Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, Un rêve
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J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note. Pantagruel, Livre III : quel est l'intérêt de cette phrase ? Si ce n'est le fait que les rêves se terminent toujours sans prévenir et qu'on ne s'en rapelle pas forcément.
UN RÊVE.
J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note.
Pantagruel, livre III.
Il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux. C'est à Dijon, de temps immémorial, la place aux exécutions.
Ce furent ensuite, - ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, - le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, - et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.
Ce furent enfin, - ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, - un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.
Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.
Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, - et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, 1842 (Éditions Gallimard)
Est-ce-que pour le domaine du Fantastique, je peux parler dans 1ère partie de l'environnement lugubre et du moyen-âge et dans une deuxième du thème de la mort .?
La phrase : c'est une citation du Pantagruel de Rabelais
D'acc pour tes parties ; voir aussi l'effet de "ainsi… ainsi je raconte,"
Oui, je said mais elle sert à quoi cette phrase ?
Merci pour l'anaphore.
Ça sert à montrer que les rêves sont inexplicables
chtite_lolie a écrit :UN RÊVE.
J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note.
Pantagruel, livre III.
Il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux. C'est à Dijon, de temps immémorial, la place aux exécutions.
Ce furent ensuite, - ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, - le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, - et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.
Ce furent enfin, - ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, - un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.
Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.
Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, - et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, 1842 (Éditions Gallimard)
Bien le bonjour =)
J'ai un commentaire composé à faire sur ce poème avec comme problématique :
En quoi la forme du poème en prose est-elle bien choisie pour évoquer le rêve ?
Je n'ai pour le moment aucune idée de plan.. La forme en prose est plus adaptée car à la différence du poème en vers, elle n'est pas "rigide" et permet donc mieux de s'adapter aux rêves et à ses différentes étapes avec ici les différents paragraphes ?
Si vous pouviez m'aider ça serait vraiment sympa (je sais que ce sujet date de 2007 mais bon, qui sait ? )
Bonjour,
Étudie le flot d'images, les brisures du rythme, l'incohérence ou l'invraisemblance, les rapports au temps…
Une poésie régulière aurait eu sans doute du mal à rendre compte de ces aspects.
Merci Jean-Luc de m'avoir répondu, mais j'ai encore quelques questions : 🙂
Pour le temps on a au tout début : "Il était nuit" (v.1) et "vers le réveil" (v.17) à la fin, ce qui traduit donc que l'intégralité du rêve est raccontée dans le poème. Les anaphores ("Ce furent d'abord / ensuite / enfin") marque l'évolution du rêve, cependant je ne vois pas la rapport, enfin comment intégrer tout ça dans un plan pour répondre à cette problématique…
Ensuite, le première paragraphe est fondé sur la vision uniquement avec le "-ainsi j'ai vu, ainsi je racconte" (v.2), le second sur l'ouïe "-ainsi j'ai entendu, ainsi je racconte-"(v.5) et le troisième paragraphe traite de la mort en même temps que s'achève le rêve "-ainsi s'acheva le rêve, ainsi je racconte" (v.9). Le quatrième paragraphe quant à lui évoque la cérémonie de la sépulture, mais je ne vois pas trop quoi dire sur le dernier à part peut être qu'il évoque une certaine idée de brutalité comme quand les rêves s'achèvent lorsqu'on est sur le point de mourir ("sous les torents de pluie")?
Sur ce, je vais poursuivre mes recherches 😜
Pour ce qui concerne les temps, relève exactement tous les verbes, tu verras qu'il y a toute une palette concernant tout l'axe du temps.
