Le Moniage Rainouart, vers 1277 à 1309
21 réponses · Page 1 / 2
Bonjour,
j'aurais un texte en ancien français d'une quarantaine de vers à traduire et j'éprouve des difficultés dans cette traduction malgré un dictionnaire et une grammaire sur la table… Je n'ai que peu d'expérience dans le domaine malheureusement.
Quelqu'un serait-il prêt à bien vouloir m'aider? MERCI beaucoup!
Voici le texte en question issu du "Le moniage Rainouart" vers 1277 à 1309 suivi d'une tentative de traduction en recherchant le vocabulaire.
Franchois se gaitent desi a l'ajorner.
Li quens Gauillaume vait el palais ester ;
pleure et regrete Renouart au tinel :
« Renouart frere, com devroie derver !
Tant ere liés quant soliés canter
par devant moi, et salir et treper,
vostre tinel branloier et lever ;
ne nos laissiés dormir ne reposer.
Ainc ne fu hom tant peüst endurer.
S'or fuissiés vif, bien le puis afïer,
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
Es Mairefer qui s'estoit fais armer ;
vint a la porte et maillier et hurter ;
a son tinel en fait les huis branler.
Ou voit Guillaume, si li prist a crier :
« Es tu la sus, dant Guillaume le ber ?
Descen cha jus ! Vien a moi behorder,
devant ta porte caploier et hurter.
Se tu me pués par ton cors seul mater,
jou en ferai ma grant ost retorner ;
anchois demain le verrés destraver. »
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
Jou m'adobaisse sans plus de demorer,
si grant te voi que n'os vers toi aler,
car jou me criem ne peüse endurer.
Mais por tot che me voel ore esprover ;
or esta crois, ja me verras armer. »
Dist Mairefers : « Bien le voel creanter. »
Li quens Guillaume vait l'auberc endoser,
et chaint l'espée, et lace l'elme cler.
La veïssiés mout grant duel demener ;
pleurent li dames, serjant, et baceler.
vocabulaire: Franchois se gaitent desi a l'ajorner
Franchois (franc, noble), se (en cas que, supposé que), gaitent (guetter), desi (jusqu'à), ajorner (se lever, briller, saluer au commencement de la journée)
Li quens Gauillaume vait el palais ester
li (cas sujet singulier ou pluriel), quens (verbe conter), vait (aller ou voir), el (il ou le), ester (être ou s'arrêter)
pleure et regrete Renouart au tinel
pleure (verbe plorer), tinel (cuve, bâton ou salle à manger basse)
« Renouart frere, com devroie derver !
Com (comme), Devroie (devoir), derver (être ou devenir fou ou furieux)
Tant ere liés quant soliés canter
souloir (avoir coutume de), canter (chanter)
par devant moi, et salir et treper,
salir (saillir = sauter), treper (sauter, danser)
vostre tinel branloier et lever ;
tinel (cuve, bâton ou salle à manger basse), branloier (secouer)
ne nos laissiés dormir ne reposer.
Ainc ne fu hom tant peüst endurer.
Anic (une fois), hom (?)
S'or fuissiés vif, bien le puis afïer,
s'or (?), fuissiés (?) afier (promettre)
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
cil (celui), raler (retourner)
Es Mairefer qui s'estoit fais armer ;
vint a la porte et maillier et hurter ;
a son tinel en fait les huis branler.
Huis (porte)
Ou voit Guillaume, si li prist a crier :
« Es tu la sus, dant Guillaume le ber ?
Es tu la sus (est-tu en haut), dant (titre de dignité), le ber (le baron)
Descen cha jus ! Vien a moi behorder,
cha jus (ça jus = ici bas, en bas) behorder (jouter)
devant ta porte caploier et hurter.
Caploier (? cap = tête ?)
Se tu me pués par ton cors seul mater,
cors (corps), mater (vaincre)
jou en ferai ma grant ost retorner ;
jou (je) ost (amrée),
anchois demain le verrés destraver. »
anchois (?), verrés (verbe voir), desptraver (arracher, rompre)
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
Mout (molt = en grand nombre)
Jou m'adobaisse sans plus de demorer,
jou (je), sans plus de demorer (sans plus tarder)
si grant te voi que n'os vers toi aler,
n'os (nous)
car jou me criem ne peüse endurer.
Criem (criembre = craindre)
Mais por tot che me voel ore esprover ;
tot (tout ou complètement) ore (maintenant) esprover (vérifier)
or esta crois, ja me verras armer. »
or (or (métal) ou hort = jardin ou eur = chance)
Dist Mairefers : « Bien le voel creanter. »
voel (voil = volonté désir), creanter (promettre)
Li quens Guillaume vait l'auberc endoser,
et chaint l'espée, et lace l'elme cler.
