Comment devient-on écrivain ?
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J-P G-P est bien sûr l'auteur de ce texte que Marcenciel nous envoie."C'est toujours une parole enfouie dans le tréfonds de l'être qu'il faut chercher à entendre derrière le texte.
Sans doute.Marcanciel a écrit :C'est une évidence, pour un écrivain digne de ce nom, l'imaginaire s'exprime davantage dans l'écriture que dans la parole, et ce en perspective opposée à la formule de Lacan selon laquelle "les écrits volent, les paroles restent".
Je croyais qu'il y avait un proverbe "les paroles s'envolent mais les écrits restent"; je ne trouve pas la référence à Lacan. 😐
Il est son écriture, il n'est plus. C'est pourquoi, pour Baudelaire, Kafka, Beckett, l'écriture n'apprivoise rien, ne sauve rien.
Et qui demande que l'écriture devrait apprivoiser, sauver (quoi ou qui?)?Et en écrivant (pour survivre), l'auteur ne fait que privilégier un mode de relation soit névrotique, soit pervers, soit psychotique.
C'est encourageant pour nos écrivains en herbe.😜Marcanciel a écrit :Toutefois, l'écriture "sert" aussi à éviter de devenir justement un malade mental. Il peut ainsi (se) séduire, (s')agresser, (se) culpabiliser, (se) castrer - même si dans son propre cas le mal est déjà fait-, (s') idéaliser, (se) punir, (se) pervertir: il peut bon an, mal an reprendre un peu de pouvoir sur lui-même; il peut se soumettre, obéir ou désobéir, bref tant que faire se peut il "existe".
Etrange; ne pouvons-nous pas "exister" sans écrire? 🙄
La consonance de crise est d'ailleurs proche de celle de cri et l'écriture donne forme à ce cri dans ce que Valéry nommait un "spasme d'amour", amour - besoin irrépressible mais dans ce cas vide- perverti ou dégagé de son objet, tout en demeurant un besoin pressant et irrépressible, compulsif, une rupture (d'un seuil) vers un aveu étrange entre cri et souffrance, entre crise et exutoire.
Encore plus encourageant pour nos écrivains en herbe! 😞
[quotelVivre revient donc, se réduit à écrire: c'est là une issue de piètre secours qui, si elle ne sauve rien, permet cependant de continuer en un rituel dérisoire, pesant et jubilatoire pour métaboliser la mort, l'angoisse dont l'auteur ne peut sortir autrement.
Vivre ou exister? Vaudrait mieux être clair, non?Marcanciel a écrit :L'être s'officialise ainsi, peu ou prou, selon le degré de reconnaissance dont il fait l'objet par la reconnaissance de ses mots.
Certes, mais par les paroles qui sortent de nos bouches aussi, dirais-je. 🙂
On peut, à cette aune, placer côte à côte souffrance et création, impliquer entre elles une relation de cause à effet. La souffrance constitue sans doute la source de la création poétique et littéraire mais, pour l'auteur, elle ne sauve rien."
C'est très XIXème s. comme vision. L'artiste qui habite une chambre de bonne non chauffée en hiver, sans le sou pour s'acheter à manger….La Vie Bohème, quoi.Essayons de trouver d'autres sources plus radieuses pour nos écrits. 🙂 Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert
C'est pas ringard du tout le XIXème !
Léah! Je n'ai jamais dit cela!!
Non, JSC ! mais tu réfutes (pensè-je) la souffrance comme source d'inspiration
Non, JSC ! mais tu réfutes (pensè-je) la souffrance comme source d'inspiration
Pas vraiment, Léah; seulent comme UNIQUE source.
La souffrance, source d'inspiration, oui, mais tous ceux qui souffrent n'écrivent pas.
Ne faut-il pas avoir, soit un sens particulier de la relation au papier vierge, soit n'avoir personne à qui se confier, voire les deux, pour pouvoir livrer ses pensées à l'écrit?
Ma mère n'a pas eu son Brevet à cause d'avoir mis une tache d'encre sur le papier vierge.
Elle en souffrait.
Elle n'était pas écrivaine. 😐
La souffrance n'est pas l'unique source d'inspiration , mais elle en est une aussi importante que l'amour, la solitude, l'enfance…etc
Seress Rezso n'aurait jamais composé Sombre dimanche et n'aurait jamais été connu sans cela. ( dans le domaine de la musique)
Victor Hugo a énormément écrit après la mort de sa fille. ( et des poèmes remarquables)
Bref la souffrance est une incroyable source d'inspiration..mais parmi d'autres! 🙂
Les sources d'inspirations peuvent être diverses et variées: une souffrance, un cours d'eau, une conversation surprise dans un bus, un mot…
Ce n'est pas l'inspiration qui fonde l'écrivain.
La vraie question posée par le sujet c'est de savoir quel est le moteur. La souffrance peut pousser à écrire, l'amour donne envie d'écrire des poèmes… Mais tout ça me semble un peu superficiel comme analyse.
