Bonjour,
J'ai depuis peu l'occasion de me consacrer presque entièrement à l'étude. Etant d'un tempérament nerveux et dispersif (je pense rapidement à beaucoup de choses sans avoir pour ainsi dire le temps de les ordonner - ni même de les coordonner…) il m'arrive de songer que mes lectures ne m'apportent rien d'autre qu'un esprit critique, et même de l'esprit en général, au sens si français que l'on connaît. Je suis extrêmement sujet à l'oubli, et je crois même que mes lectures contribuent très peu à l'élargissement de ma vision du monde (elles le rendent plutôt, de plus en plus confus) Etant comme j'ai dis d'une nature particulière, je ne puis me réserver pour un domaine d'étude, preuve en est qu'en ce moment, je me perfectionne en anglais, j'apprends l'allemand (j'ai des difficultés concernant l'apprentissage des langues, quoique j'aie appris le français tout seul - l'ingratitude de ce travail étant continuellement atténuée par l'amour inconditionnel que je porte à cette langue et à cette culture) je lis une Histoire de la philosophie en deux volumes, le Traité de l'histoire des religions d'Eliade, bien dense à lui tout seul, ou encore Mythe et Métaphysique de cet homme entêté d'opinions universitaires que fut Gusdorf, enfin quelques romans que je lis principalement pour me délasser.
J'accorde une grande place à l'étude dans ma vie au point de considérer que tout temps consommé loin des livres ou d'une méditation est perdu. La culpabilité qui me saisit pour de minces plaisirs autorisés par moi-même et pour moi-même est difficilement vivable. Je suis continuellement "sous pression"; il me semble que cette pression représente autant un avantage qu'un inconvénient et seule une connaissance de soi que je peine encore d'acquérir permettrait une véritable "hygiène de soi" favorable à un accomplissement personnel. (Peut-être même que ces interrogations ne sont que manque de maturité et nécessités absolues dans le cheminement et la construction personnels)
Bref, voici le dénombrement des problèmes que je rencontre actuellement (on remarquera que tout autodidacte les a un jour éprouvé en partie) :
- Manque de concentration. Dispersion dans des domaines qui ne sont pas toujours voisins (Histoire des religions, philosophie, langue, lettres, comme on a vu précédemment)
- Mémoire traîtresse, au point que l'on se sente comme un "tube" (la métaphore scabreuse de Nothomb) un lieu de passage (pas même un égout ! si seulement on pouvait garder au moins le mauvais de ce qu'on lit)
- Alternance d'humeur, de moments où l'étude me paraît d'une folle vanité ou au contraire, comme la plus haute aspiration de l'homme.
- Urgence d'apprendre (comme si véritablement le monde finissait demain) probablement du fait que : je me fixe des exigences élevées; je considère mon éducation comme désastreuse (étant né dans un pays qui pense à autre chose qu'à cela; n'ayant rien appris à l'école parce qu'il n'y avait rien à y apprendre; n'ayant ouvert un livre qu'en première année lycée, souffrant de ce regrettable "retardement" et devant à tout pris le compenser.)
- Aucune méthodologie dans le travail. Je procède bien plutôt en dilettante et en amateur.
De ce chaos qu'est-ce que je cherche à clarifier ?
- Quelle a été jusqu'ici votre méthodologie pour une lecture érudite ? (Par lecture érudite, j'entends celle qui consiste à garder le plus possible d'enseignements d'un livre - constituer comme dit Montaigne, une arrière-boutique d'opinions- Foucault par exemple, faisait des fiches de lecture qu'il rangeait avec le livre dans une boite à chaussure. De même, les encyclopédistes, Diderot, d'Alembert, Voltaire, recouraient au même procédé. On sait de plus qu'ils s'aidaient de secrétaires, de même que Littré qui ne travailla pas seul à son dictionnaire, au contraire de Johnson, au grand dépit de la France.) En ce cas, quelle peut être la méthodologie d'une fiche de lecture "raisonnée" j'entends pas aussi sotte et aussi peu pratique qu'on nous donne à voir. (Faut-il essayer de penser à des ajouts qui ne se trouvent pas dans le canevas traditionnel ?)
- Quels sont les contre-poisons de l'oubli ?
- Comment peut-on faire servir des données au soutien d'opinions ou d'idées philosophiques personnels sans que l'on se perde dans nos propres lectures (il me semble que nous sommes partout dépassé ou surmené - qu'on entende ce nous comme un je- et que l'érudition ne sert jamais un but précis, elle n'est pas assez "filtrée".
- D'autres questions se joindront au fur et à mesure, je les laisse en suspens, en attendant de résoudre celles-ci.
Enfin, je tiens à préciser que, en quelque endroit ou j'ai exposé ces problèmes, on m'a toujours répondu par une question : quelle est l'utilité de telles études ? Je répondrais que par une volonté personnelle, je ne veux pas me découvrir sur le terrain de mes ambitions.
Cordialement,
Zoïle.
Des avis ici seraient du plus bon office. 🙂
Zoïle.