Chaint (ceindre) elem (heaume) cler (brillant, célèbre)
La veïssiés mout grant duel demener ;
veïssiés (voir), mout (en grand nombre), demener (mener, faire)
pleurent li dames, serjant, et baceler.
Serjant (serviteur) bacelier ( ?bachelier = jeune qui aspire à devenir chevalier ?)
Vous n'y arriverez pas comme cela, le premier vers en témoigne : vous prenez les mots un par sans tenir compte de leurs relations
Les premiers vers signifient simplement :
Les Français se tiennent sur leur garde jusqu'au point du jour,
Le comte Guillaume va demeurer dans son palais ;
Il se lamente et déplore la disparition de Rainouart à la massue (on peut laisser "tinel")
"Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Allez, essaie de traduire la suite, c'est plus facile.
Merci pour votre aide Jacques ainsi que pour la traduction de ces premiers vers. Cela m'aide à comprendre le sens du texte. J'ai tenté ici une première traduction (je précise que je ne suis pas tu tout expérimenté dans cet exercice). Il manque encore quelques éléments.
Vos remarques et conseils seront plus que les bienvenus!
Franchois se gaitent desi a l'ajorner.
Les Français (Francs)se tiennent sur leur garde jusqu'au point du jour
Li quens Guillaume vait el palais ester
Le comte Guillaume va demeurer (demeure) dans son palais
pleure et regrete Renouart au tinel
Il se lamente et déplore la disparition de Rainouart à la massue (comment interpréter ce vers, « disparition à la massue »?)
Renouart frere, com devroie derver !
"Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Tant ere liés quant soliés canter
…que de coutume chanter.
par devant moi, et salir et treper,
Devant moi en sautant et dansant
vostre tinel branloier et lever ;
en levant et secouant votre massue (tinel)
ne nos laissiés dormir ne reposer.
Ne nous laissent ni dormir ni nous reposer
Ainc ne fu hom tant peüst endurer.
Jamais ne fut homme qui pu tant endurer
S'or fuissiés vif, bien le puis afïer,
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
Es Mairefer qui s'estoit fais armer ;
vint a la porte et maillier et hurter ;
Vient frapper et tambouriner à la porte
a son tinel en fait les huis branler.
Avec sa massue (tinel) fait chanceler la porte d'entrée
Ou voit Guillaume, si li prist a crier :
l'on vit Guillaume qui se prit à crier :
« Es tu la sus, dant Guillaume le ber ?
Est-tu là haut, noble Guillaume le baron ?
Descen cha jus ! Vien a moi behorder,
Descends (en bas)! Et viens m'affronter en joute,
devant ta porte caploier et hurter.
En tapant et frappant devant ta porte
Se tu me pués par ton cors seul mater,
Si tu peux par ton seul corps me vaincre
jou en ferai ma grant ost retorner ;
anchois demain le verrés destraver. »
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
Regarde dit Guillaume, le sarrasin..
Jou m'adobaisse sans plus de demorer,
je me rends sans plus tarder
si grant te voi que n'os vers toi aler,
…que nous allions vers toi
car jou me criem ne peüse endurer.
Car je crains de ne pouvoir l'endurer.
Mais por tot che me voel ore esprover ;
Mais pour tout…
or esta crois, ja me verras armer. »
Dist Mairefers : « Bien le voel creanter. »
Mairefers dit : « …volonté de promettre »
Li quens Guillaume vait l'auberc endoser,
Le comte Guillaume va mettre/endosser le …
et chaint l'espée, et lace l'elme cler.
Et ceint de ses mains l'épée, et met le heaume luisant
La veïssiés mout grant duel demener ;
l'assistance en grand nombre le vit faire
pleurent li dames, serjant, et baceler.
Les dames, serviteurs et bacheliers en pleurent.
Franchois se gaitent desi a l'ajorner.
Les Français (Francs)se tiennent sur leur garde jusqu'au point du jour
Il ne faut pas hésiter à traduire par "Français" ; ce mot, nullement anachronique, désigne les habitants du domaine royal (en théorie de Louis le Pieux, en réalité, de Louis VII) et, par extension, le "camp" du roi, par opposition aux Sarrasins. Le mot figure déjà dans la Chanson de Roland, en concurrence avec "Franc" il est vrai.
