La littérature, domaine bourgeois ?

Littérature

29 réponses · Page 2 / 2

Bonsoir JSC,

Il ne faut pas oublier que beaucoup de romans ont été publiés sous forme de feuilletons dans les journaux (lus par le "peuple", voir ici). Zola n'a pas échappé aux habitudes et besoins financiers de l'époque…

Une partie de sa notoriété est due à cela…

Muriel
Mon auteur culte est Welsh, et il est issu de la classe la plus basse possible. "L'Etat providence" permet de survivre sans travailler, en ayant pas mal de temps pour écrire. La littérature a peut-être pu "appartenir" à la bourgeoisie, avec quelques heureuses nuances, mais aujourd'hui ce n'est plus le cas.
Il faut aussi soulever un détail qui me semble important: écrire un bon bouquin demande une bonne dose d'intelligence et de culture, et une personne intelligente et cultivée trouvera le moyen de sortir de la classe "chômeur" et même de la classe "ouvrier" pour se hisser au moins vers la classe moyenne, sauf récession ou conditions particulières. Aujourd'hui, les classes ne sont plus aussi fermées qu'avant. Ca joue aussi beaucoup. Certains sautent même des classes grâce à l'art, je pense notamment au rap (le rap est-il de l'art? Un autre sujet à ouvrir ça…).
Crois tu que Zola avait comme lectorat beaucoup de 'peuple'?
(…) je ne crois pas qu'on donnait beaucoup de Zola aux élèves à lire au XIX[sup]ème[/sup] s.
Restons avec lui un instant; son père était ingénieur de travaux publiques, notamment responsable pour la construction d'un canal près d'Aix en Provence. Émile plus ou moins issu du peuple?
Apprendre à écrire, c'est aussi apprendre à lire… 🙄

Encore une fois, je dois te re-préciser que tu lis très mal, je n'ai à aucun moment dit ça. Je dois donc me répéter : "plusieurs écrivain se sont senti coupables : Zola a par exemple voulu que sa littérature ait "l'odeur du peuple""

Je ne dis donc pas que Zola provient du peuple, mais qu'il se sent coupable que la littérature fasse moins référence au peuple : il insère donc le peuple dans sa littérature par le biais des personnages. Toute personne bien intentionnée l'aura évidemment compris.

Zola se situe quand même à un tournant, quoiqu'il soit "bourgeois", car il a cherché, comme d'autres (qui l'ont mieux fait à son époque) à porter la littérature dans d'autres médias, comme le théâtre (qui reste un lieu "bourgeois", d'autres à l'époque le portent dans des lieux moins "bourgeois" comme les cafés) ou surtout dans les journaux (plusieurs écrivains sont feuilletonnistes).

C'est parfois pénible de devoir te ré-expliquer les choses à chaque fois. C'est maladif de ta part de vouloir chercher l'erreur, surtout quand elle n'est pas là.

Mais je reste toutefois à ta disposition pour de futurs éclaircissements…

Bien à toi
Le père de Zola est mort lorsqu'Emile avait sept ans ; et sa mère est restée sans grandes ressources ; la famille vivait, sinon dans la misère, du moins dans la gêne. L'écrivain, quoiqu'issu d'un milieu "bourgeois" a pu mieux que d'autres comprendre des situations difficiles. Ce n'était pas un enfant gâté. Recalé deux fois au bac, il a connu la misère à Aix, et a débuté dans la vie comme employé aux écritures : rien de prestigieux…
Bonjour.
Muriel H. a écrit :Il ne faut pas oublier que beaucoup de romans ont été publiés sous forme de feuilletons dans les journaux (lus par le "peuple", voir ici). Zola n'a pas échappé aux habitudes et besoins financiers de l'époque…

Une partie de sa notoriété est due à cela…

Muriel
Si je n'étais pas sans ignorer ce fait (Balzac aussi s'y prêta), il est vrai que je ne l'avais pas en tête en postant sur les pratiques du XIX[sup]ème[/sup] s. .
Cependant, ayant lu l'article Wiki, très informateur, je reviens sur mon thème de lectorat, car si le caractère "bourgeois" de la littérature dépend d'une certaine mesure des intentions des écrivains, la "popularité" de son lectorat pourra aussi être déterminante.
Le problème du lectorat du feuilleton, populaire ou d'élite, demeure un sujet controversé
SourceLectorat.
J'ajoute que très peu des nombreuses personnages dans les romans de Zola (pour continuer à prendre l'exemple de Sigismond) font preuve de savoir lire un roman populaire, ou en avoir le temps pour ce faire., le type-même du genre feuilleton mentionné dans l'article. Dans mon lien, il paraît que le roman populaire ne connaisse pas son histoire avant 1880!
L'écrivain, quoiqu'issu d'un milieu "bourgeois"
Merci d'avoir confirmé mon opinion. 🙂
marcenciel a écrit :La littérature a peut-être pu "appartenir" à la bourgeoisie, avec quelques heureuses nuances, mais aujourd'hui ce n'est plus le cas.
Aujourd'hui, les classes ne sont plus aussi fermées qu'avant.
Ce qu'on a le souhait à croire.
Pourtant, les adolescents (de toute origine) généralement ne se donnent pas à la littérature (terme défaillant car tout le monde ne serait pas d'accord sur sa définition) par plaisir aussi souvent qu'avant.
Anecdote: il y a quelques années, le Canard Enchaîné s'est amusé à publier les noms des personnes récemment recrutées par le Ministère de la Culture et Communication; c'est à remarquer le nombre de noms à particule des employés!
Plus de mobilité sociale en 2008 qu'en 1978? À prouver.

