A la découverte du finnois

Langues vivantes

33 réponses · Page 2 / 2

Notre héros est parvenu à Sompio, à l’orée de l’actuel Parc National Urho Kekkonen, avec la mission de réparer une cabane où il passera l’hiver. Cette région, que je connais bien, est aussi vaste que l'île de la Réunion et quasiment désertique : sur les hauteurs (700 m), le thermomètre peut descendre à -50 en janvier-février, mais personne n’est assez fou pour aller vérifier… A la belle saison, on peut y rencontrer des ours (karhu), des loups (susi), des élans (hirvi), des renards (kettu), des lièvres (jänis), etc… mais pas de rennes (poro) ; cet animal n’existe pratiquement plus à l’état sauvage. Ceux que vous rencontrerez sur les routes (ne roulez pas trop vite !) appartiennent en fait à des élevages. Les moustiques (hyttynen), quant à eux, sont un vrai fléau certains étés.
L’ours fuit l’homme d’aussi loin qu’il le sent… Mais, poussé par la faim, surtout au sortir de l’hibernation, il peut malgré tout piller les provisions du campeur imprudent ou se rapprocher dangereusement des habitations.
C’est ce qui arrive à Vatanen : un jour de printemps, voilà un ours qui se présente à la fenêtre de sa cabane. Il passe la tête et le torse à l'intérieur, arrachant le cadre au passage, et entreprend de rafler méthodiquement tout ce qu’il y a sur la table, y compris un flacon de purée de tomates. Vatanen et son lièvre n’en mènent pas large…

Haju tuntui kiinnostavan sitä – se puristeli purnukkaa eikä tuntunut ymmärtävän, miten sisällön kanssa menettelisi.
Karhu puristi purnukkaa. Vatanen kuuli truuttaavan äänen ja hämmentyneen ähkäisyn, tomaattisosetta suihkusi seinälle Vatasen pään oheen.
(op. cit. p. 163)

J’adopte une présentation plus concise des faits de langues que j’ai déjà abondamment décrits.

Haju : « l’odeur »

tuntui : « semblait »
tuntu/i : verbe tuntua au prétérit 3PS.

kiinnostavan : « intéressant »
kiinnosta/va/n : base du verbe kiinnostaa + -vA, morphème de « participe présent » + -n, morphème de l’accusatif « long ».
Les verbes exprimant l’apparence se construisent avec un verbe au participe complément d’objet de ce verbe, d’où l’accusatif. Comme on le voit, cette construction n’est pas comparable à celle des langues indo-européennes.

sitä : « lui »
si/tä : pronom se au partitif. Ne pas confondre avec sittä, forme d’élatif vue dernièrement.
L’objet du verbe kiinnostaa est au partitif car il implique une subjectivité.
Le pronom se est utilisé car le référent est un animal.

se : « il »

puristeli : « ne cessait de presser »
puristel/i : verbe puristella au prétérit 3PS. Ce verbe présente le suffixe -ele qui ajoute une nuance durative ou itérative, parfois imperceptible, au procès du verbe simple correspondant. Ces verbes dérivés sont en fait lexicalisés et bénéficient d’une entrée particulière dans les grands dictionnaires (cf katsoa/katsella rencontré au tout début de cette étude). La distinction entre les formations figées et les formations vivantes sont un problème épineux pour les lexicographes.

purnukkaa : « le flacon »
purnukka/a. L’objet du verbe est au partitif pour marquer que le procès ne s’achève pas quand le suivant commence.

eikä tuntunut « et il ne semblait pas »
ei/kä tuntu/nut :
- La particule kä équivaut à une liaison associée à une négation.
- ei est le verbe de négation à la 3PS.
- tuntunut est le verbe tuntua, déjà rencontré, au « participe passé actif ».
L’ensemble exprime la négation au passé, voir les tableaux ci-dessus.

ymmärtävän : « comprenant »
ymmartä/vä/n : base du verbe ymmärtää + -vA, morphème du « participe présent actif » + -n, morphème de l’accusatif.
Sur la construction des verbes exprimant l’apparence, voir quelques lignes plus haut.

miten : « comment »
Formation adverbiale. A l’origine, ce doit être une forme déclinée du pronom mi(tä), mais j'ignore de quel cas il s'agit ; peut-être celui-ci a-t-il disparu.

sisällön : « du contenu »
sisältö/n : génitif du nom-bas sisältö. La mutation impose -ll du fait de la fermeture de la syllabe.

kanssa : en compagnie »
Cette « préposition » postposée est suivie du génitif, comme la plupart des autres (toutes ?).

menettelisi : « il pourrait bien agir »
menettel/isi : base du verbe menetellä + -isi, morphème du mode « conditionnel » + morphème 0 du présent + morphème 0 de la 3PS.
Le « conditionnel » présent est utilisé ici pour exprimer l’éventualité de l’action.

Karhu : "l'ours"

puristi : "pressa"
purist/i : prétérit 3PS du verbe puristaa.

purnukkaa : "le flacon"
purnukka/a : partitif du nom purnukka. Le partitif est employé parce que le procès n'est pas achevé quand commence le suivant.

Vatanen : « Vatanen »

kuuli : « entendit »
kuul/i : verbe kuulla au prétérit 3PS.

truuttaavan : « (un) faisant projection »
truuttaa/va/n : participe présent du verbe truutata à l’accusatif. Ce verbe appartenant au registre familier est formé sur le nom truutta, d’origine onomatopéique, qui désigne tout instrument capable de projeter quelque chose (ne nous égarons pas) : lance à incendie, poche à douille… La traductrice rend très bien l'humour de la phrase malgré le choix d'une image qui force un peu le sens.

äänen : « son »
ääne/n : base du nom ääni + morphème de l’accusatif. Ce cas est utilisé pour exprimer le caractère total et défini de la perception sonore.

ja : « et »

hämmentyneen : « (un) troublé »
hämmenty/nee/n : base du verbe hämmentyä + base du morphème -nyt servant à former le « participe passé actif » + -n, morphème de l’accusatif. Nous avons déjà vu que ce participe servait à exprimer la forme négative du verbe au passé. Ici, il sert à former un adjectif verbal, que nous traduisons par un participe passé passif en français, mais la conception finnoise des « voix » diffère de la nôtre : il faut comprendre exactement : "en qui se manifestait le trouble".

