Un adverbe ne peut jamais être COD : est-ce vrai ?

Langue française

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
bonjour,

est-ce que c'est vrai qu'un adverbe ne peut jamais être COD ?
s'il vous plait ?

Claire1
Bonjour Claire,

Je confirme.
En grammaire traditionnelle, l'adverbe ne peut modifier qu'un verbe, un adjectif ou un autre adverbe.

Toutefois, dans le cas suivant, il serait COD :

J'ai tout à fait raison parce que vous avez tort. J'aime ce "tout à fait".
Mais c'est un petit peu tiré par les cheveux.
j'aime ce "tout-à-fait"
j'aime quoi ? ce "tout-à-fait"
Zut alors ! vous m'espantez Jean-Luc
Que va en penser notre cher Edy ?
Bonjour

J'ai raison parce que vous avez tort = raison COD de "j’ai".

J'ai tout à fait raison parce que vous avez tort = tout à fait complément adverbial de "j’ai " (j’ai raison : comment ?)

N’étant pas un complément essentiel, cet adverbe "tout à fait" ne peut être COD ou COI et donc est simplement un circonstanciel.

À mon avis !
@
Bonjour !

Ce que j’en pense, c’est que vous avez raison : n’importe quel mot, y compris l’adverbe, peut être employé d’une manière AUTONYMIQUE. (J’avais d’abord pensé à métalinguistique, mais c’est autre chose.) Le signe, le mot est pris en tant que tel.
* Je déteste vos « sincèrement » (COD)
Le mot est invariable ; il est souvent dans une parenthèse ou en italiques.

Mais je pense surtout à L’EMPLOI PRONOMINAL INDÉFINI DE CERTAINS ADVERBES : beaucoup, davantage, trop, etc. sont des ADVERBES, qui, dans un EMPLOI PRONOMINAL peuvent assumer toutes les fonctions D’UN NOM, y compris celle de COD, à propos de laquelle nous sommes interrogés ; ils sont invariables.
En réalité, nous affaire à un TRANSFERT DE CLASSE : l’adverbe devient un pronom indéfini quantificateur ; c’est pour cela que vous n’y avez pas pensé.
(Je ne parlerai pas des cas où l’adverbe fonctionne comme adjectif ou comme déterminant ; pour ce dernier cas : * ASSEZ DE palabres !)

1 Soit ce sont des NOMINAUX (à valeur de masculin singulier et de neutre) :
* Bossuet savait BEAUCOUP du grand Condé. (Malraux) (COD)
* Ils avaient très PEU à faire. (Maurois) (COD)
* Vous avez dit TROP et pas ASSEZ. (COD)
* Je te dois TANT ! (A. Daudet) (COD)
* La bête est PEU, / L’homme n’est rien. (Hugo) (Attribut)

2 Soit ce sont des NOMINAUX (souvent à valeur de masculin, désignant des personnes), soit ce sont des REPRÉSENTANTS (de noms masculins ou féminins, personnes ou choses) ; ils ont valeur de pluriel.
* BEAUCOUP vivaient bien qui n’avaient pas de fortune. (Flaubert) (Sujet)
* BEAUCOUP sont appelés, mais PEU sont élus. (Bible) (Sujets)
* Nous sommes TROP à vouloir être ministres. (Attribut)
* Il est demandé à BEAUCOUP de boire le calice goutte à goutte. (Mauriac) (COI)
* Le malheur de BEAUCOUP est de ne pas savoir passer les soirs dans sa chambre. (Sainte-Beuve) (Complément de nom)
Lorsque l’adverbe-pronom est COD ou sujet réel, il doit être précédé du pronom personnel « en » :
* J’EN connais BEAUCOUP qui prétendent… (Littré) (COD)
* Des impôts, on EN doit toujours TROP. (COD)
* Il EN est PEU qui aient [sic] le bonheur de s’endormir aussitôt la tête sur l’oreiller. (J. Romains) (Sujet réel)
* Il y EN a TANT qui voudraient être ministres des travaux finis ! (Sujet réel)

Source : Grevisse n°707 et Riegel p. 382.
Petit lapsus : Il est entre guillemets ou en italiques. Quandoque…
Bonjour…


À ma connaissance, claire, je ne crois pas, en effet, qu'un adverbe puisse être C.O.


