Méthodologie d’une lecture érudite

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'ai depuis peu l'occasion de me consacrer presque entièrement à l'étude. Etant d'un tempérament nerveux et dispersif (je pense rapidement à beaucoup de choses sans avoir pour ainsi dire le temps de les ordonner - ni même de les coordonner…) il m'arrive de songer que mes lectures ne m'apportent rien d'autre qu'un esprit critique, et même de l'esprit en général, au sens si français que l'on connaît. Je suis extrêmement sujet à l'oubli, et je crois même que mes lectures contribuent très peu à l'élargissement de ma vision du monde (elles le rendent plutôt, de plus en plus confus) Etant comme j'ai dis d'une nature particulière, je ne puis me réserver pour un domaine d'étude, preuve en est qu'en ce moment, je me perfectionne en anglais, j'apprends l'allemand (j'ai des difficultés concernant l'apprentissage des langues, quoique j'aie appris le français tout seul - l'ingratitude de ce travail étant continuellement atténuée par l'amour inconditionnel que je porte à cette langue et à cette culture) je lis une Histoire de la philosophie en deux volumes, le Traité de l'histoire des religions d'Eliade, bien dense à lui tout seul, ou encore Mythe et Métaphysique de cet homme entêté d'opinions universitaires que fut Gusdorf, enfin quelques romans que je lis principalement pour me délasser.
J'accorde une grande place à l'étude dans ma vie au point de considérer que tout temps consommé loin des livres ou d'une méditation est perdu. La culpabilité qui me saisit pour de minces plaisirs autorisés par moi-même et pour moi-même est difficilement vivable. Je suis continuellement "sous pression"; il me semble que cette pression représente autant un avantage qu'un inconvénient et seule une connaissance de soi que je peine encore d'acquérir permettrait une véritable "hygiène de soi" favorable à un accomplissement personnel. (Peut-être même que ces interrogations ne sont que manque de maturité et nécessités absolues dans le cheminement et la construction personnels)

Bref, voici le dénombrement des problèmes que je rencontre actuellement (on remarquera que tout autodidacte les a un jour éprouvé en partie) :
- Manque de concentration. Dispersion dans des domaines qui ne sont pas toujours voisins (Histoire des religions, philosophie, langue, lettres, comme on a vu précédemment)
- Mémoire traîtresse, au point que l'on se sente comme un "tube" (la métaphore scabreuse de Nothomb) un lieu de passage (pas même un égout ! si seulement on pouvait garder au moins le mauvais de ce qu'on lit)
- Alternance d'humeur, de moments où l'étude me paraît d'une folle vanité ou au contraire, comme la plus haute aspiration de l'homme.
- Urgence d'apprendre (comme si véritablement le monde finissait demain) probablement du fait que : je me fixe des exigences élevées; je considère mon éducation comme désastreuse (étant né dans un pays qui pense à autre chose qu'à cela; n'ayant rien appris à l'école parce qu'il n'y avait rien à y apprendre; n'ayant ouvert un livre qu'en première année lycée, souffrant de ce regrettable "retardement" et devant à tout pris le compenser.)
- Aucune méthodologie dans le travail. Je procède bien plutôt en dilettante et en amateur.

De ce chaos qu'est-ce que je cherche à clarifier ?
- Quelle a été jusqu'ici votre méthodologie pour une lecture érudite ? (Par lecture érudite, j'entends celle qui consiste à garder le plus possible d'enseignements d'un livre - constituer comme dit Montaigne, une arrière-boutique d'opinions- Foucault par exemple, faisait des fiches de lecture qu'il rangeait avec le livre dans une boite à chaussure. De même, les encyclopédistes, Diderot, d'Alembert, Voltaire, recouraient au même procédé. On sait de plus qu'ils s'aidaient de secrétaires, de même que Littré qui ne travailla pas seul à son dictionnaire, au contraire de Johnson, au grand dépit de la France.) En ce cas, quelle peut être la méthodologie d'une fiche de lecture "raisonnée" j'entends pas aussi sotte et aussi peu pratique qu'on nous donne à voir. (Faut-il essayer de penser à des ajouts qui ne se trouvent pas dans le canevas traditionnel ?)
- Quels sont les contre-poisons de l'oubli ?
- Comment peut-on faire servir des données au soutien d'opinions ou d'idées philosophiques personnels sans que l'on se perde dans nos propres lectures (il me semble que nous sommes partout dépassé ou surmené - qu'on entende ce nous comme un je- et que l'érudition ne sert jamais un but précis, elle n'est pas assez "filtrée".
- D'autres questions se joindront au fur et à mesure, je les laisse en suspens, en attendant de résoudre celles-ci.