ähkäisyn : « son « han ! » »
accusatif du nom-base ähkäisy, terme rare formé sur une autre onomatopée, mais qui ne constitue pas pour autant un nonce word. On constate ici la différence entre nos habitudes lexicales et celles du finnois, qui permet une grande expressivité.

tomaattisossetta : « de la purée de tomates »
tomaatti//sose’(e)/ta (sose’/ta) : nom composé formé à partir du nom tomaatti, « tomate » et du nom-base sose, « purée » (cf français sauce) + morphème (t)A du partitif. La base de ce mot contenait autrefois une aspiration qui s’est assimilée au t du suffixe après la chute du second e, d’où le double tt.

suihkusi : « jaillit »
suihkut/i : verbe suihkuta au prétérit 3PS. Le t se change en s devant le -i du suffixe (voir tableau des mutations).

seinälle : « sur le mur »
seinä/lle : allatif du nom base pour indiquer le mouvement vers une surface.

Vatasen : « de Vatanen »
Vatase/n : génitif du nom.

pään : « de la tête »
pää/n : génitif du nom-base.

oheen : « au-dessus »
Formation adverbiale ; en fait, cette forme représente l’illatif de ohi, « au-dessus ». Les adverbes locatifs peuvent aussi se "décliner". Comparer avec le latin hic/huc, le russe здесь/сюда, etc…

Traduction :

L’odeur semblait l’intéresser – il pressait le pot sans avoir l’air de comprendre comment s’y prendre avec le contenu.
L’ours appuya sur le flacon. Vatanen entendit un son de trompette et un grognement surpris, la sauce tomate aspergea le mur au-dessus de sa tête.
(op. cit. p. 213)
Voici un extrait de la fin du livre. Vatanen, qui est passé en URSS sans s’en rendre compte, doit subir des tracasseries bureaucratiques avant d’être admis à revenir dans son pays. Mais une fois sur place, les autorités ont retrouvé sa trace et il doit faire face à 22 chefs d’accusation, résultat de ses multiples bévues… Le voilà en prison préventive ; l’auteur, très intéressé par son cas, recueille ses confessions, d’où ce livre.
Mais l’histoire de Vatanen ne s’arrêtera pas tout à fait là…

J’ai choisi un passage qui illustre l’emploi de l’essif, cas assez rare et surtout employé dans des expressions figées, dans des formations adverbiales ou prépositionnelles.

Minulla, tämän kirjan kirjoittajalla, on ollut ainutlaatuinen onni saada vierailla Vatasen luona hänen tutkintovankeutensa aikana ; kävimme pitkiä keskusteluja, joista laadin mahdollisimman tarkkoja muistiinpanoja, ja niiden perusteella olen kirjoittanut tämän kirjän.

Toujours cette prononciation modèle sur google ; par contre, le traducteur est devenu patoisant ! Il termine en effet en écrivant : « j’avons écrit ce livre ».

minulla : « à moi »
minu/lla : base du pronom minä + -llA, morphème de l’adessif. Ce cas locatif (v. supra), sert aussi à exprimer la possession avec le verbe olla, « être ».

tämän : « de ce »
tämä/n : démonstratif tämä + -n, morphème du génitif.

kirjan : « (de) livre »
kirja/n : nom-base + -n (id.). Le nom complément précède ordinairement le nom complété.

kirjoittajalla : « (à) auteur »
kirjoittaja/lla : nom-base + -llA (v. supra).

on ollut : « a été »
on ol/nut > ollut : on, 3PS du verbe olla et base du verbe olla + -nUt, morphème du participe passé actif. C’est ainsi qu’on forme le parfait, temps qui a grossièrement le même emploi qu’en français.

ainutlaatuinen : « un extraordinaire »
Nominatif pour exprimer l'attribut. Parfois, l'attribut se met au partitif…

onni : « bonheur »
Nominatif.

saada : « le (fait de) pouvoir »
saa/da < saa/ta’ : base du verbe + -tA’, morphème de l’infinitif 1. Comme une ancienne « aspiration » clôt le suffixe, le t subit une mutation (voir tableau). L’infinitf 1 est ici employé en fonction de sujet.

vierailla : « le (fait d’)aller en visite »
vierail/la <vierail(e)/ta’ : base du verbe + -tA’ (id.) . Ici, le e de la base disparaît, le -t du suffixe passe à -d, puis s’assimile au -l (voir tableau). L’infinitif 1 est ici utilisé comme suite d’un verbe modal.

Vatasen : « de Vatanen »
Vatase/n : génitif du nom Vatanen.

luona : « au foyer » = « chez »
luo/na : nom-base + -nA, morphème de l’essif. Ce cas marque à l’origine le lieu d’une action, mais ici, luona est en fait une forme figée à statut prépositionnel, comme notre « chez » (< casa).

hänen : « de lui »
häne/n : base du pronom de 3PS + morphème -n du génitif.

tutkintovankeutensa : « (de) sa détention provisoire »
tutkinto/vankeute/(n)/nsa : nom composé + -n, morphème du génitif + -nsA, morphème possessif de 3PS. Le -n du génitif tombe, comme toute autre consonne, devant le suffixe. L’expression de la possession peut être renforcée par le génitif du pronom personnel, comme ici.

aikana : « dans le temps »
aika/na : nom-base + -nA, morphème de l’essif. Ce cas sert aussi à exprimer une période temporelle particulièrement caractérisée.

kävimme : « nous pratiquâmes »
käv (< y)/i/mme : base du verbe käydä + -i, morphème du prétérit + -mme, morphème de la 1PP. Le -y intervocalique devient -v (je ne connais pas d’autres exemples de ce traitement).

pitkiä : « un certain nombre de longues »
pitk/i/ä : base de l’adjectif pitkä + -i, morphème du pluriel + (t)A, morphème du partitif. Le partitif pluriel sert à exprimer ici une quantité indéterminée (cf. anglais some).

keskusteluja : « conversations »
keskustelu/j (< i)/a : nom-base + i (v. sup.) + (t)A (v. sup.). Le -i intervocalique devient -j, cas fréquent.

