Bonjour à tous , je viens de finir de lire la lettre du voyant (la deuxième) de Rimbaud adressé à Paul Demeny. Il est vrai que cette lecture courte soit elle est assez difficile à comprendre. Pour preuve, je n'ai pas compris le célèbre passage « Je est un autre » ("Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute."
Merci de bien vouloir m'expliquer 🙂 🙂
Très simplement : les expériences multiples accumulées par le poète (ou l'Homme) le portent à la limite de la folie ou de la mort, mais alors là, miracle : un autre moi se révèle, un être qui voit ses pouvoirs égaler ceux de Dieu, ou tout au moins ceux d'un démiurge, un être qui perd en tout cas son identité, ses particularités qui le rendaient imparfait et malheureux dans le monde.
Le "je" est alors devenu "autre".
Merci j'ai compris ! 🙂 Aussi, il me semble que le principe de la lettre du voyant est d'exposer sa pensée au sujet du poète, ses fonctions et comment devenir un poète novateur, ainsi je ne comprend pourquoi Rimbaud a inséré cette sorte poème. Je n'ai pas compris ce qu'il a voulu véhiculé à travers :/
MES PETITES AMOUREUSES
Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou :
Sous l’arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs.
Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !
Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron :
On mangeait des œufs à la coque
Et du mouron !
Un soir, tu me sacras poète,
Blond laideron.
Descends ici que je te fouette
En mon giron ;
J’ai dégueulé ta bandoline
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.
Pouah ! mes salives desséchées
Roux laideron,
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !
Ô mes petites amoureuses,
Que je vous haïs !
Plaquez de fouffes douloureuses,
Vos tétons laids !
Piétinez mes vieilles terrines
De sentiment ;
Hop donc soyez-moi ballerines
Pour un moment !…
Vos omoplates se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent
Tournez vos tours.
Et c’est pourtant pour ces éclanches
Que j’ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
D’avoir aimé !
Fade amas d’étoiles ratées,
Comblez les coins
— Vous creverez en Dieu, bâtées
D’ignobles soins !
Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !
Merci 🙂
Ce n'est pas seulement un "poète novateur" que Rimbaud entend être. A. Breton disait : Rimbaud est surréaliste dans la pratique de la vie et ailleurs. On peut remplacer ici sans grand dommage "surréaliste" par "voyant".
Pour ce qui est de l'insertion de ce poème, celle-ci est signalée comme une sorte d'intermède dans le fil du discours ; quelques minutes de pause (six exactement). Rimbaud parle d'un "psaume hors du texte". De fait, ce poème n'illustre pas la voyance, mais plutôt la dérision et la recherche d'un langage nouveau par le biais de la richesse lexicale. Sur le fond, ce poème est l'opposé exact du sentimentalisme en poésie, phase qu'avait traversée brièvement Rimbaud au début de son parcours (tout va si vite chez lui !). On peut y déceler aussi de l'érotisme.