La littérature, domaine bourgeois ?

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je vous préviens de suite, j'ai beaucoup de mal à formuler ce sujet, parce que mon idée de départ n'est pas tout-à-fait claire.
Au final, je me rends compte qu'il n'y a pas beaucoup de possibilités de discussion, et que mon post est très très faible niveau argumentaire et sera très aisément critiquable.

Je suis parti de la lecture des Mots de Sartre, dans lesquels il renonce à ses origines bourgeoises et littéraires. Ce sera, effectivement, le dernier livre qu'il publiera.
J'ai donc réfléchi à "la littérature est un domaine bourgeois" et je n'ai pu m'empêcher de constater qu'historiquement, c'était vrai. Toutes les créations, depuis que l'on a reconnu l'Art, est le produit d'une bourgeoisie - disons plutôt d'une classe aisée.

Chez les grecs, les familles riches se reposaient sur leurs esclaves pour leur assurer une bonne source de revenu, et l'on sait que les auteurs dramatiques ne sont pas issus d'une paysannerie libre mais pauvre.
Montaigne, Rabelais, Erasme, More … au XVIe avaient tous des protecteurs, rois, religieux ou nobles, ou alors étaient nobles eux-mêmes.
La littérature classique du XVIIe siècle français a été écrite par les nobles, classe coupée du monde du travail à des fins vitales.
Au XVIIIe siècle, partout en Europe, ce sont les grands-bourgeois, issus des milieux d'affaire, qui produisent la littérature, et, plus généralement, les arts.
Après la Révolution française, et la disparition d'une "noblesse" instituée, cela continue, peut-être un peu moins clairement en raison du surgissement du peuple et de la marche du capitalisme et du socialisme. Peut-on concevoir qu'Hugo, Vigny ou Musset auraient pu tenir leur vie de débauche ou de bohème s'ils n'avaient pas eu des origines leur assurant un revenu financiers agréable ?
À partir du Second Empire, puis pendant la IIIe république, les Salons regroupent une bourgeoisie qui aime à s'adonner à l'intellectualisme - en témoigne l'oeuvre de Proust, sa Recherche du temps perdu étant lui-même issu de ces milieux.

C'est à partir de là que les frontières s'estompent. La littérature s'ouvre au peuple, c'est la démocratisation qui se met en marche, pour en arriver à nos jours où tout le monde, à peu près, peut être publié et revendiquer le titre d' "écrivain". Mais, de nos jours, c'est une nouvelle forme de classe sociale qui s'est crée : la classe moyenne, mi figue mi raisin, ni trop riche, ni trop pauvre pour pouvoir se jeter dans l'entreprise du livre. Les nouveaux pauvres, ce sont les banlieues de HLM - et dans cette partie-là du pays, nous n'aurons peut-être pas la chance de nous voir parvenir un livre digne de ce nom.


Alors j'en viens à la même réflexion que Sartre : la littérature est un luxe. Pourtant, elle est, disons … vitale, et sûrement salvatrice. Notre condition physique doit-elle être assurée pour que l'on puisse se permettre une vie intellectuelle ?
La Littérature a été un luxe tant que la classe moyenne et le reste de la population n'avait ni le temps, ni le moyens, ni les connaissances pour réaliser des oeuvres littéraires…
Ce n'est toujours pas le cas pour une grande partie de la population .. À l'echelle nationale, et, encore plus, à l'echelle mondiale.
C'est vrai j'ai généralisé un peu…
C'est comme tout…

Avec une formation minimum, des personnes habitant les banlieues pouraient elles aussi écrire de très bons livres, faire de très bons films, de très beaux <<tableaux>>, etc..

D'un côté, c'est vrai qu'il faut en avoir les moyens financiers et le temps.
D'un autre côté, le talent ne s'achète pas, enfin à méditer…
Notre condition physique doit-elle être assurée pour que l'on puisse se permettre une vie intellectuelle ?
Oh que oui jacquemort, un homme qui a le ventre vide ne pensera pas à remplir des pages ou des toiles…

