Bonjour,
C'est la première fois que je viens sur votre forum, qui m'a l'air des plus sympathiques, car c'est la première fois depuis de nombreuses années de dissertation où je me vois confronté à un mur, et j'ai eu beau chercher durant des heures, je n'ai rien trouvé de concluant me permettant de résoudre mon problème. Le voici.
J'ai, dans le cadre d'un cours sur Montaigne, le devoir de disserter sur une de ses citation (portant à la base sur l'éducation) dérivée : "Faire lire, ce n'est pas emplir un vase mais allumer un feu".
J'en ai déduit la citation suivante : Un livre ne doit pas être une accumulation de connaissances, mais doit susciter une réelle émotion (une réelle interrogation ??) au lecteur.
Ma première question, avant tout, est de savoir, s'il vous plait, si cette représentation de la citation vous semble correcte ? Je ne suis pas sur pour la fin ("allumer un feu"), étant donné que le feu pourrait avoir plusieurs significations, telles que l'émotion, interrogation, la réfection personnelle…
Ensuite, je suis clairement contre le sujet, étant donné que je pense qu'un livre se doit de nous apporter des connaissances, mais je n'arrive pas à trouver d'arguments, ni pour la citation, ni contre.. Car je ne sais pas sur quel type de livre partir, et je ne sais pas par où commencer. Je sollicite donc votre aide pour savoir si vous auriez des pistes, car le sujet ne m'est pas vraiment familier.
J'espère être en règle avec le règlement de cette section d'entre-aide, et je remercie par avance toutes les personnes qui, de près ou de loin, pourront éclaircir ma lanterne.
Bonne journée ! Cordiales salutations,
Paul.
Bonjour,
Tu es sur la bonne voie.
Le sujet évoque pour moi une réflexion sur la place du lecteur entre passivité et collaboration.
Bonjour Jean-Luc, et merci pour votre réponse ! Donc la passivité serait uniquement la réception d'informations (de la part du livre) tandis que la collaboration symboliserait la réflexion personnelle ?
Merci beaucoup pour votre aide !
Cordialement,
Ou peut-être devrais-je partir sur des arguments orientés sur l'émotion que doit susciter un livre ? Je suis vraiment perdu au niveau des arguments, si quelqu'un pouvait me donner ne serait-ce qu'une piste cela serait fort aimable.
Bonne soirée à tous !
Cordialement,
Bonsoir Paul,
Je te conseille de regarder un peu par ici :
https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/38554/un-enfant-n-est-pas-un-vase-a-remplir-mais-un-feu-a-allumer
A ceci je peux ajouter que Montaigne est un humaniste du XVI ème siècle. Comme beaucoup d'humaniste il se préoccupe beaucoup de l'éducation. Montaigne critique également l'enseignement traditionnel. Pour lui, un homme bien éduqué est une personne capable de penser par soi-même. Un homme ayant une capacité de réflexion qui ne va pas, pour reprendre une de ses métaphores, regorger la viande comme on l'a avalée sans que l'estomac ne fasse son opération, autrement dit, apprendre sans vraiment se poser de question, ou sans comprendre et réutilisé cet apprentissage tel qu'on l'a appris sans le digéré . Il veut bannir le par coeur. L'image du vase dans ta citation, je l'a ferai correspondre à l'image de l'entonnoir dans le même texte. On gave l'élève tel une oie, on remplit le vase. Et l'image du feu, je l'associerai avec l’étincelle dans les yeux de l'élève lorsqu'il a compris, réfléchit, ou qu'il a prit plaisir. Parce que Montaigne aussi écrit et souhaite que l'enfant trouve le bonheur dans l'apprentissage, qu'il soit heureux d'apprendre.
J'ai travaillé sur plusieurs extraits de Montaigne en rapport avec l'enseignement. Si tu le souhaite je peux te donner les références afin de pouvoir t'appuyer et avoir de la matière à disserter.
Je te souhaite bon courage et si tu as besoin n'hésite pas à faire signe 🙂
Egalement, j'ai fais quelques recherches parce qu'il me semblait avoir lu quelques choses de similaires dans un livre celui de Michel Tournier ou il dit:" L'écrivain a pour fonction naturelle d’allumer par ses livres des foyers de réflexion, de contestation, de remise en cause de l'ordre établi."
Donc si on reprend ta citation le terme "Allumer un feu" pourrait compléter ce que je disais avant avec la réflexion de l'homme. Je ne sais pas comment expliquer sur ce coup la, mais c'est ce pour quoi Montaigne écrivait. Je travaille sur cette personne depuis septembre et je sais qu'il prônait pour la compréhension de l'individu à travers nombreux extraits tout comme Rabelais. Un homme bon doit être capable de réfléchir, de contester, d'être à l'écoute non pas d'un seul avis mais de plusieurs afin de se forger son propre avis. Par exemple tu ne peux pas lire un seul article sur les migrants et dire "La venue des migrants c'est bien (ou mal)" il te faut avoir lu plusieurs articles afin de te faire ta propre opinion.
