Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, acte III, scène 6

Entraide scolaire

2 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour

Je viens ici pour trouver de l'aide parce que au cours d'une lecture analytique (1ère S) mon professeur a développé un axe avec des arguments qui, je trouve, ne justifient pas du tout l'axe.

L'extrait porte sur l'Acte III, Scène 6 du Jeu de l'amour et du Hasard de Marivaux dans la séquence "la relation maître valet".
LISETTE, ARLEQUIN.

Arlequin.
Enfin, ma reine, je vous vois et je ne vous quitte plus ; car j’ai trop pitié d’avoir manqué de votre présence, et j’ai cru que vous esquiviez la mienne.

Lisette.
Il faut vous avouer, monsieur, qu’il en était quelque chose.

Arlequin.
Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ?

Lisette.
Non, mon cher ; la durée m’en est trop précieuse.

Arlequin.
Ah ! que ces paroles me fortifient !

Lisette.
Et vous ne devez point douter de ma tendresse.

Arlequin.
Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne.

Lisette.
Mais vous me pressiez sur notre mariage, et mon père ne m’avait pas encore permis de vous répondre ; je viens de lui parler, et j’ai son aveu pour vous dire que vous pouvez lui demander ma main quand vous voudrez.

Arlequin.
Avant que je la demande à lui, souffrez que je la demande à vous ; je veux lui rendre mes grâces de la charité qu’elle aura de vouloir bien entrer dans la mienne qui en est véritablement indigne.

Lisette.
Je ne refuse pas de vous la prêter un moment, à condition que vous la prendrez pour toujours.

Arlequin.
Chère petite main rondelette et potelée, je vous prends sans marchander. Je ne suis pas en peine de l’honneur que vous me ferez ; il n’y a que celui que je vous rendrai qui m’inquiète

Lisette.
Vous m’en rendrez plus qu’il ne m’en faut.

Arlequin.
Ah ! que nenni ; vous ne savez pas cette arithmétique-là aussi bien que moi.

Lisette.
Je regarde pourtant votre amour comme un présent du ciel.

Arlequin.
Le présent qu’il vous a fait ne le ruinera pas ; il est bien mesquin.

Lisette.
Je ne le trouve que trop magnifique.

Arlequin.
C’est que vous ne le voyez pas au grand jour.

Lisette.
Vous ne sauriez croire combien votre modestie m’embarrasse.

Arlequin.
Ne faites point dépense d’embarras ; je serais bien effronté, si je n’étais modeste.

Lisette.
Enfin, monsieur, faut-il vous dire que c’est moi que votre tendresse honore ?

Arlequin.
Aïe ! aïe ! je ne sais plus où me mettre.

Lisette.
Encore une fois, monsieur, je me connais.

Arlequin.
Eh ! je me connais bien aussi, et je n’ai pas là une fameuse connaissance ; ni vous non plus, quand vous l’aurez faite ; mais, c’est là le diable que de me connaître ; vous ne vous attendez pas au fond du sac.

Lisette, à part.
Tant d’abaissement n’est pas naturel ! (Haut.) D’où vient me dites-vous cela ?

Arlequin.
Eh ! voilà où gît le lièvre.

Lisette.
Mais encore ? vous m’inquiétez. Est-ce que vous n’êtes pas ?…

Arlequin.
Aïe ! aïe ! vous m’ôtez ma couverture.

Lisette.
Sachons de quoi il s’agit.

Arlequin, à part.
Préparons un peu cette affaire-là… (Haut.) Madame, votre amour est-il d’une constitution bien robuste ? Soutiendra-t-il bien la fatigue que je vais lui donner ? Un mauvais gîte lui fait-il peur ? Je vais le loger petitement.

Lisette.
Ah ! tirez-moi d’inquiétude. En un mot, qui êtes-vous ?

Arlequin.
Je suis… N’avez-vous jamais vu de fausse monnaie ? savez-vous ce que c’est qu’un louis d’or faux ? Eh bien, je ressemble assez à cela.

Lisette.
Achevez donc. Quel est votre nom ?

Arlequin.
Mon nom ? (À part.) Lui dirai-je que je m’appelle Arlequin ? Non ; cela rime trop avec coquin.

Lisette.
Eh bien !

Arlequin.
Ah dame ! il y a un peu à tirer ici ! Haïssez-vous la qualité de soldat ?

Lisette.
Qu’appelez-vous un soldat ?

Arlequin.
Oui, par exemple, un soldat d’antichambre.

Lisette.
Un soldat d’antichambre ! Ce n’est donc point Dorante à qui je parle enfin ?

Arlequin.
C’est lui qui est mon capitaine.

Lisette.
Faquin !

Arlequin, à part.
Je n’ai pu éviter la rime.

Lisette.
Mais voyez ce magot ; tenez !

Arlequin, à part.
La jolie culbute que je fais là !

Lisette.
Il y a une heure que je lui demande grâce, et que je m’épuise en humilités pour cet animal-là.

Arlequin.
Hélas ! madame, si vous préfériez l’amour à la gloire, je vous ferais bien autant de profit qu’un monsieur.

Lisette, riant.
Ah ! ah ! ah ! je ne saurais pourtant m’empêcher d’en rire, avec sa gloire ! et il n’y a plus que ce parti-là à prendre… Va, va, ma gloire te pardonne ; elle est de bonne composition.

Arlequin.
Tout de bon, charitable dame ! Ah ! que mon amour vous promet de reconnaissance !

Lisette.
Touche là, Arlequin ; je suis prise pour dupe. Le soldat d’antichambre de monsieur vaut bien la coiffeuse de madame.

Arlequin.
La coiffeuse de madame !

Lisette.
C’est mon capitaine, ou l’équivalent.

Arlequin.
Masque !

Lisette.
Prends ta revanche.

Arlequin.
Mais voyez cette magotte, avec qui, depuis une heure, j’entre en confusion de ma misère !

Lisette.
Venons au fait. M’aimes-tu ?

Arlequin.
Pardi ! oui. En changeant de nom tu n’as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis fidélité en dépit de toutes les fautes d’orthographe.

Lisette.
Va, le mal n’est pas grand, consolons-nous ; ne faisons semblant de rien, et n’apprêtons point à rire. Il y a apparence que ton maître est encore dans l’erreur à l’égard de ma maîtresse ; ne l’avertis de rien ; laissons les choses comme elles sont. Je crois que le voici qui entre. Monsieur, je suis votre servante.

Arlequin.
Et moi votre valet, madame. (Riant.) Ah ! ah ! ah !
Un des axes développés à propos de cette extrait est donc "Une scène vivante" qu'il justifie par :
- la construction symétrique de la scène (double supercherie, double aveu, reprise de certaines expressions)
- l'hésitation de Arlequin
- la spontanéité de Lisette
- les didascalies qui soulignent le double jeu (appartés, « riants »)
- la double énonciation

Quel est le rapport entre ces arguments et l'axe ?? La seule explication que j'ai pu trouvé c'est que tout ceci met en scène une intrigue dynamique qui participe au côté vivant de la scène.

Merci de votre aide 😞
Bonsoir,

C'est bien vu et cela donne raison à ton professeur.

Mais on peut aller plus loin: tout concourt au triomphe de la vie.
La vérité se manifeste malgré les apparences. Le cœur est plus fort et plus habile que la tromperie.
Il n'y aura pas d'union contre nature.
Les protagonistes reprennent leur place dans la bonne humeur en appréciant le bon tour qu'ils se sont joué, se retrouvant tout à la fois victimes et manipulateurs.