Stendhal, Le Rouge et le Noir - Mathilde s’ennuyait en espoir…

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,
je prépare en ce moment un commentaire d'un extrait du Rouge et le Noir que voici :

Mathilde s'ennuyait en espoir. Le marquis de Croisenois parvint à l'approcher, et lui parla, mais elle rêvait sans l'écouter. Le bruit de ses paroles se confondait pour elle avec le bourdonnement du bal. Elle suivait machinalement de l'œil Julien, qui s'était éloigné d'un air respectueux, mais fier et mécontent. Elle aperçut dans un coin, loin de la foule circulante, le comte Altamira, condamné à mort dans son pays, que le lecteur connaît déjà. Sous Louis XIV, une de ses parentes avait épousé un prince de Conti ; ce souvenir le protégeait un peu contre la police de la congrégation.
Je ne vois que la condamnation à mort qui distingue un homme, pensa Mathilde : c'est la seule chose qui ne s'achète pas.
Ah ! c'est un bon mot que je viens de me dire ! quel dommage qu'il ne soit pas venu de façon à m'en faire honneur ! Mathilde avait trop de goût pour amener dans la conversation un bon mot fait d'avance ; mais elle avait aussi trop de vanité pour ne pas être enchantée d'elle-même. Un air de bonheur remplaça dans ses traits l'apparence de l'ennui. Le marquis de Croisenois, qui parlait toujours, crut entrevoir le succès, et redoubla de faconde.
Qu'est-ce qu'un méchant pourrait objecter à mon bon mot ! se dit Mathilde. Je répondrais au critique : Un titre de baron, de vicomte, cela s'achète ; une croix, cela se donne ; mon frère vient de l'avoir, qu'a-t-il fait ? un grade, cela s'obtient. Dix ans de garnison, ou un parent ministre de la guerre, et l'on est chef d'escadron comme Norbert. Une grande fortune !… c'est encore ce qu'il y de plus difficile et par conséquent de plus méritoire. Voilà qui est drôle ! c'est le contraire de tout ce que disent les livres… Eh bien ! pour la fortune, on épouse la fille de M. Rotchschild.
Réellement mon mot a de la profondeur. La condamnation à mort est encore la seule chose que l'on ne se soit pas avisé de solliciter.
— Connaissez-vous le comte Altamira ? dit-elle à M. de Croisenois.
Elle avait l'air de revenir de si loin, et cette question avait si peu de rapport avec tout ce que le pauvre marquis lui disait depuis cinq minutes, que son amabilité en fut déconcertée. C'était pourtant un homme d'esprit et fort renommé comme tel.
Mathilde a de la singularité, pensa-t-il ; c’est un inconvénient, mais elle donne une si belle position sociale à son mari ! Je ne sais comment fait ce Marquis de La Mole ; il est lié avec ce qu’il y a de mieux dans tous les partis ; c’est un homme qui ne peut sombrer. Et d’ailleurs, cette singularité de Mathilde peut passer pour du génie. Avec une haute naissance et beaucoup de fortune, le génie n’est point un ridicule, et alors quelle distinction ! Elle a si bien d’ailleurs, quand elle veut, ce mélange d’esprit, de caractère et d’à-propos, qui fait l’amabilité parfaite… Comme il est difficile de faire bien deux choses à la fois, le marquis répondait à Mathilde d’un air vide, et comme récitant une leçon :
— Qui ne connaît ce pauvre Altamira ? Et il lui faisait l’histoire de sa conspiration manquée, ridicule, absurde.
— Très absurde ! dit Mathilde, comme se parlant à elle-même, mais il a agi. Je veux voir un homme ; amenez-le-moi, dit-elle au marquis très choqué.
Je dois présenter, de préférence, un commentaire composé, en 30 minutes. Plutôt partisan du linéaire (ou du linéaire-composé), j'avoue avoir du mal à dissocier les choses de façon pas trop rhétorique.
Voici les axes que j'aimerais développer (après une lecture naïve, sans beaucoup de lectures critiques particulières) :
I) La représentation comique d'une expérience sociale
1/ La situation : deux êtres qui ne communiquent pas, intériorité et extériorité
2/ Un marquis ridicule
3/ L'animation littéraire qui provient de la narration
II) Comprendre Mathilde en première personne
1/ Une femme intelligente et fière
2/ Une femme qui s'ennuie (et qui n'a pas peur de le montrer) et en quête d'action
3/ Une femme folle ? (discussion de l'interprétation de ses contemporains)
III) Un passage programmatique
1/ La naissance de l'amour
2/ Le mariage (c'est par exemple elle-même que Julien épousera, pour la fortune)
3/ La condamnation à mort
(ce plan changera très certainement, rien n'est creusé, le III surtout mais je propose déjà une ébauche et je compte lire quelques passages critiques).

