Notre héros est parvenu à Sompio, à l’orée de l’actuel Parc National Urho Kekkonen, avec la mission de réparer une cabane où il passera l’hiver. Cette région, que je connais bien, est aussi vaste que l'île de la Réunion et quasiment désertique : sur les hauteurs (700 m), le thermomètre peut descendre à -50 en janvier-février, mais personne n’est assez fou pour aller vérifier… A la belle saison, on peut y rencontrer des ours (karhu), des loups (susi), des élans (hirvi), des renards (kettu), des lièvres (jänis), etc… mais pas de rennes (poro) ; cet animal n’existe pratiquement plus à l’état sauvage. Ceux que vous rencontrerez sur les routes (ne roulez pas trop vite !) appartiennent en fait à des élevages. Les moustiques (hyttynen), quant à eux, sont un vrai fléau certains étés.
L’ours fuit l’homme d’aussi loin qu’il le sent… Mais, poussé par la faim, surtout au sortir de l’hibernation, il peut malgré tout piller les provisions du campeur imprudent ou se rapprocher dangereusement des habitations.
C’est ce qui arrive à Vatanen : un jour de printemps, voilà un ours qui se présente à la fenêtre de sa cabane. Il passe la tête et le torse à l'intérieur, arrachant le cadre au passage, et entreprend de rafler méthodiquement tout ce qu’il y a sur la table, y compris un flacon de purée de tomates. Vatanen et son lièvre n’en mènent pas large…
Haju tuntui kiinnostavan sitä – se puristeli purnukkaa eikä tuntunut ymmärtävän, miten sisällön kanssa menettelisi.
Karhu puristi purnukkaa. Vatanen kuuli truuttaavan äänen ja hämmentyneen ähkäisyn, tomaattisosetta suihkusi seinälle Vatasen pään oheen. (op. cit. p. 163)
J’adopte une présentation plus concise des faits de langues que j’ai déjà abondamment décrits.
Haju : « l’odeur »
tuntui : « semblait »
tuntu/i : verbe tuntua au prétérit 3PS.
kiinnostavan : « intéressant »
kiinnosta/va/n : base du verbe kiinnostaa + -vA, morphème de « participe présent » + -n, morphème de l’accusatif « long ».
Les verbes exprimant l’apparence se construisent avec un verbe au participe complément d’objet de ce verbe, d’où l’accusatif. Comme on le voit, cette construction n’est pas comparable à celle des langues indo-européennes.
sitä : « lui »
si/tä : pronom se au partitif. Ne pas confondre avec sittä, forme d’élatif vue dernièrement.
L’objet du verbe kiinnostaa est au partitif car il implique une subjectivité.
Le pronom se est utilisé car le référent est un animal.
se : « il »
puristeli : « ne cessait de presser »
puristel/i : verbe puristella au prétérit 3PS. Ce verbe présente le suffixe -ele qui ajoute une nuance durative ou itérative, parfois imperceptible, au procès du verbe simple correspondant. Ces verbes dérivés sont en fait lexicalisés et bénéficient d’une entrée particulière dans les grands dictionnaires (cf katsoa/katsella rencontré au tout début de cette étude). La distinction entre les formations figées et les formations vivantes sont un problème épineux pour les lexicographes.
purnukkaa : « le flacon »
purnukka/a. L’objet du verbe est au partitif pour marquer que le procès ne s’achève pas quand le suivant commence.
eikä tuntunut « et il ne semblait pas »
ei/kä tuntu/nut :
- La particule kä équivaut à une liaison associée à une négation.
- ei est le verbe de négation à la 3PS.
- tuntunut est le verbe tuntua, déjà rencontré, au « participe passé actif ».
L’ensemble exprime la négation au passé, voir les tableaux ci-dessus.
ymmärtävän : « comprenant »
ymmartä/vä/n : base du verbe ymmärtää + -vA, morphème du « participe présent actif » + -n, morphème de l’accusatif.
Sur la construction des verbes exprimant l’apparence, voir quelques lignes plus haut.
miten : « comment »
Formation adverbiale. A l’origine, ce doit être une forme déclinée du pronom mi(tä), mais j'ignore de quel cas il s'agit ; peut-être celui-ci a-t-il disparu.
sisällön : « du contenu »
sisältö/n : génitif du nom-bas sisältö. La mutation impose -ll du fait de la fermeture de la syllabe.
kanssa : en compagnie »
Cette « préposition » postposée est suivie du génitif, comme la plupart des autres (toutes ?).
menettelisi : « il pourrait bien agir »
menettel/isi : base du verbe menetellä + -isi, morphème du mode « conditionnel » + morphème 0 du présent + morphème 0 de la 3PS.
Le « conditionnel » présent est utilisé ici pour exprimer l’éventualité de l’action.
Karhu : "l'ours"
puristi : "pressa"
purist/i : prétérit 3PS du verbe puristaa.
purnukkaa : "le flacon"
purnukka/a : partitif du nom purnukka. Le partitif est employé parce que le procès n'est pas achevé quand commence le suivant.