Laliie, non le talent ne s'achète ni ne se vend
Tiens j'ai vu une expo interessante ce vendredi. Les ménines déjà "démontées" par Dali et Picasso, déclinées par une vingtaine de peintres amateurs … résultat étonnant. Si vous passez par Barcelone ce mois-ci La ruta de Las Meninas, quartier de Gracia, dans les cafés et restos
Ce qui relève du "bourgeois" n'est peut-être pas la littérature mais l'accès au livre: effectivement, seuls les riches et les puissants ont eu, à une certaine époque, les moyens de se constituer une bibliothèque.
En revanche, la créativité, elle-même, ne relève pas forcément du bourgeois.
Villon était-il riche?
Je ne le crois pas.
Dickens décrit trop bien les milieux pauvres de son époque pour n'en avoir pas tâté.
Camus n'avait rien de quelqu'un de riche au départ.
Certains auteurs latins ont, si mes souvenirs sont bons, commencé comme esclaves.
Etc..
Afin de comprendre un peu mieux ton propos: une question…
De quoi parle-t'on? Du point de vue de la production, ou du point de vue de la réception? Des écrivains ou des lecteurs? De la richesse pécunière ou intellectuelle (le fait d'appartenir à une élite culturelle), car cela ne se recoupe pas forcément?
Bonjours à tous,
Pour répondre à la question de Helandor, le terme bourgeois se rapporte plutôt au domaine économique.
En ce qui concerne la production et la réception d'oeuvre, je pense que cela va ensemble.
en effet, le goût pour la littérature vient en grande parti de l'éducation que l'on a reçu : un jeune à qui on aurait jamais présenté une oeuvre aura difficilement l'envie d'en produire une.
Ainsi, dans les siècles précédent je pense que la littérature était bien un art bourgeois puisque cette classe était la seul à avoir accès à l'éducation et donc à la littérature.
par contre aujourd'hui je pense que la littérature peut toucher toutes les classes sociales, aussi bien la haute société que les nouveaux pauvres décrit par jacquemort grâce à l'école pour tous. Et puisque tout le monde y a accès, il y a de forte chance que tout le monde puisse produire ces oeuvres.
par exemple, je viens de finir le premier homme de Camus. dans ce livre, l'auteur, issus de couche sociale pauvre à Alger, montre bien que si sont maître d'école l'avait pas poussé à aller au collège (à avoir accès à une éducation plus complète), il ne serait jamais devenu l'homme que nous connaissons.
pour finir, je pense tout de même que la bourgeoisie restera dominante dans ce domaine puisque malgré tout les efforts depuis deux siècles, elle garde un accès privilégié à l'éducation. d'ailleurs, il suffit de voir en ce qui nous concerne, à quelles classes (au sens individualiste, le sens marxiste ne vaut plus grand chose aujourd'hui) appartenez vous?
en ce qui me concerne je suis issus de la CSP deux : artisan chef d'entreprise.
Bonsoir,

juste un indice, un peu à côté de la plaque:
1. le théâtre de Shakespeare (XVIème s.) à Southwark fut ouvert à tous et les pebs arrivaient en grande quantité, même s'ils devraient rester debout pour les spectacles.
2. le premier Opéra public (la Fenice à Venise) ouvert en 1614 environ, fut fréquenté dès le début par le public général, non pas par la haute société ou marchands uniquement.
Dans tes exemples, il s'agit de théâtre et d'opéra qui était des lieux très ouverts même à paris si je me souviens bien on pourrait assimiler cela au cinema d'aujourd'hui). Par contre, que pense tu de l'accès des classes les plus pauvres à la littérature antique?
Le théâtre et l'opéra se jouent à partir des textes littéraires! 🙂
Comment expliquer leur popularité dans les cas cités?

Paris? Il y a sûrement des membres plus experts dans la matière que moi, mais j'avais l'impression que, hors les troupes itinérantes, le "Théâtre" et l"Opéra" (avec des majuscules) furent longtemps réservés aux gens de la cour. Molière ne se trouvait pas dans la même situation que Shakespeare. (Monopoles crées par Louis XIV).
De nos jours, les tarifs d'entrée sont souvent des filtres qui assurent l'accès aux moins dépourvus.

Fils d'ouvriers, mes parents m'ont amené à la Bibliothèque toutes les deux semaines à partir d'âge de 6 ans. Il cherchaient aussi la meilleure éducation possible pour me "promouvoir" dans les niveaux sociaux.

La raison pour laquelle ils ont eu ces ambitions qui semblent assez manquantes aujourd'hui je n'ai pas d'explication.
il n'y a aucun doute qu'ils se jouent à partir d'oeuvre littéraire, mais la littérature ne ce limite pas à cela, et le reste, malheureusement, ils n'y avaient pas accès.
pour ce qui est de l'attitude de tes parents, c'est admirable et c'est bien dommage que cela ne soit pas plus répandus. ces ambitions sont peut être tout aussi manquante aujourd'hui qu'a ton époque car ce n'était pas non plus trés répandus par le passé.
quoi qu'il en soit sa confirme ce que je pense : c'est bien l'éducation qui popularise la littérature.
bah je sais pas moi, il me semble quand même qu'une personne issue d 'un milieu plus que modeste dans un pays de la vieille et riche europe ,ancienne colonisatrice, restera quand même un bourgeois.

(juste un doute à propos des grecs qui avaient des esclaves, il me semble aussi que ces esclaves ne s'occupaient que de la partie économique de la maisonnée.Et que donc les propriétaires devaient travailler dans la société pour gagner leur vie.Les esclaves ne leur permettaient pas de se la couler douce.)
Le nouveau film de Laurent Cantet "Entre deux murs" sort en septembre.
Il y a une scène où les professeurs de Histoire-Géo et des Lettres Modernes se parlent d'un tronc commun possible pour la classe de 4ème dans le XXè Arrondissement (ouvrier/multi-éthnique) de Paris. En Histoire, ça sera l'Ancien Régime. Et en français? "Zadig", "Candide" suggère le professeur d'H-G. "Mais pas du tout" retroque notre professeur de français, "ils n'en comprendront pas grand'chose."