joista : « à partir desquelles »
jo/i/sta : bas du pronom + -i, morphème du pluriel + -stA, morphème de l’élatif. Ce cas locatif sert ici à exprimer l’origine du procès.

laadin : « je rédigeai »
laad (< t)/i/n : base du verbe laatia + -i, morphème du prétérit + -n, morphème de la 1PS. La mutation de la consonne intervient tout à fait régulièrement (voir tableau).

mahdollisimman : « (des) le plus possible »
mahdollis(e)/i/mma (< mpa)/n : base de l’adjectif mahdollinen + -i, marque du superlatif, associée à
-mpa, morphème du comparatif + -n, marque adverbiale (morphème de l’accusatif ou du génitif figé).

tarkkoja : « précises »
tarkko (< a)/j (< i)/a : adjectif-base tarkka + -i, morphème du pluriel + (t)A, morphème du partitif. Les noms (ou les adjectifs) dissyllabiques terminés par a (mais non par ä) voient ce -a passer à o devant le -i du pluriel sauf si la première syllabe contient un -o ou un -u, auquel cas le -a est élidé. Même règle pour les bases verbales, devant le -i du prétérit.
Ex : kirja – kirjoi- ; herra – herroi- ; kala – kaloi-, mais kuva – kuvi- .
Le partitif est employé car le nombre de notes est indéterminé.

muistiinpanoja : « notes »
muisti/in/pano/j (< i)/a : nom composé au partitif pluriel (v. sup.).

ja : « et »

niiden : « de ces choses »
niide/n : base du pronom ne, utilisé au pluriel avec des référents non animés ou non humains + -n, morphème du génitif.

perusteella : « sur la base »
perustee/lla : base du nom peruste + -llA, morphème de l’adessif. Ce cas exprime ici un complément de lieu (au sens figuré).

olen kirjoittanut : « j’ai écrit »
ole/n kirjoitta/nut : 1PS du verbe olla et base du verbe kirjoittaa + -nUt, morphème du participe passé actif (v. sup.).

tämän : « ce »
tämä/n : démonstratif-base + -n, morphème de l’accusatif. Ce cas, plus rarement employé que le partitif pour marquer l’objet, indique que l’action est complètement achevée.

kirjan : « livre »
kirja/n : nom-base à l’accusatif, (v. sup.).

Traduction de Mme Colin du Terrail (op. cit. p. 235) :

Moi-même, l'auteur de ce livre, j'ai eu la chance exceptionnelle de pouvoir rendre visite à Vatanen pendant sa détention provisoire ; nous avons eu de longues conversations dont j'ai pris note le plus fidèlement possible et c'est à partir de ces notes que j'ai écrit ce livre.

J'aime beaucoup rendre visite à la petite église "des terres reculées" de Pielpajärvi, au Nord-Ouest du lac Inari, même si en été les moustiques peuvent être un véritable fléau.

Voici une petite présentation des lieux sur le site Wikipédia :

Pielpajärven erämaakirkko sijaitsee noin kymmenen kilometrin päässä Inarin kirkonkylästä, Inarijärven pohjoispuolella. Pielpajärvi oli aikaisemmin inarilaisten talvikylä, johon kokoonnuttiin markkinoille, kuuntelemaan kiertäviä saarnaajia ja hoitamaan kirkolliset toimitukset […], mutta varsinaista kylää ei siellä koskaan ole ollut.

Traduction :
"L'église des terres reculées de Pielpajärvi est située à une distance d'environ dix kilomètres du village d'Inari, sur le côté nord du lac Inari. Pielpajärvi était dans le passé le village d'hiver des habitants d'Inari où l'on venait se rassembler sur le marché pour écouter les prédicateurs ambulants et pratiquer les cérémonies religieuses […], mais il n'y a jamais eu en ce lieu de véritable village."

Pielpajärven : « de Pielpajärvi »
Pielpa//järve/n (Pielpajärvi). Génitif. L’absence d’harmonie vocalique s’explique par la composition. De très nombreux noms ont comme second élément le nom järvi, qui signifie « lac ».

erämaakirkko
: « l’église des terres reculées »
erä//maa//kirkko. Nominatif. Autre nom composé d’un premier élément signifiant « à part », d’un second signifiant « terre » et d’un dernier, aisément reconnaissable, emprunté à l’allemand ou au suédois.

sijaitsee
: « est situé(e) »
sijaitse/e (sijaita). Présent 3PS, formé par l’allongement de la base.

noin : « environ »
Formation adverbiale.

kymmenen : « de dix »
kymmene/n (kymmenen). Génitif.

kilometrin : « kilomètre(s) »
kilometri/n (kilometri). Génitif. Aux autres cas qu’au nominatif et à l’accusatif singulier, le nom de nombre se met au même ca s que le nom qu’il détermine, ce dernier au singulier.

päässä : « à une distance »
pää/ssä. Formation adverbiale (inessif du nom pää, « tête », « bout »).

Inarin
: « d’Inari »
Inari/n (Inari). Génitif.

kirkonkylästä : « à partir du bourg » (litt. « village église »)
kirkon//kylä/stä (kirkonkylä). Élatif marquant ici le point d’origine d’une mesure de distance. Le mot est composé du nom kirkko (au génitif, dont le suffixe -n entraîne la fermeture de la syllabe et l’adoucissement du groupe -kk) et du nom kylä, « village ».

Inarijarven : « du lac Inari)
Inari//jarve/n (Inarijärvi). Génitif. Nom composé aisément compréhensible.

pohjoispuolella : « sur la partie nord »
pohjois//puole/lla. (pohjoispuoli). Adessif pour marquer la localisation externe (alors que l’inessif marque la localisation interne). Ex : jarvessä : « dans le lac » ; jarvellä : « sur le lac ».
Le mot se compose de la base pohjois-, « Nord » et du nom puoli, « moitié », « partie ».

