Bonjour à tous,
Dans l'école de devoirs où je travaille, je découvre souvent avec plaisir les inventions linguistiques de la jeunesse. Il y a chez nous un usage de plus en plus fréquent qui me heurte à chaque fois, mais puisque par ailleurs je ne fréquente aucun enfant en dehors du travail, je ne saurais dire s'il est généralisé.
Il faut savoir que je suis Belge, et que chez nous l'usage de pouvoir/savoir est un peu fluctuant, voire libéral. N'empêche, lisez plutôt :
Pour me demander un stylo, ils ne disent pas
"Je peux avoir un stylo ?", mais "Je peux un stylo" ?
Quand j'oublie de rendre leur journal de classe, ils ne disent pas
(sur un ton irrité) "Tu sais me rendre mon journal ?" mais "Tu sais mon journal ?"
Etc …
On dirait bien que le sens des verbes "savoir" et "pouvoir" a glissé pour signifier dans leur bouche "pouvoir avoir", voire "pouvoir donner".
Et vous, connaissez-vous cet usage ? Qu'en pensez-vous ?
Je connais l'usage du verbe savoir à la place du verbe pouvoir, dans le Nord de la France.
"J'étais tellement émue que je n'ai pas su manger à midi."
On comprend.
Mais l'omission du verbe qui suit dans les exemples que tu donnes rend la phrase complètement incompréhensible.
Tu sais mon stylo ?Tu peux mon stylo ?
Mais comment peut-on comprendre ce qui est en question ? Cela ne veut rien dire en français.
On comprend avec le contexte pardi!
En me demandant si je "peux" son stylo, il me fait bien comprendre, avec le contexte, que je dois le lui donner.
Maintenant, en tant que prof, je suis bien obligé de leur faire comprendre que c'est incompréhensible! Alors je demande "Je peux quoi ? Manger ton stylo ? Ranger ton stylo ? Casser ton stylo ?"
Ceci dit, je suis descriptiviste dans l'âme, et même si je ne leur avouerai jamais directement, j'aime plutôt cet usage.
Deux anecdotes amusantes :
Quand je leur dis, "où es ton verbe dans cette phrase" ils y réfléchissent sérieusement puis répondent … "peux ?".
Quand je leur dis, "il manque un mot dans cette phrase", ils répondent "Je peux un stylo … s'il te plait ?"
Ils ne savent pas parler, mais ils ont un bon fond. 😀 😀 😀 😀
Cela dit, il faut voir le contexte.
Si l'élève regarde son prof et désigne le stylo sur la table, il peut dire : je peux…mon stylo ? On comprend : je peux prendre mon stylo ?
Mais vous êtes obligé de rajouter des points de suspension censés traduire l'ellipse du mot manquant et l'hésitation de l'élève.
Manifestement, les élèves de Sunomis, pour leur part, énoncent la phrase d'un bloc, sans hésitation aucune, et sans avoir conscience d'escamoter un mot !
Oui, faut pas pousser quand même…
Il faut les corriger, ce que fait, je pense, leur professeur, en leur montrant qu'ils sont incompréhensibles à force d'économie de mots.
moi Tarzan toi Jane ça va bien dans la jungle, pas à l'école.
Mais l'école d'aujourd'hui n'est-elle pas une jungle peuplée de sauvageons ? 😉
À nous d'en faire un temple.
Oui, je les corrige, car c'est mon job d'être (un peu) normatif.
Mais secrètement, en tant que descriptiviste, je me réjouis d'avoir découvert ça.
Je ne pense pas qu'ils soient incompréhensibles à force d'économie. Je crois au contraire qu'ils tordent le sens initial du verbe "pouvoir" pour en faire tout autre chose!
C'est intéressant, ces "inventions" de langage en région.
On connaît l'usage que les Lyonnais font du Y :
L'une des caractéristiques du parler lyonnais est l'utilisation de y en place des pronoms :
•Je vais y faire avant demain [vs. “le faire”]
Oui! C'est très intéressant.
Et j'ai eu une révélation cet après-midi. Cet usage est très probablement une interférence du néerlandais, où la phrase
"Mag ik een appel" signifie "Puis-je AVOIR une pomme", sans qu'il soit nécessaire de préciser le verbe "avoir".
On connaît l'usage que les Lyonnais font du Y
A condition d'être lyonnais ou apparenté. 😉
•Je vais y faire avant demain, me laisserait assez perplexe.
floreale a écrit :C'est intéressant, ces "inventions" de langage en région.
On connaît l'usage que les Lyonnais font du Y :
L'une des caractéristiques du parler lyonnais est l'utilisation de y en place des pronoms :
•Je vais y faire avant demain [vs. “le faire”]
J'adore.
Comme dans la chanson de Renaud : "Moi j'y ai dit : 'laisse béton' "
Sunomis a écrit :…
Comme dans la chanson de Renaud : "Moi j'y ai dit : 'laisse béton' "
Non, ça n'a pas la même signification.
Le "j'y'ai dit" argot parisien de Renaud est une contraction de "Je lui ai dit". L'accent parisien du siècle dernier (qui a fortement évolué aujourd'hui), avait tendance de "bouffer" de nombreuses lettres.
Le 'Y' des Lyonnais et beaucoup plus étendu que le région, remplace le "le".
En Dordogne, où j'habite, on dit, par exemple :
"J'en suis tombé DE cul" pour "J'en suis tombé SUR le cul".
Le "Je vous en prie" ou "il n'y a pas de quoi" qui répond à un "merci", devient un "Avec plaisir" à Toulouse. C'est charmant.
J'ai eu la chance de beaucoup voyager dans l’hexagone et je comprends un très grand nombre de ces particularités régionales. Elles ont leur "piquant", je trouve.
Le "Je vous en prie" ou "il n'y a pas de quoi" qui répond à un "merci", devient un "Avec plaisir" à Toulouse. C'est charmant.
Oui. C'est charmant, tout comme les chocolatines.
Mais pas comparable à
Moi, j'y ai dit : Laisse béton.