Bonjour à tous,
Je me trouve confronté à un petit problème…
Je pensais que autre lorsqu'il était adjectif était automatiquement un adjectif indéfini or je trouve aujourd'hui dans la correction des exercices du Grevisse: Revenez un autre jour; autre adjectif qualificatif.
Est-ce possible?
Ce n'est pas moi la spécialiste mais si j'en crois Riegel/Pellat/Rioul l'adjectif qualificatif indique "une caractéristique essentielle ou contingente du terme auquel il se rapporte : forme, dimension, couleur, propriété…" p.355 et suiv. Donc je suis comme toi étonnée que "autre" soit considéré comme qualificatif. Certainement Edy saura nous en dire davantage
Bonsoir !
En disant "davantage", vous ne pensiez pas si bien dire…
Bien qu’il ait des « traits communs avec les déterminants indéfinis », Grevisse range AUTRE dans la classe des ADJECTIFS INDÉFINIS, pour le motif qu’il ne suffit pas à déterminer le nom, puisqu’il ne s’emploie pas sans déterminant (n°606).
J’ai toujours été perplexe ; au n°622, à propos des adjectifs indéfinis, il écrit : « Autre se construit d’ordinaire avec UN AUTRE déterminant. » Si l’on parle d’UN AUTRE déterminant, n’est-ce pas parce qu’il EN EST UN LUI-MÊME ?
Plus loin, il ajoute même : « Il reste quelques survivances d’AUTRE employé SANS AUTRE déterminant. »
Sous cette réserve, j’observe que Grevisse le range dans les « ADJECTIFS INDÉFINIS », donc dans la classe DES ADJECTIFS QUI NE SONT PAS QUALIFICATIFS. Je me demande donc si ce n’est pas un lapsus d’avoir parlé d’ « adjectif QUALIFICATIF » dans « Revenez un autre jour ».
Je ne voudrais pas embrouiller vos esprits, mais j’ajoute quand même :
1 DENIS ET SANCIER
Ces auteurs rangent AUTRE dans la classe des DÉTERMINANTS INDÉFINIS, et, plus spécialement, dans la sous-classe DES CARACTÉRISANTS PURS.
Ils précisent que, à l’instar de certain et de même, AUTRE peut se combiner avec un déterminant SPÉCIFIQUE.
* Des / ces / les / trois / mes AUTRES livres.
* Une AUTRE douceur. Un AUTRE livre.
* Il m’a donné un cadeau AUTRE (postposition à cause du complément) que celui qu’il m’avait promis.
Ils ajoutent : « La frontière est ici ASSEZ MINCE avec celle de L’ADJECTIF QUALIFICATIF. AUTRE intègre cette dernière catégorie lorsqu’il assume la fonction D’ATTRIBUT et signifie « différent par nature. »
* Ne dites pas qu’ils sont bizarres, mais qu’ils sont AUTRES.
2 RIEGEL
Sous la rubrique de L’ADJECTIF (p. 357) : « Même, différent et AUTRE, plus étroitement liés au DÉTERMINANT, marquent l’identité ou la différence qualitative […].
* Un charme AUTRE que celui de la simple beauté. (Gide)
Sous la rubrique des DÉTERMINANTS (p. 158) : « Les trois déterminants définis [le, ce, son] s’associent à d’autres éléments pour former des GROUPES DÉTERMINANTS. » Les groupes déterminants L’AUTRE, CET AUTRE, SON AUTRE spécifient la référence en fonction de la non-identité.
Sous la rubrique du GROUPE NOMINAL (p. 212) : « L’ADJECTIF autre a un comportement pronominal analogue à celui de MÊME, dont il est l’antonyme. »
3 ARRIVÉ
« Une description plus fine des indéfinis permet d’abord de mettre à part des éléments TRÈS PROCHES DES ADJECTIFS, tels que AUTRE, même, quelconque. » (p. 323)
« On trouve parmi les indéfinis les éléments même et AUTRE, qui ne sont PAS PLEINEMENT DES DÉTERMINANTS. » (p. 324)
Le mot de « postarticle » est parfois donné à AUTRE dans des syntagmes de la forme « cet autre ouvrage ». (p. 545)
CONCLUSION
Hormis le cas où il est employé comme pronom, AUTRE est considéré comme :
- un adjectif indéfini,
- un déterminant indéfini (sauf quand il est attribut : adjectif qualificatif),
- un adjectif faisant partie d’un groupe déterminant (indéfini),
- un postarticle.
