La conception du bonheur chez Voltaire - Candide, chapitre XXX / Le Mondain / Lettres persanes, XII

Entraide scolaire

10 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour
J'ai étudié cette année LE MONDAIN de Voltaire et nous avons dit qu'il avait une vision matérialiste du bonheur, mais j'ai l'impression qu'elle s'oppose à celle qu'il défend dans Candide ("Il faut cultiver son jardin")…
Quelqu'un pourrait-il m'éclaircir l'affaire s'il-vous-plait ?
Pour Voltaire c'est la raison qui doit guider l'homme, c'est la raison qui permet le progrès et qui permet d'accéder au bonheur.
Voltaire est pessimiste: l'homme est misérable, voué à l'ignorance (Poème sur le désastre de Lisbonne). Son impuissance à connaître les véritables desseins de la Providence ne doivent pourtant pas l'entraîner au désespoir : si tout n'est pas au mieux dans le monde, tout peut être amélioré!
Voltaire condamne la Nature comme guide, affirme que le progrès et le bonheur ne se trouve que dans la civilisation(il applaudit donc à la course au progrès) (=c'est le grand conflit Nature/civilisation du siècle des Lumières qui opposera Voltaire à Rousseau).
Voltaire est plutôt matérialiste(même s'il ne le revendique pas): son pragmatisme dévoilé par son retour au quotidien,ses exempls historiques,..le montre.

Maintenant pour la morale de Candide, je ne pense pas qu'il faille la prendre au premier sens: notre jardin ce n'est pas le bout de terrain où on plante deux carottes et trois salades!
c'est une morale ambigue il y a plein d'explications possibles: notamment

le jardin renvoie à l'Eden, le paradis dont Candide a été chassé au premier chapitre ("meilleur des mondes"), il faut donc cultiver notre paradis, notre bonheur, il faut vouloir être heureux pour l'être. tu vois ce que je veux dire?
et puis dans cette dernière phrase Candide pense enfin par lui m^me, tel un philosophe === ça renvoit donc à la raison qui guide le philosophe!!!

donc en fait je ne pense aps qu'il y ait une réelle contradiction entre ce que tu as lu!
maintenant je peux me tromper et j'encourage tt le monde à donner sa propre version!!
Une ptite question, pouvez vous m'expliquer en qqes mots Candide?
t'expliquer? ou te faire un résumé? 😉

je vais te donner quelques pistes :

Candide ou l'Optimisme : étrange comme titre quand on sait que Voltaire est profondément pessimiste! mais c'est parce que dans ce conte philosophique il ridiculise en la poussant à l'absurde la théorie de Leibniz, philosophe de son époque:
pour Leibniz, le monde est le meilleur des mondes possibles, il est "super bien" car Dieu a voulu créer un monde super, un monde/paradis pour les hommes, si nous on y voit des problèmes c'est que c'est le meilleur des mondes pOSSIBLES: il était impossible de créer un monde meilleur que celui là, donc celui-ci est le meilleur des mondes.
Voltaire le ridiculise grâce à Pangloss(le précepteur de candide) qui ne cesse d'affirmer que "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes", alors que Candide est confronté à l'injustice, à la guerre, à l'esclavage, au cannibalisme, à une exécution injustifiée,….

Voltaire se moque également d'une deuxième théorie de Leibniz, le déterminisme: c'est à dire que pour Leibniz tout a une cause, rien n'arrive par hasard, il y a une raison à tt ,et si cela est arrivé c'est que cela devait arriver: il y a une raison au malheur. C'est particulièrement flagrant dans le chapitre où Pangloss est malade et fait la généalogie de sa maladie en remontant jusqu'à Christophe Colomb pour montrer que tt est un enchaînement de causes et de conséquences, qu'il y a une raison à sa maladie.

donc Voltaire utilise en permanence l'ironie dans ce conte philosophique qui est un voyage initiatique pour son héros qui, au début du récit, est soumis aux paroles de Pangloss, naif, il croit tt ce qui lui est dit, à la fin du récit où il ose couper la parole à Pangloss, s'affirmer, et donner une morale après tt ce qu'il a découvert du monde qui n'est donc pas le meilleur des mondes!!