En fait, ça sera…le journal d'Anne Frank, ce que les élèves ont le plus grande difficulté à lire et comprendre également. "Comment, elle avait notre âge? On ne veut pas raconter nos vies. Mais il y a soixante ans tout était différent".

Le milieu de professeurs n'est peut-être pas forcément bourgeois, mais ce ne sont pas tous qui sortent du même milieu (et degré de compréhension?) que leurs élèves.
ce n'est pas le film adapté d'un livre de bégaudot ou bégodeau, et qui a été primé à Cannes?
non,non je ne pense pas que j'irais le voir.
Sinon, j'avais vu l'auteur dans l'émission de durand une fois, il parlait de diam's avec un philosophe de droite.Ils restaient camper tous les deux sur leur position, je trouvais le débat raté, y avait pas d'échange constructif de la réflexion, c'était même pas une joute verbale, juste deux opinions contraires qui s'évitaient, et qui se snobaient.Le type m'a fait mauvaise impression.j'aimais pas son argumentation.
littérature, domaine bourgeois?

humm, je ne sais pas vraiment… je plussoie la personne ayant mentionné Dickens, Camus… si on y réfléchit, les écrivains célèbres qui n'avaient pas des conditions de vie très aisées ne sont pas si rares que ça… je pense notamment à Shakespeare, qui certes était apprécié par les monarques de son temps mais il faut tout de même rappeller qu'à l'époque, le théâtre était très mal considéré, et venant des bas fonds , s'adressant à la "multitude"

d'ailleurs Marlowe lui même semble avoir fréquenté ces milieux. si la cause de sa mort reste douteuse, il semble bien qu'il aie été en relation avec de spersonnes de classes peu aisées qui fréquentaient les tavernes

quant à des écrivains tels que Victor Hugo, je ne nie pas qu'il faisait partie d'une classe sociale très aisée cependant les écrits de Hugo restent célèbres pour sa défense des opprimés, cf le Dernier Jour d'un Condamné, Jeanne au Pain Sec, Les Misérables…


après je reconnais qu'il faut toujours avoir les moyens pour accèder à la culture, mais cela ne concerne pas la littérature uniquement: c'est valable pour le théâtre, la peinture, le cinéma…
Je ne sais pas où cette discussion va, où elle mène. Que cherche t-on : savoir si les écrivains sont majoritairement "bourgeois" ? Savoir si les lecteurs sont majoritairement "bourgeois" ? … Il faudrait s'entendre sur ce que c'est, la bourgeoisie, parce que ce n'est pas la noblesse. Or, il y a des périodes ou la littérature est d'avantage issue de l'aristocratie que de la bourgeoisie… Et on les compte comment, les écrivains pauvres mais nobles ?

Attention à prendre aussi en compte la répartition de la population. Les informations de JSC sont intéressantes, mais la population des villes représentait un maigre pourcentage de la population totale… peut-on dire que le peuple avait un vrai accès à la culture, sachant qu'il se situait en écrasante majorité dans les campagnes ?

On peut chercher la bourgeoisie plus fondamentalement, dans l'activité même de l'écrivain. Est-ce que, écrire un manuscrit, puis le confier à un éditeur qui va se charger de fabriquer des livres en série, pour enfant les vendre, puis toucher de l'argent sur ces ventes, est-ce que ce n'est pas une activité petit-bourgeoise ? L'écrivain étant à la tête d'une sorte d'entreprise, qui fabrique des objets en série pour les vendre… Bien sûr, tous les écrivains n'ont pas procédés ainsi… Est-ce que le statut d'artiste permet d'échapper à celui de bourgeois ?
La littérature est essentiellement bourgeoise, c'est vrai, mais il y a quand même eu des écrivains du "peuple".
A la fin du XIXe siècle, justement, plusieurs écrivain se sont senti coupable : Zola a par exemple voulu que sa littérature ait "l'odeur du peuple". Ca a commencé par l'introduction de sujets populaires dans la littérature. C'était déjà le cas avec d'autres genres, comme le roman picaresque.
Mais, dépendant des périodes, les écrivains ont été plus ou moins issus du peuple.
Reste qu'il est vrai, majoritairement et historiquement, c'est une élite qui écrit.

Ca ne remet pas forcément en cause la valeur.
Crois tu que Zola avait comme lectorat beaucoup de 'peuple'?

L'instruction publique obligatoire pour les jeunes de 8 à 13 ans n'est pas très vieille comme institution…(1882) et je ne crois pas qu'on donnait beaucoup de Zola aux élèves à lire au XIX[sup]ème[/sup] s.

Restons avec lui un instant; son père était ingénieur de travaux publiques, notamment responsable pour la construction d'un canal près d'Aix en Provence. Émile plus ou moins issu du peuple?