Bonjour, bonsoir.
Bon élève au lycée, quoique désordonné et peu sérieux, je suis entré à l'Université, tout naturellement, très naïf et plein d'espoir. Après une licence très médiocre, voire mauvaise, désillusioné, perdu et plutôt désespéré, j'ai décidé d'arrêter mes études. J'ai enchaîné des petits boulots tous plus désespérants les uns que les autres; et j'ai tenté un concours de la fonction publique, préparé isolément (un de ces concours de cadres pour lesquels la "culture générale" n'a plus aucune valeur et qui nécessitent de se faire violence pour changer de langue et de cerveau), avec une motivation très relative, que j'ai bien sûr raté aux admissions. A l'été de cette année pour ainsi dire vide, j'ai revu un ancien professeur qui m'a beaucoup motivé pour reprendre mes études. J'ai compris que c'était tout ce que je voulais, et que j'étais fait pour ça. - …Euh, attendez, c'est quoi "ça" ?! - Révolution donc, au tout dernier moment je me suis inscrit en master recherche… Mon M1 s'est très bien passé : mention très bien. Je trouvais enfin ce que j'avais cherché en sortant du lycée. Me voilà donc en M2. C'est un vrai régal - un régal de sado-masochiste, évidemment. Il est probable que je m'en sorte encore avec une mention très bien, ou au moins bien.
Problème : tout ça pour quoi ?
Comme j'ai confié à un professeur mon amour exclusif pour la "recherche", il m'a parlé du doctorat. Ma première réaction fut : la joie et le soulagement.
Mais le vent a vite tourné. D'abord, je n'ai pas les moyens financiers pour me lancer dans une thèse. Mais en dehors de cela : un doctorat pour quoi ?
Depuis cinq ans j'ai toujours refusé intérieurement de tenter les concours : pas fait pour moi, aucune chance, trop risqué, pas rentable. Ma préparation partirait donc pour ainsi dire de zéro. Bref, c'est toujours un refus, parfaitement réaliste je crois. Non au Capes, sans parler de l'agrégation ! Trop de témoignages traumatisants dans mon entourage, trop de camarades qui ont vécu l'échec après tant d'efforts… Et sans agrégation, à quoi servirait un doctorat ? Le faire quand même, au prix de je ne sais quels sacrifices, par passion, pour la beauté du geste ? Ou être "raisonnable"…
Mais alors quoi ? Et comment faire que tout ce temps passé, cette montagne d'efforts et de sacrifices, si ridicules d'ailleurs, ne soient pas vains tout à fait ? Comment ne pas regretter de n'avoir pas pris d'autres voies (des formations techniques, utiles et rentables), aux commencements, quand il en était encore temps ?
Sur le marché du travail, avoir un master recherche dans ce domaine c'est comme ne rien avoir. Je peux seulement prétendre à ce que j'ai connu continûment jusqu'ici pour me permettre de faire ces études inutiles : des petits boulots ingrats, dégueulasses et déprimants ; moins que celui qui a un CAP. En soi ce ne serait pas mortel, je ne sors pas de la cuisse de Jupiter et ne prétends pas être autre chose qu'un médiocre. Mais étant donné le terrain durement conquis jusqu'ici, je redouterais beaucoup de finir à je ne sais quel poste où je rayonnerais d'un noir ressentiment : ce serait vraiment le pire du pire, vous en conviendrez (on a tous des exemples en tête). - Aimer lire, écrire, se masturber intellectuellement, n'aimer que cela, ne savoir vraiment faire que cela, comme le poisson nage, tout cela est très bien. Mais ça ne donne pas à manger; et c'est dur à défendre auprès de l'entourage au bout d'un certain temps.
Alors, que faire ? Depuis si longtemps je refais les opérations dans ma tête, et j'en arrive toujours à la même impasse.
Alors, que faire ? Auriez-vous des chiens, ou des enfants, à faire garder ?
En vous remerciant bien.
