Les prénoms dans les œuvres de la comtesse de Ségur

Littérature

8 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour.

J'aime bien l'univers de l'écrivain d'origine migratoire russe par son
style et l'aspect moralisateur.

Je me demandais juste pourquoi l'écrivain donne les noms très catholiques tels que Paul, Camille, Jean, Gaspard, Georges, Geneviève…blabla…

Je sais que le choix se fait avec son intention pédagogique.

Merci d'avance pour votre aide !
La comtesse de Ségur écrit tardivement ses romans. Elle vit en France, est catholique depuis l'âge de treize ans.
La plupart des romans se passent en France. Rien d'étonnant au choix des prénoms.
La France a pendant longtemps restreint la liberté de choix des prénoms. Pendant la Révolution, les lois françaises limitaient l’éventail de choix d’un prénom à ceux du calendrier et d’une liste établie. (Loi du 11 germinal, an XI). Les prénoms qui n’étaient pas suffisamment conformistes n’avaient aucune chance d’être acceptés par les fonctionnaires d’État.
(…)
L’Instruction ministérielle du 12 avril 1966 marque la première étape vers l’ouverture. Cette dernière admit en effet que “la force de la coutume, en la matière, a sensiblement élargi les limites initialement assignées à la recevabilité des prénoms par les prescriptions littérales de la loi du 11 germinal an XI.”
Tu fais bien, Anne345, de rappeler ce texte.
Je ne sais pas si cela a rapport avec les prénoms choisis par la comtesse de Ségur, mais j'ai pu vérifier le cas dans ma famille d'origine espagnole et italienne. S'il était facile de transformer Antonio en Antoine, Julia en Julie, il n'en était pas de même pour Basilia, le prénom choisi pour l'une de mes tantes, dans les années 25. Elle a donc été inscrite à l'état civil sous le prénom de Basile, et je peux dire que le jour où elle a été convoquée pour le service militaire, elle n'avait pas envie de rire. Elle détestait son prénom. Moi, je trouvais ça plutôt joli, Basilia.
tatuyaishikawa a écrit : Je me demandais juste pourquoi l'écrivain donne les noms très catholiques tels que Paul, Camille, Jean, Gaspard, Georges, Geneviève…blabla…
Ce ne sont pas du tout des prénoms spécialement catholiques, ce sont les prénoms les plus courants du temps figurant dans la liste limitée des prénoms utilisés pour tous les Français, quelle que soit leur religion. Paul et Camille sont d'ailleurs des prénoms d'origine romaine, Georges est grec, Jean hébreu, Geneviève celte. Certes, ils figurent tous sur le calendrier catholique, qui était le grand vivier pour les prénoms admis par l'Etat-civil. D'ailleurs, à part Gaspard peut-être et Geneviève qui a pris un coup de vieux (mais j'en connais plusieurs), tous ces prénoms sont encore donnés aujourd'hui, dans les familles relativement traditionnelles mais pas forcément catholiques, qui n'ont pas encore succombé à la mode du prénom tiré d'une série américaine, Jessica ou Steevy.

La Comtesse utilise aussi d'autres prénoms quand il le faut. Gribouille par exemple !

Cela dit, la France à l'époque était encore officiellement catholique, et la Comtesse de Ségur était ultra-catholique. Je lis, grâce à Gabiana qui l'a mentionné l'autre jour, la Soeur de Gribouille que j'ai trouvé d'occasion dans la fameuse Bibliothèque rose d'origine. C'est dégoulinant de bonnes pensées catholiques, avec un bon curé par-ci, et du bon Dieu qui vous envoie des épreuves mais vous récompensera plus tard, par-là !
Tu imagines, Lamaneur, quand on a trempé dans ce bain à l'âge de six ans. 🙂
Oh, oui, j'imagine bien. "Les malheurs de Sophie", c'est quand même plus déluré !
Revenant sur la question des prénoms, on trouve aussi chez la Comtesse des prénoms anciens : je note dans la Soeur de Gribouille Nanon, Louison (mais ces deux-là sont peut-être revenus un peu à la mode) et surtout Phrasie.
Dans les deux Nigauds, que j'entame, les deux enfants sont Simplicie et Innocent, et la bonne Prudence. On devine qu'il s'agit-là de véritables blasons parlants.
Sur le plan de la langue, j'ai observé que la Comtesse se plantait sur la conjugaison du verbe "agonir", où elle emploie "agonisait" et "agonisant"
Mon coquin monte toujours en m'agonisant de sottises
pas moyen de se faire entendre ! Il m'agonisait de sottises

Et elle m'a surpris par son emploi du verbe "ensevelir" dans un sens que je ne connaissais pas mais que relève le TLF (Envelopper (un cadavre) dans un linceul.)
Voilà, on peut encore s'instruire au rayon des vieilles lunes !
Nanon, Louison (mais ces deux-là sont peut-être revenus un peu à la mode) et surtout Phrasie.
Aucun mystère : Nanon est le diminutif d'Anne, Louison de Louise et Phrasie d'Euphrasie. Celui-là, en effet, n'est plus dans l'air du temps… Pourtant, c'est le prénom que Victor Hugo a infligé à Cosette !