Les illusions de l’amour (Lucrèce et Catulle)

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Dans le poème LXXXVI, Catulle loue la venustas de Lesbia au dépens des autres femmes et notamment de Quinta (qui était formosa multis). Quoique n'importe quel discours amoureux soit toujours tendencieu (autrement n'obtiendrait-il pas ses objectifs 🙂 ), il me paraît que Catulle expose une idée que l'on retrouve aussi dans Lucrèce :
Quintia formosa est multis. mihi candida, longa,
recta est: haec ego sic singula confiteor.
totum illud formosa nego: nam nulla venustas,
nulla in tam magno est corpore mica salis.
Lesbia formosa est, quae cum pulcerrima tota est,
tum omnibus una omnis surripuit Veneres.
Ces deux phrases - la première plutôt rationale et avisée - en particulier m'ont fait penser au célèbre passage de Lucrèce qui serait plus tard repris par Molière. Je n'en citerai qu'un petit peu morceau (IV, 1153-1156, 1160) ; en effet, cetera de genere hoc longum est si dicere coner :
nam faciunt homines plerumque cupidine caeci
et tribuunt ea quae non sunt his (= puellis) commoda uere.
multimodis igitur prauas turpisque uidemus
esse in deliciis summoque in honore uigere.
(…) nigra melichrus est, immunda et fetida acosmos (…)
Qu'en pensez-vous ? La tradition se perpétue-t-elle ?
On peut rapprocher ces deux textes, mais pour les opposer : ce que Lucrèce analyse ici, c'est l'aveuglement dont on peut taxer le locuteur du poème de Catulle.
Par contre, s'agissant de ce dernier, on peut évidemment dire qu'il développe un lieu commun de la poésie amoureuse. Mais cela n'a pas d'importance : ce qui compte en poésie, ce n'est pas la nouveauté du thème, c'est sa mise en œuvre et les mots pour le dire. Ce qu'un vrai poète dit, il le dit toujours pour la première fois. C'est l'essence même de la poésie.