Tous s’accordent à considérer qu’il est proche de l’adjectif ; certains, qu’il n’est pas un déterminant au sens plein.
Personnellement, j’ai opté pour l’explication de Denis et Sancier : un déterminant indéfini pouvant être associé à un déterminant spécifique (sauf dans la fonction d’attribut).
Qu’en pensez-vous ?
Bonjour tout le monde,
Bonjours Edy, je relève votre phrase : J’ai toujours été perplexe ; au n°622, à propos des adjectifs indéfinis, il écrit : « Autre se construit d’ordinaire avec UN AUTRE déterminant. »
Pour ma part je lis : J’ai toujours été perplexe ; au n°622, à propos des adjectifs indéfinis, il écrit : « Autre se construit d’ordinaire avec un déterminant. » : Donnez-moi L’AUTRE livre, UN AUTRE livre…
Par contre dans le cadre des pronoms indéfinis (n°712) AUTRE peut être considéré comme pronominal quand il est employé comme nominal ou construit sans déterminant :
- Nominal avec un déterminant, il s’agit de personnes :A votre place UN AUTRE se serait empressé de venir (AC).
- Sans déterminant :Nous n’avons pas lieu NOUS AUTRES, de faire une révolution de cette sorte (Duhamel)
Voici par ailleurs une autre analyse :
AUTRE, pron. Relatif = Différent, contraire, opposé.
Quand il est joint à un substantif, il est adjectif;un AUTRE homme, une AUTRE affaire.
Il n'est pronom que quand il s'emploie substantivement."Nul AUTRE que vous n'y aurait consenti: un AUTRE l'aurait fait. ((Jean-François FÉRAUD: Dictionnaire critique de la langue française)
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Bonjour!
Bien qu’il ait des « traits communs avec les déterminants indéfinis », Grevisse range AUTRE dans la classe des ADJECTIFS INDÉFINIS, pour le motif qu’il ne suffit pas à déterminer le nom, puisqu’il ne s’emploie pas sans déterminant (n°606).
J’ai toujours été perplexe ; au n°622, à propos des adjectifs indéfinis, il écrit : « Autre se construit d’ordinaire avec UN AUTRE déterminant. » Si l’on parle d’UN AUTRE déterminant, n’est-ce pas parce qu’il EN EST UN LUI-MÊME ?
Plus loin, il ajoute même : « Il reste quelques survivances d’AUTRE employé SANS AUTRE déterminant. »
=> Les adjectifs indéfinis n'en sont-ils pas, des déterminants?
N'est pas bizarre, comme étiquette, << déterminant indéfini >>?
Ne peut-on pas dire qu'<< autre >> est:
_ Adjectif indéfini quand il est déterminant,
_ Adjectif qualificatif quand il qualifie mais ne sert pas à déterminer?
Bonjour, cher Henry !
1 J’ai l’impression que nous n’avons pas la même édition du Grevisse. Au n°622 de l’édition 1986, je lis : « AUTRE se construit d’ordinaire avec UN AUTRE déterminant. » Auriez-vous, par hasard, celle de 1993 ? Dans ce cas, Grevisse a modifié le texte qui m’avait rendu perplexe.
Quelle que soit la formulation, Grevisse considère AUTRE comme un ADJECTIF INDÉFINI, pour le motif qu’il a BESOIN d’être accompagné d’un déterminant.
2 Comme je l’ai dit, je pense que l’analyse de Denis et Sancier est plus satisfaisante, en tout cas plus simple : AUTRE est un DÉTERMINANT (sauf en situation d’attribut), même s’il va de pair avec UN AUTRE DÉTERMINANT.