J'espère t'avoir aidé (si tu veux un résumé de l'oeuvre regarde sur internet tu trouveras le résumé de chaque chapitre)
Non c'est trés bien c'est le plus importante ce que tu m'as expliqué !
Je te remercie..
Lupa24 a écrit :Voltaire est pessimiste: l'homme est misérable, voué à l'ignorance . Son impuissance à connaître les véritables desseins de la Providence ne doivent pourtant pas l'entraîner au désespoir : si tout n'est pas au mieux dans le monde, tout peut être amélioré!
Bonjour!

Même si ce sujet traite de Candide, j'aurai une question à poser concernant Micromégas et plus particulièrement le livre blanc.

Je pensais que ce livre blanc représentait un certain optimisme de Voltaire (optimisme qui deviendra pessimisme dans Candide) quant au futur des Hommes.

Mais en lisant ton message Lupa24, je me demande si ce livre blanc ne représente pas plutôt l'amélioration possible de la condition humaine.

Alors, optimisme ou espérance?
Le livre blanc qui clot Micromégas dit l'impossibilité du savoir absolu, c'est une leçon de modestie,de lucidité qui invite l'homme à avoir conscience des ses limites (cette fin est donc guidée par la raison = guide du philosophe).
Donc Voltaire dit qu'il ne sait pas,qu'il doute toujours et invite le lecteur à chercher constamment le sens de la vie, … c'est une quête pour tout homme.

Donc je dirais plus espérance qu'optimisme!! espérance en le progrés grâce à la raison, espérance car tt peut être amélioré..
et puis je ne pense pas qu'il soit passé de l'optimisme au pessimisme en si peu de temps.

mais bon on n'a pas étudié Micromégas et ce n'est que mon interprétation!
j'espère t'avoir aidé!
Bonjour
en révisant mes textes de français, j'ai pensé a rapprocher deux textes de voltaire :

- le chapitre XXX de candide où candide et les autres personnages du conte se retrouvent dans une petite propriété qu'ils exploitent. Le travail apprend à chacun que le bonheur est à la mesure de ses efforts.
- le poème Le Mondain où voltaire explicite sa conception du bonheur, un bonheur épicurien.


Voilà les deux textes :
extrait du chapitre 30 de Candide :
Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l’honneur de souper.
- Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin Églon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baaza ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ; Athalia, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d’Angleterre, Édouard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l’empereur Henri IV ? Vous savez… - Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. - Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. - Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide :
« Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »
le mondain :
J’aime le luxe, et même la mollesse,
Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
La propreté, le goût, les ornements :
Tout honnête homme a de tels sentiments.
Il est bien doux pour mon cœur très immonde
De voir ici l’abondance à la ronde,
Mère des arts et des heureux travaux,
Nous apporter, de sa source féconde,
Et des besoins et des plaisirs nouveaux.
L’or de la terre et les trésors de l’onde,
Leurs habitants et les peuples de l’air,
Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde.
O le bon temps que ce siècle de fer !
[…]
Quand la nature était dans son enfance,
Nos bons aïeux vivaient dans l’ignorance,
Ne connaissant ni le tien ni le mien.
Qu’auraient-ils pu connaître ? ils n’avaient rien,
Ils étaient nus ; et c’est chose très claire
Que qui n’a rien n’a nul partage à faire.
Sobres étaient. Ah ! je le crois encor :
Martialo n’est point du siècle d’or.
D’un bon vin frais ou la mousse ou la sève
Ne gratta point le triste gosier d’Ève ;
La soie et l’or ne brillaient point chez eux,
Admirez-vous pour cela nos aïeux ?
Il leur manquait l’industrie et l’aisance :
Est-ce vertu ? c’était pure ignorance.
Quel idiot, s’il avait eu pour lors
Quelque bon lit, aurait couché dehors ?
Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,
Que faisais-tu dans les jardins d’Éden ?
Travaillais-tu pour ce sot genre humain ?
Caressais-tu madame Ève, ma mère ?
Avouez-moi que vous aviez tous deux
Les ongles longs, un peu noirs et crasseux,
La chevelure un peu mal ordonnée,
Le teint bruni, la peau bise et tannée.
Sans propreté l’amour le plus heureux
N’est plus amour, c’est un besoin honteux.
Bientôt lassés de leur belle aventure,
Dessous un chêne ils soupent galamment
Avec de l’eau, du millet, et du gland ;
Le repas fait, ils dorment sur la dure :
Voilà l’état de la pure nature.
Or maintenant voulez-vous, mes amis,
Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,
Soit à Paris, soit dans Londre, ou dans Rome,
Quel est le train des jours d’un honnête homme ?
je ne comprend pas pourquoi dans le chapitre 30 de candide voltaire prône un bonheur qui se résume au travail et à la modération ..
Tandis que dans son poème "le mondain" il dit que le bonheur se trouve dans le luxe … Est ce que quelqu'un pourrait m'éclairer ?
Bonjour ..
Je révisais mes textes pour le bac français .. et j'ai pensé qu'on pouvait rapproché la lettre persane XII de montesquieu et le chapitre 30 (dernier chapitre) du conte philosophique Candide de voltaire ..
Je m'explique :
Dans les deux textes, le bonheur individuel est écarté .. Le bonheur ne peut être vécu qu'en société .. le travail et la solidarité sont les valeurs qui permettent d'accéder au bonheur ..
comme voltaire, montesquieu est déiste ..