Pielpajärvi
: « Pielpajärvi »
Nominatif.

oli : « était » ou « fut »
ol/i/- (olla). Prétérit 3PS. -i est le morphème du prétérit, dont la 3PS est caractérisée par l’absence de marque.

aikaisemmin : « plus tôt »
aikaise/mpi/n. Comparatif de l’adverbe aikaisin, « tôt ». Le morphème du comparatif -mpi subit une mutation du -p du fait de la fermeture de la syllabe. -n est un morphème adverbial.

inarilaisten : « des inariens »
inarilais(e)/(i)/te/n (inarilainen). Génitif pluriel. Ce cas est initialement formé au moyen du morphème du pluriel -i et du morphème du génitif -n, entre lesquels s’intercale un troisième morphème -te- . Mais l’environnement phonique ainsi que le nombre de syllabes de la base font subir de très nombreuses modifications à cette séquence qui, comme telle, est presque théorique. De plus, pour la plupart des mots, plusieurs formes sont possibles… Ce cas constitue vraiment une grosse difficulté dans l’apprentissage de la langue. Au début, il est recommandé de l’apprendre en même temps que le nominatif et la base.
Ex : maa (pays), maa-, maiden ou maitten / käsi (main), käte-, kätten ou käsien / lapsi (enfant), lapse-, lasten ou lapsien/ mies (homme), miehe-, miesten ou miehien, etc…

talvi//kylä : « le village d’hiver »
Nominatif. Mot composé du nom talvi, « hiver » et du nom kylä, « village ». L’attribut se met soit au nominatif, comme ici, s’il représente une équivalence, soit au partitif s’il désigne une classe ou une catégorie dans laquelle on fait entrer le sujet.

johon : « vers quoi »
jo/ho/n (joka). Illatif du pronom relatif, marquant le lieu vers lequel on va ou dans lequel on entre.

kokoonnuttin
: « on se rassemblait » (mot à mot : « il était rassemblé »)
kokoontu/tti/in (kokoontua). Prétérit « passif ». Le passif finnois est l’équivalent du passif impersonnel latin. Il se forme au moyen du morphème -t(t)A ; au prétérit, on substitue -i à A, on allonge ce i et on ajoute un -n, comme pour former l’illatif. Le groupe -nt passe à -nn en syllabe fermée.

markkinoille : « sur le marché »
markkino/i/lle (markkinat). Allatif pour exprimer lieu vers la surface duquel on se dirige. La base markkina est suivie du morphème -i du pluriel et du morphème -lle de l’adessif (ce mot s’emploie toujours au pluriel). Le a final passe à o comme dans les noms de plus de deux syllabes dont la voyelle précédant le -a dans le mot est -i (sinon, il s’élide).
Ex : kahvila (café) : kahviloi-, mais kertävä (itinérant) : kertävi- (v. infra)

kuuntelemaan : « (pour) écouter »
kuuntele/ma/an (kuunnella). Infinitif III à l’illatif. L’infinitif III se forme au moyen du morphème -mA, l’illatif se forme en redoublant la voyelle de la base ou du dernier suffixe et en ajoutant un -n. L’infinitif III donne accès à une déclinaison plus complète que les autres infinitifs ; à l’illatif, derrière un verbe de mouvement, il sert à exprimer l’intention, comme le supin en latin (mais l’infinitif peut recevoir des compléments, comme c’est le cas ici).

kiertäviä
: « des itinérants »
kiertäv(ä)/i/ä (kiertävä). Partitif pluriel formé du morphème -i du pluriel et du morphème –(t)A du partitif. Le ä de la base disparaît (v. supra). Le partitif pluriel correspond assez exactement à l’anglais some ou à l’article indéfini/partitif français.

saarnaajia : « prédicateurs »
saarnaaj(a)/i/a (saarnaaja). Partitif pluriel (v. ci-dessus).

ja : « et »

hoitamaan
: « (pour) pratiquer »
hoita/ma/an (hoitaa). Infinitif III à l’illatif. (v. ci-dessus).

kirkolliset : « les religieuses »
kirkollise/t (kirkollinen). Accusatif pluriel. Ce cas se forme au moyen du morphème spécifique -t, exception assez notable à la règle un morphème = un sème. Il a la même forme que le nominatif pluriel (v. supra markkinat). L’accusatif marque l’objet total, défini ou objectif.

toimitukset
: « cérémonies »
toimitukse/t (toimitus). Accusatif pluriel (v. ci-dessus).

[…] mutta : « mais »

varsinaista : « de proprement dit »
varsinais/ta (varsinainen). Partitif (morphème -(t)A). La forme négative de la phrase entraîne l’emploi du partitif.

kylää
: « village »
kylä/(t)ä (kylä). Partitif. La présence du -t du morphème dépend de l’environnement vocalique et du nombre de syllabes du nom. Ce cas est le plus difficile à former après le génitif pluriel.

ei… ole ollut
« n’a été »
ei … ole’ ol/nut (olla)
1° La forme négative nécessite l’emploi du verbe de négation en, et, ei, emme, ette, eivät suivi de la base verbale terminée par une « aspiration ». Ce phonème, dont la réalisation phonique a aujourd’hui disparu du finnois standard, a pour effet de fermer la syllabe, ce qui est ici sans conséquence.
Les méthodes de langue donnent un moyen simple de trouver la forme verbale à utiliser dans la négation : il suffit de prendre la 1PS du présent et d’en ôter le -n.
Ex : anta/a (donner) : annan (je donne), en anna : je ne donne pas (et non en *anta).
2° Le passé composé se forme au moyen du présent de l’auxiliaire olla, « être » et du participe passé actif, formé au moyen de u morphème -nUt (-neet au pluriel). Dans le cas présent, olla est son propre auxiliaire.

siellä : « là »
Formation adverbiale (à l’origine, adessif d’une base pronominale).

koskaan
: « jamais »
Formation adverbiale.

[lien invalide]735512Capture.png][lien invalide]/735512Capture.png[/img][/url]

Pielpajärven kirkko (kesällä… 🙂 )
takkinsa : « de sa veste »
takki/nsa : base du nom takki (veste) + -nsA, un des deux morphèmes exprimant la possession à la 3ème personne. Le mot devrait perdre un -k, mais il s’agit probablement d’un emprunt.

Bonjour. Nouvel utilisateur de ce forum, j'espère être arrivé à la bonne page.

Un emprunt, oui. Probablement à l'allemand Tasche
La déclinaison conserve le i.
Le n du génitif disparaît et il n'y a pas non plus d'alternance consonantique avant les suffixes possessifs.

