Devoir sur L’École des femmes de Molière - "La pièce est étrange"
26 réponses · Page 1 / 2
Bonjour,
J'ai ce devoir à rendre, pensez vous que mon plan est cohérent ?
Sujet :
"La pièce est étrange" (Didier Bezace)
"L'oeuvre est terrible" (Jacques Lasalle)
"C'est un vaudeville" (Louis Jouvet)
"C'est une pièce d'intrigues qui se ballade entre farce et tragédie" (Didier Bezace)
"Si on commence à en jouer un peu le drame qui est dessous, je crois que c'est une chose très présente" (Jean Paul Roussillon)
"Cette histoire, dans ses préalable un petit peu glauque, devient une des plus belles histoires d'amour qui soient" (Jacques Lassalle)
Comme en témoignent ces extraits de propos de metteurs en scène contemporains, l'Ecole des Femmes continue à susciter de nos jours des "interprétations" plurielles, signe de la richesse inépuisable d'une œuvre sans cesse relue et questionnée depuis La Critique de l'Ecole des Femmes.
A la lumière de votre lecture personnelle de la pièce, vous vous interrogerez sur le pertinence de ces différentes "interprétations" dans un développement structuré et argumenté, illustré d'exemples précisément cités et analysés, empruntés soit aux pièces de Molière au programme soit aux mises en scènes qui vous étaient proposées.
Mon plan :
I) La controverse de l'Ecole des Femmes
1) Entre farce et tragédie
a) Règles tragédie
b) Règles comédie
c) Dans la pièce
II) La condition des femmes
1) Statut des femmes au XVIIème
a) Dans la vie (querelle des femmes etc)
b) Dans l’œuvre
Je ne suis pas sûre du tout qu'il soit pertinent ce plan, merci de me donner vos avis 🙂
Bonjour,
Il faudrait d'abord établir une problématique.
Est-il légitime de mettre en scène cette comédie comme un drame ?
Plus généralement sur l'ensemble des pièces de Molière
Castigat ridendo mores ou amuser pour corriger…
En fait je ne sait pas trop comment m'y prendre avec toutes ces citations.. Vous auriez des conseils ?
Peut-être peut-on regrouper certaines d'entre elles, par exemple 1, 2, 4. Ces citations proposent de voir le côté sombre et dramatique de cette comédie.
Toutes ces citations ont en commun d'affirmer que l'Ecole des femmes n'est pas une simple comédie.
Oui, bien sûr, mais plus ou moins :
"C'est un vaudeville" (Louis Jouvet)
"C'est une pièce d'intrigues qui se ballade entre farce et tragédie" (Didier Bezace)
"Cette histoire, dans ses préalable un petit peu glauque, devient une des plus belles histoires d'amour qui soient"
Donc si je fait en partie 1 le "drame" de la pièce et en partie 2 l'histoire d'amour et le comique de la pièce ça irai ?
Et comme plan thèse antithèse synthèse ?
Pour répondre à Gabiana, pas une simple comédie, car la tentation est grande d'en faire un drame ou une farce.
Se pose donc la véritable intention de Molière "faire rire les honnêtes gens".
Depuis les romantiques et Musset s'est superposé un malentendu :
"Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde
Que, lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer !"
Se pose donc la véritable intention de Molière "faire rire les honnêtes gens".
Je t'entends bien, Jean-Luc.
Et sans doute les metteurs en scène contemporains et nous-mêmes interprétons-nous Molière d'une toute autre façon qu'on le faisait au XVIIe siècle.
Pour répondre à untondegeai, faire une première partie sur le drame de la pièce me paraît excessif.
À moi aussi.
Il faut remarquer que Molière s'inscrit dans le schéma traditionnel de la comédie latine qui oppose des vieillards riches à des jeunes gens désargentés dans le rapt de jeunes femmes. C'est aussi le sujet de l'Avare.
Oui. Il s'agit bien sûr d'une comédie. Quant à ce qui fait rire, c'est une discussion dont on ne sortirait pas.
C'est pourtant le fond du sujet.
C'est exact.
On rit effectivement de tas de choses qui ne sont pas du tout risibles si on y réfléchit vraiment. Le rire précède la réflexion. C'est bien cela le propos de Molière ?
Comme tout bon classique, Molière pratique le placere, docere, plaire pour instruire. Pour ce faire, il a choisi la veine comique, (Plaute et Térence) voire satirique (Juvénal).
Est-ce qu'il vous semble convenable que je parte sur une problématique du style : "L'intention de Molière au travers de son œuvre était elle de faire rire son public ou de le faire réfléchir sur les mœurs de son époque ?"
Non, cela ne me paraît pas une bonne question. Il est impossible d'y répondre. Seul Molière pouvait le faire et il l'a fait d'ailleurs, je crois.
untondegeai a écrit :Est-ce qu'il vous semble convenable que je parte sur une problématique du style : "L'intention de Molière au travers de son œuvre était elle de faire rire son public ou de le faire réfléchir sur les mœurs de son époque ?"
Il est évident que c'est les deux !
La bonne question à se poser est la suivante : "Molière est-il un moraliste efficace en se servant du genre mineur de la comédie ?"
D'accord, merci beaucoup.
Pourriez-vous me donner quelques pistes pour établir un plan correct s'il vous plait ? Je ne m'en sort vraiment pas
Vous pourriez tirer parti de la dualité du personnage d'Arnolphe, qui a suscité des interprétations opposées au cours des temps, et dont se font écho certaines de vos citations.
Sans jouer sur les mots, Arnolphe est pathétique dans les deux sens du terme : son désespoir, du fait de sa sincérité, peut nous toucher si l'on fait abstraction du reste (au lycée, j'ai eu des élèves - des filles - qui le plaignaient en le voyant s'en aller tout seul, à la fin, sans pouvoir parler !)
Mais c'est aussi le "barbon" amoureux à qui il arrive toujours ce qu'il voulait éviter : le cocuage !
Le passage suivant me semble bien refléter cette bivalence :
Ciel, faites que mon front soit exempt de disgrâce ;
Ou bien, s'il est écrit qu'il faille que j'y passe,
Donnez-moi tout au moins, pour de tels accidents,
La constance qu'on voit à de certaines gens !
Certains passages font penser à Corneille, mais la situation de notre "héros"et ses allusions au cocuage sont pitoyables, puisque le voilà en train d'envier la constance des cocus dont il raillait tant la complaisance au début de la pièce !
Il y aussi chez lui un mélange de tyrannie et d'attendrissement qui tiennent au fait qu'il est amoureux. Il ne le serait pas, il n'aurait évidemment pas cette fragilité qui le rend complexe.
Les rapports entre la comédie et la société du temps peuvent être aussi abordés, comme on l'a dit. S'il ne s'était agi que du cocuage, on eût été dans le vaudeville, mais la pièce aborde aussi l'éducation des filles et la place de la femme dans la société, et là, ce n'est plus du tout drôle, parce que dans la vie, ça ne finit pas comme au théâtre…
Du reste, la fin n'est pas forcément si drôle pour Agnès, qui s'est éveillée à l'amour par Horace, mais pas à la connaissance de la vie. On dit que Jouvet (qui jouait Arnolphe) aimait à marmonner, au moment de quitter la scène : "Je ne donne pas cher de ce petit couple".