Est ce que vous pouvez m'aidez à rapprocher encor plus ces deux visions du bonheur, ou au contraire leur trouver des divergences ?

Voilà des extraits des deux textes pour ceux qui ne les connaitrais pas :
Extrait du chapitre 30 de candide :
Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l’honneur de souper.
- Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin Églon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baaza ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ; Athalia, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d’Angleterre, Édouard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l’empereur Henri IV ? Vous savez… - Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. - Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. - Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide :
« Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »
Extrait de la lettre persane XII :
Usbek au même, à Ispahan.
Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les Victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n'en resta que deux qui échappèrent aux malheurs de la Nation. Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers: ils avaient de l'humanité; ils connaissaient la justice; ils aimaient la vertu. Autant liés par la droiture de leur coeur que par la corruption de celui des autres, ils voyaient la désolation générale, et ne la ressentaient que par la pitié: c'était le motif d'une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l'intérêt commun; ils n'avaient de différends que ceux qu'une douce et tendre amitié faisait naître; et, dans l'endroit du pays le plus écarté, séparés de leurs compatriotes indignes de leur présence, ils menaient une vie heureuse et tranquille. La terre semblait produire d'elle-même, cultivée par ces vertueuses mains.

Ils aimaient leurs femmes, et ils en étaient tendrement chéris. Toute leur attention était d'élever leurs enfants à la vertu. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes et leur mettaient devant les yeux cet exemple si triste; ils leur faisaient surtout sentir que l'intérêt des particuliers se trouve toujours dans l'intérêt commun; que vouloir s'en séparer, C'est vouloir se perdre; que la vertu n'est point une chose qui doive nous coûter; qu'il ne faut point la regarder comme un exercice pénible; et que la justice pour autrui est une charité pour nous.

Ils eurent bientôt la consolation des pères vertueux, qui est d'avoir des enfants qui leur ressemblent. Le jeune peuple qui s'éleva sous leurs yeux s'accrut par d'heureux mariages: le nombre augmenta, l'union fut toujours la même; et la vertu, bien loin de s'affaiblir dans la multitude, fut fortifiée, au contraire, par un plus grand nombre d'exemples.

Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu'il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre, et la religion vint adoucir dans les moeurs ce que la nature y avait laissé de trop rude.

Ils instituèrent des fêtes en l'honneur des dieux: les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses et par les accords d'une musique champêtre. On faisait ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C'était dans ces assemblées que parlait la nature naïve; c'est là qu'on apprenait à donner le coeur et à le recevoir; c'est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères; et c'est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux; ce n'était pas les richesses et une onéreuse abondance: de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n'étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l'union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l'amour et l'obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur coeur, et ne leur demandaient d'autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.
pourquoi mon 2ème message a été déplacé .. o_O .. ça concerne une lettre persane et non pas le mondain…