Bonjour, élève en 1ES ma professeur de français nous a donné à étudier "Sur Le Tasse en prison d'Eugène Delacroix " de Baudelaire.
Son plan est : I) '' Ut pictura poesis " la peinture est comme la poésie
A) Recréer un lieu
B) Recréer une atmosphère
II) De l'exphrasis ( description d'un tableau ) à l'univers Baudelairien
A) Du poète mélancolique
B) Au spleen baudelairien
Le poète au cachot, débraillé, maladif,
Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
Mesure d'un regard que la terreur enflamme
L'escalier de vertige où s'abîme son âme.
Les rires enivrants dont s'emplit la prison
Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison;
Le Doute l'environne, et la Peur ridicule,
Hideuse et multiforme, autour de lui circule.
Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim
Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,
Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille,
Voilà bien ton emblème, åme aux songes obscurs,
Que le Réel étouffe entre ses quatre murs!
Mon travail est donc de faire l'analyse du poème et de l'intégrer dans ce plan.
1) J'ai du mal à différencier le lieu et l'atmosphère du poème : Dans le A je parle de la notion d'enfermement et de ce lieu sordide et lugubre,mais j'ai peur de me répéter car dans le B il faut bien parler de cette atmosphère lourde, angoissante non? De plus je ne trouve pas beaucoup de procédés pour ce grand I hormis des champs lexicaux
2) j'ai remarqué qu'il y avait de nombreuses références à la folie mais je ne sais pas dans quelle sous partie les placer
3) Enfin je trouve que la différence entre le poète mélancolique et le spleen baudelairien est très fine et j'ai vraiment l'impression de me répéter. On m'a parlé d'une allégorie de la mélancolie mais je ne parviens pas à la trouver, es ce une allégorie filée?
https://litteraturedepartout.hautetfort.com/media/02/02/2584578015.jpg
Peut-être en parallèle, relire cet article de Baudelaire dans
Curiosités esthétiques, ce passage consacré à Delacroix à l'occasion du salon de 1846 :
Jusqu’à présent on a été injuste envers Eugène Delacroix. La critique a été pour lui amère et ignorante ; sauf quelques nobles exceptions, la louange elle-même a dû souvent lui paraître choquante. En général, et pour la plupart des gens, nommer Eugène Delacroix, c’est jeter dans leur esprit je ne sais quelles idées vagues de fougue mal dirigée, de turbulence, d’inspiration aventurière, de désordre même ; et pour ces messieurs qui font la majorité du public, le hasard, honnête et complaisant serviteur du génie, joue un grand rôle dans ses plus heureuses compositions. Dans la malheureuse époque de révolution dont je parlais tout à l’heure, et dont j’ai enregistré les nombreuses méprises, on a souvent comparé Eugène Delacroix à Victor Hugo. On avait le poëte romantique, il fallait le peintre. Cette nécessité de trouver à tout prix des pendants et des analogues dans les différents arts amène souvent d’étranges bévues, et celle-ci prouve encore combien l’on s’entendait peu. À coup sûr la comparaison dut paraître pénible à Eugène Delacroix, peut-être à tous deux ; car si ma définition du romantisme (intimité, spiritualité, etc.) place Delacroix à la tête du romantisme, elle en exclut naturellement M. Victor Hugo. Le parallèle est resté dans le domaine banal des idées convenues, et ces deux préjugés encombrent encore beaucoup de têtes faibles. Il faut en finir une fois pour toutes avec ces niaiseries de rhétoricien. Je prie tous ceux qui ont éprouvé le besoin de créer à leur propre usage une certaine esthétique, et de déduire les causes des résultats, de comparer attentivement les produits de ces deux artistes.
…/…
Pour Delacroix, la justice est plus tardive. Ses œuvres, au contraire, sont des poëmes, et de grands poëmes naïvement conçus[7], exécutés avec l’insolence accoutumée du génie. — Dans ceux du premier, il n’y a rien à deviner ; car il prend tant de plaisir à montrer son adresse, qu’il n’omet pas un brin d’herbe ni un reflet de réverbère. — Le second ouvre dans les siens de profondes avenues à l’imagination la plus voyageuse. — Le premier jouit d’une certaine tranquillité, disons mieux, d’un certain égoïsme de spectateur, qui fait planer sur toute sa poésie je ne sais quelle froideur et quelle modération, — que la passion tenace et bilieuse du second, aux prises avec les patiences du métier, ne lui permet pas toujours de garder. — L’un commence par le détail, l’autre par l’intelligence intime du sujet ; d’où il arrive que celui-ci n’en prend que la peau, et que l’autre en arrache les entrailles. Trop matériel, trop attentif aux superficies de la nature, M. Victor Hugo est devenu un peintre en poésie ; Delacroix, toujours respectueux de son idéal, est souvent, à son insu, un poëte en peinture.
https://fr.wikisource.org/wiki/Salon_de_1846 Merci je crois que je l'avais déjà lu mais je peine à trouver des réponses à mes questions dedans..
Pourtant le plan donné par ton professeur guide bien le travail d'analyse.
Entre lieu (au cachot, prison, taudis malsain, son logis ) et atmosphère, tu dois trouver le lexique, les images (escalier de vertige), le choix des adjectifs (étrange/absurde), les adjectifs démonstratifs (ces) la façon de nommer les personnages (spectres), l'atmosphère sonore (cris / rires enivrants, ameuté derrière son oreille …) , la personnification du Doute et de la Peur, l' idée de bourdonnement d'essaim, la place des mots comme "terreur" et "horreur" …
Merci beaucoup ça m'eclaire un peu plus, et pour la folie elle se place donc dans l'atmosphère? J'hésite a garder la douleur pour la sous partie du poète mélancolique car je ne trouve rien à dire
Oui ma professeur nous a parlé de folie avec les rires enivrants et l'effet de mouvement circulaire ( dans le sonnet ) mais je ne sais où la placer dans mon plan?
Faut-il utiliser la biographie pour commenter le poème de Baudelaire ? Cela se discute. Appuie-toi surtout sur l'analyse du sonnet.
Place-le où tu veux, mais tu peux peut-être le faire dès le début. Le Tasse souffrait de maladie mentale depuis l'âge de trente ans et primitivement ce sonnet le mentionnait (dans la prison des fois, démence, ces mots ont disparu dans la dernière version).
Merci et je peux préciser que justement Baudelaire n'insiste pas tellement sur cette folie mais plus sur l'atmosphère lourde et angoissante ( même si cela va avec car la la folie l'angoisse ) ?
Appuie toi sur le texte comme cela t'a été dit et n'extrapole pas.
Oui bien sur, mais je n'arrive pas a cerner l'allégorie de la mélancolie?
Revois le sens que donne Baudelaire au Spleen, à la mélancolie, à l'humeur noire, à cette tristesse particulière. Cela t'aidera à mener une partie de l'analyse.
Je viens de finir de rédiger mon I ( A) Recréer un lieu B) recréer une atmosphère ) mais je butte maintenant sur le II : A) Du poète mélancolique B) Au spleen Baudelairien.
Je n'arrive vraiment pas à trouver des éléments pour le A). J'ai l'impression que tout ce que je trouve va directement dans le B) Au spleen Baudelairien : le poéte rêveur et génie, qui tente de fuir la réalité car il se sent éttoufé, son esprit et son corps deviennent une prison…
Pouvez vous m'aider pour le A?