Pour en revenir à ce que dit Jean-Luc…
Dans << J'aime ce "tout-à-fait". >>, << tout-à-fait >> est pris par autonymie, comme le montrent les guillemets. C'est-à-dire que ce mot n'a pas son rôle habituel dans la phrase. Il n'exprime pas son sens habituel. Il est employé en tant qu' << objet >> et pas en tant que contenant de signification.
Lorsqu'il est pris par autonymie, tout mot, quel qu'il soit, peut occuper à peu près toutes les fonctions dans la phrase. Par exemple: << "Nous" est un pronom personnel. >>. Dans cette phrase, << nous >> est sujet (normal) d'une verbe à la troisième personne. Un autre: << "Est" est la troisième personne du verbe "être". >>. Ici, << est >> est sujet de << est >>.
Et cetera.
Mais je crois que cette discussion porte plutôt sur les emplois << normaux >> des mots, et pas sur les emplois par autonymie.


Pour résumer: Hors autonymie, un adverbe ne peut pas, jusqu'à preuve du contraire, être C.O.
Désolé de ce message redondant par rapport à celui d'Édy; nous les avons visiblement composés en même temps… Encore pardon…
Bonjour Edy,

Nous vous pardonnons volontiers ce lapsus calami (teux non point !) pour cette magistrale leçon sur le transfert de classe (j'aimerais bien passer personnellement de la 46 à la 86). Je n'y avais pas pensé pour la bonne raison que l'adverbe n'est plus adverbe, mais quand même vos remarques m'ont fait du bien. J'ai retenu autonymique et la suite car je n'en avais jamais entendu parler au cours de mes études universitaires.

Amitié.
Jean-Luc
étant à peu de choses près de cette génération, j'ai les mêmes lacunes
Mais notre cher Edy se rajeunit de page en page !
Chers amis,

Pour vous remercier de ces paroles aimables, j’ai fait une recherche dans mon corpus grammatical (partie de ce que vous savez). J’espère que cela vous intéressera et vous divertira en dépit de quelques écarts. (Quand je pense que cette grammaire ne verra jamais le jour !) J’en fais aussi « cadeau » à notre cher webmestre et à tous ceux qui fréquentent ce forum.

Je me suis borné à « BEAUCOUP » ; j’ai éliminé le déterminant indéfini « BEAUCOUP DE » : il y en avait trop ; je n’ai conservé que l’adverbe et le pronom indéfini qui en dérive par changement de classe. (On parle alors de DÉRIVATION IMPROPRE, je viens de le vérifier.) Vous n’aurez pas de difficulté à faire le tri.

