Bonjour,
Je rentre en L2 de Lettres Classiques à la rentrée et mon souhait serait de les enseigner ensuite. Seulement avec toutes ces histoires de réformes l'an dernier, j'ai du mal à cerner de quoi il s'agit. Les Lettres Classiques existent-elles encore vraiment au collège et au lycée ?
Merci de vos réponses
Bonjour Airys,
Il y a en effet eu, dans le cadre de la réforme du collège, une réorganisation des enseignements de latin et de grec qui a suscité, et suscite toujours, des polémiques. Cette rentrée va être la première sous le nouveau régime. Selon les conditions politiques, cette réforme peut perdurer telle quelle ou être amendée, modifiée voire supprimée, selon les choix de la majorité à venir (l'avenir dira).
Pour voir en quoi elle consiste pratiquement, tu peux aller consulter les textes et regarder ce qui s'en dit, par exemple, sur les forums d'enseignants (bien entendu, il y a de grands débats entre opposants et partisans en général de cette réforme, et en particulier autour des modifications concernant le latin et le grec). Il reste des heures d'enseignement, mais il me semble entre autres qu'elles sont moins assurées qu'auparavant, d'où le risque d'érosion progressive de l'enseignement des lettres classiques dans le secondaire.
Il reste une agrégation de lettres classiques et une option "lettres classiques" du CAPES de lettres. Les études de lettres classiques ne conduisent bien entendu pas à une impasse, mais il faut garder en tête l'idée que l'enseignement du latin et du grec est menacé, ce qui revient à dire qu'on peut se retrouver, j'imagine, dans la situation professionnelle d'enseigner surtout, ou exclusivement, du français. Mais je regarde la situation de loin, enseignant à l'université. En ce qui concerne l'avenir de l'enseignement des lettres classiques, il y a au moins trois facteurs : les choix de politique éducative (diminuer, stabiliser ou accroître cet enseignement), le nombre d'élèves et étudiants dans la filière, et le nombre de futurs enseignants (essentiel dans la mesure où il permet, ou non, de couvrir des besoins ; le tarissement de cette source peut susciter ou justifier un abandon des enseignements).
Ascagne, les heures de latin ou de grec ne seront pas "moins assurées" qu'auparavant ; simplement, il y en aura moins, ce qui n'est pas la même chose : une heure en 5ème, deux en 4ème et 3ème. Il y aussi un EPI "langues et civilisations de l'Antiquité" qui s'adresse à tous les élèves à partir de la 5ème.
Les langues anciennes continuent donc d'être présentes au collège mais il est évident que, du fait de la réduction des horaires, les postes y seront moins nombreux.
Pour ce qui est de l'avenir de la réforme, je pense que quel que soit le gouvernement (sauf à avoir un régime extrémiste, à Dieu ne plaise !), son esprit demeurera : interdisciplinarité et plus grande part donnée aux savoir-faire à côté des savoirs "purs".
Rien ne t'empêche de passer les concours de lettres classiques et d'avoir un poste en collège ou lycée. La différence c'est que tu auras beaucoup d'heures de français et très peu de langues anciennes (voire parfois pas du tout…)
Les langues anciennes continuent d'être présentes au collège
En théorie, oui.
Mais il ne faut pas se leurrer. Il y a des années que les professeurs de lettres classiques se battent pour avoir des élèves en latin. Ne parlons pas du grec, absent de la plupart des collèges. (Je parle de l'enseignement public, le seul que je connaisse.)
Un agrégé de lettres classiques nouvellement nommé se verra fréquemment offrir uniquement des heures de français en lycée, un peu de latin en collège, un peu plus s'il est le seul habilité à enseigner les langues anciennes.
Cela n'empêche pas que même pour enseigner seulement du français, il est très intéressant de faire des études de lettres classiques. C'est un "bagage" appréciable.
