Non, Jacques, il n'y a vraiment aucune indiscrétion de votre part à ce sujet. Et d'ailleurs, en toute modestie ce que j'appelle recherche ne dépasse pas le cadre restreint de ce mot dont l'origine allemande, comme je l'ai déjà dit, ne me parait pas solidement fondée. Je pense que le mot, historiquement rattaché au latin-barbare sous sa forme originelle ancha/ anchae/ anca, est un emprunt au jargon anatomique de la médecine arabe médiévale. Et je vais vous fournir ici quelques indices et sources susceptibles d'appuyer cette thèse.
D'abord, la première attestation du mot est associée à un texte de Constantin l'Africain, datant de 1070. Il s'agit de la source citée par Du Cange (Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, art.
Anca, 1678). Dans un ouvrage paru en 1946 à Cambridge (
A Prelude to Modern Science), l'historien britannique en sciences médicales et technologiques Charles Singer a rappelé ce contexte historique et fourni le mot arabe apparenté à
ancha:
anqa (voir note 239 de cet ouvrage:
Lien ici).
Constantin l'Africain, pour les avertis, se passe de commentaires. Son nom, associé à la gloire de l'école médicale de Salerne, est en même temps entaché de la triste réputation de plagiaire. Ce médecin originaire de la Tunisie -qui a émigré vers l'Italie dans la 2e moitié du XIe- s'est attribué des ouvrages de médecins arabes entre autres, dont il n'a été que le traducteur. Quoiqu'il en soit, auteur, traducteur ou plagiaire, c'est dans la langue arabe que Constantin l'Africain a puisé l'essentiel de son jargon scientifique et médical. A ce sujet précis, les germanistes pourraient en savoir plus dans l'article qui lui a été consacré par Rudolf Virchow (Archiv vol. xxxvii): Constantinus Africanus und Seine Arabischen Quellen (Constantin l'Africain et ses sources arabes).
En 1187, le mot
ancha réapparait dans le premier volume du Canon d'Avicenne (on y relève
5 occurrences)), traduit en latin, parmi 87 ouvrages de médecine et de sciences arabes, par Gérard de Crémone. Celui-ci a été contraint de translittérer le mot arabe, comme tant d'autres d'ailleurs dont subsistent quelques uns encore dans les langues romanes.
En 1275, sort un livre de Guillaume de Salicet: Chirurgica: c'est l'ouvrage du pionnier de la dissection en Occident chrétien du Moyen-Age. Et il suffit de feuilleter quelques pages de sa traduction en français pour mesurer à quel point les arabismes marquaient la langue savante de l'époque. Rien que pour le mot "ancha", on y dénombre pas moins de neuf
occurrences, à quoi ajouter
le glossaire du traducteur explicitant de manière claire le sens exact du mot.
Dans la référence dont vous avez traduit l'article "anke", il est fait mention de l'arabe onk; et même si la pertinence de cette mention n'est pas évidente, son insertion dans l'article ne me parait pas gratuite. Il faut remarquer à ce propos que les dictionnaires médicaux des
18e et
19e siècles mentionnent le mot ancha associé à Avicenne et parfois aussi à Peter Van Foreest (1521-1597) qu'on surnommait l'
Hippocrate néerlandais. Si on fouille un peu du côté de ce dernier, on apprend qu'il a été l'élève de André Vésale (1514-1564), auteur d'un ouvrage sur l'anatomie humaine (
De humani corporis fabrica) où il emploie de nombreux termes (dont
ancha) empruntés à Avicenne ou à d'autres médecins arabes médiévaux.
C'est sur la base de ces données que se fonde mon doute à propos de la parenté étymologique allemande ou néerlandaise du mot.