Dissertation sur La Fontaine - J’ai longtemps été frappé par l’absence de modèle idéal…
12 réponses
Bonjour à tous 🙂
Je suis actuellement en Hypokhâgne. Je travaille en ce moment sur Jean de La Fontaine et j'ai une dissertation à faire concernant le propos suivant :
«J'ai longtemps été frappé par l'absence de modèle idéal contrebalançant l'anatomie du pouvoir. Aucune solution d'une alternative politique,sans aucun doute malgré irrésistible sourire de la liberté, malgré l'horreur de l'exercice du pouvoir, La Fontaine ne pouvait aller jusqu'à construire un modèle politique. Le choix de la fable dit assez que ce n'était pas là son intention mais que l'entreprise politique tient dans l'entreprise de fiction même.»
Est ce quelqu'un comprend? Je ne trouve pas de pistes qui tiennent la route…
Merci à tous 🙂
Voltairedu78,
Vous êtes étudiant en hypokhâgne et vous agissez comme les élèves de lycée qui sollicitent les membres actifs de ce forum avant même d'avoir pris le temps de réfléchir. Une telle attitude est un peu surprenante.
Le sujet que vous devez traiter n'est pas difficile. Seule la fin du sujet ("l'entreprise politique tient dans l'entreprise de fiction même") est un peu énigmatique. J'imagine que l'auteur de cette réflexion s'explique dans la suite de l'ouvrage qu'il a écrit.
La règle de ce forum stipule que les élèves qui ne proposent pas leurs pistes de réflexion ne peuvent pas recevoir d'aide, car nous ne voulons pas faire le travail des élèves (et a fortiori des étudiants) à leur place. En tant qu'enseignant, je souscris entièrement à cette règle.
Exposez donc l'état de votre réflexion et les pistes que vous avez déjà envisagées. L'un d'entre nous acceptera alors peut-être de vous aider un peu.
Au plaisir de vous lire,
Un ancien professeur de CPGE.
Et peut-être relire : le Pouvoir des fables.
Excusez-moi, il est vrai que je n'ai pas pris le temps d'exposer mes idées… Mais sachez que je suis sur le propos depuis déjà plusieurs jours:
Voici les pistes que j'ai dégagées :
-L'anatomie du pouvoir est une métaphore biologique représentant la structure hiérarchique
- L'auteur (Olivier Leplatre) s'est rendu compte qu'il avait fait des projections sur les fables du point de vue actuel ( il n'a pas pris en compte le contexte historique…)
-Il était compliqué pour La Fontaine d'aller plus voir ( risque de s'opposer au monarque)
-Les différents niveaux de lectures et la perpetuel possible actualisation des fables
-Il connaît les coulisses de la politique notamment grâce à Fouquet
-Il s'inspire des anciens ( querelles anciens/modernes)
- Référence possible : Le siècle de Louis XIV de Voltaire
Encore désolée, emportée dans l'élan de mon désarroi je n'ai pas pris le temps de mettre les formes!
En esperant vous lire,
Maureen
Bonjour,
Le sujet n'est pas clair à la fin.
En revanche le début est bien compréhensible.
Les Fables n'ont pas l'ambition d'être une utopie.
Sans doute parce qu'elles sont des récits brefs qui pointent sur des aspirations fondamentales mais ne peuvent exposer les complexités d'un système politique.
Elles se contentent donc de dénoncer dans des "flashes" les "horreurs de l'exercice du pouvoir".
Finalement la critique du pouvoir par l'apologue peut constituer les prolégomènes d'une fiction utopique.
En d'autres termes, La Fontaine aurait montré que l'argumentation indirecte pouvait déboucher sur un enseignement politique élaboré et efficace.
Cher Jean-Luc,
Merci de votre réponse,
Je trouve justement le sujet plus clair à la fin qu'un qu'au début…
J'ai l'impression que la dernière phrase résume l'entièreté du propos: Olivier Leplatre démontre que la fiction se suffit à elle-même. Cependant, il semble insister sur le fait que La Fontaine se devait de proposer comme si il invalidait le reste…
Mais je ne le vois pas remettre en cause un auteur si prépondérant dans " Le grand siècle "…
De plus, étant spécialiste, il n'est pas sans ignorer que La Fontaine connaissait très bien les coulisses politiques.
Voltairedu78,
Contrairement à Jean-Luc, je n'ébaucherai pas d'analyse du sujet à votre place, car je reste persuadé que ce n'est pas un service à vous rendre. Cependant, je veux bien essayer de vous aider un peu… à ma façon.
