Oxymore ou antithèse ?

Langue française

108 réponses · Page 4 / 6

Oui, c'est cela.
Deux mots de sens opposé dans le même groupe.
Obscure clarté, soleil noir,
Merci de ta réponse, en fait c'est très simple à repérer. 🙂
Oui. 🙂
J'ai une dernière petite question : Si deux mots opposés sont séparés par une virgule ou un point virgule ou encore deux petits points ou par une conjonction de coordination ou par un adverbe; il s'agit d'une antithèse ?
Oui.
Ainsi, Phèdre :
Je sentis tout mon cœur et transir et brûler
Si jamais deux mots sont séparés par un tiret il s'agit d'un oxymore ?
Exemple: un mort-vivant.
Non. Il s'agit d'un nom composé.
L'un n'empêche pas nécessairement l'autre. C'est une question de définition et je ne suis pas sûr que toutes concordent, mais certains n'hésitent pas à classer les mots composés comme mort-vivant, clair-obscur ou aigre-doux dans les oxymores.
Oui, tu as raison, Lamaneur, ces mots composés sont construits sur des oxymores.
Mais dans un texte, doit-on les relever en tant que figure-de-style-oxymore ? C'est ce que je me demande.
Quand ce sont des mots du lexique commun, je ne pense pas, on les emploie sans nécessairement penser à l'oxymore. Si ce sont des mots composés inventés, oui, c'est une figure de style un peu raccourcie mais au moins volontaire.
Oui. Je crois aussi cela.
Un peu comme les métonymies qui sont passées dans le langage courant et qu'on ne perçoit pas comme telles.
Dans l'acte I scène 3 de Phèdre de Racine : "Et dérober au jour une flamme si noire."
Certaines personnes disent qu'il s'agit d'un oxymore et d'autre une antithèse. Si je me trompe pas il s'agit d'une antithèse. Vous en pensez quoi ?
"une flamme si noire" : Faut-il vraiment mettre un nom sur ce procédé littéraire ? L'apprécier n'est-il pas suffisant ?
A brûle-pourpoint, je dirai que c'est ni l'un ni l'autre. En effet, le terme "flamme", qui revient très souvent dans les paroles des personnages, est une image lexicalisée de la passion amoureuse ; de même, le terme "noir", qui, au sens figuré de "malheureux, funeste", manifeste "l'horreur" que Phèdre éprouve pour sa passion (vers 308 : "J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur"). Ainsi, à mon humble avis, n'y a-t-il point d'opposition entre les deux termes dans leur sens figuré, mais il est vrai que l'auteur joue sans doute sur l'idée ("jour", "flamme", "noire")…
"Flamme si noire" a les mêmes caractéristiques que "soleil noir" ; je veux dire que le soleil et la flamme sont jaune/orange et noir c'est noir. 🙂
On a les mêmes couleurs et pourtant "soleil noir" est un oxymore.
Oui mais il y a l'opposition avec "jour". Il y a bien antithèse.
Dans Phèdre il existe une thématique très subtile de l'ombre et de la lumière, de la damnation et du salut, de la mort et de la vie…
Je ne le pense pas. Quand, par exemple, dans Spleen "IV", Baudelaire parle d'un "jour noir", il y a effectivement oxymore, car il s'agit d'une journée où "le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle", mais, dans le passage susmentionné de Phèdre, le "jour" est une image pour "la vue des hommes", donc il n'y a pas d'antithèse entre la passion funeste que Phèdre veut soustraire à la vue des hommes, et cette dernière… Il s'agit juste d'un jeu sur les mots de la part de Racine.

A l’appui de mes dires, je me permets de citer Pierre Fontanier, le fondateur de la rhétorique moderne, dans Les figures du discours, le traité majeur de la rhétorique classique : « Au reste, il ne faut pas prendre pour antithèse toute façon quelconque d’exprimer une opposition […]. L’antithèse exige, dit Laharpe, que les tournures se correspondent en opposant les idées […].
Oui il y a jeu de mots, mais Racine prend le jour pour ce qu'il est, la lumière du soleil dont Phèdre est descendante.
A vouloir tout prendre au second degré, tu évacues le déchirement intérieur de l'héroïne entre ses ténèbres et son désir de pureté.
D'ailleurs au moment de mourir elle s'exclame
"Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,
Rend au jour, qu'ils souillaient, toute sa pureté."
Jean-Luc a écrit :
Dans Phèdre il existe une thématique très subtile de l'ombre et de la lumière, de la damnation et du salut, de la mort et de la vie…
Oui il y a jeu de mots, mais Racine prend le jour pour ce qu'il est, la lumière du soleil dont Phèdre est descendante.
A vouloir tout prendre au second degré, tu évacues le déchirement intérieur de l'héroïne entre ses ténèbres et son désir de pureté.
D'ailleurs au moment de mourir elle s'exclame
"Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,
Rend au jour, qu'ils souillaient, toute sa pureté."
D'accord avec toi sur la "thématique de l'ombre et de la lumière" et sur le désir d'absolu dans la pièce… mais moins sur le point précis de stylistique qui nous occupe au vers 310. Certes, les mots "jour" et "noire" se correspondent, d'autant plus qu'ils forment la dernière syllabe de chaque hémistiche avec une sonorité vocalique nasale. Cependant, dans ce vers, ils ne constituent pas, à mon avis, une véritable antithèse, puisque les idées qu'expriment ces deux mots ne s'opposent pas (voir mon message précédent). Si l'oxymore est souvent fondé sur une contradiction logique apparente où l'on feint d'opposer des antonymes alors qu'ils ont des sens différents (ex. : "un silence éloquent" n'est pas "un silence qui parle", mais "un silence révélateur"), l'antithèse doit vraiment opposer deux termes sur le même plan de signification (le signifié et pas seulement le signifiant). Par exemple, "il est grand dans les petites choses" est une antithèse, mais "après un long jour, coucher tard nuit" (pour paraphraser Raymond Devos !) n'en est pas une… Cela dit sous toutes réserves…
Je vais en rester là.
Il y a bien antithèse parce qu'il y a opposition volontaire entre deux notions opposées, et pas simplement un rapprochement formel ou alambiqué comme dans l'exemple que tu cites.
Je regrette simplement que tu n'apprécies pas à sa juste valeur la poésie de Racine qui réside en grande partie dans sa capacité à utiliser subtilement un vocabulaire limité mais aux sens multiples.