Le dernier paragraphe est à examiner comme la dissolution du rêve avant le réveil, comme une entrée dans l'absurde…
"ainsi je raconte" : cette expression me paraît importante aussi pour ta problématique : son poème s'apparente à du récit, la prose est donc adaptée, tout en gardant un aspect poétique apte à exprimer le rêve
Merci 🙂 Bonjour, bonjour
Je tenais à poster la correction du plan que j'ai prise en cours pour ce commentaire 🙂
Aloysius Bertrand est un poète romantique français du XIX° siècle qui créa le genre du poème en prose avec Gaspard de la Nuit publié à titre posthume en 1842. Son poème "Un rêve", extrait de ce recueil, retranscrit une atmosphère sombre et lugubre à l'image de la vie faite d'échecs d'Aloysius Bertrand que l'on peut qualifier de poète maudit. En quoi la forme du poème en prose est-elle bien choisie pour évoquer le rêve ? Nous verrons dans un premier temps l'entrelacement fait par le poète de trois rêves différents pour, dans un second temps, étudier l'atmosphère onirique qu'il s'en dégage et enfin analyser l'ordre et la dislocation du poème en prose.
I- Trois rêves, trois drames
A/ Les circonstances
- les trois lieux différents, description dans le premier paragraphe « ainsi j'ai vu » (l.2)
- le champs lexical du son « ainsi j'ai entendu »(l.5)
- les personnages : Dom Augustin, Marguerite, et A. Bertrand ( 3° paragraphe)
B/ Du «je» spectateur au «je» acteur
- le poète devient acteur au troisième paragraphe avec le «et moi» (l.10)
C/ Dénouement
- on passe de «Il était nuit»(l.2) à «vers le réveil»
- dans les deux derniers paragraphes le C.L du feu s'oppose à celui de l'eau => chute
II- Une atmosphère onirique
A/ Évocation du rêve
- C.L du rêve
- allitération en [t] dans l'exergue «J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note.»
- allitération en [r] pouvant faire penser à des ronflements dans l'avant dernier paragraphe «entre quatre cierges de cire» (l.13-14)
B/ Jeu sur la temporalité
- les différents temps des verbes traduisant le désordre, l’incohérence
- connecteurs logiques «d'abord, ensuite, enfin» deviennent illogiques
C/ Un cauchemar
- thème du Moyen-âge => gothique, souffrance (bourreau, Morimont…)
III- Le poème en prose: entre ordre et dislocation
A/ Risque de l'éparpillement
- un rêve ne comporte pas de structure et ils sont difficiles à retranscrire
- 3 visions ennoncées en même temps
- termes sonores confus : «grouillant»(l.3), «prières bourdonnantes»(l.7), «foule» (l.16)
B/ La structure du poème
- les différents paragraphes
- le rythme ternaire pour les trois premiers paragraphes et binaire pour l'avant dernier
- présence de tirets
C/ La musicalité
- proche du vers : allitérations, ponctuation avec « a barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée» (l.15)
- refrain, reprises anaphoriques, découpage minutieux (dans le but de structurer aussi)
Aloysius Bertrand lie dans son poème trois rêves différents mêlant trois personnages dont lui-même. Bien qu'à travers la mise en place d'une atmosphère onirique , il tente par divers moyens de le structurer. En effet, celui-ci est découpé en plusieurs paragraphes faisant écho l'un à l'autre et reliés pas des connecteurs logiques. Le résultat reste cependant quant à lui illogique et incohérent en réponse aux rêves difficiles d'accès, le poète vois dans un premier temps puis ensuite entends pour enfin se consacrer à la mort des personnages. L'atmosphère qui s'en dégage est sombre et morbide et la fin de cet extrait est aussi rapide qu'elle l'est dans les véritables rêves. La forme du poème en prose s'apparentant au récit est ainsi bien choisie pour évoquer le rêve tout en conservant la musicalité et le rythme d'un poème en vers. L'univers illimité du rêve sera plus tard exploité par toute la génération surréaliste.
FreeForEver
Bonjour,
Je voudrai savoir quelle est la portée de ce poème.
