Impératif d’un verbe pronominal à la forme négative
19 réponses
Bonjour,
est ce que quelqu'un pourrait m'aider à trouver la forme officielle de la conjugaison du verbe "se contrarier" à la forme négative?
Explications:
après avoir déjà entendu plusieurs fois l'expression "contrarie-toi pas" mon amie qui a un master 2 de littérature m'a repris en me disant que ça ne se disait pas (ce que je peux parfaitement concevoir au premier abord) et qu'on disait "ne te contrarie pas".
Intéressé par la question, je suis allé vérifier sur internet et j'ai trouvé sur le site de conjugaison " la conjugaison.net" les formes conjuguées "ne contrarie-toi pas", " ne contrariez-vous pas" et "ne contractions-nous pas" au temps dit.
Lui avancant cela, elle m'a fustigé en me disant qu'on pouvait naturellement trouver sur internet tout et n'importe quoi et que la seule bonne réponse était trouvable dans un ouvrage officiel ou du moins de référence.
Même si je partage volontiers son plus que scepticisme, j'aimerais en avoir le coeur net et savoir si les deux formes peuvent être possible, concevant parfaitement que la forme "ne te contrarie pas" va d'elle-même.
Enfin où et comment la trouver, sachant que je n'ai trouvé aucun autre site qui conjugait le verbe "se contrarier" à la forme négative.
Merci d'avance pour votre réponse, qui me permettra au passage de retrouver un peu d'apaisement…
S.
Si ton amie fait un master 2 de littérature, elle doit avoir une grammaire officielle qui tranchera la question.
Pour ma part, je n'ai jamais entendu "ne contrarie-toi pas" et ne le considère pas comme français. Je me méfierais effectivement des sites internet lambda.
Pour ma part, je n'ai jamais entendu "ne contrarie-toi pas"
Moi non plus…
Sur le fameux site, j'ai bien trouvé l'impératif de "se contrarier", mais il n'est pas conjugué à la forme négative.
https://www.conjugaison.net/fr/se%20contrarier.html?auxiliaire=pronominal
Ce n'est pas parce qu'il se conjugue
contrarie-toi à la forme affirmative qu'il deviendrait
*contrarie-toi pas à la forme négative !
approche-toi > ne t'approche pas
contrarie-toi > ne te contrarie pas
Voir cet autre site :
https://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-7677.phpLaoshi a écrit :Pour ma part, je n'ai jamais entendu "ne contrarie-toi pas"
Moi non plus…
Oui, bien sûr. Mais la grammaire et le vocabulaire ont deux maîtres, l'Académie et l'usage. Pour ce qui est de l'usage, il lui bien avoir un commencement, un début. Tout a un début, pourquoi
ne contrarie-toi pas ne serait-il pas le début d'un usage bientôt triomphant ? Bien que teinté d'argotisme (et encore) cela sonne très bien à mon oreille, et je pense l'avoir déjà entendu ou lu, et pas dans Zazie dans le métro. De même que
contrarie-toi pas, encore un peu plus avancé. Qui sait ? Un usage fautif répété devient d'abord une "tolérance" puis une règle, ce forum et beaucoup d'autres nous en présentent régulièrement des exemples… Et il arrive que la règle initiale tombe en désuétude… C'est ça une langue vivante ! L'évolution est inéluctable, nous devons en prendre notre parti, bon gré mal gré. Par pitié ne tuez-pas notre belle langue vivante !
Merci pour vos réponses, notamment à Ponthieu pour cet élan de désir de langue vivante, qui ne compromet malgré tout en rien mon farouche soucis de défendre et de respecter la langue française. Loin de moi le contraire!
Même si je peux admettre l'existence de sites plus ou moins sérieux, voici pour documenter la source de ma question et pour compléter celles fournies par Jehan, l'adresse URL où j'ai pu lire une telle formulation:
-www.laconjugaison.net/conjugaison/se%20contrarier/negation
Ceci nous amenant aux questions de savoir par qui, comment et selon quelle référence cette dernière a pu être éditée en ligne? Par ailleurs, le fait de la trouver ainsi écrite sur ce site de conjugaison montre bien qu'elle n'est pas étrangère à un certain nombre de personnes… ceci ne voulant naturellement pas dire qu'elle soit juste bien entendu.
