C'est pourtant tout le devoir !
Les grands écrivains n’ont jamais été faits pour subir la loi des grammairiens mais pour imposer la
30 réponses · Page 2 / 2
Il me semble qu'une problématique qui aborderait les thèmes de la rupture ou de l'écart, et de la tradition, de la continuité, de la convention, de la doxa pourrait aussi porter ses fruits.
Claudel voit la création littéraire, la vraie, comme un accouchement, "mettre au jour ce gros paquet de choses vivantes". Une telle conception sous-tend la violence de l'expulsion, dans un premier temps le forcement des résistances, l'appel à exister dans le premier cri… Mais par la suite, le poète, admirateur de Rimbaud qui a préparé sa conversion par une mystique sauvage et révoltée, revient à une expression plus policée, plus conforme à un catholicisme attendu…
Claudel voit la création littéraire, la vraie, comme un accouchement, "mettre au jour ce gros paquet de choses vivantes". Une telle conception sous-tend la violence de l'expulsion, dans un premier temps le forcement des résistances, l'appel à exister dans le premier cri… Mais par la suite, le poète, admirateur de Rimbaud qui a préparé sa conversion par une mystique sauvage et révoltée, revient à une expression plus policée, plus conforme à un catholicisme attendu…
Mouais, on voit bien qu'il n'a jamais accouché…C'est fou, le nombre d'hommes qui parlent de ce qu'ils ne connaissent pas.
Cela étant, Jean-Luc, je trouve que tes suggestions de problématiques sont très intéressantes.
Le thème de la rupture, donner un sens nouveau aux mots de la tribu, c'est bien le sujet, je crois. Le grand écrivain n'est pas un simple chroniqueur, c'est aussi un visionnaire.
Mais il me semble que ce n'est pas incompatible du tout avec le fait que l'écrivain ne se contente pas d'utiliser la langue mais qu'il la sert.
Cela étant, Jean-Luc, je trouve que tes suggestions de problématiques sont très intéressantes.
Le thème de la rupture, donner un sens nouveau aux mots de la tribu, c'est bien le sujet, je crois. Le grand écrivain n'est pas un simple chroniqueur, c'est aussi un visionnaire.
Mais il me semble que ce n'est pas incompatible du tout avec le fait que l'écrivain ne se contente pas d'utiliser la langue mais qu'il la sert.
Un peu de respect pour Claudel, Gabiana…
Le problème du sujet, c'est qu'il ne porte pas que sur la poésie, et que l'on a tous tendance ici à n'évoquer que ceux-ci (moi le premier). Comment intégrer les prosateurs ? Et comment se garder de l'écueil qui consisterait à opposer les poètes à ces derniers ?
Où faire entrer Camus, par exemple ? Ce n'est pas tant sur le terrain de la langue qu'il innove que dans celui de l'écriture…
Ce sujet est très difficile à cause des limites à donner à l'expression "loi des grammairiens"… Faut-il le reformuler ?
Et quelqu'un a-t-il le contexte de la citation ? je ne possède que l'œuvre poétique de Claudel.
Le problème du sujet, c'est qu'il ne porte pas que sur la poésie, et que l'on a tous tendance ici à n'évoquer que ceux-ci (moi le premier). Comment intégrer les prosateurs ? Et comment se garder de l'écueil qui consisterait à opposer les poètes à ces derniers ?
Où faire entrer Camus, par exemple ? Ce n'est pas tant sur le terrain de la langue qu'il innove que dans celui de l'écriture…
Ce sujet est très difficile à cause des limites à donner à l'expression "loi des grammairiens"… Faut-il le reformuler ?
Et quelqu'un a-t-il le contexte de la citation ? je ne possède que l'œuvre poétique de Claudel.
Comment intégrer les prosateurs ?Cela ne me semble pas très difficile.
Il suffit pour cela que ce soient des visionnaires, et il n'y a pas que des poètes en littérature (heureusement. 😜)
Il suffit qu'ils aient un style ; on les lit, on sait qui ils sont.
Racine, Balzac, Hugo, Zola…
Cela dit, je n'ai aucun respect pour Claudel. Ses cinq enfants, ce n'est pas lui qui les a mis au monde. Je ne l'aime pas pour tout ce qu'il représente. Je déteste cet enfant gâté qui s'est gorgé d'argent et a été le premier à vouloir faire interner sa soeur, sûrement plus douée que lui -mais c'était une femme-, et ses pièces interminables me tombent des mains.