Ma source est le livre de Tuula Laakkonen (Assimil) qui dispense des informations grammaticales pertinentes mais élémentaires.
Auriez-vous une référence à me communiquer en matière de grammaire finnoise à l'usage des francophones ? Je n'ai trouvé que
Grammaire finnoise d’après les principes d'Eurén
qui comporte par ailleurs en annexe une traduction mot à mot.
Merci et mes félicitations pour la teneur de vos articles.


Bonsoir. Je trouve ce verbe en tA qui peut apporter une réponse à votre questionnement.
https://www.verbix.com/webverbix/Finnish/nyo%3Akka%3Ata%3A.html

Bien à vous.
Merci du lien. En fait, du point de vue strictement descriptif, les verbes en -tA ne forment pas de catégorie homogène.

Non, il n'existe pas vraiment de grammaire finnoise rédigée en français en dehors des cours édités par les professeurs, forcément inaccessibles au grand public.
Je pense que j'entreprendrai un précis de grammaire dès que j'en aurai le temps et que je m'en sentirai suffisamment capable.

Savez-vous que les emprunts sont plus nombreux qu'on pense ? Mais beaucoup ont été intégrés au système phonétique de la langue au point de n'être plus reconnaissables. Ainsi, le mot naapuri, que vous avez utilisé dans votre pseudo, est un emprunt à l'allemand Nachbar (cf anglais neighbour).

Morphologie et syntaxe de l’infinitif I

L'infinitif I m'a donné du mal ! Dès le début, la variété des formes que pouvait prendre sa désinence ne semblait pas devoir nous diriger vers un phonème unique ; en particulier, les finales -ta et -da semblaient incompatibles : ou on a -t- en syllabe ouverte, ou on a -d- en syllabe fermée, les deux formes ne sauraient permuter…
J'ai pris des avis autorisés et j'ai appris ainsi l'existence des verbes "amalgamés" (les fameux verbes en -tA), dont le traitement, plutôt complexe, permet de poser, conformément aux principes du finnois, un seul et même morphème de l'infinitif I…
Je constate encore une fois la parfaite rationalité du système ; c'est pourquoi je m'étonne que dans les cours de finnois on distingue plusieurs "conjugaisons", en se basant souvent sur cet infinitif. C'est peut-être là une façon de simplifier l'apprentissage, mais il me semble que c'est contraire au génie de la langue. En latin ou en français, on distingue des groupes de verbes parce que les morphèmes sont divers, pas en finnois ; d'autre part, les traitement phonétiques qui interviennent ne concernent pas que les verbes : pourquoi ne pas distinguer aussi plusieurs "déclinaisons ? Les finnois faisant de même dans leurs grammaires, je veux bien admettre que j'ai sûrement tort de raisonner ainsi, encore faudra-t-il me le démontrer.



A - Morphologie

Il se forme au moyen du morphème -tA'. Je rappelle que ['] est la notation d’un ancien phonème qui ne correspond plus à aucun son en finnois standard, mais qui a toujours pour effet de fermer la syllabe. Ce morphème entraîne et subit de nombreuses modifications suivant la nature de la base.

Si la base se termine par une voyelle longue ou une diphtongue, -tA' devient -dA' par simple mutation (voir tableau général).
Ex : saa/ta' > saada (recevoir) ; syö/ta' > syödä (manger).

Si la base se termine par une voyelle brève, le -d est élidé comme c’est toujours le cas entre deux voyelles brèves.
Ex : asu/ta' > *asuda' > asua (habiter) ; pitä/tä' > *pitädä' > pitää (tenir).

Si la base se termine par les syllabes -le- ; -ne- (à l’exception des cas étudiées en 6°), ou -re-, le -e- est élidé et le -d- s’assimile au -l-, au -n- ou au -r- qui le précède.
Ex : tule/ta' > *tulta' > tulla (venir) ; mene/tä' > *mentä' > mennä (aller) ; pure/ta' > purta' > purra (mordre).

Si la base se termine par la syllabe -se-, le -e- est élidé, mais le -t- du morphème se maintient.
Ex : pese/ta' > pesta' > pesta (marcher).
- Si un -k- précède le -s-, il tombe, le finnois n’admettant pas le groupe -kst-.
Ex : juokse/ta' > *juoksta' > juosta (courir).
- Si un -t- précède le -s-, c’est ce dernier qui tombe, et le groupe -tt- passe à -t- par mutation.
Ex : valitse/ta' > *valitsta' > *valitta' > valita (choisir).

Cas des verbes "amalgamés".
Ces verbes de plus de deux syllabes ont une base terminée par -tA précédé d’une voyelle brève (très souvent A).
Devant le morphème -tA' de l’infinitif : 1° Le -a final de la base tombe, 2° le grouppe -tt- ainsi obtenu provoque la mutation éventuelle de la consonne précédente (voir tableau des mutations), 3° l’aspiration finale ramène le groupe -tt- à -t-.
Ex : vastata/ta' > vastatta' > vastata (répondre).
Ex : rupeta/ta' > rupetta' > ruvetta' > ruveta (commencer)
Ex : makata/ta' > makatta' > maatta' > maata (être couché)

Si une base de plus de deux syllabes se termine par la syllabe -ne-, ce dernier groupe tombe devant le morphème -tA' et la consonne qui précède subit éventuellement une mutation (voir tableau).
Ex : vaikene/ta' > vaiketa' > vaieta (se taire).

Les deux verbes anomaux tehdä (faire) et nähdä (voir), dont les bases respectives sont teke- et näke- ont un traitement phonétique particulier qui s’explique par l’évolution de la langue (présence d’un son disparu noté et prononcé à présent -k en syllabe libre, -h en syllabe fermée).

B - Syntaxe
L’infinitif I s’utilise :
1° comme apposition, pour citer le verbe (c'est sous cette forme que le verbe apparaît dans les dictionnaires) :
Ex : verbi « mennä » : le verbe « aller ».