Et puis pourquoi l'écriture? Pourquoi pas la peinture, la sculpture, la musique?
Je persiste à croire qu'il s'agit d'une forme de folie, ou d'illumination suivant qu'on soit mystique ou pas. Mon père a une personnalité créative, artistique, mais il a abandonné la musique et toute création depuis des années. Aujourd'hui il continue à s'exprimer, par la violence, par des comportements parfois insensés… Le moteur continue à tourner mais il ne fait plus tourner les bons rouages.
Tout est effectivement question d'expression. Il y a quelque chose à l'intérieur, quelque chose qui se débat, qui doit sortir, d'une façon ou d'une autre, et je ne pense pas ce soit nécessairement une souffrance. Tous les écrivains ne sont pas des dépressifs voire des suicidaires. Tous les poètes ne sont pas maudits. La majorité doit fonctionner comme ça, peut-être. Mais là aussi il serait complètement erronné de dire que les écrivains souffrent plus que les autres. Victor Hugo n'est pas le seul à avoir perdu sa fille. Il y a donc tout un ensemble de paramètres qui jouent, mais une certaine "folie" en est l'axe principal, sans nul doute.
Tous les artistes ( tout domaine confondu) seraient donc "fous" ? …
Hors une certaine folie, nulle créativité, dirais-je. 😉
Comment voudriez-vous qu'un artiste soit "normal"? 😐
Ina a écrit :Tous les artistes ( tout domaine confondu) seraient donc "fous" ? …
Oui mais il reste encore à définir la folie et là je ne pense pas que le petit Robert serve à grand chose… Le terme "folie" est très vague. Ca peut être un simple décalage par rapport à la "norme" mais ça ne nous avance pas plus parce que perso la norme je sais pas trop ce que c'est. Disons que ça implique un regard, un point de vue différents des non-artistes qui ne voient rien là où l'artiste voit l'infini, et inversement.
Tout cela impliquerait le caractère inné de l'artiste…tout compte fait une question s'impose: on naît artiste ( et évidemment cela apparaît avec un certain laps de temps) ou on devient artiste ?
D'ailleurs la question initiale est "comment devenir écrivain"? Alors est-ce que tout le monde peut le devenir ou alors la question ne concerne que les personnes "géniales" ou un atteintes de "folie créatrice"?
Ce thème soulève finalement plusieurs questionnements!
Très intéressant, Ina.
Je ne peux que parler de mon expérience et mon sentiment et ne voudrais pas les généraliser sur tous les artistes.
En tant que musicien interprète, il m'arrive de poser la question si je suis en train de créer (en mettant du mien) ou de re-créer ce qui est déjà écrit. Ce dernier manquerait d'originalité en quelque sorte et le mot recréation a le sens de divertissement, legereté.
En tant que (petit) compositeur, je sais que je n'écrirai pas une symphonie ou un opéra, mais avec des formes plus concentrées j'arrive. Ouf!! Surtout, j'écris ce qui a toutes ses chances d'être chanté ou joué. Je n'écris nullement pour la postérité et ne ressens pas la flamme 'essentielle' par exemple de mettre ma plume sur papier tous les jours. Pourtant, des œuvres finies, je suppose que je trouve la plupart satisfaisante (je suis mon pire critique :rolleyes🙂 et je n'ai pas l'impression que TOUT est dérivé de mes écoutes ou mes études.
Quelle est la différence entre les deux situations? Pourrait-on parler d'inspiration (sans sembler trop orgueilleux) ou "folie créatrice"?
Ne serais-je peut-être pas artiste car je ne fais que re-créer et ne ressens pas le besoin d'un travail quotidien?
Ce qui est sûr est qu'il ne suffit pas de connaître tout les mots du dictionnaire, d'avoir souffert et d'avoir beaucoup lu pour être ou devenir écrivain…ou musicien. Cependant, sans don, inné, on ne serait pas bcp aidé. 🙄
Effectivement, je pense qu'il faut un talent naturel…mais qui doit être durement travaillé sans quoi être artiste serait trop facile.
Un artiste a donc un potentiel inné qu'il doit exploiter , travailler ,perfectionner pour prétendre à l'oeuvre d'art!
Ensuite , pour ce qui est de l'imitation, tout le monde imite d'un façon différente! Alors quand on interprète on crée parce qu'on apporte toujours un peu de soi. ( à l'opéra par exemple en fonction de la cantatrice le récital vous procurera des sensations différentes même si vous l'avez entendu des dizaines de fois!)
Une affaire de perspective, peut-être… un certain regard posé sur les mots, sur ce que ceux-ci tissent. Avoir en tête quelques perspectives entre ce qui se vit et ce qui se médite. D'où la nécessité de prendre contact avec le monde, sous ses diverses formes, pour pointer du doigt certaines… perpectives (nous y revoilà). Et puis, il y a toujours une recherche, et donc un mystère.
