Proust, Du côté de chez Swann - Je me rendormais, et parfois je n’avais plus que…

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour tout le monde,
En classe, nous avons abordé cet extrait de Proust, le prof a dit qu'il s'agit d'un "je" du narrateur et d'un "je" du personnage, comment distinguer entre les deux ?

Voici le texte :
Je me rendormais, et parfois je n'avais plus que de courts réveils d'un instant, le temps d'entendre les craquements organiques des boiseries, d'ouvrir les yeux pour fixer le kaléidoscope de l'obscurité, de goûter grâce à une lueur momentanée de conscience le sommeil où étaient plongés les meubles, la chambre, le tout dont je n'étais qu'une petite partie et à l'insensibilité duquel je retournais vite m'unir. Ou bien en dormant j'avais rejoint sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive, retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles et qu'avait dissipée le jour, — date pour moi d'une ère nouvelle, — où on les avait coupées. J'avais oublié cet événement pendant mon sommeil, j'en retrouvais le souvenir aussitôt que j'avais réussi à m'éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle, mais par mesure de précaution j'entourais complètement ma tête de mon oreiller avant de retourner dans le monde des rêves.
Quelquefois, comme Ève naquit d'une côte d'Adam, une femme naissait pendant mon sommeil d'une fausse position de ma cuisse. Formée du plaisir que j'étais sur le point de goûter, je m'imaginais que c'était elle qui me l'offrait. Mon corps qui sentait dans le sien ma propre chaleur voulait s'y rejoindre, je m'éveillais. Le reste des humains m'apparaissait comme bien lointain auprès de cette femme que j'avais quittée il y avait quelques moments à peine; ma joue était chaude encore de son baiser, mon corps courbaturé par le poids de sa taille. Si, comme il arrivait quelquefois, elle avait les traits d'une femme que j'avais connue dans la vie, j'allais me donner tout entier à ce but : la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée et s'imaginent qu'on peut goûter dans une réalité le charme du songe. Peu à peu son souvenir s'évanouissait, j'avais oublié la fille de mon rêve.
Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes.
Les ambiguïtés de l’énonciation à la première personne
(Par rapport à l’autobiographie revendiquée des Confessions de JJ. Rousseau)

a. qui est le "je"
Dans les Confessions de Rousseau, il montre bien que le "je" le détermine, "cet homme ce sera moi". Alors que M.Proust ne dit pas qui est réellement le "je". Le narrateur est le sujet de ce qui se passe (événement personnel), il atteint quelque chose de lui-même. Mais absence totale de projet autobiographique. Dès le premier paragraphe on note l’importance du "je" narrateur : fonction de philosophe ou de psychologue. Le narrateur ne se nomme pas : flou volontaire.

b. on apprend quand même des détails
On peut distinguer deux "je" : le "je personnage" qui est le personnage qu’il a été autrefois, et le "je narrateur" qui est celui qui est âgé qui écrit ou énonce et pose un regard, un point de vue, sur le passé. Constante alternance entre récit itératif et réflexion argumentative morale. On apprend que c’est un lecteur insomniaque. C’est un jeune adulte car lecture sérieuse. La première phrase nous indique qu’il a arrêté de se coucher tôt, on peut supposer que maintenant il écrit, on peut aussi supposer qu’il a voyagé de part le court récit sur le voyageur (c’est peut être lui, il dit "je" pour la même chose). On notera son ironie : il s’endort sur son livre, il prend donc le risque d’endormir son lecteur
https://www.litterales.com/document_disparu.php?id=543&table=litterature
Bonsoir,
J'aimerais savoir la façon de comprendre et d'analyser un texte du courant de conscience comme le texte ci dessous :
Je me rendormais, et parfois je n'avais plus que de courts réveils d'un instant, le temps d'entendre les craquements organiques des boiseries, d'ouvrir les yeux pour fixer le kaléidoscope de l'obscurité, de goûter grâce à une lueur momentanée de conscience le sommeil où étaient plongés les meubles, la chambre, le tout dont je n'étais qu'une petite partie et à l'insensibilité duquel je retournais vite m'unir. Ou bien en dormant j'avais rejoint sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive, retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles et qu'avait dissipée le jour, — date pour moi d'une ère nouvelle, — où on les avait coupées. J'avais oublié cet événement pendant mon sommeil, j'en retrouvais le souvenir aussitôt que j'avais réussi à m'éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle, mais par mesure de précaution j'entourais complètement ma tête de mon oreiller avant de retourner dans le monde des rêves.
Quelquefois, comme Ève naquit d'une côte d'Adam, une femme naissait pendant mon sommeil d'une fausse position de ma cuisse. Formée du plaisir que j'étais sur le point de goûter, je m'imaginais que c'était elle qui me l'offrait. Mon corps qui sentait dans le sien ma propre chaleur voulait s'y rejoindre, je m'éveillais. Le reste des humains m'apparaissait comme bien lointain auprès de cette femme que j'avais quittée il y avait quelques moments à peine; ma joue était chaude encore de son baiser, mon corps courbaturé par le poids de sa taille. Si, comme il arrivait quelquefois, elle avait les traits d'une femme que j'avais connue dans la vie, j'allais me donner tout entier à ce but : la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée et s'imaginent qu'on peut goûter dans une réalité le charme du songe. Peu à peu son souvenir s'évanouissait, j'avais oublié la fille de mon rêve.
Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes.
Merci beaucoup.