Saint-Exupéry, Terre des hommes - Et voici qu’ils me semblaient avoir à demi perdu qualité humaine..

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Et voici qu’ils me semblaient avoir à demi perdu qualité humaine, ballottés d’un bout de l’Europe à l’autre par les courants économiques, arrachés à la petite maison du Nord, au minuscule jardin, aux trois pots de géranium que j’avais remarqués autrefois à la fenêtre des mineurs polonais. Ils n’avaient rassemblé que les ustensiles de cuisine, les couvertures et les rideaux, dans des paquets mal ficelés et crevés de hernies. Mais tout ce qu’ils avaient caressé ou charmé, tout ce qu’ils avaient réussi à apprivoiser en quatre ou cinq années de séjour en France, le chat, le chien et le géranium, ils avaient dû les sacrifier et ils n’emportaient avec eux que ces batteries de cuisine.

Un enfant tétait une mère si lasse qu’elle paraissait endormie. La vie se transmettait dans l’absurde et le désordre de ce voyage. Je regardai le père. Un crâne pesant et nu comme une pierre. Un corps plié dans l’inconfortable sommeil, emprisonné dans les vêtements de travail, fait de bosses et de creux. L’homme était pareil à un tas de glaise. Ainsi, la nuit, des épaves qui n’ont plus de forme, pèsent sur les bancs des halles. Et je pensai le problème ne réside point dans cette misère, dans cette saleté, ni dans cette laideur. Mais ce même homme et cette même femme se sont connus un jour et l’homme a souri sans doute à la femme : il lui a, sans doute, après le travail, apporté des fleurs. Timide et gauche, il tremblait peut-être de se voir dédaigné. Mais la femme, par coquetterie naturelle, la femme sûre de sa grâce se plaisait peut-être à l’inquiéter. Et l’autre qui n’est plus aujourd’hui qu’une machine à piocher ou à cogner, éprouvait ainsi dans son cœur l’angoisse délicieuse. Le mystère, c’est qu ils soient devenus ces paquets de glaise. Dans quel moule terrible ont-ils passé, marqués par lui comme par une machine à emboutir ? Un animal vieilli conserve sa grâce. Pourquoi cette belle argile humaine est-elle abîmée ?

Et je poursuivis mon voyage parmi ce peuple dont le sommeil était trouble comme un mauvais lieu. Il flottait un bruit vague fait de ronflements rauques, de plaintes obscures, du raclement des godillots de ceux qui, brisés d’un côté, essayaient l’autre. Et toujours en sourdine cet intarissable accompagnement de galets retournés par la mer.

Je m’assis en face d’un couple. Entre l’homme et la femme, l’enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m’apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné.

Et je regagnai mon wagon. Je me disais ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n’est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s’agit point de s’attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c’est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente, ce n’est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s’installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d’Orientaux vivent dans la crasse et s’y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur.

C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.

Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme.
Je dois faire un commentaire composé mais je n'y arrive pas . svpppp de l'aide je passe le bac dans pas lontemp

Mes pistes et mes recherches m'ont aidé à trouver que Saint Exupéry a voulu laisser paraitre la misére pour montrer une injustice de la naissance
Il y a quelques années, au cours d’un long voyage en chemin de fer, j’ai voulu visiter la patrie en marche où je m’enfermais pour trois jours, prisonnier pour trois jours de ce bruit de galets roulés par la mer, et je me suis levé. J’ai traversé vers une heure du matin le train dans toute sa longueur. Les sleepings étaient vides. Les voitures de première étaient vides.
Mais les voitures de troisième abritaient des centaines d’ouvriers polonais congédiés de France et qui regagnaient leur Pologne. Et je remontais les couloirs en enjambant des corps. Je m’arrêtai pour regarder. Debout sous les veilleuses, j’apercevais dans ce wagon sans divisions, et qui ressemblait à une chambrée, qui sentait la caserne ou le commissariat, toute une population confuse et barattée(1) par les mouvements du rapide. Tout un peuple enfoncé dans les mauvais songes et qui regagnait sa misère. De grosses têtes rasées roulaient sur le bois des banquettes. Hommes, femmes, enfants, tous se retournaient de droite à gauche, comme attaqués par tous ces bruits, toutes ces secousses qui les menaçaient dans leur oubli. Ils n’avaient point trouvé l’hospitalité d’un bon sommeil.
Le paragraphe qui précède pourra t'éclairer et t'aider à te poser des questions.
Où se situe la scène ? Qui sont les "voyageurs" ? Qui voit ? Quel gros plan nourrit la réflexion ?
oui merci j'ai pris en compte ce que vous m'avez dit mais je ne comprend ce qui a voulu laisser paraître
Je sais que Saint Exupéry a voulu exposer le contraste entre le modèle de génie (Mozart) et l’environnement abrutissant mais est ce que c'est pour faire paraître son idée d'injustice de naissance ?
Bonjour,

Oui c'est bien le mot d'abrutissement qui convient.
Les termes importants sont à la fin :

"C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.

Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme."

Saint-Exupéry exprime de manière poétique (par des références au génie enfant et au texte de la Genèse) une évidence théorisée par Maslow https://fr.wikipedia.org//fr/Pyramide_des_besoins : l'être humain ne peut accéder à ses désirs supérieurs que si ses besoins fondamentaux ont été nourris.

Le monde est cruel : pour survivre, l'homme doit souvent renoncer à ce qu'il a de meilleur. L'auteur est révulsé par ce gâchis quand il voit la grâce d'un enfant saccagée.
Merci beaucoup ca m'éclaire un peu plus mais pourquoi Saint Exupéry opére une distinction entre l'individu et l’espèce humaine ?? On m'a expliquer que c'est parce que cette nuance permet d'élargir la reflexion à l'echelle de la condition humaine (l'homme) mais JE NE COMPREND PAS
Le monde est cruel : pour survivre, l'homme doit souvent renoncer à ce qu'il a de meilleur ------------> oui certes mais dans ce texte l'enfant n'a rien de meilleur , il renonce à rien du coup ? :/ :/ :/ :/ :/
Plus qu'un individu, l'homme est une personne originale et unique.
Saint-Exupéry voit des personnes mutilées dans leur accomplissement, restées à un niveau infra-humain.
Ces hommes n'ont pu devenir de véritables êtres humains parce qu'englués dans leur animalité.
L'Homme reste un idéal vers lequel les hommes doivent tendre à condition de pouvoir réaliser leur être spirituel.

L'enfant n'a renoncé à rien certes mais on ne lui a pas donné non plus la chance de réaliser ses potentialités. On a tué son avenir.
ah d'accord merci de m'avoir aidé , vous m'éclairez bien les choses et je suis trés imprésionné par votre vocabulaire :/ et du coup c'est pour cela que Saint Exupéry opére une distinction entre l'individu et l’espèce humaine . Et la derniére phrase sur la Génése elle sert à quoi ?
Dans la Genèse Dieu crée l'être humain à partir d'une glaise grossière en lui insufflant son esprit (âme).
Bible des peuples Genèse 2 7 a écrit : Alors Yahvé Dieu forma l’homme ; il n’était que poussière du sol, mais Dieu souffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme fut un être animé, vivant.
Saint-Exupéry reprend cette métaphore qui rend compte de la nature humaine, corps et âme, être animal et spirituel.
okay mercii 😀 😀 😀 😀 😀