2° comme sujet :
Ex : ei ole hyvä sanoa niin : il n’est pas bon de parler ainsi (« parler ainsi n’est pas bon »)

3° comme complément des verbes modaux :
Ex : haluan puhua : je veux parler ; osaatko uida ? : sais-tu nager ?
Avec le verbe täytyä (falloir), le sujet « logique » se met au génitif :
Ex : minun täytyy lähteä : il me faut partir (partir m’est nécessaire)

4° avec le morphème -kse- suivi obligatoirement d'un indice personnel, pour exprimer l’intention :
Ex : luet oppiaksesi : tu lis pour te cultiver.
- De nombreuses expressions utilisent cette tournure :
Ex : niin sanoakseni : pour ainsi dire ; luullakseni : pour vous dire ma pensée, etc…

Le complément de l’infinitif I se met à l’accusatif dit « court », de forme semblable au nominatif.
Ex : haluaisin tuoda hevonen talliin (et non *tuoda hevosen…) : je voudrais mettre le cheval à l’écurie.
N'ayant découvert cette conversation que cette semaine, je corrige des fautes de frappe et vous fait part de quelques remarques.


- les voyelles d’avant : ä (comme dans patte, pas comme dans le mot allemand Aufklärung), ö (comme dans beurre), y (comme dans mur),
/ä/ est plus proche du /è/ français, mais encore plus ouvert (/ä/ est la voyelle qui m'a donné le plus de fil à retordre).
/ö/ est plus proche du eu de feu que de celui de beurre.
Si une base ne comportant que des voyelles neutres doit recevoir des affixes à voyelles non neutres, ces dernières seront prises dans la série des postérieures. Ex : tie (route), tiellä et non *tiella (sur la route).
Vous voulez dire série des antérieures (ä est une voyelle antérieure).
C'est vrai, avec toutefois les exceptions verta (partitif singulier de veri = sang), et merta (partitif singulier de meri = mer).
Tableau des principales mutations consonantiques.
Pour un tableau complet (?) des alternances consonantiques, voir https://scripta.kotus.fi/visk/sisallys.php?p=41.
c) k > j dans taika (sortilège) > taijan.
Le génitif singulier de taika est taian, Taijan étant le génitif de Taija (prénom féminin).
Note : certains emprunts peuvent ne pas suivre la règle des mutations : pankki (banque) s’y conforme : pankissa, mais pas auto (voiture) : auton, et non *audon.
En plus des emprunts, beaucoup de prénoms ne connaissent pas d'alternance consonantique, sauf pour les doubles consonnes. Ainsi: Markku ~ Markun, Antti ~ Antin, mais: Satu ~ Satun (plutôt que Sadun), Outi ~ Outin (plutôt que Oudin), Niko ~ Nikon (et certainement pas *Nion).
Vatanen nousi seisomaan, katseli auringon viimeistä kajoa metsän takaa, nyökkäsi jänikselle. Hän katsoi maantien suuntaan, mutta et ottanut askeltakaan mennäksen tielle. Hän nosti jäniksen maasta, asetti sen varovasti takkinsa sivutaskuun, ja lähti askeltemaan peltotikulta hämärtyvään metsään.
ei ottanut
lähti astelemaan
*nyökkät(ä)/i : base du verbe nyökätä (hocher la tête), qui perd un -k pour des raisons encore inconnues de moi.
Un k disparaît à l'infinitif car il y en avait deux à l'origine (*nyökättä), mais l'un d'eux a disparu au cours du temps. Ce t, maintenant invisible, ferme la syllable, d'où le degré faible. On retrouve une trace de ce double t dans le participe passé (nyökännyt), ou encore au potentiel (nyökännen). Voir aussi https://fl.finnlectura.fi/verkkosuomi/selityks.htm#Supistumaverbien%20infinitiivien%20segmentointi Supistumaverbien infinitiivien segmentointi. À noter également que dans Finnish - An essential grammar Fred Karlsson segmente ainsi les verbes en -tA: hypät/ä, et non hypä/tä.
katso/i : base du verbe katsoa (regarder) + -i, morphème du prétérit 3P. Le verbe katsoa est plus utilisé que son synonyme katsella (v. plus haut). J’ignore s’il existe une nuance entre les deux, le dictionnaire consacre un article bien plus développé à ce dernier verbe.
katsella est un dérivé de katsoa, -ele- étant le suffixe fréquentatif. Autre exemple: juosta = courir (forme de base) / juoksennella = courir (fréquentatif). Quand on parle d'Usain Bolt qui court un cent mètres, on emploie juosta ; quand on parle d'enfants qui courent à droite et à gauche dans un parc, on emploie plutôt juoksennella.
ottanut : « entrepris »
ottaa = plutôt prendre qu'entreprendre
takki/nsa : base du nom takki (veste) + -nsA, un des deux morphèmes exprimant la possession à la 3ème personne. Le mot devrait perdre un -k, mais il s’agit probablement d’un emprunt.
Emprunt ou pas, il y a toujours le degré fort devant un suffixe possessif, même quand ce suffixe ferme la syllabe précédente. Autre exemple: kenkänsä et non *kengänsä, kenkämme et non *kengämme, kenkänne et non *kengänne. Je me souviens encore combien ce fait m'avait moi aussi surpris.


guigeek a écrit :Sinon j'ai mis le texte dans le traducteur et effectivement le ä est un a normal alors que le a ressemble presque à un o
Je dirais plutôt que le /ä/ ressemble à un /è/ très ouvert, et le /a/ à notre /a/ (celui de pâte, pas celui de patte).
Écoutez donc ça avec Google translate : Hyvää päivää, hyvät äänekkäät äänestäjät. Saanko kaataa kaakaota astiaan laajan pajan takana? = Bonjour, chers électeurs bruyants. Est-ce que je peux verser du chocolat dans un récipient, derrière le grand atelier ?
Une façon encore meilleure que Google translate de se faire l'oreille est d'écouter les "selkouutiset" (= "nouvelles en clair"), diffusées par Yle, la compagnie nationale de radiodiffusion. Ces nouvelles sont en langue simplifiée, sont lues lentement, et leur texte est accessible en ligne: https://yle.fi/uutiset/osasto/selkouutiset.


