Ponthieu a écrit :D'abord le h d'hiatus n'est pas aspiré. On doit donc dire l'hiatus, non le hiatus.
Les deux prononciations sont admises. Le Robert signale les deux. Dans la 9e édition de son Dictionnaire, l'Académie elle-même (dont il faut toujours suivre l'avis, selon tes dires 😉 ) semble pencher pour le h aspiré :
Ce hiatus blesse l'oreille. Le hiatus d'un mot à un autre a été proscrit de notre poésie par Malherbe. Je ne dirais pas que le H est aspiré pour "hiatus", comme pour tout autre mot : douteux en français. Mais la prononciation ne s'effectue pas en liaison dans le langage courant (dixit Larousse). Il doit y avoir justement un hiatus ! 😉
Pour clore, une autre liaison dangereuse, mais faite pour satisfaire Malherbe :
Alors sa veuve en gémissant, ô gué, ô gué
Coucha z'avec son remplaçant, ô gué, ô gué…
Georges Brassens, Corne d'aurochs.
Spalding a écrit :Je ne dirais pas que le H est aspiré pour "hiatus", comme pour tout autre mot : douteux en français
.
Je concède que le terme est sujet à caution, au point de vue strictement phonétique.
C'est cependant l'appellation consacrée. Quel autre adjectif proposer ?
@ Jehan
On pourrait par exemple dire "le H isolant".
Cela dit, je ne veux rien imposer ! 😉
Mais il faudrait alors débaptiser le h muet… Puisque l'autre est tout aussi muet !
Alors, le h isolant et le h conducteur ? 😜
@ Jehan
Brillante idée ! Adopté à l'unanimité ! 🙂
Pour clore, une autre liaison dangereuse, mais faite pour satisfaire Malherbe :
Alors sa veuve en gémissant, ô gué, ô gué
Coucha z'avec son remplaçant, ô gué, ô gué…
Georges Brassens, Corne d'aurochs.
Jehan, tu as corrigé ma transcription, mais je me suis basé sur l'édition Ray Ventura (1953) parue chez Seghers qui porte bien
au gué.
Ce que je me suis permis d'ajouter, c'est le z' qui n'apparaît qu'à l'oral, du moins dans l'enregistrement dont je dispose.
J'espère que tu ne m'en veux pas trop de cette petite correction… 🙂
Mais c'est bien l'orthographe qui figure dans le recueil "Georges Brassens,
Poèmes et Chansons" (Éditions musicales 57). Et la fameuse liaison y est notée, sous la forme
coucha-z-avec.
Quant au Larousse, il indique :
gué ! interjection (variante de gai)
Vieux. Mot qui, dans certaines chansons, exprime la joie : La bonne aventure, ô gué !
De même, le Littré…
gué ! [2](ghé) interj.qui exprime la joie et s'emploie dans des refrains de chansons populaires. La bonne aventure ô gué ! La bonne aventure."Ah ! la muse de Collé, C'est la gaudriole ô gué ! C'est la gaudriole", [Béranger, Gaudr.]
ÉTYMOLOGIE
Probablement l'adj. gai. On le trouve écrit gay dans les éditions de Molière : J'aime mieux ma mie, oh gay ! J'aime mieux ma mie, Mis. I, 2.
Je profite de votre conversation pour placer une petite anecdote concernant la question du hiatus et des liaisons inappropriées en [t] ou en [z] qu'on appelle des pataquès. On dit aussi un cuir pour le [t] et un velours pour le [z].
Exemples prononcés par des journalistes de I Télé : "Le prisonnier pourra-t-être extradé dès lundi" ou "les syndicalistes étaient-z-avec leurs avocats".
François-Urbain Domergue, de l'Académie Française, avait écrit en 1805 un "Manuel des amateurs de la langue française", dans lequel il racontait l'origine du mot pataquès.
Voici le texte:
"Un plaisant était à côté de deux dames. Tout à coup il trouve sous sa main un éventail.
- Madame, dit-il à la première, cet éventail est-il à vous?
- Il n'est point-z-à moi, monsieur.
- Est-il à vous, madame? dit-il en le présentant à l'autre dame.
- Il n'est pas-t-à moi, monsieur.
- Puisqu'il n'est point-z-à vous et qu'il n'est pas-t-à vous, ma foi, je ne sais pas-t-à qui est-ce!
L'aventure fit grand bruit, et donna naissance à ce mot populaire, encore en usage aujourd'hui."
Naturellement, il s'agit d'une fable inventée par l'auteur qui était surnommé "Le grammairien patriote". Une sorte d'Arnaud Montebourg du 19ème siècle!