Je ne pense pas qu'on puisse donner la recette, juste quelques ingrédients, peut-être : )
Manitas de Plata non plus n'a jamais mis les pieds dans une école de musique, ni Django Rheinhardt, qui ne savait ni lire ni écrire !
Ce sont des interprètes, non pas des créateurs, n'est-ce pas?
des compositeurs tout de même 🙂
marcanciele a écrit :Ina a écrit :Tous les artistes ( tout domaine confondu) seraient donc "fous" ? …
Oui mais il reste encore à définir la folie et là je ne pense pas que le petit Robert serve à grand chose… Le terme "folie" est très vague. Ca peut être un simple décalage par rapport à la "norme" mais ça ne nous avance pas plus parce que perso la norme je sais pas trop ce que c'est. Disons que ça implique un regard, un point de vue différents des non-artistes qui ne voient rien là où l'artiste voit l'infini, et inversement.
Voilà un raisonnement très ellitiste que je ne partage absolument pas.
La folie n'est pas réservée aux artistes (il paraît que nous sommes tous névrosés sur cette planète) et tous les artistes ne sont pas "fous", il n'y à aucun lien de cause à effet entre folie et art. De même, il n'y a pas de "norme" qui rassemblerait en un tout homogène tous les "non-artistes" qui ne verraient pas plus loin que le bout de leur nez (si c'était vrai, les artistes n'aurait pas de public ou un public composé uniquement de leur semblables). Par contre, il y a bien un tout homogène de mauvais artistes que l'on reconnaît souvent à leur discours pédants et plein de clichés 😉
Un lien intéréssant sur la créativité:
https://art.et.sciences.free.fr/marie_fontaine.htm Manitas de Plata
"en perpetuel renouvellement" me suggère de l'improvisation plutôt que l'organisation pour fixer les sons et silences qui est implicite dans le processus de la composition musicale.
Reinhardt, excellent guitariste et jazzman, donc forcément improvisateur, a laissé une centaine de "compositions" dont plusieurs sont attribables à Stéphane Grapelli et d'autres à son propre frère, Joseph, ou encore "jamais enregistrés".
niania a écrit :marcanciele a écrit :Ina a écrit :Tous les artistes ( tout domaine confondu) seraient donc "fous" ? …
Oui mais il reste encore à définir la folie et là je ne pense pas que le petit Robert serve à grand chose… Le terme "folie" est très vague. Ca peut être un simple décalage par rapport à la "norme" mais ça ne nous avance pas plus parce que perso la norme je sais pas trop ce que c'est. Disons que ça implique un regard, un point de vue différents des non-artistes qui ne voient rien là où l'artiste voit l'infini, et inversement.
Voilà un raisonnement très ellitiste que je ne partage absolument pas.
La folie n'est pas réservée aux artistes (il paraît que nous sommes tous névrosés sur cette planète) et tous les artistes ne sont pas "fous", il n'y à aucun lien de cause à effet entre folie et art. De même, il n'y a pas de "norme" qui rassemblerait en un tout homogène tous les "non-artistes" qui ne verraient pas plus loin que le bout de leur nez (si c'était vrai, les artistes n'aurait pas de public ou un public composé uniquement de leur semblables). Par contre, il y a bien un tout homogène de mauvais artistes que l'on reconnaît souvent à leur discours pédants et plein de clichés 😉
Point de vue intéressant. Donc n'importe qui pourrait écrire Les Fleurs du Mal puisque que l'art n'appartient pas à une élite?
Dire que la folie n'est pas réservée aux artistes c'est un peu évident. Je n'ai jamais dit que Guy Georges était un poète génial qui s'ignorait.
Autrement dit j'ai bien fait de mettre des guillemets et des nuances sinon j'aurais dit de belles bétises… La "folie" artistique est-elle une névrose? Laquelle? Une psychose? Laquelle? La névrose est-elle une folie puisque tout le monde est névrosé? Qu'est-ce que la folie? Qu'est-ce que la norme? Personnellement je n'en sais rien du tout… D'où mes guillemets, d'où mes nuances. J'ai pris les termes "folies" et "normes" dans un but d'opposition, de façon arbitraire et par commodité de langage. Il y a des artistes et des non-artistes. Il y a des gens capables d'écrire des livres du niveau des Fleurs du Mal et des gens qui ont du mal à remplir un chèque. Il y a des gens qui éprouvent le besoin de composer de la musique et il y a des gens qui font des concours de pets. Je ne parle pas d'élite, je parle de différences. Je ne vois pas non plus en quoi être "fou" est un privilège. C'est très original comme conception de la folie. Moi je voyais plus ça comme une malédiction, mais bon, pourquoi pas?
"Paraître fou, voilà ma plus grande sagesse" Erasme, Eloge de la folie.