Li quens Guillaume vait el palais ester
Le comte Guillaume va demeurer (demeure) dans son palais
Il faut traduire exactement : pourquoi supprimer vait ?
pleure et regrete Renouart au tinel
Il se lamente et déplore la disparition de Rainouart à la massue (comment interpréter ce vers, « disparition à la massue »?)
"au tinel" caractérise Rainouart ; c'est "Rainouart au tinel" qu'il faut comprendre, comme "Charlemagne à la barbe fleurie", par exemple. Jamais je n'aurais écrit du charabia.
Renouart frere, com devroie derver !
"Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Tant ere liés quant soliés canter
…que de coutume chanter.
Non, souloir est un verbe à l'imparfait, ere est l'imparfait du verbe estre (grammaire, mais évidemment, la forme varie suivant les dialectes et les époques) et liés signifie "content, heureux, joyeux" (dictionnaire, mais là encore, la forme peut varier).
par devant moi, et salir et treper,
Devant moi en sautant et dansant
Les infinitifs dépendent de soloir, tout comme canter. Ne perdez pas le fil de la phrase.
vostre tinel branloier et lever ;
en levant et secouant votre massue (tinel)
Même remarque, et vous avez inversé l'ordre des verbes.
ne nos laissiés dormir ne reposer.
Ne nous laissent ni dormir ni nous reposer
Quel serait le sens ? laissiés est au même temps et à la même personne que soliés : donc :
"vous ne nous laissiez ni dormir ni nous reposer"
Ainc ne fu hom tant peüst endurer.
Jamais ne fut homme qui pu tant endurer
"Jamais il n'y eut … qui pût …"
S'or fuissiés vif, bien le puis afïer,
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
s' = si ; or = maintenant ; fuissiés est l'imparfait du subjonctif de estre ; vif = vivant ; afier = jurer ; peüssent est l'imparfait du subjonctif de pooir (pouvoir) ; raler = aller de nouveau, d'où ici : (s'en) retourner, revenir (chez eux).
Essayez de traduire.
Petite curiosité : liés, vu ce que vous en dites, aurait-il un rapport avec le mot liesse
Oui :
La forme liesse est due à l'infl. de l'adj. lié « joyeux »
(Tlfi)
Encore merci pour vos corrections! J'ai essayé d'améliorer un peu la première partie du texte que vous m'avez indiqué. Quant à la suite de la traduction, des remarques?
Franchois se gaitent desi a l'ajorner.
Les Français se tiennent sur leur garde jusqu'au point du jour
Li quens Guillaume vait el palais ester
Le comte Guillaume va demeurer dans son palais
pleure et regrete Renouart au tinel
Il se lamente et déplore la disparition de Rainouart au tinel (dans le sens « charlemagne à la barbe fleurie »)
Renouart frere, com devroie derver !
"Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Tant ere liés quant soliés canter
…était tellement joyeux de chanter.
par devant moi, et salir et treper,
Devant moi, et sautiez et dansiez.
vostre tinel branloier et lever ;
secouiez et leviez votre massue (tinel)
ne nos laissiés dormir ne reposer.
vous ne nous laissiez ni dormir ni nous reposer
Ainc ne fu hom tant peüst endurer.
Jamais il n'y eut homme qui pût tant endurer.
S'or fuissiés vif, bien le puis afïer,
Si maintenant qu'ils fussent vivants, …jurer. (problèmes de temps?)
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
qu'ils ne pussent retourner chez eux.
Es Mairefer qui s'estoit fais armer ;
vint a la porte et maillier et hurter ;
Vient frapper et tambouriner à la porte
a son tinel en fait les huis branler.
Avec sa massue (tinel) fait chanceler la porte d'entrée
Ou voit Guillaume, si li prist a crier :
l'on vit Guillaume qui se prit à crier :
« Es tu la sus, dant Guillaume le ber ?
Est-tu là haut, noble Guillaume le baron ?
Descen cha jus ! Vien a moi behorder,
Descends (en bas)! Et viens m'affronter en joute,
devant ta porte caploier et hurter.
En tapant et frappant devant ta porte
Se tu me pués par ton cors seul mater,
Si tu peux par ton seul corps me vaincre
jou en ferai ma grant ost retorner ;
anchois demain le verrés destraver. »
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
Regarde dit Guillaume, le sarrasin…
Jou m'adobaisse sans plus de demorer,
je me rends sans plus tarder
si grant te voi que n'os vers toi aler,
…que nous allions vers toi
car jou me criem ne peüse endurer.
Car je crains de ne pouvoir l'endurer.
Mais por tot che me voel ore esprover ;
Mais pour tout…
or esta crois, ja me verras armer. »
Dist Mairefers : « Bien le voel creanter. »
Mairefers dit : « …volonté de promettre »
Li quens Guillaume vait l'auberc endoser,
Le comte Guillaume va mettre/endosser le …
et chaint l'espée, et lace l'elme cler.