Enfin, je tiens à préciser que, en quelque endroit ou j'ai exposé ces problèmes, on m'a toujours répondu par une question : quelle est l'utilité de telles études ? Je répondrais que par une volonté personnelle, je ne veux pas me découvrir sur le terrain de mes ambitions.

Cordialement,
Zoïle.

Des avis ici seraient du plus bon office. 🙂

Zoïle.
J'accorde une grande place à l'étude dans ma vie au point de considérer que tout temps consommé loin des livres ou d'une méditation est perdu.
Le vent se lève ! … Il faut tenter de vivre !
Paul Valéry

L'éclectisme, pourquoi pas … L'érudition comme objectif ? Pour quoi faire ?

Quelle est ta demande ici ?
Mes demandes sont explicites à partir de (De ce chaos qu'est-ce que je cherche à clarifier ?) elles sont explicites, je ne sais si elles sont claires, j'ai fais de mon mieux pour qu'elles le soient, pourtant.
Pourquoi faire ? J'avais anticipé la question, pour tout dire, je ne sais trop, cela tient probablement à des bénéfices primaires et secondaires (cf. la définition de ces concepts)
Après, l'érudition n'est pas un objectif à proprement parler, je l'ai dit, je ne cherche pas à "emmagasiner" en moi-même, ma mémoire défectueuse ne me le permet pas d'ailleurs. Le fait est que toute ce que j'ai lu s'est jusqu'ici suivi d'une profonde réflexion (Lire comme dirait Nietzsche, en bovin qui rumine) mais il semble qu'aujourd'hui que j'ai de ces indigestions, je mange sans ruminer, parce que les choses me passent rapidement, sans que je leur accorde l'attention nécessaire. Je souhaiterais coucher sur le papier, ou ailleurs, le maximum d'enseignements, et les plus essentielles d'un livre, afin de les revoir par ensuite.
J'espère avoir été clair.
(Brich dem Hungrigen dein Brot, que cette musique est douce !)

Je vous salue.
Zoïle.
Bonjour,
Vous répondre de manière exhaustive ou satisfaisante me semble presque exclu d'avance tant votre demande est vaste, mais dans la mesure ou elle recoupe également quelques problématiques pratiques auxquelles je fais également face et envers lesquelles je m'efforce de trouver des réponses; je vais tenter de le faire.
Pour ne pas me fourvoyer plus que nécessaire, je me permets de réécrire de manière synthétique les principaux points que vous évoquez.
Tout d'abord vous évoquez un tempérament particulier a bien des égards, petit(e) étiez vous en décalage avec les autres ? ( je ne le dis pas sur une modalité différenciante par essence, mais sur le ton du constat qui nous permets d'avancer. Par exemple vous sentiez vous plus à l'aise avec les adultes ou aviez vous une sensibilité plus fine par rapport au juste et à l'injuste que les autres enfants ? Je cite des exemples de mon vécu, je me sentais différent).
J'imagines qu'au vu des questionnements qui semblent affleurer à la surface de votre conscience, vous devez avoir une pensée dites en arborescence qui vous rend à la fois capables de véritables éclairs d'analyse (analogies diverses etc..) et en même temps vous fait vous éloigner du sujet initial tant les idées semblent arriver vite les unes après les autres.
Face à cela je tiens à dire qu'il n'existe pas de méthodes miracle, que ce soit sur le fonctionnement de la mémoire ou autres, cependant il y a des pistes plus ou moins fructueuses que vous pouvez peut êtres explorer.
Ensuite il est questions de pluridisciplinarité, et de la prophétie auto-réalisatrice '' je ne puis me réserver à un domaine d'étude'', cela vous bloque t'il dans vos choix universitaires ou est-ce une angoisse diffuse et vous travaillez déjà qqpart ?
Sinon cela est plutôt preuve d'une ouverture d'esprit peu communes que de s'intéresser a tant de choses si différentes. L'essentiel est toujours dans ce que l'on ne prend pas au sérieux, les questions existentielles.

Enfin et surtout, la mémoire..