Pour Camus, il innove, dis-tu, sur le plan de l'écriture. N'est-ce pas suffisant ? Il ne s'agit pas pour répondre au sujet, à ce que je crois, de parler d'écrivains qui ne respecteraient pas les règles élémentaires de la la langue.
La correction de la langue d'un point de vue grammatical, c'est une chose, le style, c'en est une autre.
Différence entre la sécheresse et la luxuriance.
Enfin, c'est ce qu'il me semble…Il y a longtemps que je n'ai plus traité de sujet d'hypokhâgne et je n'étais pas une lumière en français…
Je suis évidemment d'accord avec ce que tu dis, mais on en revient à la définition et aux limites de la "thèse" de Claudel… C'est pour cela que je demande à voir le passage d'où cette citation est extraite. Peut-on aller jusqu'à l'écriture, pas seulement le style et la "grammaire" ?
D'un autre côté, si on limite trop le sujet, on n'aboutit à rien (catalogues d'écarts sans portée réelle).
Je déteste ces sujets dans lesquels on donne une portée universelle à ce qui n'était parfois qu'une boutade d'auteur (je ne dis pas que ce soit le cas ici) ou une remarque incidente.
Oui, gabiana, l'homme n'est pas toujours ce que nous semble être l'artiste.
J'ai toujours dit que je n'aurais sans doute pas été l'ami d'Apollinaire ni de Breton…
D'un autre côté, si on limite trop le sujet, on n'aboutit à rien (catalogues d'écarts sans portée réelle).
Je déteste ces sujets dans lesquels on donne une portée universelle à ce qui n'était parfois qu'une boutade d'auteur (je ne dis pas que ce soit le cas ici) ou une remarque incidente.
Oui, gabiana, l'homme n'est pas toujours ce que nous semble être l'artiste.
J'ai toujours dit que je n'aurais sans doute pas été l'ami d'Apollinaire ni de Breton…
Le sujet ne me paraît pas "hors de portée" et, comme toujours, il convient de définir préalablement les limites de la discussion.
La langue est par essence une réalité vivante, en perpétuelle transformation… jusqu'au jour où elle meurt (notamment quand il n'y a plus d'écrivains qui la servent ou s'en servent)…
D'un autre côté, il existe une tentation de figer son élan vital dans des formes canoniques…
"Enfin Malherbe vint, et le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence"
Bien entendu, il ne faut pas limiter la discussion à la seule poésie, mais c'est elle qui a connu le plus la férule des règles.
Claudel émet un avis transgressif, assez curieux sous la plume d'un écrivain établi.
Ce sujet pourrait utilement utiliser le "style" de Céline, de Perrec, de Camus, de Bernanos qui, chacun dans leur domaine, ont essayé de "concilier" une langue vivante avec des visions du monde nouvelles, voire décapantes. Flaubert peut aussi convenir, Rabelais et Scarron aussi, et Voltaire encore…
La question de fond reste bien celle des moyens à utiliser pour que l'écrivain rencontre durablement et fortement son lecteur, puis que, dans un second temps, son oeuvre dépasse les contingences du goût, les provocations gratuites, les jeux futiles pour devenir consacrée (d'ailleurs au nom de quelles règles ?).
Faut-il alors faire intervenir cette notion assez confuse de "génie de la langue" ?
La langue est par essence une réalité vivante, en perpétuelle transformation… jusqu'au jour où elle meurt (notamment quand il n'y a plus d'écrivains qui la servent ou s'en servent)…
D'un autre côté, il existe une tentation de figer son élan vital dans des formes canoniques…
"Enfin Malherbe vint, et le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence"
Bien entendu, il ne faut pas limiter la discussion à la seule poésie, mais c'est elle qui a connu le plus la férule des règles.
Claudel émet un avis transgressif, assez curieux sous la plume d'un écrivain établi.
