À propos d’une définition latine dans Glossarium germanicum

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour chers amis.
Quelqu'un peut-il m'aider à déchiffrer la définition du mot "hanche" (anke en allemand), telle qu'elle est proposée sur la page 61 de Glossarium germanicum https://books.google.tn/books?id=xHATAAAAQAAJ&pg=RA3-PA63&dq=hanche+Glossarium+Germanicum&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=hanche%20Glossarium%20Germanicum&f=false (de "apud CANGIUM" jusqu'à "cum reliquis consensu"?) Merci infiniment d'avance pour votre générosité.
Je n'ai plus le temps pour le moment ! Mais si vous patientez un peu…
Nous patientons tous deux alors, Jacques. Je suis allée voir et j'avoue avoir du mal.
La définition de la hanche, cette partie du corps humain où s'insère le haut de la cuisse, n'est pas très nette.
A un moment donné, cette articulation est décrite comme celle de la cheville, et en enlevant le h qui n'est probablement pas d'origine j'ai cru comprendre que le mot était voisin de ankle (la cheville anglais).
Bref, je suis dans le brouillard.
La patience est la clé de la délivrance. Merci à Jaques pour la promesse (qu'il tiendra j'en suis sûr) et à Gabania qui a répondu pour nous deux.
J'aurais dû m'atteler à la tâche au lie de faire encore du finnois, et demain, je suis en stage (rénovation des collèges oblige !!!)
Ce n'est pas un cas d'extrême urgence, Jacques. Et encore une fois merci.
Voici :

anca, anche, hanca chez du Cange, anca en italien, anche et hanche en français. On trouve hail anca pour désigner l’occiput dans le dictionnaire de R. Maurus sur les parties du corps humain. Le terme de Maurus désigne proprement "l’os situé à l’arrière de la tête". Et de fait, heili désigne la tête en islandais, comme l’atteste Verel. dans Ind. Mais cherchons de plus près ce que désigne le mot ancha. Dans ses Observations sur le dictionnaire de du Cange, Frischius dit que les trois grands os qui constituent une articulation au sein d’une alvéole sont appelés anke chez les Allemands. Le premier est celui sur lequel pivote le cou ; il est appelé encore de nos jours anke dans un dialecte haut-allemand, et nake, « nuque », par métathèse du n. Autrefois, c’est ainsi qu’on désignait la partie antérieure de la poitrine ; par la suite, le terme hængel le remplaça dans l’usage pour désigner la partie de l’armure qui couvrait la poitrine. Le second était appelé coxendix, qui correspond au mot français hanche. Le troisième était la partie inférieure de la jambe, par laquelle celle-ci se joint au pied, et que l’on nomme encore aujourd’hui ankel dans certains dialectes (cf l’anglais ancle). Les termes hanche, qui correspond à notre verbe hinken, « boîter » et hængel (point d’attache, sur la poitrine, de la cuirasse au cou), nous mènent au verbe germanique hangen, « pendre ». En effet, ces « hanches » sont les jointures qui servent de points d’attache au corps. Autant d’explications doctes et réfléchies. Quant au h, je doute qu’il nous mène à une étymologie fiable. Car anke, semble-t-il, désigne tout os engagé dans un autre, et dérive de anken, « appliquer», « implanter », « engager de manière à fixer solidement », ce que montre bien Kilianus. Voyez plusieurs autres dérivés de ce mot aux articles angel et anker. Le mot se dit non seulement des jointures du cou, de la hanche et de la cheville, mais aussi du bras et de la jambe elle-même. Boxhorn, dans son lexique d’ancien anglais, donne à angell les sens d’ « épaule », d’ « avant-bras », de « bras » et de « jambe ». Dans les autres dialectes, enkel désigne la saillie du talon (se reporter à l’article). En grec, ἀγκών désigne le point où s’articulent les os du bras, sens qui s’accorde parfaitement avec tous les autres.