La mémoire est qqchose de terriblement compliqué et je ne puis guère vous aider tant nous sommes tous heurtés de plein fouet par cette écueil vieux comme le monde.
J'ai lu récemment tant de livres (pourtant cornés à chaque passage intéressant, passages relus plusieurs fois pour mieux m'en imprégner et ..) et pourtant qu'il m'est difficile d'en ressortir les chiffres, les références, ..
Il est souvent frustrant de ne plus pouvoir restituer qqchose avec lequel nous avions semblé tant en accord.

Cela peut être vécu comme injuste ou terrible, cependant à mon humble avis la métaphore scabreuse de Nothomb à laquelle vous faites référence n'as pourtant pas lieu d'être. Un tube digestif c'est une chose, une mémoire frustrée une autre; vraiment ! Il n'y a pas d'inconscient de la digestion physique et bien un inconscient de l'intellectuel, autrement dit on rumine un livre pas un plat de pâtes.

Si je ne puis le restituer, ce savoir est pourtant bien en moi, d'une manière plus diffuse et imperceptible qu'une fiche qu'on aurait sous les yeux. Il est en nous, dans notre inconscient et aussi dans notre ''moi'', les mécanismes de mémoire découlent de processus de neurochimie et sont longs et complexes. Il ne vient pas dans la seconde à l'esprit ce qui pourrait lui venir dans l'heure. Par exemple, on sait que l'on sait qqchose, on veut ressortir le nom de cet artiste, ce mot que l'on cherche dans la discussion, on n'y arrive pas et l'on est mécontent. Puis une heure après, à tout hasard, peut être même bien en se brossant les dents, il nous revient tout à coup comme un boomerang. Eureka c'était ça !
Quelle méthode pour raccourcir ce délai? Des tas ! L'information est plus claire sur certains sites spécialisés (exercices, routines à prendre, etc…)

La lecture plus érudite ?
Pour le peu de méthode que je peux vous apporter sur la mémoire de lecture et sa trace, disons que je procède de la sorte pour limiter la casse (la perte):
Jamais de carcan dans la forme ou l'écriture de mes fiches, jamais. Cependant selon votre tempérament et votre besoin d'auto discipline pour compenser la tendance à la dispersion vous pouvez définir l'exercice d'écriture de vos fiches selon des règles bien précises (une par chapitre, une fiche par personnage, thème, etc..)
Dans mon cas, ce sont donc des petites fiches sur word ou cahier (jamais feuille volante sinon courant d'air et puis ciao), où j'écris de manière libre mes impressions du quotidien que je mélange à mes lectures. Je prend alternativement en note des passages de l'oeuvre tels quels, et les reflexions que ledit passage m'amène à ruminer ( je vous pique cette métaphore Nietzchéenne que j'aimais déjà tant), et éventuellement je fais une analogie entre ces passages/reflexions et un épisode pratique du quotidien.

Pour ce qui est de cette angoisse de vouloir tout savoir, et le plus vite possible, puis de celle contraire de se dire que finalement tout cela est bien vain, et que nous sommes que de passage ici bas, elle est partagée par beaucoup. Preuve à l'appui.

"La mécanisation, les plats préparés, les transports efficaces ne nous font rien gagner car le temps économisé n'est pas réinvesti dans un surcroît de vie avec du lien ou de l'émerveillement."
A. de Saint Exupéry Le petit Prince

Loin de moi la prétention de vous avoir aidé, plus près de moi cet espoir cependant.
1/ Pour ce qui est de mon tempérament, oui j'ai très tôt été en décalage. Une sensibilité morale y était, et même moralisatrice à l'adolescence, mais j'ai abandonné la morale et les missions messianiques.
2/ Pensée en arborescence, pour cela très sujet aux digressions (au point qu'il m'est rarement possible d'écrire de longs discours ou récits, sans les segmenter en petits aphorismes ou chapitres)
3/ J'ai déjà adopté la méthode que vous conseillez, il me semble que je n'y ai pas mis l'énergie qu'il fallait, peut-être car je ne me sentais dans le faux, parce que trop subjectif, trop sensitif (étant encore à l'université, le poids de la normalisation me pèse) je vais essayer d'y revenir.
Je vous remercie. Votre aide m'a été fructueuse à plusieurs endroits.

Je reste intéressé par tout autre avis.

Zoïle.