J'ai depuis peu l'occasion de me consacrer presque entièrement à l'étude. Etant d'un tempérament nerveux et dispersif (je pense rapidement à beaucoup de choses sans avoir pour ainsi dire le temps de les ordonner - ni même de les coordonner…) il m'arrive de songer que mes lectures ne m'apportent rien d'autre qu'un esprit critique, et même de l'esprit en général, au sens si français que l'on connaît. Je suis extrêmement sujet à l'oubli, et je crois même que mes lectures contribuent très peu à l'élargissement de ma vision du monde (elles le rendent plutôt, de plus en plus confus) Etant comme j'ai dis d'une nature particulière, je ne puis me réserver pour un domaine d'étude, preuve en est qu'en ce moment, je me perfectionne en anglais, j'apprends l'allemand (j'ai des difficultés concernant l'apprentissage des langues, quoique j'aie appris le français tout seul - l'ingratitude de ce travail étant continuellement atténuée par l'amour inconditionnel que je porte à cette langue et à cette culture) je lis une Histoire de la philosophie en deux volumes, le Traité de l'histoire des religions d'Eliade, bien dense à lui tout seul, ou encore Mythe et Métaphysique de cet homme entêté d'opinions universitaires que fut Gusdorf, enfin quelques romans que je lis principalement pour me délasser.
J'accorde une grande place à l'étude dans ma vie au point de considérer que tout temps consommé loin des livres ou d'une méditation est perdu. La culpabilité qui me saisit pour de minces plaisirs autorisés par moi-même et pour moi-même est difficilement vivable. Je suis continuellement "sous pression"; il me semble que cette pression représente autant un avantage qu'un inconvénient et seule une connaissance de soi que je peine encore d'acquérir permettrait une véritable "hygiène de soi" favorable à un accomplissement personnel. (Peut-être même que ces interrogations ne sont que manque de maturité et nécessités absolues dans le cheminement et la construction personnels)
Bref, voici le dénombrement des problèmes que je rencontre actuellement (on remarquera que tout autodidacte les a un jour éprouvé en partie) :
- Manque de concentration. Dispersion dans des domaines qui ne sont pas toujours voisins (Histoire des religions, philosophie, langue, lettres, comme on a vu précédemment)
- Mémoire traîtresse, au point que l'on se sente comme un "tube" (la métaphore scabreuse de Nothomb) un lieu de passage (pas même un égout ! si seulement on pouvait garder au moins le mauvais de ce qu'on lit)
- Alternance d'humeur, de moments où l'étude me paraît d'une folle vanité ou au contraire, comme la plus haute aspiration de l'homme.
- Urgence d'apprendre (comme si véritablement le monde finissait demain) probablement du fait que : je me fixe des exigences élevées; je considère mon éducation comme désastreuse (étant né dans un pays qui pense à autre chose qu'à cela; n'ayant rien appris à l'école parce qu'il n'y avait rien à y apprendre; n'ayant ouvert un livre qu'en première année lycée, souffrant de ce regrettable "retardement" et devant à tout pris le compenser.)
- Aucune méthodologie dans le travail. Je procède bien plutôt en dilettante et en amateur.
De ce chaos qu'est-ce que je cherche à clarifier ?
- Quelle a été jusqu'ici votre méthodologie pour une lecture érudite ? (Par lecture érudite, j'entends celle qui consiste à garder le plus possible d'enseignements d'un livre - constituer comme dit Montaigne, une arrière-boutique d'opinions- Foucault par exemple, faisait des fiches de lecture qu'il rangeait avec le livre dans une boite à chaussure. De même, les encyclopédistes, Diderot, d'Alembert, Voltaire, recouraient au même procédé. On sait de plus qu'ils s'aidaient de secrétaires, de même que Littré qui ne travailla pas seul à son dictionnaire, au contraire de Johnson, au grand dépit de la France.) En ce cas, quelle peut être la méthodologie d'une fiche de lecture "raisonnée" j'entends pas aussi sotte et aussi peu pratique qu'on nous donne à voir. (Faut-il essayer de penser à des ajouts qui ne se trouvent pas dans le canevas traditionnel ?)
- Quels sont les contre-poisons de l'oubli ?
- Comment peut-on faire servir des données au soutien d'opinions ou d'idées philosophiques personnels sans que l'on se perde dans nos propres lectures (il me semble que nous sommes partout dépassé ou surmené - qu'on entende ce nous comme un je- et que l'érudition ne sert jamais un but précis, elle n'est pas assez "filtrée".
- D'autres questions se joindront au fur et à mesure, je les laisse en suspens, en attendant de résoudre celles-ci.
Enfin, je tiens à préciser que, en quelque endroit ou j'ai exposé ces problèmes, on m'a toujours répondu par une question : quelle est l'utilité de telles études ? Je répondrais que par une volonté personnelle, je ne veux pas me découvrir sur le terrain de mes ambitions.
Cordialement,
Zoïle.
Des avis ici seraient du plus bon office. 🙂
Zoïle.