* C’est vulgaire. - Nous EN faisons BEAUCOUP actuellement. - Oui. C’est ce que je voulais dire. (PIERRE DESPROGES)
* Le christianisme a BEAUCOUP fait pour l'amour en en faisant un péché. (ANATOLE FRANCE)
* Quand Dieu créa le temps, il EN créa BEAUCOUP. (PROVERBE IRLANDAIS)
* L'argent mène à tout, à condition d'EN sortir BEAUCOUP. (CLAUDE AVELINE)
* Si vous me savez peu de gré de ce que je vous dis, sachez-m’EN BEAUCOUP de ce que je ne vous dis pas. (DENIS DIDEROT)
* La renommée ? J’en ai déjà BEAUCOUP plus que ceux que je respecte, et je n’en aurai jamais autant que ceux que je méprise. (JEAN ROSTAND)
* La vertu chez les uns, c’est peur de la justice ; chez BEAUCOUP, c’est faiblesse ; chez d’autres, c’est calcul. (GÉRARD DE NERVAL)
* Je n'ai rien, je dois BEAUCOUP, je lègue le reste aux pauvres. (CHARLES CROS)
* Pour BEAUCOUP, la monnaie du pays incarne la patrie. (OSCAR FOREL)
* On ne peut pas sortir de l’ombre, même un peu, sans exciter la haine de BEAUCOUP. (PAUL VALÉRY)
* BEAUCOUP traitent leur voisin d'âne, qui portent eux-mêmes des sacs. (PROVERBE SUISSE)
* L’absence est un arsenic : un peu fortifie l’amour, BEAUCOUP le tue. (MAURICE CHAPELAN)
* Vous avez BEAUCOUP pensé, comme toutes les fois, mais vous n’avez pas réfléchi. (SACHA GUITRY)
* Les gros mots ont BEAUCOUP maigri. (ALFRED CAPUS)
* Vous êtes un amant merveilleux ! - C'est que je me suis BEAUCOUP entraîné en solitaire. (WOODY ALLEN)
* Je me suis rarement perdu de vue ; je me suis BEAUCOUP aimé ; je me suis BEAUCOUP détesté. Enfin, nous avons vieilli ensemble. (PAUL VALÉRY)
* Je te déteste BEAUCOUP trop, ce n’est pas normal : je dois t’aimer encore. (SACHA GUITRY)
* Les femmes qui savent se défendre sont surtout celles qui ont été BEAUCOUP attaquées. (TRISTAN BERNARD)
* Rien ne vaut d'être dit en poésie que l'indicible : c'est pourquoi l'on compte BEAUCOUP sur ce qui se passe entre les lignes. (PIERRE REVERDY)
* Je mis longtemps à avoir le pied à l'étrier : il existe en effet, malheureusement, BEAUCOUP plus de pieds que d'étriers. (MAURICE DONNAY)
* Et si tout n’était qu’illusion ? Et si rien n’existait ? Dans ce cas, j’aurais payé ma moquette BEAUCOUP trop cher. (WOODY ALLEN)
* Peu de gens lisent ; et parmi ceux qui lisent, il y EN a BEAUCOUP qui ne se servent que de leurs yeux. (VOLTAIRE)
* Soyons optimistes : la médecine a découvert BEAUCOUP plus de remèdes qu'il n'y a de maux. (ALFRED CAPUS)
* Je n'ai pas lu BEAUCOUP, préférant ne pas m'encombrer l'esprit avec les idées des autres. (ROBERT MORLEY)
* La conversation est l'art de ne rien dire en parlant BEAUCOUP. (ANTHONY CHESTER)
* On ne s’habille bien que dans les pays où l’on se déshabille BEAUCOUP. (UN COUTURIER)
* Ce que j'ai contre le golf ? Il vous entraîne BEAUCOUP trop loin du bar du club-house. (ERIC LINKLATER)
* Pourquoi faudrait-il aimer rarement pour aimer BEAUCOUP ? (ALBERT CAMUS)
* Un bon traitement contre l'insomnie est de BEAUCOUP dormir. (W.C. FIELDS)
* Je n'ai pas BEAUCOUP aimé sa pièce. Il faut dire que je l'ai vue dans de mauvaises conditions : le rideau était levé. (MARCEL ACHARD)
* Partir, c'est mourir un peu, mais mourir, c'est partir BEAUCOUP. (ALPHONSE ALLAIS)
* Nous vivons une époque BEAUCOUP trop permissive. Jamais la pornographie ne s’est étalée avec une telle impudeur. Et en plus, les films sont flous ! (WOODY ALLEN)
* On promet BEAUCOUP pour se dispenser de donner peu. (VAUVENARGUES)
* Les amis qu'on aime BEAUCOUP et auxquels on ne pense jamais. (JULES RENARD)
* Trois sortes d’écrivains. Il y a ceux qui ne disent rien, mais le disent bien. Il y en a d’autres qui disent BEAUCOUP, mais le disent mal. Les pires sont ceux qui ne disent rien et le disent mal. (GIOVANNI PAPINI)