Et ceint de ses mains l'épée, et met le heaume luisant
La veïssiés mout grant duel demener ;
l'assistance en grand nombre le vit faire
pleurent li dames, serjant, et baceler.
Les dames, serviteurs et bacheliers en pleurent.
Tant ere liés quant soliés canter
…était tellement joyeux de chanter.
par devant moi, et salir et treper,
Devant moi, et sautiez et dansiez.
N'écrivez que ce qui a du sens !
J'étais si heureux quand vous aviez l'habitude de chanter
devant moi, et …
Laissez pour le moment les passages avec les subjonctifs.
Pour la suite, deux mots difficile à identifier :
- es = voici (latin ecce)
- ou = lorsque (latin ubi)
voir n'est pas un verbe…
Quel est votre niveau d'étude en AF ?
Niveau assez bas j'en ai peur. J'ai fait plus ou moins une année d'ancien français mais d'avantage basé sur le français de la Renaissance au XVIIème siècle.
J'ai en effet des problèmes avec ces subjonctifs.
Le problème est que je ne sais comment vous aider en évitant de vous donner la "solution".
Je pourrais vous faire une traduction littérale, "mot à mot", cette traduction pourrait avoir un intérêt pédagogique, mais pas dans le cas où c'est un devoir que vous avez à rendre…
Dites-moi.
Vous faites une grosse incorrection dans la traduction des passages au subjonctif : on est dans un système hypothétique avec le subjonctif imparfait dans la subordonnée comme dans la principale, comme en latin. En français moderne, on n'aura évidemment plus de subjonctifs, vous ne pouvez les laisser tels quels :
Donc : "Si vous…"
Dites-vous que ce que vous lisez a du sens et que vous devez restituer ce sens dans des phrases qui tiennent debout ! Ne faites pas vers par vers.
Faites-vous une langue ancienne ?
En fait, je travaille sur ce texte dans le cadre notamment de l'étude de la chanson de geste et de son rapport à la musique.
J'aimerais dans le futur travailler également sur la mise en musique des ces chansons de geste. La signification et traduction littérale du texte est donc primordiale, plus que l'exercice de traduction à proprement parlé qui l'est moins.
Et c'est justement dans cette exercice de traduction que je suis moins compétent et viens quérir un peu d'aide.
Et non je ne fait pas d'autres langues anciennes malheureusement. Je suis historien de l'art et musicologue.
Tout à fait intéressant. Je vous demanderai des précisions sur la musicologie médiévale en MP, si vous le voulez bien. En attendant, je puis vous traduire le texte, si vous le souhaitez, ou préférez-vous encore chercher ?
Oui je serais ravi de pouvoir vous aider sur un sujet musicologique!
Vous me seriez d'une grande aide si vous acceptiez de traduire le texte.
Merci encore!
Franchois se gaitent desi a l'ajorner.
Les Français sont sur leur garde jusqu’au point du jour.
Li quens Gauillaume vait el palais ester ;
Le comte Guillaume va demeurer dans son palais ;
pleure et regrete Renouart au tinel :
Il se lamente et déplore la disparition de Rainouart au tinel :
« Renouart frere, com devroie derver !
« Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Tant ere liés quant soliés canter
J’étais si aise quand vous aviez coutume de chanter
par devant moi, et salir et treper,
devant moi, de sauter et de danser,
vostre tinel branloier et lever ;
d'agiter et de lever votre tinel ;
ne nos laissiés dormir ne reposer.
vous ne nous laissiez ni dormir ni nous reposer.
Ainc ne fu hom tant peüst endurer.
Jamais il n’y eut homme qui pût en supporter autant.
S'or fuissiés vif, bien le puis afïer,
Si à présent vous étiez vivant, je puis bien l'assurer,
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
ces Sarrasins ne pourraient s’en revenir chez eux. »
Es Mairefer qui s'estoit fais armer ;
Voici Mairefer qui s’était fait armer ;
vint a la porte et maillier et hurter ;
il vint à la (grande) porte donner des coups et frapper ;
a son tinel en fait les huis branler.
avec son tinel il en fait bouger le chambranle.
Ou voit Guillaume, si li prist a crier :
Lorsqu’il voit Guillaume, alors il se prit à crier :
« Es tu la sus, dant Guillaume le ber ?
« Es-tu là haut, sire Guillaume le baron ?
Descen cha jus ! Vien a moi behorder,
Descends jusqu’ici ! Viens te mesurer à moi,
devant ta porte caploier et hurter.