Ex : kirkko (église) donne kirkkoon au singulier et kirkkoisiin ou kirkkoihin au pluriel.
Seul kirkkoihin est possible en tant qu'illatif pluriel de kirkko.
La forme kirkkoisiin est l'illatif pluriel de… kirkkoisä = père de l'église.
Et notons au passage que isiin est soit l'illatif pluriel de isä = père, soit l'illatif singulier de isi = papa.


g) Lieu où quelque chose a été laissé ou oublié :
Ex : unohdin avaimet toimistoon : j'ai oublié les clés au bureau ; toiset jäivät metsään : les autres restent dans la forêt.
Emploi difficile à justifier eu égard au sens originel du cas…
Sauf peut-être si l'on considère le mouvement relatif : après les avoir laissées au bureau, mes clefs se sont éloignées de moi après mon départ.
les finnois ne faisant apparemment pas de fautes de langue (la réciproque est moins vraie, n'est-ce pas ?).
Euh, pourriez-vous élaborer ?
tänne : « ici, »
Oui, tänne signifie bien ici, mais avec l'idée de "mouvement vers".
tilat(a)/i : base du verbe tilata + morphème -i du prétérit entraînant la chute du -a final et le passage du t à s, comme vu précédemment. La détermination exacte des transformations m’échappe encore.
Les verbes avec infinitif en -itA font -itsi- au prétérit. Exemple: tarvita = avoir besoin de ~ tarvitsin.
Les verbes avec infinitif en -etA font -eni- au prétérit. Exemple: vanheta = veillir ~ vanhenin.
Les verbes avec infinitif en -VtA (où V est une voyelle autre que i at e) font -Vsi au prétérit. Exemple: tilata = commander ~ tilasin.
Comme on le voit, le partitif est la cas le plus difficile à former, et aussi le plus difficile à employer.
Quand on apprend un mot nouveau, il est bon d'en apprendre aussi le partitif singulier. L'appendice Lexique du manuel de la méthode Suomea suomeksi donne systématiquement, pour chaque substantif, adjectif et numéral les quatre formes suivantes (à partir desquelles on peut bâtir toutes les autres): nominatif singulier, génitif singulier, partitif singulier, partitif pluriel.
Il est vrai que l'emploi du partitif est particulièrement subtil. Il m'arrive souvent d'hésiter ou de me tromper. Mon exemple favori:
Hän ampui varasta. ~ Il a tiré sur le voleur. (partitif ; sous-entendu: il l'a blessé)
Hän ampui varkaan. ~ Il a tiré sur le voleur. (accusatif ; sous-entendu: il l'a tué)



ruumiin « le corps, »
ruumi/in : base du nom rumis, « corps » + morphème de l’illatif.
ruumiin est le génitif singulier de ruumis. L'illatif singulier est ruumiiseen, l'illatif pluriel ruumiisiin.
L’expression est malaisée à traduire littéralement ; dans le dictionnaire, ruumiin fait partie de quelques expressions comme vain minun rumiini ! : « il faudra me passer sur le corps ».
vain minun rumiini yli!
Il est difficile de dire si l’expression employée ici par l’auteur est originale ou non ; c’est une des grosses difficultés de la langue.
Non, ce n'est pas une expression propre à l'auteur.
Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une difficulté propre au finnois, mais aux langues étrangères en général.
Jäniskin : « même le lièvre »
-kin a souvent le sens de myös, et donc se traduit également par aussi.
paljasta : « trahis(se) »
Le sens premier de paljastaa est dévoiler, révéler.
kiireht/i : kiirehtä-, base du verbe kiirethiä + i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -i de la base tombe devant le -i de l’affixe.
La base de kiirehtiä est kiirehti-.
pysähty/i : base du verbe pysähtyä + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -ä de la base tombe devant le -i.
Comme vous l'indiquez, la base du verbe pysähtyä est pysähty-, donc il n'y a pas de ä qui tomberait.
ol/i : base du verbe olla + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -a de la base tombe devant le -i.
La base du berbe olla est ole-. C'est donc le e qui tombe.
D’une façon générale, je pense que ce verbe régit toujours le partitif.
Très souvent, mais pas toujours.
Timo työ Helsingissä. Timo travaille à Helsinki.
*Timo työ Helsingissä. => Timo työskentelee Helsingissä.
Tänään, Arto on työssä
*Tänään, Arto on työssä. => Tänään Arto on työssä.
Contrairement au français, pas de virgule.
Arto on työmässä.
*Arto on työmässä. => Arto on työskentelemässä / työssä / töissä.
Je pense qu'on peut dire aussi tälle kirjalle…
On ne peut pas dire *Tälle kirjalle on kaunis kansi. À la limite, on pourrait dire (*)Tällä kirjalla on kaunis kansi., mais cette tournure personnifierait curieusement le livre.


Rova/nieme/llä :…
Les principes que vous donnez constituent un bon point de départ. Malheureusement, il y a beaucoup d'exceptions.
https://www.kielitoimistonohjepankki.fi/ohje/442 Nimien taivutus: paikannimet donne des précisions. Extrait:
Kuntien, kaupunkien ja muiden asutusten nimiä taivutetaan siten kuin paikkakunnalla on totuttu taivuttamaan. = Les noms de communes, villes et autres lieux habités se déclinent en suivant les usages locaux.
Tout est dit. Vous remarquerez au passage cet exemple qui en dit long: Alastarolla / Ylistarossa.
MAIS :
Venäjällä (en Russie).
Sans oublier: Norsunluurannikolla = en Côte d'Ivoire
lohti, « saumon » fait lohta au partitif
Le nominatif singulier est lohi, pas *lohti.
2° Un -h s’intercale entre les deux voyelles. La disparition du premier -i aurait produit une homonymie avec le génitif singulier.
Je ne vous suis pas.
Jumala sanoi Aatanille
Jumala sanoi Aatamille


Par contre, ne connaissant pas sa base, j'ignore comment il se "décline", j'ai oublié de le demander, mais passons
nominatif singulier: väännös
génitif singulier: väännöksen
partitif singulier: väännöstä
partitif pluriel: väännöksiä


kanssa : en compagnie »
Cette « préposition » postposée est suivie du génitif, comme la plupart des autres (toutes ?).
Beaucoup de postpositions commandent le génitif, mais pas toutes. Par exemple, vastapäätä prend le partitif: taloa vastapäätä = en face de la maison.
Cet article donne des détails: https://scripta.kotus.fi/visk/sisallys.php?p=701 Täydennys edellä ja/tai jäljessä


tutkintovankeutensa : « (de) sa détention provisoire »
tutkinto/vankeute/(n)/nsa : nom composé + -n, morphème du génitif + -nsA, morphème possessif de 3PS. Le -n du génitif tombe, comme toute autre consonne, devant le suffixe. L’expression de la possession peut être renforcée par le génitif du pronom personnel, comme ici.
À la troisième personne, le pronom personnel au génitif (hänen) est obligatoire si le possesseur n'est pas le même que le sujet (comme c'est le cas dans la phrase que vous citez). Si le sujet est le même que le possesseur, le pronom personnel au génitif est alors absent. Comparez:
Markku myi talonsa. = Markku a vendu sa maison. (la sienne)
Markku myi hänen talonsa. = Markku a vendu sa maison. (celle de quelqu'un d'autre)
Par contre, à la première et deuxième personnes, le pronom personnel au génitif peut être préposé. Exemple:
Taloni. = Ma maison.
Minun taloni. = Ma maison.