Note : je ne suis pas germaniste, mais le mot hängel semble désigner une partie d'un meuble héraldique : le fanon (partie du gonfanon). Il y a toujours cette idée de "pendre en s'articulant", le gonfanon se distinguant du fanion par le port horizontal de la hampe, ce qui fait que le gonfanon pend. Voyez les armes de la famille des Montfort.
Merci du fond du cœur. Mille mercis Jacques ! et ce ne sera jamais assez pour vous exprimer ma gratitude.
Je vous en prie. J'ai beaucoup appris en lisant cet article !
Jacques, si je n'abuse pas, les expressions "os mobile" et "alteri insertum" (p.60) signifient respectivement quelque chose dans le sens de "bouche mobile" et "autre relation", non ?
Non, mot à mot : "os mobile inséré dans un autre".
Ne pas confondre os, oris, "bouche", "visage" et os, ossis, "os".
Attention, je n'ai pas traduit littéralement, ce qui aurait abouti à du charabia, j'ai traduit de manière à présenter un texte accessible, comme s'il avait été écrit en français, en quelque sorte. J'ai estimé que ce document devait être utile à un germaniste, pas à un latiniste. Si vous souhaitez revenir sur certains points de latin, n'hésitez pas.
Je ne sais comment vous remercier. Je ne suis pas germaniste, ni évidemment latiniste. Mais je fais une recherche (rien que pour les maux de tête que j'en tire !) sur l'origine de ce mot que je crois attribué à tort à l'allemand (haut ou moyen); et comme je n'ai aucune connaissance du latin, vous ne pouvez pas imaginer à quel point votre secours m'a été salutaire. Au départ, je n'ai pas compris pourquoi le TLF https://www.atilf.fr// réduit au minimum ce que j'appelle la chaine évolutive du mot, ne mentionne pas la forme associée au latin-barbare "ancha" bien que celle-ci soit attestée par Du Cange et diverses sources, y compris Diez, ni ne fait cas du provençal "ainche" ou des formes italienne, espagnole et portugaise. Au fur et à mesure de mes recherches, j'ai presque acquis la certitude que le TLF a ses bonnes raisons de ne pas s'étaler trop là-dessus et d'occulter surtout Du Cange et sa source Constantin l'Africain.

Il me reste juste à franchir le dernier obstacle pour que la certitude soit totale: ce Rabanus Maurus et ses Gloses latino-barbares que les Diez, Wachter, et, longtemps avant, les Français Pierre-Daniel Huet et Augustin-François Jault, invoquent pour assurer à "hanche" une ancienneté antérieure à l'Africain. Si je peux donner un coup de tête à cet obstacle en me contentant de le déstructurer à travers Huet https://books.google.tn/books?id=AJ5AAAAAcAAJ&pg=PA132&lpg=PA132&dq=Daniel+Huet+Hanche&source=bl&ots=94lv6qFkOe&sig=B3KsnGezO5nK71yF4CnS-ai7gak&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=Daniel%20Huet%20Hanche&f=false qui semble citer partiellement R. Maurus, je crois que l'obstacle n'en sera vraiment pas un.

En tout cas, merci infiniment Jacques.
Merci de votre analyse. Je voulais aussi vous signaler que le mot grec cité dans le texte, "ankos" remonte à la racine indo-européenne H[sup]2[/sup]en-k qui signifie "courbure", et que l'on retrouve comme étymon des mots "ancre", "angle", "ongle" par l'intermédiaire du grec ou du latin. En russe, on a aussi le mot ougol, "angle". Il y a donc un mauvais rapprochement dans votre document.
Le sens du grec "ankos" ne m'a pas échappé, Ménage qui y voyait, dans la première édition des Origines de la langue française (1650), l'étymon de "hanche" (sans donner le sens exact du mot grec) y est revenu dans la 2e édition pour l'expliquer par "courbure", mais il a dû s'y alambiquer un peu trop (voir ici https://books.google.tn/books?id=7YNfAAAAcAAJ&pg=PA388&dq=Lat.+coxa+anca+M%C3%A9nage&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiO9_nHzqfKAhXLExoKHZDXDAQQ6AEIITAB#v=onepage&q=Lat.%20coxa%20anca%20M%C3%A9nage&f=false), si bien que le premier à l'avoir critiqué à ce propos a été Augustin-François Jault qui a révisé la 3e édition des Origines, sortie 2 ans après la mort de Ménage.
Quel type de recherche faites-vous, si ce n'est pas indiscret ?
Non, Jacques, il n'y a vraiment aucune indiscrétion de votre part à ce sujet. Et d'ailleurs, en toute modestie ce que j'appelle recherche ne dépasse pas le cadre restreint de ce mot dont l'origine allemande, comme je l'ai déjà dit, ne me parait pas solidement fondée. Je pense que le mot, historiquement rattaché au latin-barbare sous sa forme originelle ancha/ anchae/ anca, est un emprunt au jargon anatomique de la médecine arabe médiévale. Et je vais vous fournir ici quelques indices et sources susceptibles d'appuyer cette thèse.
D'abord, la première attestation du mot est associée à un texte de Constantin l'Africain, datant de 1070. Il s'agit de la source citée par Du Cange (Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, art. Anca, 1678). Dans un ouvrage paru en 1946 à Cambridge (A Prelude to Modern Science), l'historien britannique en sciences médicales et technologiques Charles Singer a rappelé ce contexte historique et fourni le mot arabe apparenté à ancha: anqa (voir note 239 de cet ouvrage: Lien ici).
Constantin l'Africain, pour les avertis, se passe de commentaires. Son nom, associé à la gloire de l'école médicale de Salerne, est en même temps entaché de la triste réputation de plagiaire. Ce médecin originaire de la Tunisie -qui a émigré vers l'Italie dans la 2e moitié du XIe- s'est attribué des ouvrages de médecins arabes entre autres, dont il n'a été que le traducteur. Quoiqu'il en soit, auteur, traducteur ou plagiaire, c'est dans la langue arabe que Constantin l'Africain a puisé l'essentiel de son jargon scientifique et médical. A ce sujet précis, les germanistes pourraient en savoir plus dans l'article qui lui a été consacré par Rudolf Virchow (Archiv vol. xxxvii): Constantinus Africanus und Seine Arabischen Quellen (Constantin l'Africain et ses sources arabes).