Bon élève au lycée, quoique désordonné et peu sérieux, je suis entré à l'Université, tout naturellement, très naïf et plein d'espoir. Après une licence très médiocre, voire mauvaise, désillusioné, perdu et plutôt désespéré, j'ai décidé d'arrêter mes études. J'ai enchaîné des petits boulots tous plus désespérants les uns que les autres; et j'ai tenté un concours de la fonction publique, préparé isolément (un de ces concours de cadres pour lesquels la "culture générale" n'a plus aucune valeur et qui nécessitent de se faire violence pour changer de langue et de cerveau), avec une motivation très relative, que j'ai bien sûr raté aux admissions. A l'été de cette année pour ainsi dire vide, j'ai revu un ancien professeur qui m'a beaucoup motivé pour reprendre mes études. J'ai compris que c'était tout ce que je voulais, et que j'étais fait pour ça. - …Euh, attendez, c'est quoi "ça" ?! - Révolution donc, au tout dernier moment je me suis inscrit en master recherche… Mon M1 s'est très bien passé : mention très bien. Je trouvais enfin ce que j'avais cherché en sortant du lycée. Me voilà donc en M2. C'est un vrai régal - un régal de sado-masochiste, évidemment. Il est probable que je m'en sorte encore avec une mention très bien, ou au moins bien.
Problème : tout ça pour quoi ?
Comme j'ai confié à un professeur mon amour exclusif pour la "recherche", il m'a parlé du doctorat. Ma première réaction fut : la joie et le soulagement.
Mais le vent a vite tourné. D'abord, je n'ai pas les moyens financiers pour me lancer dans une thèse. Mais en dehors de cela : un doctorat pour quoi ?
Depuis cinq ans j'ai toujours refusé intérieurement de tenter les concours : pas fait pour moi, aucune chance, trop risqué, pas rentable. Ma préparation partirait donc pour ainsi dire de zéro. Bref, c'est toujours un refus, parfaitement réaliste je crois. Non au Capes, sans parler de l'agrégation ! Trop de témoignages traumatisants dans mon entourage, trop de camarades qui ont vécu l'échec après tant d'efforts… Et sans agrégation, à quoi servirait un doctorat ? Le faire quand même, au prix de je ne sais quels sacrifices, par passion, pour la beauté du geste ? Ou être "raisonnable"…
Mais alors quoi ? Et comment faire que tout ce temps passé, cette montagne d'efforts et de sacrifices, si ridicules d'ailleurs, ne soient pas vains tout à fait ? Comment ne pas regretter de n'avoir pas pris d'autres voies (des formations techniques, utiles et rentables), aux commencements, quand il en était encore temps ?
Sur le marché du travail, avoir un master recherche dans ce domaine c'est comme ne rien avoir. Je peux seulement prétendre à ce que j'ai connu continûment jusqu'ici pour me permettre de faire ces études inutiles : des petits boulots ingrats, dégueulasses et déprimants ; moins que celui qui a un CAP. En soi ce ne serait pas mortel, je ne sors pas de la cuisse de Jupiter et ne prétends pas être autre chose qu'un médiocre. Mais étant donné le terrain durement conquis jusqu'ici, je redouterais beaucoup de finir à je ne sais quel poste où je rayonnerais d'un noir ressentiment : ce serait vraiment le pire du pire, vous en conviendrez (on a tous des exemples en tête). - Aimer lire, écrire, se masturber intellectuellement, n'aimer que cela, ne savoir vraiment faire que cela, comme le poisson nage, tout cela est très bien. Mais ça ne donne pas à manger; et c'est dur à défendre auprès de l'entourage au bout d'un certain temps.
Alors, que faire ? Depuis si longtemps je refais les opérations dans ma tête, et j'en arrive toujours à la même impasse.
Alors, que faire ? Auriez-vous des chiens, ou des enfants, à faire garder ?
En vous remerciant bien.