Je me demandais si il n'y aurait pas un quelconque rapport avec la poésie baroque : songe/vie et reveil/mort ? : On pense qu'il ne meurt pas et s'évade de son cauchemard, mais en fait, ne serait il pas sa mort (les feux s'eteignent, le verre se brise… = la vie qui s'arrête d'un coup ?) dans ce "rêve" qui l'amène à d'autres rêves et à se reveiller comme dans la réalité. Ainsi donc, je pense que Aloysius Bertrand, qui a eu une vie catastrophique, veut nous dire que pour échapper a la vie (ici représentée comme un cauchemard) il faut mourir pour aller vers la mort : le "vrai" réveil qui amène à un Monde meilleur. Comme le préconisait les baroques tels que Sponde, Jacques Vallée des Barreaux …
Mais je ne suis vraiment pas certain du tout, c'est juste pour savoir.
merci
Hurinj
Non, je ne crois pas que Bertrand aspire à mourir.
C'est un jeu littéraire qui évoque plus le registre fantastique cher au romantisme qu'une réflexion baroque.
De plus ce poème fait partie d'un ensemble qui donne à voir une certaine représentation du Moyen-Âge à comparer par exemple à Notre-Dame de Paris.
Ce n'est pas non plus le mal de vivre baudelairien.
Donc aucun rapport avec les baroques ? Pourtant, je viens de voir à l'instant sur internet que Bertrand a été très influencé par le baroque baroque. Enfin bref … si par hasard j'avais avancé cet argument dans mon commentaire, aurait-il était faux ? (j'ai un plan rapide que j'ai fait tout à l'heure, je peux le mettre ?)
Je n'ai pas dit qu'il n'y avait aucun lien avec le baroque. Si ce lien peut être invoqué c'est par filiation indirecte. Bertrand a été marqué par le romantisme anglais, et par l'univers de Walter Scott.
Remarquons qu'à son époque, le baroque n'est pas connu en tant que tel. C'est un concept qui émergera plus tardivement. Quant aux poètes que nous appelons tels, ils sont quasiment inconnus alors.
Dans un commentaire, tu peux faire remarquer qu'il y a des parentés avec les thèmes de prédilection du baroque, mais rien de plus.
D'accord, merci, en fait je pensais le mettre dans ma toute derniere partie du commentaire.
Je mettrai mon plan sans trop de details demain afin que vous puissiez me dire si il est correcte 🙂 (si vous le souhaitez bien entendu !)
Merci. Bonne nuit.
Je le placerais plutôt dans la conclusion en guise d'élargissement. Mais si le lien te permet d'argumenter sur le fond, s'il éclaire la signification, il peut figurer dans le développement.
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Oui mon plan est leger.
I- Le recit d'un reve prècis…
A- Le reve de l'auteur
B- Cadre spatial et temporel
C- 3 personnages et 3 drames qui rendent le recit/reve encore plus vraisemblable, vivant…
→ Mais univers trop sombre, il ne pourrait donc s'agir que d'un cauchemard.
II-… Qui est en réalite un cauchemard (Univers fantastique, romantisme frenetique)
A- Images fortes (presence de la mort partout)
B- Sons du poeme
C- La structure du poeme en prose
→ Pourtant le poete reussit a s'echapper de ce cauchemard comme par miracle.
III- Mais celui-ci s'evapore comme par magie
A- Et nous laisse croire a la liberte du poete car il poursuit d'autres reves
B- Mais il pourrait s'agir de sa mort, qui lui permet alors de se reveiller (comme lorqu'on fait un cauchemard, on se reveille d'un coup lors d'une "mort", le plus souvent… 😉)
C- Un poeme baroque ?
Ce plan n'est pas convaincant parce que
- le cauchemar est un rêve, on peut te reprocher la division artificielle entre 1 et 2,
- il donne l'impression de séparer fond et forme,
- l'interprétation baroque est peu crédible dans ce qui est avant tout un jeu littéraire dans le goût du temps.
Pouvez vous m'expliquer comment est ce que je peux eviter cette erreur fond/forme. Est-elle vraiment perceptible ici ?
2 B et C laissent planer le doute.
Pour être compréhensible dans ce qu'il faut faire pour ne pas séparer le fond de la forme, dis-toi que les axes et les sous-parties s'appuient sur le sens (le fond), le projet. Les remarques sur la forme viendront en arguments, en exemples dans les paragraphes et resteront ainsi au service du fond.