Je ne demande pas de plan mais des avis sur le moyen de proposer une étude littéraire pas trop rhétorique… Éventuellement des aspects que j'aurais complètement oubliés ? J'aimerais vraiment l'étudier linéairement, mais bon ^^

Merci par avance et bonne soirée !
Nicétas
Bonsoir,

Ces premières pistes sont excellentes.

Il manque la critique sociale et l'ironie stendhalienne.
Ne pas oublier le sous-titre du roman : Le Rouge et le Noir, sous-titré Chronique du XIXe siècle, deuxième sous-titré Chronique de 1830.
Mathilde pourrait être vue comme le pendant féminin de Fabrice à l'encontre de qui Stendhal ne se montre pas tendre.
Bonsoir Jean-Luc,
merci beaucoup pour ces conseils,
en fait je comptais intégrer la critique sociale et l'ironie stendhalienne (ou du narrateur) dans des sous-parties des deux premières parties. Il faudrait que je retravaille les titres des sous-parties et que je me penche plus précisément sur leur contenu. Et merci pour le lien avec Fabrice, je vais essayer de creuser cela, je n'y avais pas du tout pensé.
D'autre part, je réfléchis à intégrer la lecture de Marie Parmentier : Stendhal mêle lecture distanciée et lecture participative, il faut que je le lise en détail.
J'aimerais proposer quelque chose d'intéressant à écouter, et qui parle vraiment de ce texte.

D'autre part, je ne suis pas sûr de comprendre la toute première expression, "Mathilde s'ennuyait en espoir"…
J'avoue avoir un peu de mal à conceptualiser.
Bonjour,

Souffrance, sentiment de vide causés par un espoir déçu. La construction avec en est inhabituelle.
Mathilde est une jeune femme en apparence comblée, mais secrètement en attente d'une rupture dans son destin d'héritière. C'est d'une certaine manière une enfant du romantisme…
Merci beaucoup !
C'est comme cela que je le sentais mais difficile pour moi à expliquer grammaticalement !

Je reposterai prochainement l'évolution du travail !

Merci encore !

Voici une ébauche d'introduction :

Julien a pris ses fonctions de secrétaire auprès du Marquis de la Mole. Il en devient peu à peu le protégé, en même temps qu’il progresse dans l’acquisition de « l’art de vivre à Paris » II,8.
Dans ce chapitre, Mathilde invite Julien au bal donné à l’hôtel de Retz. Où en sont-ils à ce moment du roman, juste avant l’extrait ? A priori nulle part, le narrateur ne les associe encore que très peu. Mais Mathilde commence à le remarquer : « Il manque de légèreté, mais non pas d’esprit », « Du moins, il n’était pas exactement comme un autre ». Quant à Julien, dont le jugement apparait à la page d’après, dans une perspective dialectique et sans doute surtout ironique du narrateur, son avis semble sans appel : « Que cette grande fille me déplait ! ».
Voilà donc le lecteur transporté dans une scène de bal. Revenons brièvement sur ce qui précède directement notre extrait - cela est nécessaire pour le comprendre -, où, après quelques lignes sur l’émerveillement de Julien, l’attention de tous se porte sur Mathilde. Y compris celle de Julien : « La curiosité le faisait avancer avec un plaisir, que la robe fort basse des épaules de Mathilde augmenta bien vite ». Julien rejoint Mathilde et par sa critique - hypocrite - de Rousseau, arrive à la déstabiliser : « la froideur de son partner la déconcerta profondément. Elle fut d’autant plus étonnée, que c’était elle qui avait coutume de produire cet effet-là sur les autres. » C’est intéressant et important : une complexité se développe dans les relations entre les deux personnages.
Arrive alors l’extrait qui nous intéresse.
LECTURE
Il s’agit d’une scène de bal, où le narrateur donne à voir une société en action (cf. sous-titre du roman : Chronique du XIXe siècle / Chronique de 1830). Ensuite, c’est là l’occasion d’explorer, pour le narrateur et le lecteur, le personnage de Mathilde. Mais, assez clairement, se dessine une distance entre le narrateur et ce qu’il narre, créant ainsi un effet de complicité avec le lecteur.
Quels sont les enjeux de cette reprise stendhalienne du motif du bal, nimbée d’ironie ?

