Bonjour,
Ma question concerne la formation du futur en latin pour
la première personne du singulier pour les verbes ne
relevant ni de la 1ère ni de la seconde conjugaison.
Y'a-t-il une explication au fait que la terminaison
soit en "-am" plutôt qu'en "-em" (ex. : "legam" et non "legem") ?
Une terminaison en "-em" aurait eu, à mon sens, deux
avantages :
- être logique avec la terminaison des autres personnes (-es, -et, etc…)
- éviter d'avoir une forme identique à celle du subjonctif présent et donc d'éviter
de possibles confusions par une immédiate identification.
Toute la conjugaison latine n'en aurait-elle pas été encore plus rationnelle ?
J'ai parlé ici de la voix active, mais la même remarque peut se faire
pour la passive ou la déponente.
J'ai trouvé une explication chez Arnout (morphologie historique) qui me satisfait à 80 %…
mais il conclut par "la forme en -em aurait pu se généraliser. Mais ce fut sans doute
plutôt une tentative de grammairiens qu'un création populaire, et cette forme
n'a jamais pu se substituer à -am." Du coup, on reste un peu sur sa faim.
Vox populi, vox dei ?
Avec mes remerciements,
Olivier
Bonsoir Jehan,
Un peu longue à taper ici 😉
Vous pourrez la trouver dans le texte original d'Ernout (édition de 1914), à partir de la page 225 :
https://archive.org/details/morphologiehisto00erno
Bien cordialement,
Olivier
Merci… Je l'affiche ici, pour les latinistes chevronnés du forum !

Le futur latin, à l'exception des deux premières conjugaisons, a emprunté sa morphologie aux diverses formes du subjonctif indo-européen et n'a donc pas hérité d'un morphème unique et spécifique pour former ce "temps" (qui n'en est pas un pour les linguistes).
Pour faire bref et pour compléter les sources anciennes copiées plus haut, en latin, on trouve :
1° Le morphème *-s de désidératif dans certaines formes archaïques comme faxo, capso.
2° Le morphème *e/o (quantités brèves), servant à former les subjonctifs athématiques en i. e.) :
Ex : erit < *es-e-ti ; legero < *leg-e-s-o (futur antérieur).
3° Le morphème *e/o (quantités longues), servant à former les subjonctifs thématiques :
Ex : leges < *leg-e-s ; *leg-o-nti aurait dû aboutir à legunt, mais le timbre -e- a été généralisé pour éviter l'homophonie avec le présent de l'indicatif. Quant à la première personne, elle a été également été empruntée au subjonctif pour les mêmes raisons.
4° Le groupe *bh-e/o, d'explication malaisée, est peut-être une adaptation du groupe *bh-a de l'imparfait pour les verbes dont le radical est terminé par une voyelle (1ère et 2ème conjugaison, partiellement 4ème, où les formes audibo, dormibo, existent).
On ne s'étonnera pas qu'aucune des langues romanes n'ait continué le futur latin, et la formation périphrastique qu'elles utilisent renoue assez heureusement avec la valeur modale primitive du futur :
Ex : je partirai = "j'ai à partir".
Bonsoir Jacques,
Merci pour ces précisions. Mais mon "problème" demeure, lequel, peut-être, est insoluble.
Vous écrivez :
"3° Le morphème *e/o (quantités longues), servant à former les subjonctifs thématiques :
Ex : leges < *leg-e-s ; *leg-o-nti aurait dû aboutir à legunt, mais le timbre -e- a été généralisé pour éviter l'homophonie avec le présent. Quant à la première personne, elle a été empruntée au subjonctif également pour éviter l'homophonie avec le présent."
Je veux bien comprendre l'idée de la non redondance avec le présent et la généralisation du timbre -e-.
Mais pourquoi distinguer la 1ère personne : elle se trouve distinguée du présent de l'indicatif, certes,
mais pas de celle du subjonctif, dont je retiens qu'elle rappelle le subjonctif.
Aurait-il été si "monstrueux" d'écrire "faciem/legem" au lieu de "faciam/legam" pour cet incertain et linguistiquement discutable futur ?
Il semblerait d'ailleurs que Ciceron, parfois, écrivit "faciem".
La question est, finalement… pourquoi une telle "réforme" n'a pas vu le jour, ou bien, si elle a vu
le jour, n'a pas été reconnue et acceptée.
Avec tous mes remerciements et bien cordialement,
Olivier
PS. Je ne suis pas helléniste.
Pour ce qui est de la première personne, la désinence -am ne s'est imposée que progressivement ; il y a des formes en -e incontestablement attestées (facie, dice chez Caton, accipiem chez Plaute, faciem dans certains mss. de Cicéron).
A l'époque classique, il n'y a pas d'autorité institutionnelle pour décider ce qu'il faut dire ou non ; Cicéron et surtout Quintilien font des remarques sur la langue, mais il faudra attendre les grammairiens tardifs pour qu'un "bon usage" se dessine en la matière. Les fameuses listes "ne dites pas… mais dites…" ont aussi joué leur rôle.
La question est, finalement… pourquoi une telle "réforme" n'a pas vu le jour, ou bien, si elle a vu
le jour, n'a pas été reconnue et acceptée.
Je crois qu'il est des questions auxquelles on doit renoncer à pouvoir trouver une réponse. 🙂
En effet, on ne peut pas répondre. La langue ne faisait pas l'objet de débats de société à l'époque et il n'y avait point d'Académie pour recommander quoi que ce soit… D'autre part, on n'impose pas comme cela aux peuples des variations morphologiques.