Je voudrais faire deux commentaires sur les pistes de réflexion que vous nous soumettez. Premièrement, elles sont hétérogènes. Je vois dans ce que vous écrivez que vous avez commencé à réfléchir au sujet que vous devez traiter. Je vois aussi que vous nous rappelez ce que vous avez appris sur l'auteur de la citation, sur la vie de La Fontaine et sur l'histoire littéraire du XVIIème siècle. Dans tout cela, il y a trop de pistes extérieures au sujet, et trop peu d'analyse du sujet. Deuxièmement, vos pistes de réflexion montrent que votre analyse du sujet est encore embryonnaire. Les seuls éléments que je trouve intéressants dans ce que vous dites concernent l'analyse de la métaphore biologique et l'idée selon laquelle il était difficile pour La Fontaine d'aller plus loin. C'est trop peu.
Je vous conseille donc de reprendre l'analyse du sujet. Je vous invite à relever les mots importants (l'un d'eux apparaît même trois fois !), à chercher à les définir et à réfléchir à ce à quoi ils s'opposent. Si vous faites ce travail correctement, vous devriez être capable de paraphraser la pensée d'Olivier Leplatre. Ensuite, vous pourrez réfléchir plus aisément aux limites de cette pensée. Vous serez alors sur la piste d'une problématique.
Au fait, comment la question qui accompagne ce sujet de dissertation est-elle formulée ?
Comment comprendre "pouvait" ?
La Fontaine était-il limité par le genre ou par la censure ?
Quelle était son ambition réelle ? dénoncer l'autocratie ? ou les risques de n'importe quel pouvoir ?
La Fontaine sait critiquer nommément le monarque quand il faut. Voir Un animal dans la lune
Il sait aussi l'encenser sans esprit courtisan : Le Lion s'en allant en guerre, L'Ecrevisse et sa fille, Les Compagnons d'Ulysse…
Excusez-moi mais je n'ai jamais demandé à ce qu'on me fasse ma dissertation…
Les éléments que je vous donne ont été validés par mon professeur agrégée… je suis du coup un peu désarçonnée par ce que vous dîtes là…
Je cherche simplement à problématiser le propos.
Pour la métaphore biologique je pensais à faire un lien avec Les membres et l'estomac…
Il fait également une virulente critique de la cour , "l'horreur de l'exercice politique" mais comment justifier le fait qu'il a lui même été tenté par la vie mondaine, fréquentant les salons littéraires et écrivant ces six premiers livres pour le dauphin? Le paradoxe m'échappe.
Par contre que voulez-vous dire par la question qui accompagne le sujet?
Tout le sujet repose dans ce propos.
Ne perdons pas notre temps.
La demande d'aide me paraît valide, les recherches préalables réelles.
Nous pouvons donc échanger nos avis sur la compréhension du sujet sans qu'ils soient considérés comme un travail de nègre.
La question est désormais de savoir si La Fontaine est un rebelle camouflé, un crypto-démocrate ou un honnête homme lucide et peut-être déçu. Attention aux anachronismes et aux récupérations. Maintenant le lecteur est libre de construire son interprétation. Toutefois un étudiant en littérature doit tenir compte de tout ce que la critique a pu apporter au dossier.
Les anachronismes sont, je pense, pertinents - paradoxalement- ils montrent la pérénité des fables. On se souvient que Mme de Sévigné croit voir dans l'âne des Animaux malades de la peste, le secrétaire d'état aux affaires étrangères (arnaud de la pomponne) qui a fait l'objet d'une disgrâce. Mais la Fontaine n'y avait sûrement pas songé : la fable est de 1678 et la disgrace de 1679.
Elle peuvent encore être actualisées aujourd'hui!
Je ne sais pas si je peux développer cela dans une partie, ou une sous partie. S'il proposait un modèle politique idéal, il ne serait applicable qu'a L'instant T, or, là, la critique fait l'objet d'une certaine pérénité et est toujours d'actualité…
Comme quoi il peut y avoir loin des intentions de l'auteur à la réception de son oeuvre ! La Fontaine s'inscrit dans la tradition des moralistes. Il vise le modèle antique du placere, docere sans faire oeuvre de circonstance comme un chansonnier. Il n'écrit pas des récits à clé scandaleux comme Bussy-Rabutin dans l'Histoire amoureuse des Gaules. Quand Mme de Sévigné, géniale commère, veut y voir des allusions cachées, elle s'inscrit comme lectrice de cette veine dont le succès va aller s'amplifiant au siècle suivant.