Sigismond, j'aurais pensé que les critiques personnelles et les arguments ad hominem ne valent pas de réponses aux questions que je pose.
Sigismond, j'aurais pensé que les critiques personnelles et les arguments ad hominem ne valent pas de réponses aux questions que je pose.
Je te retourne simplement l'accusation. Je n'ai pas l'impression de lancer la première pierre, ni les autres.

A propos du thème du lectorat, je crois que tu as raison. C'est une thématique très peu mise en avant et pourtant cruciale (la littérature existe parce qu'elle est lue). Peu d'universitaires y portent attention, et peu de manuels également. Un manuel pourrait te satisfaire, qui s'intéresse à cette problématique (ce qui est rare, car on doit aller vite), c'est

E. Breuil, Les littératures fin de siècle, juin 2008, La Bibliothèque Gallimard, coll. En perspective, isbn 9782070357192, 5€30. Trois petits chapitres sont ainsi intitulés "Ecrire sur le peuple", "Ecrire pour le peuple" et "Je donne ma langue au peuple".
La prétention de ce manuel n'est pas de s'intéresser à cette problématique, mais au moins il ne l'ignore pas.

Une autre problématique est intéressante, et pas suffisamment abordée à mon goût (idée subjective ?) : le rôle du paratexte, de l'éditeur, de l'imprimeur, etc.

Bien amicalement comme toujours
[Dans mon lien, il paraît que le roman populaire ne connaisse pas son histoire avant 1880!
Pour utiliser les mêmes sources (Wikipedia), je réponds :
"[Eugène Sue] est principalement connu pour deux de ses romans-feuilletons à caractère social : Les Mystères de Paris (1842-1843) et le Juif errant (1844-1845)." (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Sue)

d'accord, je parle de "romans feuilletons", mais encore pour citer Wikipedia :

"Les œuvres d'Alexandre Dumas, d'Eugène Sue ou de Georges Simenon, entre autres, sont classées parmi les plus grandes réussites du roman populaire." (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_populaire)


ps : j'espère que ça mettra un terme à tes attaques ab nominem. Mais je m'y mets à mon tour, et j'espère pour la première et dernière fois (je ne suis pas là pour ça, et les personnes venant voir ce site n'en ont rien à faire). Preuve de ta mauvaise foi, le fait que tu dises par exemple à Léah merci de confirmer ton propos selon lequel Zola est "issu de milieu bourgeois". Or, moi, je n'ai à aucun moment remis en cause cette idée, par contre Léah émet une nuance…
Oui Sigismond, j'ai soigneusement mis "bourgeois" entre guillemets, car si on connaît le métier du père de Zola (ingénieur des TP) on ignore la situation de sa mère, et celle des grands-parents.
La notion de litterature populaire remonte assez loin dans notre histoire littéraire : au Moyen-Âge, avec les mystères et les fabliaux, par exemple. Le théâtre était aussi un genre très populaire, repensons à l'Illustre Théâtre Ce qui était inaccessible au "peuple" c'était surtout le livre imprimé… pas la littérature !
Oui, pour résumer, on pourrait schématiquement dire que le concept de littérature appartient à tout le monde (grâce aussi aux littératures orales, et souvent populaires, etc.) mais que son élaboration, son marché et son exploitation ont longtemps été réservées à une caste.

Pour rester sur le cas de Zola que je trouve quand même intéressant même si je ne connais pas trop sa vie, j'ai l'impression qu'il y a une sorte de culpabilité qu'il a fait sienne : il constate que la littérature n'est pas faite pour le peuple, et veut la rendre au peuple. Faute de pouvoir le réaliser en touchant les lecteurs populaires, il met le peuple en scène dans ses romans. Façon détournée.

😉 Ca fait toujours plaisir de lire tes messages !
La littérature est aussi un champ d'expression ouvert à tous, et entre autre à la révolte contre l'ordre bourgeois et établi. Cela sans attendre les formats Poche.

Jules Vallès et Léon Bloy n'étaient pas vraiment des bourgeois et il est difficile d'imaginer leurs lecteurs autrement que révoltés aussi !! (c'est peut être aussi pour cela qu'ils sont mort pauvres 😉 )