En 1187, le mot ancha réapparait dans le premier volume du Canon d'Avicenne (on y relève 5 occurrences)), traduit en latin, parmi 87 ouvrages de médecine et de sciences arabes, par Gérard de Crémone. Celui-ci a été contraint de translittérer le mot arabe, comme tant d'autres d'ailleurs dont subsistent quelques uns encore dans les langues romanes.

En 1275, sort un livre de Guillaume de Salicet: Chirurgica: c'est l'ouvrage du pionnier de la dissection en Occident chrétien du Moyen-Age. Et il suffit de feuilleter quelques pages de sa traduction en français pour mesurer à quel point les arabismes marquaient la langue savante de l'époque. Rien que pour le mot "ancha", on y dénombre pas moins de neuf occurrences, à quoi ajouter le glossaire du traducteur explicitant de manière claire le sens exact du mot.

Dans la référence dont vous avez traduit l'article "anke", il est fait mention de l'arabe onk; et même si la pertinence de cette mention n'est pas évidente, son insertion dans l'article ne me parait pas gratuite. Il faut remarquer à ce propos que les dictionnaires médicaux des 18e et 19e siècles mentionnent le mot ancha associé à Avicenne et parfois aussi à Peter Van Foreest (1521-1597) qu'on surnommait l'Hippocrate néerlandais. Si on fouille un peu du côté de ce dernier, on apprend qu'il a été l'élève de André Vésale (1514-1564), auteur d'un ouvrage sur l'anatomie humaine (De humani corporis fabrica) où il emploie de nombreux termes (dont ancha) empruntés à Avicenne ou à d'autres médecins arabes médiévaux.

C'est sur la base de ces données que se fonde mon doute à propos de la parenté étymologique allemande ou néerlandaise du mot.
Bonjour elkhal,

Je vais modifier votre message dans quelques instants car il contient de nombreux liens invalides.

Je vous ai envoyé un message privé hier pour vous expliquer comment insérer un lien correctement dans un message.
Vous pouvez le consulter en cliquant sur « messagerie privée » en haut à droite de la présente page.

Merci !
Pardonnez-moi, Cyril, de n'avoir pu prendre connaissance de votre message plus tôt. Et pardonnez-moi encore pour l'ennui suscité par les liens mal insérés.
Pas de souci ! 🙂
elkhal, merci de votre démonstration, mais le mot qu'on trouve en arabe (je ne connais rien de cette langue) a pu tout aussi bien être un calque du latin médiéval (et non "barbare", j'y tiens ! 😀 ). Le mot germanique est certainement entré assez tôt dans la romanitas, en tout cas bien avant qu'on ne le trouve attesté, comme c'est le cas de la plupart des mots germaniques. La parenté de *anka avec la racine indo-européenne H[sup]2[/sup]en-k semble assez bien établie . Les langues slaves, hélas, utilisent un autre étymon pour "hanche" et ne peuvent nous éclairer.
Il n'y a, croyez-le, aucun parti-pris dans ce que je dis, et je ne peux évidemment pas le prouver.