Lahden naapuri a écrit :Auriez-vous une référence à me communiquer en matière de grammaire finnoise à l'usage des francophones ? Je n'ai trouvé que
Grammaire finnoise d’après les principes d'Eurén
qui comporte par ailleurs en annexe une traduction mot à mot.
Je ne connais pas l'ouvrage que vous citez. La seule grammaire finnoise en français que je connaisse est celle d'Aurélien Sauvageot, Esquisse de la langue finnoise. Elle date des années 40, et il est difficile de la trouver.

Si vous lisez l'anglais, je ne peux que vous recommander Finnish - An essential grammar, de Fred Karlsson.

Si vous voulez aller plus loin, vous devrez vous tourner vers des ouvrages en finnois. La grammaire qui fait autorité à l'heure actuelle est celle-ci, disponible en ligne: https://scripta.kotus.fi/visk/etusivu.php Iso suomen kielioppi
Lahden naapuri a écrit :Bonsoir. Je trouve ce verbe en tA qui peut apporter une réponse à votre questionnement.
https://www.verbix.com/webverbix/Finnish/nyo%3Akka%3Ata%3A.html
Je note que la page que vous donnez contient dans son titre même une faute d'orthographe : l'infinitif de ce verbe est nyökätä pas nyökättä.
Méfions-nous avec les informations en ligne.


Il se forme au moyen du morphème -tA'. Je rappelle que ['] est la notation d’un ancien phonème qui ne correspond plus à aucun son en finnois standard, mais qui a toujours pour effet de fermer la syllabe.
Ce phonème fait apparaître une géminée (non orthographiée) devant une consonne. Par exemple, huonekalu = meuble est prononcé /huonekkalu/ et non /huonekalu/.
Ce même phonème fait aussi apparaître une occlusive glottale devant une voyelle. Par exemple, Anna olla. = Laisse tomber. est prononcé /anna'olla/ (la glotte se ferme entre /anna/ et /olla/).
4° Si la base se termine par la syllabe -se-, le -e- est élidé, mais le -t- du morphème se maintient.
Ex : pese/ta' > pesta' > pesta (marcher).
Le verbe pesta n'existe pas.
Le complément de l’infinitif I se met à l’accusatif dit « court », de forme semblable au nominatif.
Ex : haluaisin tuoda hevonen talliin (et non *tuoda hevosen…) : je voudrais mettre le cheval à l’écurie.
C'est en fait le contraire: Haluaisin tuoda hevosen talliin. (accusatif long) est correct, Haluaisin tuoda *hevonen talliin. (accusatif court) ne l'est pas. Par contre, par exemple une entrée de dictionnaire pourrait avoir tuoda hevonen et non tuoda *hevosen.
Merci de vos corrections et de vos remarques judicieuses. Dans quelques cas, ce sont mes sources qui se sont avérées fausses…
Le mieux serait de corriger mon texte à l'aide de vos observations. Bien sûr, je citerai votre pseudo en précisant que vous avez collaboré à ce travail.
Qu'en pensez-vous ? (Par contre, je ne le ferai certainement pas tout de suite).
Oui, vous pouvez faire comme vous le suggérez - et ne vous croyez pas obligé de me citer.
Par contre, que pensez-vous de ce que j'ai dit à propos du verbe truutata, absent de tous les dictionnaires que j'ai consultés ? On m'a même dit que c'était un nonce word.



truuttaavan : « (un) faisant projection »
truuttaa/va/n : participe présent du verbe truutata à l’accusatif. Ce verbe appartenant au registre familier est formé sur le nom truutta, d’origine onomatopéique, qui désigne tout instrument capable de projeter quelque chose (ne nous égarons pas) : lance à incendie, poche à douille… La traductrice rend très bien l'humour de la phrase malgré le choix d'une image qui force un peu le sens.




Je vous rappelle la phrase :
Vatanen kuuli truuttaavan äänen ja hämmentyneen ähkäisyn, tomaattisosetta suihkusi seinälle Vatasen pään oheen.
Je suis d'accord avec les faits suivants :
  • truuttaavan est l'accusatif du participe présent actif du verbe truutata,
  • truutata appartient au registre familier,
  • truutata vient de truutta,
  • truutta est d'origine onomatopéique,
  • la signification de truutta que vous donnez est correcte.
Par contre, difficile de penser qu'il s'agisse d'un mot formé pour l'occasion, étant donné qu'il est donné par ce dictionnaire: www.suomisanakirja.fi (cf. www.suomisanakirja.fi/truutata et www.suomisanakirja.fi/truutta), et surtout par celui-là https://www.kielitoimistonsanakirja.fi.

Je dois cependant reconnaître que ces mots sont absents de beaucoup de dictionnaires, même du vénérable Nykysuomen sanakirja (cf. en.wikipedia.org/wiki/Nykysuomen_sanakirja, plus si "nyky" que ça, puisque publié dans les années 50 et 60), que je suis allé consulter tout-à-l'heure dans une bibliothèque.
Kiitos. Asutte Suomessa ?
Asun.

PS: Je vous demande de me tutoyer en finnois. Sinon, j'ai l'impression d'être encore plus vieux que je ne le suis 😞
De toute manière, je ne suis pas encore capable d'aller bien loin. Comme vous l'avez vu, j'ai une approche linguistique de la langue, non pratique. Et je devrais me relire (mais en français aussi !)

Kesällä, menen mieluummin Pohjoiseen kuin Helsinkiin vai Turkuun, mutta niin kauheasti on hyttysiä !!