Bonjour,
J'ai lu récemment dans un article du Monde la phrase suivante : "En attendant, le gouvernement comme les associations veulent s’allier l’opinion.", qui m'a immédiatement perturbé. Intuitivement, j'ai tout de suite pensé que cette construction était fautive. Pris d'un doute, j'ai toutefois effectué une rapide recherche Google (bit.ly/1oZUdLK) qui donne plusieurs autres occurrences d'un tel emploi, la plupart du temps sur des sites de journalisme, dans certains cas au sein de livres publiés sur Google Books. Bref, n'ayant pas d'ouvrage de référence à portée de main, j'ai rapidement consulté les dictionnaires classiques en ligne ainsi que le TLFi, je n'ai vu nulle part d'exemple de cette construction.
Pourrait-on me confirmer si elle est effectivement fautive ou valide ?
Merci d'avance,
P.P.
Mais en quoi la trouvez-vous fautive ? Rien ne me choque dans cette phrase.
avec opinion ainsi compris
Ensemble des idées d'un groupe social sur les problèmes politiques, économiques, moraux, etc. : L'opinion française.
L'utilisation transitive directe du verbe pronominal "s'allier". J'aurais pensé qu'on ne pouvait l'utiliser que de façon indirecte : "s'allier à quelqu'un".
il me semble qu'ici gouvernement et association ne veulent pas s'allier à qui ou quoi que ce soit mais veulent plutôt amener à eux l'opinion.
"En attendant, le gouvernement comme les associations veulent allier à eux l’opinion."
Explication assez confuse, je le reconnais.
Cette explication tient la route, c'est vrai que je ne l'avais pas envisagé sous cet angle. Je continue de trouver la formulation bancale, non pas d'un point de vue strictement grammatical, mais désormais parce que je considère, peut-être à tort, que pour ce cas de figure, l'entité à l'origine de l'alliance ne peut pas être l'un des sujets de l'alliance.
Par exemple, je trouve normal : "A veut allier B à C.", moins : "A veut allier B à A.", soit "A veut s'allier B.". Dans ce cas-là, j'aurais plutôt écrit quelque chose comme : "A veut que B s'allie à lui". Une question de ressenti…
PlapPlop, vos interrogations sont justifiées et bravo pour avoir observé cela. Comme vous l'avez remarqué, la formule
"s'allier qqun" est désormais assez courante dans la presse. Elle était assez rare auparavant, ce qui doit expliquer que les dictionnaires ne la mentionnent pas. Elle s'explique cependant assez bien comme Paulang a dit, et je ne la crois pas fautive, même si elle était inusitée jadis.
En voici deux exemples relativement anciens quand même :
-1857 dans
la Revue Suisse :
Il n'a pas réussi à s'allier un seul canton pour l'amour de ce principe, et ceux qui l'ont appuyé quelquefois ne l'ont fait qu'en vue de leurs intérêts de chemins de fer.https://books.google.fr/books?id=mEwpAAAAYAAJ&pg=PA546#v=onepage&q&f=false
-1818 dans
Institution de la religion chrétienne :
S'il est question du genre humain, qu'ils me répondent, pourquoi Dieu a voulu s'allier un seul peuple pour lui être Père, et laisser les autres dans les ténèbres de leur erreurhttps://books.google.fr/books?id=Q9pdR5Fp3fgC&pg=PA455#v=onepage&q&f=false
Étrangement, ces deux sources sont suisses, ce qui laisse soupçonner un particularisme régional, peut-être sous l'influence de l'allemand.
Merci pour ces références, lamaneur (la seconde daterait même de 1713..!) ainsi que d'avoir souligné la potentielle origine suisse de cette utilisation. Force est de reconnaître que cette construction est valide ; je crois que j'aurais fait preuve de plus de circonspection si j'avais trouvé son utilisation dans un ouvrage plus classique que sur un site de journalisme. A priori…