisque pris dans des sens figurés, mais le lien entre les deux reste logique : la lumière sert à éclairer l’ombre, l’obscurité, les ténèbres…

Sinon, tous les auteurs ne s’accordent pas sur les définitions de l’oxymore et de l’antithèse, mais voici un exemple de différence entre oxymore et antithèse.
L’oxymore implique la co-présence dans un même syntagme ou un même énoncé de deux points de vue apparemment contradictoires sur une même attitude, un même objet du monde, un même évènement.

Et en note :
Il ne faut pas le confondre avec l’antithèse qui, par l’utilisation d’antonymes, fait ressortir un contraste entre deux objets de discours, deux attitudes, deux évènements. Bonhomme (1989 : 283) explique comment l’oxymore peut se transformer en antithèse dès lors qu’à propos d’un même objet de discours, on oppose aujourd’hui à autrefois. Tel est le cas dans cet énoncé de Michel Foucault que j’ai relevé : « Mais il ne s’agira pas maintenant de retrouver une parole première qu’on y aurait enfouie, mais (…) de dissiper les mythes qui animent nos mots, de rendre à nouveau bruyant et audible la part de silence que tout discours emporte avec soi lorsqu’il s’énonce. »
https://shs.cairn.info//revue-langue-francaise-2008-4-page-37.html#re2no47
Aujourd’hui à 21:31
Katioucha

Oxymore ou antithèse ?
Sans toutefois affirmer que nous avons raison, je rejoins perluète : je ne vois pas bien ce qu’il y a d’antithétique à faire la lumière sur l’obscurité, c’est même plutôt logique.
Tout à fait, et suis content que tu aies rectifié le tir.

Sur le fond, je me suis déjà exprimé et, plus généralement, il a déjà été écrit abondamment sur le sujet…

Pour cette seconde raison et celle indiqué ci-dessous*, je ne pense pas qu'on puisse avancer beaucoup plus.

* J'ai fait remarquer que les définitions d'oxymore et d'antithèse sont différentes selon les auteurs, et lamaneur a indiqué : C'est une question de définition et je ne suis pas sûr que toutes concordent […]
Lamaneur a écrit :
12/07/2015 à 08:20
Oxymore ou antithèse ?
L'un n'empêche pas nécessairement l'autre. C'est une question de définition et je ne suis pas sûr que toutes concordent, mais certains n'hésitent pas à classer les mots composés comme mort-vivant, clair-obscur ou aigre-doux dans les oxymores.