Je précise pour finir et pour rassurer les puristes que l'emploi du [t] euphonique est autorisé uniquement lorsqu'il s'agit d'un verbe suivi d'un pronom personnel:
Pourra-t-il venir demain?
Va-t-on en finir avec la pluie?
Ira-t-elle au théâtre samedi prochain?
Va-t'en s'écrit avec l'apostrophe et non avec un tiret car le [t] est élidé et non pas euphonique: le (t) est ici un pronom réfléchi (s'en aller). De plus (en) n'est pas un pronom personnel.
Cas particuliers de pataquès acceptés du fait de l'usage:
Entre quatre-z-yeux.
Un va-t-en guerre.
Attention on dit:
Des Hollandais et non des-z-Hollandais
Des handicapés et non des-z-handicapés (Grand Robert de la Langue Française. Édition en ligne. 2014)
Des haies et non des-z-haies
La faute s'appelle une psilose (non respect du coup de glotte devant le h aspiré).
J'espère que toutes ces informations pourront être utiles.
Pour ma part, j'ai toujours dit «quatr(e) yeux» en deux syllabes, comme pour dire «instruit» ou «étroit».
Mon père disait «ouvrier», «templier», «sucrier», etc en deux syllabes également.
Si vous parlez de quatre yeuses, vous rencontrerez la même problématique : celle de faire suivre le groupe «tr» d'un yod dans la même syllabe. Les locuteurs étrangers ont le même problème quand ils veulent prononcer les mots «trois», «froid», etc.
Le nom du compositeur Scriabine ne comporte que deux syllabes en russe, et c'est la première qui pose problème chez une majorité de francophones, qui ont tendance à le séparer en Scri-ya-binn.
Une petite question de prononciation : quelle est la prononciation correcte de entre quatre yeux ?
J'entends toujours dire "entre quat zyeux".
Est-ce admis, du fait que prononcer "correctement"quatre yeux peut paraître un peu prétentieux, ou ridicule ? ?
Et cette question me fait penser à une autre : pourquoi œil fait-il yeux au pluriel, sauf dans œil-de-bœuf ??
Pour "entre quatre yeux"… je pense qu'on mets un "s/z" pour éviter un hiatus ?
Je pense que c'est aussi porté par la tradition, du moins au XXème siècle (n'y-a-t-il pas un film bien connu qui porte cette prononciation ?). Peut-être aussi variable selon les régions.
Mais j'avoue que "entre quatr'yeux" ne me choque pas.
Pour l'œil de bœuf. Je ne sais pas. Mais le pluriel est bien "œils-de-bœuf" selon Littré.
Il y eut dans ma jeunesse une émission télévisée intitulée "Les Quat[re] z'amis"… nom catastrophique pour l'orthographe et la prononciation…
Bonsoir.
Ponthieu, il ne te reste qu'à parcourir à nouveau la présente discussion…
Tu y avais déjà participé, d'ailleurs, il y a bientôt quatre ans de cela.
Quant aux deux pluriels de œil… Le pluriel œils est utilisé dans les noms composés, sans doute pour distinguer le sens propre yeux de bœuf et l'emploi métaphorique œils-de-bœuf , de sens tout différent (fenêtres rondes).
De même : œils-de-chat (pierres ), œils-de-perdrix (cors), œils-de-pie (œillets pour passer un filin dans une voile).
Il existe d'autres pluriels curieux : ciel / cieux, ail / aulx… d'où sortent-ils, je ne sais mais je serais content de l'apprendre.
Il est vrai que je ne sais même pas d'où sortent les pluriels normaux.
Jehan a écrit :Bonsoir.
Ponthieu, il ne te reste qu'à parcourir à nouveau la présente discussion…
Tu y avais déjà participé, d'ailleurs, il y a bientôt quatre ans de cela.
Ah oui, c'était une discussion très vivante, qui m'a beaucoup appris.
Anne345 a écrit :Tu n'as pas cherché ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Pluriels_irr%C3%A9guliers_en_fran%C3%A7ais
Les pluriels irréguliers sont indiqués, mais pas leur origine. L'étymologie de
yeux, par exemple, est-elle la même que celle d'
œil ? Alors pourquoi
œils existe-t-il aussi ?
Oui, c'est la même etymologie mais le pluriel vient de l'accusatif pluriel
oculos alors que le singulier vient de l'accusatif singulier
oculum. Les lois phonétiques ont fait le reste. Voir
https://www.etudes-litteraires.com//question/index?qid=20070629221011AAah9MS&guccounter=1https://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=5992