Attention : qui dit césure ne dit pas nécessairement pause, même à l'époque de la
Chanson de Roland. La césure est une frontière syntaxique récurrente, ce qui n'est pas la même chose. Elle peut s'accompagner d'une pause effective, mais celle-ci peut être aussi tout à fait virtuelle ; elle est néanmoins toujours perceptible dans l'alexandrin régulier et le trimètre dit "romantique". Elle est signalée par un accent de groupe, mais c'est normal puisqu'elle coïncide avec une coupe (sauf si elle est enjambante).
Je me permets de ne pas être d'accord avec ce que vous dites à propos de colline en fin de vers ; ce n'est pas la syllabe "ne" qui est hors comptage, c'est le e qui est caduc ; le -n se reporte sur la syllabe précédente, qu'il ferme en devenant implosif.
Vois/-tu/ tous/ ces/ sol/dats// en/ haut/ de/ la/ col/lin/(e) ?
Je réponds plus en détails à votre message :
sat840 a écrit : Il m’est apparu (tardivement, mais c’est mieux que jamais) que la césure était difficilement compatible avec un arrêt temporel (en raison des élisions et liaisons) et qu’elle devait être plutôt marquée par un accent tonique.
Je ne le pense absolument pas : vous avez des phrases qui sont plus courtes que le vers : on ne va pas tout enchaîner sous prétexte qu'il faut faire reconnaître l'alexandrin. Il y a même parfois plusieurs pauses : chez Hugo, c'est fréquent. Et que dire de la versification de poètes comme Rimbaud qui désarticulent l'alexandrin ?
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille./// [longue pause]
Il a deux trous rouges au côté droit.
Comme la césure est absente dans ce vers, on ne perçoit plus le rythme traditionnel…
Il ne faut pas rester sur une conception trop rigoriste de l'alexandrin, bien déclamatoire à la longue.
sat840 a écrit :Le plus problématique, c’est que tout arrêt temporel à l’intérieur du vers entraîne une confusion avec une fin de vers.
C'est le cas dès l'origine, dans la poésie épique, le e est souvent caduc à l'hémistiche devant consonne (il était faiblement prononcé, mais ne comptait pas dans la mesure).
Oliver munt(et)// desur un pui halçur ;
Guerdet sur destr(e)// parmi un val herbus.
(Chanson de Roland)
La syntaxe impose des "kôla" plus brefs que le vers, et c'est d'ailleurs pour cela que l'assonance, puis la rime, dans les vers privés de césure et enjambant fréquemment, comme l'octosyllabe des romans, se sont développées.
sat840 a écrit : Or, les déclamations (du moins actuelles et les miennes comprises) sont farcies d’arrêts temporels générant des e ammuis complètement illicites. Ce sont des alexandrins sur le papier, mais pas du tout à l’audition.
La diction fautive vient surtout du fait qu'on ne prononce plus toujours le e devant consonne ; le vers devient hypométrique, ce qui n'était pas le cas dans les vers anciens que je vous ai cités. Ce n'est pas par méconnaissance, c'est sans doute afin d'obtenir une diction plus naturelle.
sat840 a écrit : Concernant la dernière syllabe de l’hexamètre, dont vous dites que sa longueur peut être variable, j’y verrais un phénomène un peu comparable en versification française selon que le vers se termine ou non par une syllabe en e ammui. Par exemple, si le vers se termine par le mot “colline”, la dernière syllabe comptabilisée “lli” sera prolongée par “ne”, hors comptage. Si le vers se termine par le mot “coteau”, la dernière syllabe sera “teau”. Or, “lline” est évidemment plus long que “teau”, presque le double en durée (quoique l’intensité du e post-accentuel de “lline” soit environ de 2/10ème par rapport à la syllabe tonique), ce que j’ai vérifié par des enregistrements graphiques. Je vous invite à écouter la vidéo que j’ai consacrée au sujet. Je formule à ce propos une hypothèse sur l’affect que pouvait (possiblement) traduire le récitatif du grec ancien. Vous avez probablement une idée sur la question.
Vide supra.
sat840 a écrit :https://www.youtube.com//wTWP0cYiEbE
Y a-t-il des exemples sonores ? Je ne les ai pas entendus…