(viens) devant ta porte frapper et donner des coups.
Se tu me pués par ton cors seul mater,
Si tu peux me vaincre par ta seule personne,
jou en ferai ma grant ost retorner ;
Je ferai, pour cela, retirer ma grande armée ;
anchois demain le verrés destraver. »
Avant demain, vous la verrez lever le siège. »
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
« En vérité », dit Guillaume, Sarrasin, tu es très courtois.
Jou m'adobaisse sans plus de demorer,
Je m’équipe sans plus attendre,
si grant te voi que n'os vers toi aler,
je te vois si imposant que je n’ose vers toi aller,
car jou me criem ne peüse endurer.
car je crains de ne pouvoir le supporter.
Mais por tot che me voel ore esprover ;
Mais malgré tout cela, je veux maintenant me lancer dans l’épreuve ;
or esta crois, ja me verras armer. »
A présent, cesse tout bruit, tu me verras m’armer aussitôt. »
Dist Mairefers : « Bien le voel creanter. »
Mairefer dit : « Je veux bien l’accepter. »
Li quens Guillaume vait l'auberc endoser,
Le comte Guillaume va endosser son haubert,
et chaint l'espée, et lace l'elme cler.
il ceint l’épée et lace son heaume brillant.
La veïssiés mout grant duel demener ;
Là, vous auriez vu manifester une très grande douleur ;
pleurent li dames, serjant, et baceler.
Se lamentent dames, hommes d’armes et jeunes nobles.
Merci Jacques pour cette belle traduction! Tout semble plus clair désormais.
J'ai cela-dit encore quelques petites questions de précision et de sens:
« Renouart frere, com devroie derver !
« Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Tant ere liés quant soliés canter
J’étais si aise quand vous aviez coutume de chanter
Comment voit-on que « je » est le sujet de ces deux vers ?
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
ces Sarrasins ne pourraient s’en revenir chez eux. »
Je ne comprends pas très bien le sens de ce vers dans la traduction.
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
« En vérité », dit Guillaume, Sarrasin, tu es très courtois.
Idem
or esta crois, ja me verras armer. »
A présent, cesse tout bruit, tu me verras m’armer aussitôt. »
Je n'arrive pas à voir d'où provient chaque mot de la traduction.
La veïssiés mout grant duel demener ;
Là, vous auriez vu manifester une très grande douleur ;
Duel se traduit-t-il par douleur dans ce cas ci ?
« Renouart frere, com devroie derver !
« Rainouart mon frère, comme je devrais perdre la raison !
Tant ere liés quant soliés canter
J’étais si aise quand vous aviez coutume de chanter
Comment voit-on que « je » est le sujet de ces deux vers ?
Il est évident que le "je" s'adresse au "tu"…
cil Sarrasin n'en peüssent raler. »
ces Sarrasins ne pourraient s’en revenir chez eux. »
Je ne comprends pas très bien le sens de ce vers dans la traduction.
Si Rainouart (qu'on croit mort) était là, les Sarrasins ne reverraient plus leur pays, ils seraient tous tués par lui !
« Voir, » dist Guillaume, « Sarrasin, mout iés ber.
« En vérité », dit Guillaume, Sarrasin, tu es très courtois.
Idem
En proposant un combat singulier, Mairefer est chevaleresque, il a une vertu cardinale en chevalerie.
or esta crois, ja me verras armer. »
A présent, cesse tout bruit, tu me verras m’armer aussitôt. »
Je n'arrive pas à voir d'où provient chaque mot de la traduction.
En fait, il y a une difficulté. Etes vous sûr du texte ? esta est une interjection (l'équivalent de l'italien basta !), mais je ne suis pas sûr de crois.
La veïssiés mout grant duel demener ;
Là, vous auriez vu manifester une très grande douleur ;
Duel se traduit-t-il par douleur dans ce cas ci ?
Oui, c'est le sens étymologique.
Ok merci.
Oui, "or esta crois, ja me verras armer" se trouvel tel quel dans le texte.
Oui, mais dans quel texte ?
Le moniage Rainouart I, éd. G. Bertin, Paris, SATF, 1973.
OK, donc le texte est sûr. Je continue à chercher, mais le sens général ne fait pas de doute.
Je me doutais qu'il y avait un os ! ce n'est pas esta crois mais esta cois : "reste tranquille" d'où "cesse ton bruit", comme je l'avais conjecturé (crois peut en effet signifier "bruit désagréable", mais ester n'est pas normalement transitif).
Toujours s'assurer du texte que l'on recopie !!!