Géopolitique ou littérature / philo

La filière littéraire

4 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

Je suis face un dilemme quant à l'orientation de mes études.

Après une longue et angoissante hésitation, j'ai décidé d'opter pour la khâgne histoire-géo. Je pense regretter aujourd'hui de ne pas avoir pris la spécialité philosophie.

En effet, deux domaines me passionnent: D'une part la philosophie, la littérature, l'art, de l'autre, le monde contemporain, l'économie, l'histoire, la géopolitique.
L'un étant plus intemporel, pur, véritable, tandis que l'autre m'apparait plus conjoncturel, plus contingent.

Ce qui me plait c'est écrire, essayer de réfléchir.
Idéalement, j'aimerais faire une thèse, si j'en ai les compétences. Là où j'hésite, c'est sur la voie à suivre: géopolitique ou littérature/philo ? Cela demande de la patience, de la détermination, de la passion et les capacités. Or je ne me rends pas bien compte de ce que peuvent être les attentes, les exigences. J'ai du mal à déterminer dans quel domaine je serais le plus à l'aise pour la faire.

Je me vois mal être dans un métier où je ne pourrais pas produire de la pensée, avoir à réfléchir, de façon originale.

Pourtant, quelque chose me repousse dans la perspective de prolonger des études en philosophie: n'est-ce pas devoir analyser, à la virgule près, les différences entre la préface de la première et de la deuxième édition de la Critique de la Raison pure de Kant ? Ce n'est pas la philosophie telle que je la conçois, je l'imagine plutôt vivante, en continuelle évolution, comme un cheminement spirituel et intellectuel infini, à raffiner au fil des expériences de la vie. Mais faire une licence, une thèse, une agrégation de philosophie, pour finir bloqué dans un lycée de banlieue ne m'apparaît pas être la plus réjouissante ni la plus vivante des perspectives.

Une autre solution m'était apparue. Je suis assez curieux, et essaye de m'intéresser à peu près à tout. J'ai plaisir à découvrir et conjecturer sur le monde contemporain, alliant l'économie, la politique, l'histoire et la géographie.
C'est dans cette optique que j'ai pris la spécialité histoire-géo pour la khâgne plutôt que philo. L'idée était d'intégrer Sciences po Lyon (concours que je compte passer cette année) afin d'y apprendre le chinois, d'effectuer l'année de mobilité en Chine, puis de faire le master recherche sur l'Asie orientale contemporaine, pouvoir continuer en thèse (si possible) pour finir comme fonctionnaire international, idéalement à l'UNESCO. Le tableau semblait parfait, métier intéressant, expérience internationale, une petite famille, un bon salaire, what else? comme dirait l'autre.

Sauf que plus je réfléchi moins ce schéma me parait réalisable. Je ne me rends pas compte des attentes ni des exigences pour effectuer une thèse de géopolitique/socio sur la Chine/l'Asie, en ai-je seulement les capacités ? À quoi bon essayer si c'est pour finir commercial ou un quelconque autre job à la teneur en exigence intellectuelle originale quasi-nulle ? J'aurais le sentiment d'être passé à coté de l'essentiel. N'est-ce pas le piège, être enfermé dans un travail qui n'est pas toujours passionnant au détriment de la pensée, de l'écriture ? En étant prof, j'aurais au moins du temps à consacrer à l'écriture.

En y réfléchissant, je pense me sentir plus à l'aise avec le premier domaine. Je m'imagine avoir moins de mal à faire une thèse sur la question du plaisir comme fuite face à la conscience de la nihilité de l'existence chez Céline, plutôt que sur le problème de l'eau au coeur des relations sino-tibétaines pendant la période denguiste.

Dans le doute, je passe quand même sciences po, mais j'envisage de plus en plus de poursuivre en fac de lettre moderne/philo, puis d'être, dans l'idéal mettre de conf, sinon agrégé (ce qui est difficile) ou, à défaut, passer le capes.
Toutefois, me retrouver prof de français pour la classe de 5ème du lycée professionnel de Roubaix, pour un salaire faible me réjouit bien moins qu'un métier que pourrait m'offrir sciences po, même si ce n'est pas de la recherche, je peux toujours espérer trouver un truc sympa, à l'international, dont l'inintérêt relatif serait compensé par la perspective d'évoluer professionnellement.


