Bonjour à tous,
Je suis actuellement en doctorat de droit et réfléchis sérieusement à me réorienter pour devenir professeur de français. Le dernier diplôme que j'ai obtenu est donc un Master 2 en droit.
Il est certain que je devrais préparer cette réorientation en parallèle d'un travail salarié.
En revanche, je suis totalement perdue quant aux éventuelles passerelles possibles. Est-il possible d'intégrer une L2, voire une L3 ? Peut-on encore passer le CAPES sans licence correspondante ? N'est-ce pas tout aussi avantageux de se réinscrire en licence pour maximiser ses chances de réussir le CAPES ? Je serais ravie d'avoir vos conseils et retours.
Très belle journée !
Je vous conseille de bien réfléchir avant de vous lancer.
Les débouchés d'une formation de haut niveau en droit sont très supérieurs à ceux d'une formation de lettres. Quant au métier d'enseignant, il s'est tellement dégradé depuis trente ans (et les perspectives d'avenir sont encore beaucoup, beaucoup plus sombres!) que je ne le recommande plus qu'à ceux qui ont la vocation chevillée au corps. :/
Jean-Luc Picard,
Vous dites que le métier d'enseignant s'est beaucoup dégradé depuis trente ans. J'enseigne depuis bientôt dix ans et j'aimerais bien comprendre ce qui a changé en trente ans. Accepteriez-vous, s'il vous plaît, de nous expliquer ce qui a tant évolué au fil des décennies ?
Merci,
Petitleceir.
En vrac, et sans détailler parce que j'ai très peu de temps ces jours-ci:
- La stagnation / régression du pouvoir d'achat (aucune revalorisation, point d'indice gelé depuis… est-ce 5 ou 7 ans, déjà?). Avec la refiscalisation des heures sup par-dessus le marché, mes revenus réellement disponibles, en euros constants, sont aujourd'hui au même niveau qu'en 2001, année où j'ai commencé à enseigner en classe prépa.
- Le transfert croissant des tâches administratives vers les profs.
- La "caporalisation", c'est-à-dire la hausse des pouvoirs des chefs d'établissements, dans la constitution des DHG, l'attribution et le paiement des HSA, la notation des profs, etc.
- La privation croissante de la possibilité pratique, et même du droit moral, d'évaluer objectivement les élèves.
- La perte totale d'autorité. Impossible d'expulser de salle un fauteur de trouble.
- (lié) La réduction constante du nombre de CE / CPE.
- L'hypocrisie croissante du Ministère qui, au moindre problème potentiel (sur un soupçon de soupçon de soupçon de pédophilie, violence physique ou même verbale) fait aussitôt mettre à pied l'enseignant, dont le nom est immédiatement sali dans la presse, mais n'est jamais réhabilité quand on s'aperçoit que c'était du vent.
- L'ingérence du politiquement correct et de théories post-modernes grotesques dans les programmes scolaires.
- La réduction des horaires de toutes les matières au profit d'activités gadgétiques.
- Le contournement des titres et diplômes nationaux par des nominations sur critères vagues au gré des chefs d'établissement.
Ce n'est qu'un premier jet. J'en lâcherai peut-être un second, tout aussi aigre, à l'occasion (la métaphore, peu ragoûtante, est de Flaubert).