Par pitié ne tuez-pas notre belle langue vivante !
Loin de moi l'idée de tuer qui que ce soit.
Mais
ne contrarie-toi pas ne sonne pas très bien à mon oreille, et je ne pense pas l'avoir déjà entendu ou lu, pas plus que
ne t'approche-toi pas ou
ne te fie-toi pas.
Bien sûr, malgré mon grand âge, je n'ai pas tout entendu.
Mais je ne vois pas en quoi cela enrichit notre "belle langue".
Merci à Bambou pour le vrai lien… sur lequel on peut aussi lire ne énerve-toi pas, ou vous ne vous n'êtes pas énervés ou s'énerver pas, ou encore je frisais pour l'imparfait de frire. 🙄 Oh, la belle langue vivante ! 😜
Cela dit, à droite des tableaux, en cliquant en rouge sur "signaler une faute", il est possible de proposer des rectifications.
Je crois Jehan que nous avons là la réponse… sans commentaires.
Merci
Cela dit, ton amie a entendu Contrarie-toi pas et non pas le Ne contrarie-toi pas du site que tu as consulté, et que personne n'a sans doute jamais entendu.
Le langage parlé familier escamote souvent l'élément Ne de la négation, et je conçois que de Contrarie-toi ou Énerve-toi, à l'oral, on puisse passer facilement à Contrarie-toi pas ou Énerve-toi pas, à côté des également familiers Te contrarie pas ou T'énerve pas.
Je me souviens d'ailleurs du refrain d'une chanson enfantine écrite par Henri Dès, et qui commençait ainsi : Plains-toi, plains-toi / Plains-toi, plains-toi pas…
Il suffit de faire une petite recherche sur "fâche-toi pas" pour constater que cette forme alternative de l'impératif négatif, essentiellement orale à l'origine, est bien représentée même à l'écrit (généralement pour reproduite l'oralité) :
https://www.google.com/search?q=%22f%C3%A2che-toi+pas%22&safe=off&biw=1467&bih=701&source=lnms&tbm=bks&sa=X&ved=0ahUKEwi47ZKvxtjJAhXIuBoKHXhOAcsQ_AUIDSgB
On la lit dans San Antonio.
Un livre parle de
la construction impérative "Fâche-toi pas" typique du parler populaire canadien-français.
Elle n'est évidemment pas à imiter dans la langue écrite soignée.
À noter une curiosité dans un livre d'apprentissage du français de 1773, écrit par un anglais, qui présente l'impératif négatif comme :
Ne lève-toi pas !
Ne levons-nous pas !https://books.google.fr/books?id=0ltiAAAAcAAJ&pg=PA171#v=onepage&q&f=false
Je crois plus à une bévue de l'auteur qu'à une forme ancienne encore en usage au XVIIIe siècle.
Nous nous souvenons tous de Va, cours, vole et me venge; On ne dit plus jamais me venge aujourd'hui, seulement venge-moi. La forme négative est ne me venge pas, mais venge-moi pas est beaucoup plus actuel dans la langue parlée, la tournure ne…pas fait trop littéraire, trop élitiste pour tout dire. On se souvient de la réplique du regretté Bourvil dans Le Corniaud: Fais-moi pas rire, j'ai les lèvres gercées.
Je pense que ces impératifs avec - moi pas, qu'il s'agisse ou non de verbes pronominaux, ont le vent en poupe, ils sont l'avenir, ne me…pas fera bientôt ringard ou m'as-tu-vu.
Dans le même genre d'idées, tout le monde connait Un soir, t'en souvient-il, nous voguions en silence… Qui oserait utiliser t'en souvient-il aujourd'hui ? Pourtant songeons que vers 1830 c'était une faute abominable de dire je m'en souviens, au même niveau que Si j'aurais su, à l'heure actuelle. La langue évolue, mais toujours pour son bien. Regardons ainsi l'évolution de Je me le rappelle. On entend de plus en plus souvent Je m'en rappelle (et on l'écrit aussi). Qui s'en plaindrait ?
ne me…pas fera bientôt ringard ou m'as-tu-vu.