Sur ce bonne soirée et n'hésite pas à réagir si tu n'es pas d'accord ou que tu n'as pas compris certains points de ma réponse.
Bonjour Chamaloww,
Merci énormément pour votre réponse et le lien affilié, j'y vois désormais beaucoup plus clair ! Cela a dû vous prendre un temps fou de rédiger tout ça, donc si je peux faire quelque chose pour vous aider n'hésitez pas.
Néanmoins, une dernière question me vient à l'esprit : dans ma citation, "faire lire" signifierait donc "enseigner" ? Ou plutôt "donner à lire (un livre par un enseignant à un élève)" ? Cela changerait le thème de la dissertation, car j'ai peur de partir hors sujet si je part sur la lecture alors que l'essence même est l'enseignement.
Par avance merci, et bonne journée !
Cordialement,
Paul
L'eau et le feu … 🙂
Dans ta citation, faire lire, c'est donner accès à toutes les portes de la connaissance, de la réflexion, de l'imagination. C'est ouvrir des mondes. Allumer le feu, dans le sens de susciter la curiosité et l'enthousiasme qui embrasent. Métaphore. avec "mettre le feu", "allumer le feu" au sens figuré.
Je voulais juste, avec le texte de Hugo, montrer qu'ici, en brûlant la bibliothèque, au sens propre, c'est rendre impossibles les ouvertures vers l'épanouissement et l'ouverture au passé, au présent, au futur. Sorte d'autodafé qui brûle le livre sacralisé par Hugo.
D'accord,
Un grand merci à tous pour votre aide précieuse ! Je n'hésiterai pas à recommander votre forum à d'autres.
Bonne journée !
Bonjour Paul,
C'est avec plaisir 🙂
Pour moi "faire lire" m'aurait plutôt fait penser à "enseigner" mais je ne veux pas t'induire en erreur. (Prend l'avis d'autres personnes) Qu'as-tu travailler avant cette dissertation?
Si c'est sur l'éducation et l'enseignement il y a de grande chance que le "faire lire" est synonyme d'enseigner.
Je t'avais parlé de quelques extraits de Montaigne hier soir. Je te les mets ci-dessous:
On ne cesse de criailler à nos oreilles d'enfants, comme si l'on versait dans un entonnoir, et notre charge, ce n'est que de redire ce qu'on nous a dit. Je voudrais qu’il corrigeât cette partie, et que, de belle arrivé, selon la portée de l'âme qu'il a en main, il commençât à la mettre sur la montre, lui faisant goûter les choses, les choisir et les discerner d'elle-même : quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente et parle seul, je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour. Socrate et, depuis, Archésilas faisaient d'abord parler leurs disciples, et puis ils parlaient à eux. « L’autorité de ceux qui enseignent nuit souvent à ceux qui veulent apprendre. »
Il est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train, juger aussi jusqu'à quel point il doit se ravaler pour s’accommoder à sa force. A faute de cette proportion, nous gâtons tout: et de la savoir choisir et s’y conduire bien mesurément, c'est l'une des plus ardues que je sache : et est l’effet d’une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ses allures puériles. Je marche sûr et plus ferme à mont qu’à val.
Ceux qui, comme porte notre usage, entreprennent d'une même leçon et pareille mesure de conduite régenter plusieurs esprits de si diverses mesures et formes, ce n'est pas merveille si, en tout un peuple d'enfants, ils en rencontrent à peine deux ou trois qui rapportent quelque juste fruit de leur discipline.
Qu'il ne lui demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu'il juge du profit qu'il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie. Que ce qu'il viendra d'apprendre, il le lui fasse mettre en cent visages et accommoder à autant de divers sujets, pour voir s'il l'a encore bien pris et bien fait sien. C'est témoignage de crudité et indigestion que de regorger la viande comme on l'a avalée. L’estomac n'a pas fait son opération, s'il n'a fait changer la façon et la forme à ce qu'on lui avait donné à cuire.
MONTAIGNE, Essais, « De l’institution des enfants »
Je pense que celui ci dessus peut t'être utile pour ton vase et ça globalise une grande partie des idées de Montaigne.
J'en ai 4 autres mais je ne sais pas si cela peut t’intéresser
[liens invalides]
Clic sur les images pour avoir un meilleur visu.
Si besoin n'hésite pas à demander 🙂
Bonjour,
Vous êtes génial, j'ai désormais de nombreux arguments grâce à vos textes ! Pour répondre à votre question, j'ai le devoir de disserter sur cette citation dans le cadre d'un cours sur Montaigne et son époque, mais pas sur l'enseignement en particulier. Je vais toutefois partir sur une interprétation sur le thème de l'enseignement.
Merci mille fois pour votre aide très préci(eu)se, et bonne continuation ! Encore une fois, si je peux vous aider pour quelque chose, n'hésitez pas.
Cordialement,
Paul