Ce sujet pourrait utilement utiliser le "style" de Céline, de Perrec, de Camus, de Bernanos qui, chacun dans leur domaine, ont essayé de "concilier" une langue vivante avec des visions du monde nouvelles, voire décapantes. Flaubert peut aussi convenir, Rabelais et Scarron aussi, et Voltaire encore…
La question de fond reste bien celle des moyens à utiliser pour que l'écrivain rencontre durablement et fortement son lecteur, puis que, dans un second temps, son oeuvre dépasse les contingences du goût, les provocations gratuites, les jeux futiles pour devenir consacrée (d'ailleurs au nom de quelles règles ?).
Faut-il alors faire intervenir cette notion assez confuse de "génie de la langue" ?
Mais alors, ne sommes-nous pas conduits à opposer les Classiques aux Modernes ? Un autre problème se pose en ce cas, c'est celui de la réception de l'œuvre à son époque. Comme tu le sais, Malherbe n'est pas senti comme un "réactionnaire" en son temps (peut-être plus par Boileau, mais celui-ci écrit en fin se siècle), mais comme un progressiste qui va épurer la langue, donner un sens plus plein aux mots recouverts de la patine pétrarquisante léguée par l'époque précédente…
Bien sûr, le sujet n'est pas hors de portée, Jean-Luc !
De plus, il s'adresse à des étudiants qui doivent tout de même avoir quelques références littéraires, étant donné la voie qu'ils ont choisie.
Limiter à l'opposition anciens / modernes me paraît un peu réducteur. Mais j'ai peut-être mal compris ce que tu voulais dire.
Je crois qu'il faut faire porter l'analyse sur l'ensemble des "grands écrivains". (Déjà cet adjectif…)
Mais comment s'organiser ?
J'avoue mon embarras.
De plus, il s'adresse à des étudiants qui doivent tout de même avoir quelques références littéraires, étant donné la voie qu'ils ont choisie.
Limiter à l'opposition anciens / modernes me paraît un peu réducteur. Mais j'ai peut-être mal compris ce que tu voulais dire.
Je crois qu'il faut faire porter l'analyse sur l'ensemble des "grands écrivains". (Déjà cet adjectif…)
Mais comment s'organiser ?
J'avoue mon embarras.
Bien sûr qu'il n'est pas question de limiter le débat à la Querelle des Anciens et des Modernes !
Mais il y a toujours deux tendances : l'une qui fait confiance à la créativité de la langue, à son dynamisme intrinsèque, à son adaptabilité, et l'autre qui veut encadrer, codifier, garder des repères, une cohérence, éviter son adultération, créer des classes, assurer un pouvoir élitiste…
Aujourd'hui même la réforme de l'orthographe agite la sphère médiatique. La vraie question reste : "Que vont en faire les vrais écrivains ?" Sera-t-elle source de créativité ou va-t-elle éloigner des lecteurs ?
J'ai été frappé des réactions lues sur ce forum à propos de Pas pleurer de Lydie Salvayre. Lecteurs et lectrices perdus devant cette prose un peu désarticulée pour rendre compte de l'oralité, ce mélange idiomatique par une mère âgée qui parle comme "une vache espagnole"… J'y vois une réussite certaine là où de jeunes lecteurs ne perçoivent que confusion. Qui aura raison au regard de l'histoire littéraire ? La postérité des grands écrivains n'est jamais sûre, et combien de grands écrivains seraient encore lus sans les prescriptions des systèmes scolaire ou culturel ?
Mais il y a toujours deux tendances : l'une qui fait confiance à la créativité de la langue, à son dynamisme intrinsèque, à son adaptabilité, et l'autre qui veut encadrer, codifier, garder des repères, une cohérence, éviter son adultération, créer des classes, assurer un pouvoir élitiste…
Aujourd'hui même la réforme de l'orthographe agite la sphère médiatique. La vraie question reste : "Que vont en faire les vrais écrivains ?" Sera-t-elle source de créativité ou va-t-elle éloigner des lecteurs ?
J'ai été frappé des réactions lues sur ce forum à propos de Pas pleurer de Lydie Salvayre. Lecteurs et lectrices perdus devant cette prose un peu désarticulée pour rendre compte de l'oralité, ce mélange idiomatique par une mère âgée qui parle comme "une vache espagnole"… J'y vois une réussite certaine là où de jeunes lecteurs ne perçoivent que confusion. Qui aura raison au regard de l'histoire littéraire ? La postérité des grands écrivains n'est jamais sûre, et combien de grands écrivains seraient encore lus sans les prescriptions des systèmes scolaire ou culturel ?