Si parmi vous certain avaient des conseils, des avis, de part leurs expériences, leurs thèses, leurs réussites et leurs échecs, je vous en serais sincèrement reconnaissant.
Golden Rush,

Votre questionnement a de nombreux points communs avec celui d'autres étudiants qui fréquentent ce forum. Il n'en est pas moins intéressant. J'aimerais vous proposer quelques pistes de réflexion.

Je crois que le plus important est que vous réfléchissiez un peu plus à votre projet professionnel et un peu moins à votre futur sujet de thèse. Comme je l'ai déjà écrit sur ce forum, être spécialiste d'un quelconque sujet n'est pas en soi un métier. Que vous soyez docteur en sémiologie, en géopolitique ou en philosophie kantienne ne vous permettra pas de payer votre loyer. Ce que j'écris vous paraîtra sûrement peu spirituel, mais c'est ainsi. Je connais trop d'étudiants qui sont docteurs et qui n'ont pas de travail, du moins pas de travail qui les intéresse et qui soit en lien avec leur recherche ! C'est pour cela que je vous invite à réfléchir avant tout à votre projet professionnel. Le choix de vos options et de votre sujet de thèse viendra ensuite.

J'aimerais aussi dire quelques mots au sujet des carrières auxquelles vous avez déjà pensé. Travailler dans un organisme international comme l'UNESCO est extrêmement difficile. D'après ce que j'ai entendu, il existe des sortes de quotas de nationalité, et les Français sont déjà sur-représentés dans ces institutions. Une carrière d'enseignant est beaucoup plus réaliste. Cela dit, vous n'aurez sûrement pas autant de temps que vous l'imaginez pour écrire si vous êtes enseignant. Le métier d'enseignant est extrêmement prenant !

Si la géopolitique vous intéresse, vous devriez peut-être regarder les carrières que propose le ministère des affaires étrangères. Le site internet de ce ministère fait le point sur les différents concours par lesquels il recrute une partie de ses employés. Si vous êtes jeune -ce qui semble être le cas- vous serez peut-être aussi intéressé par une année ou deux de volontariat international. Cela vous permettrait d'acquérir une expérience de terrain et de faire des rencontres.

Je vous souhaite bonne chance dans la suite de votre parcours.
Mon message sera bien moins étoffé que le précédent et je m'en excuse, mais je voulais simplement te dire, Goldenrush, que tu pouvais aussi réfléchir à croiser ces disciplines. Aujourd'hui, c'est dans une perspective interdisciplinaire qu'on réenvisage les disciplines "classiques" : il n'y a plus LA grande littérature pure et isolée, déconnectée du monde contemporain et contingent comme tu sembles un peu l'esquisser. Si tu regardes ce qui se fait dans les groupes de recherche, les colloques et autres, on veut (ré)introduire la littérature et la philo au cœur des interrogations sociétales, historiques, géographiques etc. Regarde pour preuve ces nouvelles disciplines ou ces nouveaux croisements qui émergent : on parle de biopoétique pour l'étude croisée de la biologie et de la littérature, de l'écopoétique pour ce qui mêle écologie et littérature, on s'appuie sur la géographie pour commenter tel écrivain, etc. On fait aujourd'hui appel à des philosophes dans le privé pour évaluer la pertinence ou la façon de mener à terme tel projet…

Enfin voilà, tout ça pour te dire : n'aie pas de réflexion trop schématique sur ce que peut être la recherche en littérature et en philosophie. Sache qu'aujourd'hui tu peux tout à fait mêler les disciplines (et je pense que c'est une très bonne chose de ne pas laisser la littérature "à sa place", c'est-à-dire isolée).
Absolument d'accord avec keep.smiling : la vision que vous avez des disciplines -normale pour un khâgneux- est tout à fait différente de la réalité de la recherche dans ces disciplines. 🙂