D'où le plan suivant :

I) Intérêt « historique » : la représentation comique et décalée d’une expérience sociale
1/ La situation : deux êtres qui ne communiquent pas, jeu sur intériorité / extériorité et les apparences
2/ La représentation d'un marquis ridicule
3/ La dynamique narrative

II) Intérêt dramatique : ménager une apparente pause dans l’action pour comprendre Mathilde en première personne
==> A l'aide probablement de Marie Parmentier sur la stratégie stendhalienne de la construction de la lecture
1/ Une femme intelligente et fière ? Donne l'impression de s'ennuyer alors qu'elle se délecte de sa vie intérieure
2/ Une femme qui s'ennuie ? Réflexion sur l'ennui et l'aspect romantique de Mathilde
3/ Une femme folle ? Discussion de l'interprétation des contemporains de Stendhal et de leur figure dans le texte, le Marquis

III) Intérêt programmatique et symbolique
1/ La naissance de "l'amour"
2/ Le mariage
3/ La condamnation à mort

On constate surtout que la voix du narrateur surplombe tout, est difficile à cerner, ne peut pas se taire.


Mais j'éprouve beaucoup de difficultés à faire quelque chose qui ne se répète pas…
Je ne trouve pas que l'analyse produise des répétitions.

En revanche il me semble que la critique acerbe de la société de la Restauration n'apparaît pas.
Le verbe "acheter" est employé deux fois.
Stendhal a la dent dure pour cette aristocratie qui se mésallie afin de s'enrichir, pour cette monarchie qui pratique la vénalité des charges comme sous l'Ancien Régime, pour cette absence d'honneur, cette mesquinerie et ces comportements conventionnels de la classe dirigeante. C'est dans cette société que Julien veut parvenir quitte à mettre sous le boisseau son idéal napoléonien de gloire. Cette société ennuyeuse ne reconnaît pas l'énergie héroïque, la virtù de la Renaissance tant appréciée par Stendhal en Italie.
Justement Mathilde, bien dotée, peut se permettre ces extravagances.
Merci beaucoup !

Disons que cet aspect là se dissout un peu partout… Où le placeriez-vous précisément ? Car il apparait surtout à travers Mathilde…
J'en parle dans la première partie, I,2 et I,3, ainsi que dans la deuxième partie, en II,2, mais j'ai un peu de mal.

Disons que le sentiment de répétition vient de l'artificialité de I et II, qui ne font en fait qu'un puisque cette critique de la société de la Restauration est placée par le narrateur dans la bouche de Mathilde…

Je suis de toute façon pour l'instant en train d'analyser le texte linéairement, j'espère y voir plus clair après pour faire un meilleur plan composé.
La critique de la société doit apparaître avec Mathilde.
La moquerie résulte de son regard.
De plus cette diatribe est révélatrice de son caractère.
Stendhal brosse avec Mathilde le portrait d'un certain type de femme qu'il apprécie. Il faut la rapprocher de certaines héroïnes des Chroniques italiennes.
Bonjour à tous :

J'ai rechangé encore des choses, voici le problème :
comment le narrateur confronte-t-il Mathilde, le marquis, et par son intermédiaire, la société, dans cette scène de bal ?

Et le plan :

I) Lecture littérale de Mathilde, un être d'exception
1- L'intérêt progressif pour Mathilde : approche d'un être d'exception
2- Mathilde, rebelle intelligente qui se livre à la critique sociale
3- En attendant l’action : une enfant du romantisme
II) Une expérience sociale représentative et comique
1- Le jeu constant sur l'intériorité et l'extériorité des personnages
2- Le personnage du marquis, emblématique caricature de la société
3- Une narration distanciée
III) Le narrateur, ou la voix qui ne peut pas se taire, permet une lecture plus distanciée de Mathilde, qui renvoie dos-à-dos tout le monde
1- Mathilde, ridicule ?
2- La stérilité de l’ironie romantique
3- L’ironie programmatique

Et en conclusion :

En conclusion, on peut dire que cette scène de bal, au cœur du roman, permet de brosser le portrait d’un personnage principal, de comprendre comment l’amour pour Julien peut se développer, et de véhiculer une image de la société. Donc Stendhal comme peintre d’une psychologie (mais si l’on peut dire de Julien qu’il est une singularité représentative, cela est plus difficile pour Mathilde), de caractère, et peintre d’une société. Il fait se confronter de manière comique Mathilde et le marquis, représentant en titre de la société, dont Mathilde fait pourtant partie intégrante. Si le narrateur semble faire preuve d’une certaine complicité idéologique et stylistique avec Mathilde, tous sont en fait mangés à la même ironie. L’ironie du narrateur, à la différence de celle de Mathilde, semble ne rien prendre du tout au sérieux. Mathilde peut faire à la fois l’objet d’une lecture participative et d’une lecture distanciée. Comme toujours dans le roman, la lecture des femmes de chambre et des happy few collabore et on voit bien en quoi Stendhal construit sa lecture : la seule vraie complicité du narrateur est celle qu’il entretient avec le lecteur, matérialisée dans le texte par « que le lecteur connaît déjà ».