Vatanen : « Vatanen »
kuuli : « entendit »
kuul/i : verbe kuulla au prétérit 3PS.
truuttaavan : « (un) faisant projection »
truuttaa/va/n : participe présent du verbe truutata à l’accusatif. Ce verbe appartenant au registre familier est formé sur le nom truutta, d’origine onomatopéique, qui désigne tout instrument capable de projeter quelque chose (ne nous égarons pas) : lance à incendie, poche à douille… La traductrice rend très bien l'humour de la phrase malgré le choix d'une image qui force un peu le sens.
äänen : « son »
ääne/n : base du nom ääni + morphème de l’accusatif. Ce cas est utilisé pour exprimer le caractère total et défini de la perception sonore.
ja : « et »
hämmentyneen : « (un) troublé »
hämmenty/nee/n : base du verbe hämmentyä + base du morphème -nyt servant à former le « participe passé actif » + -n, morphème de l’accusatif. Nous avons déjà vu que ce participe servait à exprimer la forme négative du verbe au passé. Ici, il sert à former un adjectif verbal, que nous traduisons par un participe passé passif en français, mais la conception finnoise des « voix » diffère de la nôtre : il faut comprendre exactement : "en qui se manifestait le trouble".
ähkäisyn : « son « han ! » »
accusatif du nom-base ähkäisy, terme rare formé sur une autre onomatopée, mais qui ne constitue pas pour autant un nonce word. On constate ici la différence entre nos habitudes lexicales et celles du finnois, qui permet une grande expressivité.
tomaattisossetta : « de la purée de tomates »
tomaatti//sose’(e)/ta (sose’/ta) : nom composé formé à partir du nom tomaatti, « tomate » et du nom-base sose, « purée » (cf français sauce) + morphème (t)A du partitif. La base de ce mot contenait autrefois une aspiration qui s’est assimilée au t du suffixe après la chute du second e, d’où le double tt.
suihkusi : « jaillit »
suihkut/i : verbe suihkuta au prétérit 3PS. Le t se change en s devant le -i du suffixe (voir tableau des mutations).
seinälle : « sur le mur »
seinä/lle : allatif du nom base pour indiquer le mouvement vers une surface.
Vatasen : « de Vatanen »
Vatase/n : génitif du nom.
pään : « de la tête »
pää/n : génitif du nom-base.
oheen : « au-dessus »
Formation adverbiale ; en fait, cette forme représente l’illatif de ohi, « au-dessus ». Les adverbes locatifs peuvent aussi se "décliner". Comparer avec le latin hic/huc, le russe здесь/сюда, etc…
Traduction :
L’odeur semblait l’intéresser – il pressait le pot sans avoir l’air de comprendre comment s’y prendre avec le contenu.
L’ours appuya sur le flacon. Vatanen entendit un son de trompette et un grognement surpris, la sauce tomate aspergea le mur au-dessus de sa tête. (op. cit. p. 213)
L’ours fuit l’homme d’aussi loin qu’il le sent… Mais, poussé par la faim, surtout au sortir de l’hibernation, il peut malgré tout piller les provisions du campeur imprudent ou se rapprocher dangereusement des habitations.
C’est ce qui arrive à Vatanen : un jour de printemps, voilà un ours qui se présente à la fenêtre de sa cabane. Il passe la tête et le torse à l'intérieur, arrachant le cadre au passage, et entreprend de rafler méthodiquement tout ce qu’il y a sur la table, y compris un flacon de purée de tomates. Vatanen et son lièvre n’en mènent pas large…
Haju tuntui kiinnostavan sitä – se puristeli purnukkaa eikä tuntunut ymmärtävän, miten sisällön kanssa menettelisi.
Karhu puristi purnukkaa. Vatanen kuuli truuttaavan äänen ja hämmentyneen ähkäisyn, tomaattisosetta suihkusi seinälle Vatasen pään oheen. (op. cit. p. 163)
J’adopte une présentation plus concise des faits de langues que j’ai déjà abondamment décrits.
Haju : « l’odeur »
tuntui : « semblait »
tuntu/i : verbe tuntua au prétérit 3PS.
kiinnostavan : « intéressant »
kiinnosta/va/n : base du verbe kiinnostaa + -vA, morphème de « participe présent » + -n, morphème de l’accusatif « long ».
Les verbes exprimant l’apparence se construisent avec un verbe au participe complément d’objet de ce verbe, d’où l’accusatif. Comme on le voit, cette construction n’est pas comparable à celle des langues indo-européennes.
sitä : « lui »
si/tä : pronom se au partitif. Ne pas confondre avec sittä, forme d’élatif vue dernièrement.
L’objet du verbe kiinnostaa est au partitif car il implique une subjectivité.