Riegel aussi fait cette analyse, sauf qu’il estime utile de passer par la notion de « GROUPE DE DÉTERMINANTS ».
Arrivé n’en est pas loin, puisqu’il dit que AUTRE est parfois appelé postarticle (« cet AUTRE ouvrage »).
3 Que penser, par parenthèse, du CUMUL DES DÉTERMINANTS ? (Accepté par Denis-Sancier et par Riegel)
Trois constatations :
a) les déterminants SPÉCIFIQUES ne peuvent pas se cumuler ;
* ° Le mon mec. ° Le ce mec. ° Ce mon mec. Etc.
b) les déterminants SECONDAIRES (numéraux et indéfinis) peuvent être cumulés avec les spécifiques ;
* Mes deux mecs. Tous les mecs.
c) les déterminants secondaires peuvent parfois se cumuler ENTRE EUX.
* La fidélité, c’est aimer TOUTES LES MÊMES femmes. (Anonyme)
4 Féraud voit un ADJECTIF dans « un AUTRE homme ». Il fait donc la même analyse que Grevisse.
Quel est finalement l’intérêt de cette « dispute » ? Je ne le vois pas.
Je rappelle Erasme : « Il y autant de grammaires que de grammairiens… et même davantage. »
5 Je n’ai pas abordé le cas où AUTRE est UN PRONOM : c’était déjà assez bien tordu !
Parlons-en quand même un peu. Ici aussi, nous allons trouver quelques sujets d’inquiétude…
* Votre habit est usé, il faut en acheter UN AUTRE. (Académie)
AUTRE peut commuter avec un adjectif : → il faut en acheter UN NOUVEAU. Ce n’est donc pas un pronom, dit Grevisse.
Selon lui, hormis le cas où il est employé sans déterminant (type : nous AUTRES), le pronom n’est jamais qu’un NOMINAL (une personne ou des gens en général).
Il refuse donc d’en faire un pronom qui soit REPRÉSENTANT, alors cependant que c’est courant chez les pronoms.
Voici ce qu’en disent Denis et Sancier dans la rubrique des pronoms indéfinis, notamment à propos de l’expression de la différence : autrui, l’autre, les autres, un(e) autre, d’autres.
AUTRE peut fonctionner COMME NOMINAL OU COMME REPRÉSENTANT.
* Il ne pense jamais aux AUTRES. (Nominal)
* J’ai déjà lu ce livre ; prête-moi LES AUTRES. (Représentant)
Et dans l’alternative :
* Les uns vivent, D’AUTRES MEURENT. (Nominal)
* Ces livres sont abîmés ; les uns ont brûlé, D’AUTRES ont été déchirés. (Représentant)
Voici Riegel.
« PRÉCÉDÉ des articles défini et indéfini, mais aussi des déterminants possessifs, déterminatifs et indéfinis, AUTRE forme des LOCUTIONS PRONOMINALES qui fonctionnent à la manière de le mien, le même, de façon ANAPHORIQUE OU NON. » (Vous voyez le cumul ?)
* Ce melon était délicieux. J’en rachèterai UN AUTRE / D’AUTRES / QUELQUES AUTRES. (Représentant)
* Il ne faut pas avoir peur de l’autre / des autres. (Pronom générique humain, concurrencé par autrui. Donc nominal.)
« La forme nominale, réservée aux non-animés, est AUTRE CHOSE. »
Conclusion : Denis- Sancier et Riegel voient des pronoms (ou des locutions pronominales) là où Grevisse refuse d’en voir un. Je précise encore qu’il s’agit des pronoms représentants.
Pour la bonne bouche, voici Arrivé :
« AUTRE peut être NOMINALISÉ non seulement par l’article défini mais par l’indéfini, le possessif, le démonstratif et… quelques autres. Les SYNTAGMES ainsi constitués fonctionnement comme REPRÉSENTANTS. » (Vous voyez le cumul ?)
