Bonjour à tous 🙂
Je suis en pleine révision pour mon BAC oral de Français et je voudrais vous demander une petite explication au sujet d'un poème de Charles Baudelaire.
En fait, nous avons fais une explication du poème : "Les Phares" et il y a un élément d'explication que je ne comprends pas.
Il y a un rapport avec les "blasons" mais je ne sais pas du tout ce qu'est un blason… J'ai cherché dans mon dictionnaire, sur internet mais je ne trouve pas définition ou d'explication claire, qui me parait évidente. Pourriez vous me l'expliquer s'il vous plaît ? (Le titre est : "Usage des blasons") Je sais qu'il y a un rapport avec les peintres cités dans le poème mais je ne pense pas qu'un peintre soit un blason…
Je vous remercie 🙂
Un blason (sens premier) c'est une pièce de métal de forme rectangulaire (avec le bas en pointe) sur laquelle sont peintes ou émaillées les armoiries d'un chevalier ou d'un noble
C'est aussi un poème écrit en hommage aux charmes du corps féminin
Pour Les Phares c'est la première fois que je lis que c'est un "blason"
J'ai trouvé une définition que je ne comprends pas.
La voici :
Blason : Poésie décrivant de manière détaillée, sur le mode de l'éloge ou de la satire (contre-blason) les caractéristiques d'un être ou d'un objet, notamment de la femme aimée. La genre littéraire, très en vogue au 17ème siècle se caractérise par l'accumulation de substantifs.
Cela signifierais que le blason est le poème tout entier ou seulement des passages du poème ?
Merci pour vos réponses
Le poème tout entier
(Larousse du XXème : petit poème en rimes plates, qui exprime un éloge, un blâme, ou une satire)
Merci, Pierrot !
C'est divertissant et joliment bien dit. J'adore Brassens.
Une petite faute de copiste in fine : d'autres moyens.
Cordialement,
Edy
Bonjour Clad-ask,
Le mot blason ne désigne pas la forme poétique destinée à mettre en valeur une partie du corps féminin. Il faut comprendre le mot dans son sens héraldique, à savoir les objets symboliques qui caractérisent une famille noble sur l'écu.
En fait Baudelaire traduit une expression allemande, le
leitmotiv. Seul poète à s'enthousiasmer pour Wagner lors de la représentation de
Tannhaüser à Paris en 1860, il découvre chez le compositeur allemand que les personnages sont caractérisés par des thèmes musicaux et par des objets symboliques ; ces thèmes conducteurs (
leitmotive) sont parfois traduits aussi par le terme de blasons.
Baudelaire a écrit :J'ai déjà parlé de certaines phrases mélodiques dont le retour assidu, dans différents morceaux tirés de la même œuvre, avait vivement intrigué mon oreille, lors du premier concert offert par Wagner dans la salle des Italiens. Nous avons observé que, dans Tannhäuser, la récurrence des deux thèmes principaux, le motif religieux et le chant de volupté, servait à réveiller l'attention du public et à le replacer dans un état analogue à la situation actuelle. Dans Lohengrin, ce système mnémonique est appliqué beaucoup plus minutieusement. Chaque personnage est, pour ainsi dire, blasonné par la mélodie qui représente son caractère moral et le rôle qu'il est appelé à jouer dans la fable. Ici je laisse humblement la parole à Liszt, dont, par occasion, je recommande le livre (Lohengrin et Tannhäuser) à tous les amateurs de l'art profond et raffiné, et qui sait, malgré cette langue un peu bizarre qu'il affecte, espèce d'idiome composé d'extraits de plusieurs langues, traduire avec un charme infini toute la rhétorique du maître :
« Le spectateur, préparé et résigné à ne chercher aucun de ces morceaux détachés qui, engrenés l'un après l'autre sur le fil de quelque intrigue, composent la substance de nos opéras habituels, pourra trouver un singulier intérêt à suivre durant trois actes la combinaison profondément réfléchie, étonnamment habile et poétiquement intelligente, avec laquelle Wagner, au moyen de plusieurs phrases principales, a serré un nœud mélodique qui constitue tout son drame. Les replis que font ces phrases, en se liant et s'entrelaçant autour des paroles du poème, sont d'un effet émouvant au dernier point. Mais si, après en avoir été frappé et impressionné à la représentation, on veut encore se rendre mieux compte de ce qui a si vivement affecté, et étudier la partition de cette œuvre d'un genre si neuf, on reste étonné de toutes les intentions et nuances qu'elle renferme et qu'on ne saurait immédiatement saisir. Quels sont les drames et les épopées de grands poètes qu'il ne faille pas longtemps étudier pour se rendre maître de toute leur signification ?
