Qu’est-ce qu’être ami de soi-même?

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous 🙂

Voilà j'ai un sujet de dissertation en philo que je ne comprends pas du tout 😞
Le sujet en question est: Qu'est-ce qu'être ami de soi-même?
Je suis complètement perdu…
Pouvez vous m'éclairer s'il vous plaît?

Merci d'avance 😀
Où en es-tu dans tes réflexions? Analyse du sujet? Exemples? Amorces d'un plan?

Un texte d'Aristote (Ethique à Nicomaque, IX, 4) pour te donner des pistes, bonne lecture !
Les sentiments affectifs que nous ressentons à l’égard de nos amis et les caractères qui servent à définir les diverses amitiés semblent bien dériver des relations de l’individu avec lui-même. En effet, on définit un ami: celui qui souhaite et fait ce qui est en réalité ou lui semble tel, en vue de son ami même; ou encore, celui qui souhaite que son ami ait l’existence et la vie, pour l’amour de son ami même (c’est précisément ce sentiment que ressentent les mères à l’égard de leurs enfants, ainsi que les amis qui se sont querellés). D’autres définissent un ami celui qui passe sa vie avec un autre et qui a les mêmes goûts que lui; ou celui qui partage les joies et les tristesses de son ami (sentiment que l’on rencontre aussi tout particulièrement chez les mères). L’amitié se définit enfin par l’un ou l’autre de ces caractères.

Or chacune de ces caractéristiques se rencontre aussi dans la relation de l’homme de bien avec lui-même (comme aussi chez les autres hommes, en tant qu’ils se croient eux-mêmes des hommes de bien or, de l’avis général, ainsi que nous l’avons dit la vertu et l’homme vertueux sont mesure de toutes choses). En effet, les opinions sont chez lui en complet accord entre elles, et il aspire aux mêmes choses avec son âme tout entière Il se souhaite aussi à lui-même ce qui est bon en réalité et lui semble tel, et il le fait (car c’est le propre de l’homme bon de travailler activement pour le bien), et tout cela en vue de lui- même (car il agit en vue de la partie intellective qui est en lui et qui paraît constituer l’intime réalité de chacun de nous). Il souhaite encore que lui-même vive et soit conservé, et spécialement cette partie par laquelle il pense. L’existence est, en effet, un bien pour l’homme vertueux, et chaque homme souhaite à soi-même ce qui est bon: et nul ne choisirait de posséder le monde entier en devenant d’abord quelqu’un d’autre que ce qu’il est devenu (car Dieu possède déjà tout le bien existant mais seulement en restant ce qu’il est, quel qu’il soit. Or il apparaîtra que l’intellect constitue l’être même de chaque homme, ou du moins sa partie principale. En outre, l’homme vertueux souhaite de passer sa vie avec lui-même: il est tout aise de le faire, car les souvenirs que lui laissent ses actions passées ont pour lui du charme, et en ce qui concerne les actes à venir, ses espérances sont celles d’un homme de bien et en cette qualité lui sont également agréables. Sa pensée enfin abonde en sujets de contemplation. Et avec cela, il sympathise par-dessus tout avec ses propres joies et ses propres peines, car toujours les mêmes choses sont pour lui pénibles ou agréables, et non telle chose à tel moment et telle autre à tel autre, car on peut dire qu’il ne regrette jamais rien.

Dès lors du fait que chacun de ces caractères appartient à l’homme de bien dans sa relation avec lui-même, et qu’il est avec son ami dans une relation semblable à celle qu’il entretient avec lui-même (car l’ami est un autre soi-même), il en résulte que l’amitié semble consister elle aussi en l’un ou l’autre de ces caractères, et que ceux qui les possèdent sont liés d’amitié. — Quant à la question de savoir s’il peut ou non y avoir amitié entre un homme et lui-même, nous pouvons la laisser de côté pour le moment on admettra cependant qu’il peut y avoir amitié en tant que chacun de nous est un être composé de deux parties ou davantage à en juger d’après les caractères mentionnés plus haut, et aussi parce que l’excès dans l’amitié ressemble à celle qu’on se porte à soi-même.