La chanson
Ne me quitte pas sera-t-elle considérée comme ringarde ou m'as-tu-vu ? 😉
Là c'est un cas particulier que tu soulèves, puisqu'il s'agit en somme de poésie, et de poésie mise en musique, ton exemple ne compte pas. La chanson ne sera probablement pas ringarde, mais la formulation Ne me quitte pas le sera certainement, cela se sent, elle est d'un langage bien trop select pour qu'il en soit autrement, n'oublie pas qu'il s'agit d'une chanson populaire. Je maintiens, rdv dans quelques années.
Réfute plutôt le reste de mon argumentation, cela m'intéresse de savoir ce qu'un linguiste comme toi (je veux dire d'un haut niveau) en pense.
Je ne prétends pas être un linguiste, encore moins un linguiste de haut niveau.
Je suis simplement un ancien instit qui a toujours été passionné par la langue française.
Je ne suis pas prophète non plus. Mais je suis enclin à penser que la forme Ne me quitte pas n'est pas près de disparaître à l'écrit, même dans les écrits non littéraires.
Il y a peu de chances qu'elle devienne m'as-tu-vu et ringarde, et que la forme orale familière Quitte-moi pas se généralise et devienne la norme dans tous les cas.
Bien des constructions du langage oral familier ont coutume de cohabiter depuis des siècles avec les constructions équivalentes du langage écrit, sans pour autant ringardiser systématiquement ces dernières.
ponthieu a écrit : Pourtant songeons que vers 1830 c'était une faute abominable de dire je m'en souviens, au même niveau que Si j'aurais su, à l'heure actuelle.
Euh, absolument pas !
On trouve
si je m'en souviens bien et
je m'en suis souvenu dans la première édition du dictionnaire de l'Académie (1694),
Je m'en suis souvenu. Si je m'en souviens bien,
Je m'en souviens un peu. Je ne m'en souviens presque plus. Je ne m'en souviens guère, dans la quatrième édition (1762),
Je m'en suis souvenu. Si je m'en souviens lien, la chose se passa en tel temps. Je m'en souviens un peu. Je ne m'en souviens guère, dans la sixième de 1835 !
Je pense que ces impératifs avec - moi pas, qu'il s'agisse ou non de verbes pronominaux, ont le vent en poupe
Je ne sais dans quelle région vous habitez, mais pour ma part, je n'ai pas remarqué ce phénomène.
"laisse-moi pas", "fâche-toi pas", ne sont pas des formes que j'entends. "Quitte-moi pas" non plus.
L'omission de
ne par contre est courante :
te fâche pas,
me laisse pas, me quitte pas.
Ce sont les formes ordinaires de l'oralité.
Je ne vois pas en quoi cela enrichit la langue…
Dans le même genre d'idées, tout le monde connait Un soir, t'en souvient-il, nous voguions en silence… Qui oserait utiliser t'en souvient-il aujourd'hui ? Pourtant songeons que vers 1830 c'était une faute abominable de dire je m'en souviens,
Je m'en souviens eu du mal à s'imposer, certes, mais Lamartine a écrit : t'en
souvient-il ?. C'est la formule canonique : on ne disait pas
je m'en souviens, mais
il m'en souvient, donc à la tournure interrogative : m'en souvient-il, t'en souvient-il…
Vous vous trompez d'époque ! Il y avait lurette en 1830 qu'on disait parfaitement "je m'en souviens" comme le montrent les dictionnaires de l'Académie, même si, concurremment, on pouvait dire "il m'en souvient", tout comme aujourd'hui dans une prose un peu recherchée.
Lamartine a lui-même utilisé dans certaines de ses œuvres "je m'en souviens" ou analogue :
Souvent, tu t'en souviens, dans cet heureux séjour
Où naquit d'un regard notre immortel amour,
Tantôt sur les sommets de ces roches antiques,
Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques,
Sur l'aile du désir, loin du monde emportés,
Je plongeais avec toi dans ces obscurités.
(Méditations poétiques)
Quelle place veux-tu que tienne dans son cœur
Ce vain amour d'enfant dont rit le blanc moqueur?
Cette petite fille à la peau presque noire,
Qui fait, s'il s’en souvient, repentir sa mémoire
(Toussaint Louverture)