Pour ma part, je n'ai jamais considéré que le fait de n'enseigner que du "français" pouvait être un désavantage : nous sommes des professeurs de Lettres et notre spécialité est par nature pluri-disciplinaire. Personnellement, je n'hésite pas à faire découvrir à mes Sixièmes le latin et le grec quand nous travaillons sur les textes patrimoniaux.
De plus, le gros défi de l'école, ce n'est pas le latin ou le grec, il faut que les étudiants en soient bien conscients, c'est la lutte contre les inégalités culturelles, le décrochage et l'ennui à l'école. Si vous avez l'intention d'enseigner le français, le latin ou le grec comme si cela allait de soi, et avec des schémas éducatifs qui remontent à l'Humanisme, vous allez vers des déconvenues certaines.
Jacques a écrit :Ascagne, les heures de latin ou de grec ne seront pas "moins assurées" qu'auparavant ; simplement, il y en aura moins, ce qui n'est pas la même chose
Comme je l'ai écrit, je vois les choses de loin. Nous allons pouvoir constater ce que va donner cette réforme dans la pratique.
Pour ma part, je n'ai jamais considéré que le fait de n'enseigner que du "français" pouvait être un désavantage : nous sommes des professeurs de Lettres et notre spécialité est par nature pluri-disciplinaire.
Cela diffère selon chacun, je suppose, mais je n'ai pas mon mot à dire sur l'expérience dans le secondaire, n'en ayant pas en tant que professeur.
Laoshi a écrit :Cela n'empêche pas que même pour enseigner seulement du français, il est très intéressant de faire des études de lettres classiques. C'est un "bagage" appréciable.
Je trouve plus intéressant d'avoir une formation en lettres classiques, quitte à avoir une spécialisation différente ensuite (je fais ma thèse et j'enseigne principalement en littérature médiévale ; si je n'ai pu assurer qu'un seul TD de latin en trois ans durant mon contrat doctoral, cependant, ce n'est pas par manque d'envie mais par manque d'opportunité étant donné la raréfaction des possibilités à la fac de ce côté-là), dès lors qu'on a un goût certain pour la dimension patrimoniale de la littérature (bien entendu, il faut aussi aimer le latin et le grec !), de la culture et des arts. Dans mon cas personnel, j'ai l'impression qu'une formation de LM ne m'aurait pas apporté d'avantage particulier et que j'aurais ressenti le manque de ce bagage qu'apporte la voie des LC, qui correspondait davantage à mon goût assez universaliste, disons. Il me semble que ce que la voie des LM a en propre (insistance sur la littérature comparée, davantage de linguistique française) est plus accessible que ce que la voie des LC propose de spécifique, mais bon, c'est peut-être un réflexe chauvin !
Eh bien j'ai l'impression d'avoir ouvert sans le savoir un débat qui me dépasse un peu.
En fait je suis surtout intéressée par la perspective d'enseigner les langues anciennes, même si j'adore le Français et que j'aimerais l'enseigner aussi. Je suis un peu perdue mais vos réponses m'ont déjà permis d'y voir un peu plus clair ! Merci.
Si vous voulez n'enseigner que les langues anciennes, voire seulement l'une d'entre elles, il faut enseigner en fac ou dans les ENS.
Permettez-moi aussi de vous dire qu'avant de passer tout concours de recrutement de professeurs, il faut bien vous demander si vous aimez l'enseignement, et pas seulement telle ou telle matière.
Oui j'ai déjà bien réfléchi à la question et j'ai l'habitude de donner des cours particuliers à des collégiens ou des lycéens pendant les vacances. C'est sûr que ça n'a pas grand chose à voir avec une classe entière mais ça m'a conforté dans l'idée d'enseigner, j'ai envie de transmettre ce que je sais.
Tout est bien alors !
Tu enseigneras à la lumière de tout ce que tu auras appris. Et plus tu auras engrangé et bien engrangé, plus tu domineras la situation.