C’est un fait d’expérience que les caractères que nous avons décrits appartiennent aussi à la plupart des hommes, si pervers qu’ils puissent être. Ne pouvons-nous alors dire que, en tant qu’ils se complaisent en eux-mêmes et se croient des hommes de bien, ils participent réellement à ces caractères? Car enfin aucun homme d’une perversité ou d’une scélératesse achevée n’est en possession de ces qualités, et il ne donne même pas l’impression de les avoir. On peut même à peu près assurer qu’elles ne se rencontrent pas chez les individus d’une perversité courante: ces gens-là sont en désaccord avec eux-mêmes, leur concupiscence les poussant à telles choses, et leurs désirs rationnels à telles autres: c’est par exemple le cas des intempérants qui, au lieu de ce qui, à leurs propres yeux, est bon, choisissent ce qui est agréable mais nuisible. D’autres, à leur tour, par lâcheté et par fainéantise, renoncent à faire ce qu’ils estiment eux-mêmes le plus favorable à leurs propres intérêts. Et ceux qui ont commis de nombreux et effrayants forfaits et sont détestés pour leur perversité en arrivent à dire adieu à l’existence et à se détruire eux-mêmes. De même encore, les méchants recherchent la société d’autres personnes avec lesquelles ils passeront leurs journées, mais ils se fuient euxmêmes, car seuls avec eux-mêmes ils se ressouviennent d’une foule d’actions qui les accablent et prévoient qu’ils en commettront à l’avenir d’autres semblables, tandis qu’au contraire la présence de compagnons leur permet d’oublier. De plus, n’ayant en eux rien d’aimable, ils n’éprouvent aucun sentiment d’affection pour eux-mêmes. Par suite, de tels hommes demeurent étrangers à leurs propres joies et à leurs propres peines, car leur âme est déchirée par les factions: l’une de ses parties, en raison de sa dépravation, souffre quand l’individu s’abstient de certains actes, tandis que l’autre partie s’en réjouit; l’une tire dans un sens et l’autre dans un autre, mettant ces malheureux pour ainsi dire en pièces. Et s’il n’est pas strictement possible qu’ils ressentent dans un même moment du plaisir et de la peine, du moins leur faut-il peu de temps pour s’affliger d’avoir cédé au plaisir et pour souhaiter que ces jouissances ne leur eussent jamais été agréables car les hommes vicieux sont chargés de regrets. Ainsi donc, il est manifeste que l’homme pervers n’a même pas envers lui-même de dispositions affectueuses, parce qu’il n’a en lui rien qui soit aimable. Si dès lors un pareil état d’esprit est le comble de la misère morale, nous devons fuir la perversité de toutes nos forces et essayer d’être d’honnêtes gens: ainsi pourrons-nous à la fois nous comporter en ami avec nous-mêmes et devenir un ami pour un autre.
Merci pour la réponse et le texte 🙂
En faite je ne comprends pas mais vraiment pas du tout ce sujet
Il faut définir les termes de façon très précise, et essayer de répondre à la question! Ici, le sujet paraît d'emblée problématique: comment être notre propre ami? C'est tout de même pas courant! C'est une question qui paraît tout de suite bizarre, originale, mais il faut sérieusement se la poser.

Quelques pistes de réflexions:

L'amitié est une relation paisible et satisfaisante entre personne. Elle suppose amour (cf. étymologie du mot), confiance, et égalité (autrement il se transforme en respect ou en bienveillance). Elle suppose enfin un dialogue.

Cette personne, sujette à mon amitié, ne pourrait-elle pas être moi-même? Aristote distingue les amitiés par plaisir, par intérêt, et par vertu. Permettant amour de soi-même, confiance en soi-même, dialogue avec soi-même, cette amitié envers soi-même pourrait alors bien appartenir à la dernière catégorie.
Si l'on suppose avec Aristote que le bon ami est celui qui nous ressemble, il semble alors naturel d'être l'ami de soi-même! Celui qui nous ressemble le plus, n'est-ce pas nous-mêmes?

Cependant, l'amitié envers soi-même, n'est-ce pas un autre nom pour de l'égoïsme? Ou cet alter ego que nous créons pour être notre ami, est-ce vraiment nous-mêmes? Ne suppose-t-il pas un dédoublement de personnalité toujours imparfait?

À ce niveau de la réflexion, je t'invite à te pencher sur le "soi-même" dans le sujet, et à le définir avec précision. Ricoeur distingue le "soi-même" du "soi" en distinguant en latin "idem" et "ipse". C'est un peu compliqué, mais voilà le texte, il peut servir dans ta troisième partie:
Répondre à la question « qui? », comme l'avait fortement dit Hannah Arendt, c'est raconter l'histoire d'une vie. L'histoire racontée dit le qui de l'action. L'identité du qui n'est donc elle-même qu'une identité narrative Sans le secours de la narration, le problème de l'identité personnelle est en effet voué à une antinomie sans solution : ou bien l'on pose un sujet identique à lui-même dans la diversité de ses états, ou bien l'on tient, à la suite de Hume et de Nietzsche, que ce sujet identique n'est qu'une illusion substantialiste, dont l'élimination ne laisse apparaître qu'un pur divers de cognitions, d'émotions, de volitions. Le dilemme disparaît si, à l'identité comprise au sens d'un même (idem), on substitue l'identité comprise au sens d'un soi-même (ipse); la différence entre idem et ipse n'est autre que la différence entre une identité substantielle ou formelle et l'identité narrative.
Temps et récit, 3. Le temps raconté, Paul Ricoeur, Conclusion, "La première aporie de la temporalité : l’identité narative"

L'amitié envers soi-même n'est plus un simple égoïsme, mais l'idée que nous avons de nous-mêmes, et que nous nous projetons mentalement. Cet ami/soi-même est autre que nous, il est la projection que nous avons de nous-mêmes.
Bonjour à tous 🙂

J'ai une dissert sur: Qu'est-ce qu'être ami de soi-même?

Mais je n'y comprend absolument rien…

Pouvez vous m'éclairer svp?

Merci d'avance 🙂