Étudiant en M2 et paumé

La filière littéraire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, bonsoir.

Bon élève au lycée, quoique désordonné et peu sérieux, je suis entré à l'Université, tout naturellement, très naïf et plein d'espoir. Après une licence très médiocre, voire mauvaise, désillusioné, perdu et plutôt désespéré, j'ai décidé d'arrêter mes études. J'ai enchaîné des petits boulots tous plus désespérants les uns que les autres; et j'ai tenté un concours de la fonction publique, préparé isolément (un de ces concours de cadres pour lesquels la "culture générale" n'a plus aucune valeur et qui nécessitent de se faire violence pour changer de langue et de cerveau), avec une motivation très relative, que j'ai bien sûr raté aux admissions. A l'été de cette année pour ainsi dire vide, j'ai revu un ancien professeur qui m'a beaucoup motivé pour reprendre mes études. J'ai compris que c'était tout ce que je voulais, et que j'étais fait pour ça. - …Euh, attendez, c'est quoi "ça" ?! - Révolution donc, au tout dernier moment je me suis inscrit en master recherche… Mon M1 s'est très bien passé : mention très bien. Je trouvais enfin ce que j'avais cherché en sortant du lycée. Me voilà donc en M2. C'est un vrai régal - un régal de sado-masochiste, évidemment. Il est probable que je m'en sorte encore avec une mention très bien, ou au moins bien.

Problème : tout ça pour quoi ?

Comme j'ai confié à un professeur mon amour exclusif pour la "recherche", il m'a parlé du doctorat. Ma première réaction fut : la joie et le soulagement.

Mais le vent a vite tourné. D'abord, je n'ai pas les moyens financiers pour me lancer dans une thèse. Mais en dehors de cela : un doctorat pour quoi ?

Depuis cinq ans j'ai toujours refusé intérieurement de tenter les concours : pas fait pour moi, aucune chance, trop risqué, pas rentable. Ma préparation partirait donc pour ainsi dire de zéro. Bref, c'est toujours un refus, parfaitement réaliste je crois. Non au Capes, sans parler de l'agrégation ! Trop de témoignages traumatisants dans mon entourage, trop de camarades qui ont vécu l'échec après tant d'efforts… Et sans agrégation, à quoi servirait un doctorat ? Le faire quand même, au prix de je ne sais quels sacrifices, par passion, pour la beauté du geste ? Ou être "raisonnable"…

Mais alors quoi ? Et comment faire que tout ce temps passé, cette montagne d'efforts et de sacrifices, si ridicules d'ailleurs, ne soient pas vains tout à fait ? Comment ne pas regretter de n'avoir pas pris d'autres voies (des formations techniques, utiles et rentables), aux commencements, quand il en était encore temps ?

Sur le marché du travail, avoir un master recherche dans ce domaine c'est comme ne rien avoir. Je peux seulement prétendre à ce que j'ai connu continûment jusqu'ici pour me permettre de faire ces études inutiles : des petits boulots ingrats, dégueulasses et déprimants ; moins que celui qui a un CAP. En soi ce ne serait pas mortel, je ne sors pas de la cuisse de Jupiter et ne prétends pas être autre chose qu'un médiocre. Mais étant donné le terrain durement conquis jusqu'ici, je redouterais beaucoup de finir à je ne sais quel poste où je rayonnerais d'un noir ressentiment : ce serait vraiment le pire du pire, vous en conviendrez (on a tous des exemples en tête). - Aimer lire, écrire, se masturber intellectuellement, n'aimer que cela, ne savoir vraiment faire que cela, comme le poisson nage, tout cela est très bien. Mais ça ne donne pas à manger; et c'est dur à défendre auprès de l'entourage au bout d'un certain temps.

Alors, que faire ? Depuis si longtemps je refais les opérations dans ma tête, et j'en arrive toujours à la même impasse.

Alors, que faire ? Auriez-vous des chiens, ou des enfants, à faire garder ?

En vous remerciant bien.
Bonsoir,

Je crois que ton problème a été éprouvé par beaucoup d'autres (dont moi, pour l'anecdote)… Ce qui te fait sans doute une belle jambe.

Je ne vois que trois possibilités :
- soit tu surmontes ton dégoût pour les concours et tu passes Agrèg et/ou CAPES.
- soit tu acceptes la précarité, et tu cherches à donner des cours au lycée sans avoir de poste, en faisant une thèse à côté. Mais ça a peu de chance de mener à quoi que ce soit…
- soit tu t'expatries. Parce qu'un master de philosophie avec la mention Très-bien, ça peut avoir du poids ailleurs. Dans ce cas-là, tu dois considérer la ou les langues que tu maîtrises et les lieux où ton sujet peut être bien reçu. On peut l'oublier, mais la Belgique, la Suisse, le Canada et même le Luxembourg, ont des universités francophones où tu pourrais poursuivre ton cursus. Si vraiment, la recherche te fait vibrer, et si vraiment, les concours ne sont pas pour toi, peut-être devrais-tu pencher vers cette solution ?

Je ne sais que te dire d'autre, n'ayant ni chien, ni enfant…
Merci beaucoup pour ta réponse.