* Je l’aime BEAUCOUP, et cependant c’est un ami. (TALLEYRAND)
* Il est BEAUCOUP plus contre la pudeur de se mettre au lit avec un homme qu’on n’a vu que deux fois, après trois mots latins dits à l’église, que de céder malgré soi à un homme qu’on adore depuis deux ans. (STENDHAL)
* Comme tous les hommes, il était BEAUCOUP plus éloquent pour demander que pour remercier. (PROSPER MÉRIMÉE)
* Le plaisir est comme un lit de roses, mais le pli d'une seule suffit pour incommoder BEAUCOUP. (FONTENELLE)
* Le succès des autres me gêne, mais BEAUCOUP moins que s'il était mérité. (JULES RENARD)
* Vous n'allez certes pas vous amuser BEAUCOUP, parce que je n'ai pas d'esprit. Mais votre visite va me permettre d'EN avoir BEAUCOUP le lendemain, car j'ai bonne mémoire. (SOPHIE ARNOULD À VOLTAIRE)
* J'ai peur d'être cocu si je me marie, car vous savez qu'on EN voit BEAUCOUP cette année. (BEAUMARCHAIS)
* Je connais des amis qui s’aimeraient vraiment BEAUCOUP s’ils pouvaient se supporter. (HENRI DE RÉGNER)
* Je suis un parapluie sur lequel il a BEAUCOUP plu. (ADOLPHE THIERS)
* On a BEAUCOUP parlé de la face de Dieu, jamais de Son profil. (JEAN-CLAUDE BRISVILLE)
* Les puissants tiennent BEAUCOUP plus à leurs postes qu’à leurs biens. (EMMANUEL BERL)
* Je ne crois pas BEAUCOUP à la loi de la pesanteur. Il est en effet plus facile de lever une femme que de la laisser tomber. (GEORGES COURTELINE)
* N’est pas pauvre celui qui a peu, mais celui qui désire BEAUCOUP. (PROVERBE)
* Pourquoi perdre son temps à vouloir contredire son épouse ? Il est BEAUCOUP plus simple d'attendre qu'elle ait changé d'avis. (JEAN ANOUILH)
* J'ai BEAUCOUP aimé votre livre. Mais qui vous l'a écrit ? - Je m'en réjouis. Mais qui vous l'a lu ? (ANONYME)
* Il faut se pardonner BEAUCOUP à soi-même pour s'habituer à pardonner BEAUCOUP à autrui. (ANATOLE FRANCE)
* Les saints sculptés ont eu BEAUCOUP plus d'influence dans le monde que les saints vivants. (GEORG LICHTENBERG)
* Parler BEAUCOUP et parler à propos ne sont pas la même chose. (SOPHOCLE)
* La vie, c’est comme un autobus ; quand tu te retournes, tu t’aperçois qu’il y EN a déjà BEAUCOUP qui sont descendus. (MARCEL PAGNOL)
* La société, qui rapetisse BEAUCOUP les hommes, réduit les femmes à rien. (CHAMFORT)
* Toutes les femmes veulent qu'on les estime ; elles tiennent BEAUCOUP moins à ce qu'on les respecte. (ANTOINE DE RIVAROL)
* J’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement BEAUCOUP dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. (PIERRE CHODERLOS DE LACLOS)
* Le voile des prudes n’est si épais que parce qu’il y a BEAUCOUP à cacher. (DELPHINE DE GIRARDIN)
* BEAUCOUP se sont jetés dans la Tamise pour ne pas avoir joué atout. (ALPHONSE ESQUIROS)
* Il n’appartient qu’à un homme de peu d’expérience de faire une déclaration en forme. La femme se persuade BEAUCOUP mieux qu’elle est aimée par ce qu’elle devine que par ce qu’on lui dit. (NINON DE LENCLOS)
* Si les maris permettaient un ou deux amants à leurs femmes pour qu’elles puissent comparer, il y aurait BEAUCOUP plus de femmes fidèles. (GEORGES FEYDEAU)
* Si tout homme ment, toute femme ment aussi mais BEAUCOUP mieux. (JULES BARBEY D'AUREVILLY)
* Donne-t-il un peu d'argent, il aurait pu en donner plus. EN donne-t-il BEAUCOUP, hein ! faut-il qu'il en ait ! (SACHA GUITRY)
* Si un jour tu devenais pauvre, je t'aimerais tout autant et tu me manquerais BEAUCOUP. (ANONYME)
* Je parlais BEAUCOUP mieux depuis que je commençais mes phrases sans savoir comment je les finirais. (STENDHAL)
merci pour tout ce que vous m'avez appris

Claire1