Ce n’est plus un adjectif, ce n’est plus un pronom indéfini, c’est UN SYNTAGME NOMINAL, soit, en simplifiant, UN NOM…
La boucle est bouclée ! En effet, si dans « Votre habit est usé, il faut en acheter UN AUTRE », AUTRE n’est pas un pronom, qu’est-il ? Un adjectif, dit Grevisse. Oui, mais un ADJECTIF NOMINALISÉ, comme chez Arrivé ? Ou (ce que je ne pense pas) un ADJECTIF amputé de son nom, par ellipse de celui-ci ?
CONCLUSION PERSONNELLE : en liaison avec un déterminant, AUTRE est un pronom ; aussi bien nominal que représentant.
Voici un petit extrait de ma grammaire relatif au pronom AUTRE :
1 Il est employé comme NOMINAL, avec le sens d’AUTRUI :
a) avec l’article indéfini,
* Elle était belle comme la femme D’UN AUTRE. (Morand)
b) avec l’article défini,
* Le mari, la femme et L’AUTRE (= l’amant).
* La vanité, c’est l’orgueil DES (= de les) AUTRES. (Sacha Guitry)
c) avec un autre déterminant.
* QUELLE autre ? – La femme du faïencier ! (Flaubert)
Parfois sans article.
* La modestie est l’art de faire dire par D’AUTRES tout le bien que l’on pense de soi-même. (Bouvard)
2 Il peut aussi être un représentant [ce que Grevisse refuse].
* Le cercle est un rond plus rond que LES AUTRES. (R. Marty)
* Si on met un Irlandais à la broche, on EN trouve toujours UN AUTRE pour l’arroser. (Shaw)
Je suis désolé de vous infliger ce pensum, mais comme c’est vous qui soulevez la question du pronom… De toute manière, je pense que cette comparaison aura été utile, ne fût-ce que pour montrer qu’en grammaire les controverses et incertitudes sont nombreuses. Et pour agiter nos neurones.
Bonsoir Edy et tout le monde
Effectivement j'ai Grevisse 13e édition 2004.
Mais comme vous dites "les uns et les autres", si on passait à AUTRE chose (pronom indéfini, je pense) ou pourquoi pas à UNE AUTRE chose (adjectif épithète de chose) pour ne pas déranger nos neurones en cette veille de repos dominical ?
Bien amicalement
henry
Bonsoir, Henry !
D'autant plus que les vacances, c'est à partir de demain.
M'enfin, tout le monde ne va pas faire la grande migration estivale ; je suis hélas ! dans le cas. Attendez-vous donc à d'autres tourments pour la rentrée au plus tard !
Bonnes vacances à tous ceux et celles qui partiront !
Cordialement,
Edy
Bonjour, je termine un écrit universitaire et suis frappée d'un doute. Si je souhaite faire une énumération, cette formulation (ainsi que son orthographe) est-elle correcte?
--> comme l'ont illustré Rimbaud, Verlaine ou autre Baudelaire […]
Merci!
C'est une formule très à la mode : X, Y ou autre Z, où X, Y et Z sont trois éléments d'une même classe.
Cette formule, incorrecte à mon sens -- mais que peut-on contre l'usage et la mode ? -- a remplacé la formule correcte : X, Y, Z ou autre A, où A désigne le nom générique des éléments X, Y et Z.
Autrement dit, dans le cas présent : comme l'ont illustré Rimbaud, Verlaine, Baudelaire ou autre(s) poète(s) […]
Zut. Un effet de mode? Merci 🙄 alors j'efface toutes ces bêtises pour formuler quelque chose de plus correct et de plus simple.
Mon livre de grammaire classe le mot autre(s) dans les adjectifs/pronoms indéfinis.
Ex: Je viendrai un autre jour.
Certains enfants marchent à dix mois, d'autres marchent plus tard.
C'est une grande surprise pour moi qui considérais ce mot comme un adjectif qualificatif. 🆒 Comment puis-je distinguer autre(s) adjectif qualificatif et autre(s) indéfini.
Merci
Très bon exemple, merci 😉