S'expatrier : j'y ai pensé, on m'en a parlé, tout le monde ne parle que de ça… C'est quand même malheureux de "fuir" pour des raisons si basses, non ? (c'est pas un peu comme se faire publier chez L'Harmattan ?…)
J'ai pensé aux pays francophones (trop mauvaise maîtrise des langues étrangères…)… Mais en dehors des obstacles financiers : il faudrait trouver un directeur de thèse, et pour cela a priori avoir le culot de se trouver un médiateur parmi ses professeurs - non ? ; et puis ça voudrait dire un aller sans retour, puisque ça ne vaudrait rien en France - non ?
Alors, que faire ? Auriez-vous des chiens, ou des enfants, à faire garder ?
Je n'ai ni chiens ni enfants, mais beaucoup en ont.
Et des enfants, on en trouve beaucoup dans les écoles et dans les lycées pour lesquels on peut faire un plus plus que seulement les garder.
Mettre les enfants sur le même plan que les chiens, c'est pas terrible d'ailleurs.
Oui, bien sûr, la recherche, c'est intéressant, la recherche de quoi au fait ?
La recherche d'un vaccin contre le cancer ? La recherche de moyens d'améliorer la vie sur terre ?
Ça, ça peut intéresser.
Et encore, c'est pas évident.
Mais pour être prise au sérieux aujourd'hui et être une fin en soi, la recherche en littérature a besoin de se lever tôt.
C'est pas "rentable". La masturbation intellectuelle n'est pas rentable. Pour gagner sa vie, il faut au moins donner l'illusion d'être utile. Ou alors avoir un gros piston. Ou alors avoir un grand talent d'écrivain.
Et même à l'étranger je crois qu'on préfère des ingénieurs à des bavards.
Il y aura bien un jour où à moins que tu sois un riche héritier il faudra bosser de façon concrète, pas seulement lire des livres.
Le plus simple, si tu veux trouver un travail, à ton niveau, c'est de passer un concours administratif ou autre.
Après, tu eux changer complètement de cap, te lancer dans le camion-pizza ou la baraque à frites, mais là il faudrait te connaître un peu plus pour savoir.
@Gwynplaine1 : Je ne suis pas sûr de comprendre ton propos.

@Metaph : Tu n'as pas besoin d'un médiateur. En revanche, oui, cela suppose qu'au moins à moyen terme, ta carrière n'aura pas lieu en France… Les raisons sont-elles basses ? Je ne sais pas. J'ai consacré cinq ans de ma vie à préparer des concours divers. Ne pas ajouter une sixième année ne m'apparaît pas comme bas, c'est seulement une réflexion sur ce qui peut me rendre heureux étant donné un certain nombre d'éléments.
@Gwynplaine1 : Je ne suis pas sûr de comprendre ton propos.
J'ai écrit à peu près en français pourtant. Et je répondais non à toi, mais à Métaph qui disait qu'il était paumé.
Bonjour,
Pour bien te comprendre, et surtout essayer de te conseiller, Metaph, il faudrait mieux te connaître.
Tu nous dis avoir abandonné tes études après une licence, tu ne dis pas laquelle… Artz parle de master de philosophie, mais ai-je lu trop vite, je n'ai pas vu cette discipline mentionnée dans ton premier message…
Tu as fait de petits boulots, tu ne dis pas pendant combien de temps, on ignore donc ton âge et tes éventuelles charges de famille.
En tout cas, la reprise des études s'est bien passée. Très bien même.
Tu arrives maintenant au bout d'un cycle, et tes interrogations sont légitimes. Que faire après ?
Tu me sembles réaliste. Tu sais qu'à terme, il va falloir travailler et j'ai l'impression que ce qui te rend "paumé", c'est que tu ne réussis pas à trouver de métier qui t'intéresserait. Tu rejettes l'enseignement et étant donné ce qu'il est devenu, je dois dire que je le comprends assez bien. Il faut voir, si tu n'optes pas pour une thèse, les débouchés qui s'offrent à toi en fonction des connaissances que tu as acquises. Que ce soit en France ou à l'Etranger, je crois que les problèmes ne seront guère différents, et il ne m'a guère semblé déceler dans tes deux messages une envie folle de quitter la France de façon durable. (sur ce point, je peux me tromper).
Mais entre promeneur de chiens et chercheur à Harvard, on doit bien pouvoir trouver un juste milieu.
As-tu exploré les possibilités dans la fonction publique, le patrimoine, l'édition, le journalisme, les métiers de la culture ?
Il est possible qu'il faille en passer par un concours, mais si tu es motivé, tu y arriveras.
@Gwynplaine1 : Peut-être aurais-tu dû passer par message privé, si je n'avais pas le droit de lire ? Par ailleurs, c'était écrit en français, soit, il n'empêche que je ne comprends toujours pas ton propos.
Merci pour vos réponses.
Il y aura bien un jour où à moins que tu sois un riche héritier il faudra bosser de façon concrète, pas seulement lire des livres.
Comme dit, j'ai déjà pu voir ça de manière très "concrète."
Le plus simple, si tu veux trouver un travail, à ton niveau, c'est de passer un concours administratif ou autre.
As-tu exploré les possibilités dans la fonction publique
Oui. J'ai déjà exploré ça en long et en large. Deux difficultés : pour un concours de catégorie A maintenant, il faut quasi impérativement un master (ce sera bientôt fait), et une formation spécifique d'au moins un an qui demande des moyens. En dehors de ça, et quelques stages ne m'ont pas aidé en la matière, ça ne m'enthousiasme pas trop, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais ça reste quand même ma piste principale… Dur pourtant de s'y projeter.
j'ai l'impression que ce qui te rend "paumé", c'est que tu ne réussis pas à trouver de métier qui t'intéresserait.
Oui…
le patrimoine, l'édition, le journalisme, les métiers de la culture ?
Demandent des formations spécifiques, souvent sélectives, et nécessiste un certain investissement, dans tous les sens du terme. Mais quoi précisément ? Je ne sais pas trop.