Le pronom se est utilisé car le référent est un animal.
se : « il »
puristeli : « ne cessait de presser »
puristel/i : verbe puristella au prétérit 3PS. Ce verbe présente le suffixe -ele qui ajoute une nuance durative ou itérative, parfois imperceptible, au procès du verbe simple correspondant. Ces verbes dérivés sont en fait lexicalisés et bénéficient d’une entrée particulière dans les grands dictionnaires (cf katsoa/katsella rencontré au tout début de cette étude). La distinction entre les formations figées et les formations vivantes sont un problème épineux pour les lexicographes.
purnukkaa : « le flacon »
purnukka/a. L’objet du verbe est au partitif pour marquer que le procès ne s’achève pas quand le suivant commence.
eikä tuntunut « et il ne semblait pas »
ei/kä tuntu/nut :
- La particule kä équivaut à une liaison associée à une négation.
- ei est le verbe de négation à la 3PS.
- tuntunut est le verbe tuntua, déjà rencontré, au « participe passé actif ».
L’ensemble exprime la négation au passé, voir les tableaux ci-dessus.
ymmärtävän : « comprenant »
ymmartä/vä/n : base du verbe ymmärtää + -vA, morphème du « participe présent actif » + -n, morphème de l’accusatif.
Sur la construction des verbes exprimant l’apparence, voir quelques lignes plus haut.
miten : « comment »
Formation adverbiale. A l’origine, ce doit être une forme déclinée du pronom mi(tä), mais j'ignore de quel cas il s'agit ; peut-être celui-ci a-t-il disparu.
sisällön : « du contenu »
sisältö/n : génitif du nom-bas sisältö. La mutation impose -ll du fait de la fermeture de la syllabe.
kanssa : en compagnie »
Cette « préposition » postposée est suivie du génitif, comme la plupart des autres (toutes ?).
menettelisi : « il pourrait bien agir »
menettel/isi : base du verbe menetellä + -isi, morphème du mode « conditionnel » + morphème 0 du présent + morphème 0 de la 3PS.
Le « conditionnel » présent est utilisé ici pour exprimer l’éventualité de l’action.
Karhu : "l'ours"
puristi : "pressa"
purist/i : prétérit 3PS du verbe puristaa.
purnukkaa : "le flacon"
purnukka/a : partitif du nom purnukka. Le partitif est employé parce que le procès n'est pas achevé quand commence le suivant.
Vatanen : « Vatanen »
kuuli : « entendit »
kuul/i : verbe kuulla au prétérit 3PS.
truuttaavan : « (un) faisant projection »
truuttaa/va/n : participe présent du verbe truutata à l’accusatif. Ce verbe appartenant au registre familier est formé sur le nom truutta, d’origine onomatopéique, qui désigne tout instrument capable de projeter quelque chose (ne nous égarons pas) : lance à incendie, poche à douille… La traductrice rend très bien l'humour de la phrase malgré le choix d'une image qui force un peu le sens.
äänen : « son »
ääne/n : base du nom ääni + morphème de l’accusatif. Ce cas est utilisé pour exprimer le caractère total et défini de la perception sonore.
ja : « et »
hämmentyneen : « (un) troublé »
hämmenty/nee/n : base du verbe hämmentyä + base du morphème -nyt servant à former le « participe passé actif » + -n, morphème de l’accusatif. Nous avons déjà vu que ce participe servait à exprimer la forme négative du verbe au passé. Ici, il sert à former un adjectif verbal, que nous traduisons par un participe passé passif en français, mais la conception finnoise des « voix » diffère de la nôtre : il faut comprendre exactement : "en qui se manifestait le trouble".
ähkäisyn : « son « han ! » »
accusatif du nom-base ähkäisy, terme rare formé sur une autre onomatopée, mais qui ne constitue pas pour autant un nonce word. On constate ici la différence entre nos habitudes lexicales et celles du finnois, qui permet une grande expressivité.
tomaattisossetta : « de la purée de tomates »
tomaatti//sose’(e)/ta (sose’/ta) : nom composé formé à partir du nom tomaatti, « tomate » et du nom-base sose, « purée » (cf français sauce) + morphème (t)A du partitif. La base de ce mot contenait autrefois une aspiration qui s’est assimilée au t du suffixe après la chute du second e, d’où le double tt.
suihkusi : « jaillit »
suihkut/i : verbe suihkuta au prétérit 3PS. Le t se change en s devant le -i du suffixe (voir tableau des mutations).
seinälle : « sur le mur »
seinä/lle : allatif du nom base pour indiquer le mouvement vers une surface.
Vatasen : « de Vatanen »
Vatase/n : génitif du nom.
pään : « de la tête »
pää/n : génitif du nom-base.
oheen : « au-dessus »
Formation adverbiale ; en fait, cette forme représente l’illatif de ohi, « au-dessus ». Les adverbes locatifs peuvent aussi se "décliner". Comparer avec le latin hic/huc, le russe здесь/сюда, etc…
Traduction :
L’odeur semblait l’intéresser – il pressait le pot sans avoir l’air de comprendre comment s’y prendre avec le contenu.
L’ours appuya sur le flacon. Vatanen entendit un son de trompette et un grognement surpris, la sauce tomate aspergea le mur au-dessus de sa tête. (op. cit. p. 213)