« Wagner, par un procédé qu'il applique d'une manière tout à fait imprévue, réussit à étendre l'empire et les prétentions de la musique. Peu content du pouvoir qu'elle exerce sur les cœurs en y réveillant toute la gamme des sentiments humains, il lui rend possible d'inciter nos idées, de s'adresser à notre pensée, de faire appel à notre réflexion, et la dote d'un sens moral et intellectuel… Il dessine mélodiquement le caractère de ses personnages et de leurs passions principales, et ces mélodies se font jour, dans le chant ou dans l'accompagnement, chaque fois que les passions et les sentiments qu'elles expriment sont mis en jeu. Cette persistance systématique est jointe à un art de distribution qui offrirait, par la finesse des aperçus psychologiques, poétiques et philosophiques dont il fait preuve, un intérêt de haute curiosité à ceux aussi pour qui les croches et doubles croches sont lettres mortes et purs hiéroglyphes. Wagner, forçant notre méditation et notre mémoire à un si constant exercice, arrache, par cela seul, l'action de la musique au domaine des vagues attendrissements et ajoute à ses charmes quelques-uns des plaisirs de l'esprit. Par cette méthode qui complique les faciles jouissances procurées par une série de chants rarement apparentés entre eux, il demande une singulière attention du public; mais en même temps il prépare de plus parfaites émotions à ceux qui savent les goûter. Ses mélodies sont, en quelque sorte, des personnifications d'idées; leur retour annonce celui des sentiments que les paroles qu'on prononce n'indiquent point explicitement; c'est à elles que Wagner confie de nous révéler tous les secrets des cœurs. Il est des phrases, celle, par exemple, de la première scène du second acte, qui traversent l'opéra comme un serpent venimeux, s'enroulant autour des victimes et fuyant devant leurs saints défenseurs; il en est, comme celle de l'introduction, qui ne reviennent que rarement, avec les suprêmes et divines révélations. Les situations ou les personnages de quelque importance sont tous musicalement exprimés par une mélodie qui en devient le constant symbole. Or, comme ces mélodies sont d'une rare beauté, nous dirons à ceux qui, dans l'examen d'une partition, se bornent à juger des rapports de croches et doubles croches entre elles, que même si la musique de cet opéra devait être privée de son beau texte, elle serait encore une production de premier ordre. »
Richard Wagner et Tannhaüser à Paris Charles Baudelaire 1862
Dans le poème "les Phares", ce terme doit être compris comme la caractérisation de l'art ou du style de chaque grand peintre, le « divin opium » qui témoigne de la « dignité » de l'homme face à une divinité silencieuse, indifférente voire absente. Le blason, c'est donc la manière dont chaque artiste incarne la révolte idéaliste de l'homme. Baudelaire applique le traitement musical wagnérien dans sa propre poésie en affectant à chaque peintre son propre motif musical avant sa reprise dans le poème symphonique final.
Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C'est pour les cœurs mortels un divin opium !
Le mot blason ne désigne pas la forme poétique destinée à mettre en valeur une partie du corps féminin.
Disons qu'il a pris ce sens un peu restreint, mias qu'à l'origine c'était un petit poème d'éloge (ou de blâme) plus général, célébrant les charmes moraux d'une personne, ou physiques. Le madrigal était un poème d'éloge aussi, destiné à faire un compliment sur le mode précieux à une demoiselle ou dame. Avec des images comme "un teint de lis" etc
J'approuve votre analyse des intentions et références de Baudelaire pour ce poème
Mais on peut aussi, par analogie avec l'art héraldique qui peignait ou émaillait une pièce de métal, voir chaque strophe consacrée à un peintre comme une touche d'émail, le tout formant un blason coloré ; et chaque strophe faisant l'éloge d'un peintre
Bonsoir Léah,
Votre analyse est recevable mais elle ne me satisfait pas parce que la question de Clad_ask portait bien la mention "DES blasons".
De plus je crois que Baudelaire fait justement dans Les Phares une application esthétique des fameuses correspondances dont nous parlions naguère sur un autre fil.
"Les Phares" est une tentative d'utiliser plusieurs expressions artistiques pour atteindre à la Beauté : une fois de plus, le critique d'art Baudelaire cherche à rendre compte de ses émotions picturales au travers de la poésie, ou plus exactement comme dans "Bohémiens en voyage", "L'invitation au voyage", il utilise la poésie comme transposition picturale. Ce qui me frappe dans "Les Phares", c'est que Baudelaire, passionné de musique, très sensible au pouvoir évocateur de cette dernière, peu prolixe sur cette forme d'expression, l'ait mêlée subtilement à son projet.
Pour parodier l'auteur des Fleurs du mal, "peinture, musique, poésie se répondent" pour aboutir à une langue poétique picturale et musicale capable de percer les secrets du monde. Alors que le poème visait principalement les grands génies de la peinture, Baudelaire réintroduit habilement la grande absente au moyen des "blasons" découverts chez Wagner. Ainsi est restaurée l'unité artistique néo-platonicienne.
Voilà ce que je crois percevoir des ambitions idéalistes baudelairiennes dans ce magnifique poème.
Voilà en effet qui explicite les magnifiques perspectives de ce magnifique poème !