Qualités d’une traduction anglaise

Langues vivantes

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous les anglicistes.
A l'occasion d'un travail que j'effectue actuellement en lettres anciennes, je suis amené à confronter des traductions françaises et une traduction anglaise.
Or bien souvent, je constate que la traduction anglaise est plus fidèle au texte grec que toutes les autres…
Mais ce dont je ne puis juger, c'est de la qualité littéraire du texte anglais. Un bon traducteur doit en effet viser l'exactitude, mais il doit aussi donner l'impression qu'il a directement écrit dans la langue cible, comme tout écrivain.
Partant de là, ma question est simple : jugez-vous ce texte "bien écrit" ?
Si c'est le cas, comme de plus son exactitude est excellente (sauf dans un court passage), je ne serai pas loin de penser que l'anglais pourrait être un meilleur outil que le français, au moins pour la traduction des textes anciens…

(Héra, jusqu'alors très irritée contre Létô, vient enfin de la laisser accoucher d'Apollon dans l'île de Délos)

She spake : and with music the swans, the gods’ own minstrels, left Maeonian Pactolus and circled seven times round Delos, and sang over the bed of child-birth, the Muses’ birds, most musical of all birds that fly. Hence that child in after days strung the lyre with just so many strings, since seven times the swans sang over the pangs of birth. No eight times sang they : ere that the child leapt forth and the nymphs of Delos, offspring of an ancient river, sang with far-sounding voice the holy chant of Eileithyia. And straightway the brazen sky echoed back the far-sounding chant and Hera grudged it not, because Zeus had taken away her anger. In that hour, O Delos, all thy foundations became of gold : with gold thy round lake flowed all a day, and golden foliage thy natal olive-tree put forth and with gold flowed coiled Inopus in deep flood.
Callimachus, hymns and epigrams, translated by A. W. Mair in Loeb Classical Library (p. 106)

Merci d'avance. 🙂
Un bon traducteur doit en effet viser l'exactitude, mais il doit aussi donner l'impression qu'il a directement écrit dans la langue cible, comme tout écrivain.
C'est ce qu'il faut prouver…
André Chouraqui disait qu'une bonne traduction doit dépayser le lecteur, comme le dépayserait une lecture en langue étrangère.
Milan Kundera a des pages excellentes sur ce sujet.
Pour "dépayser", ne faut-il pas justement des qualités d'écrivain ? Ou alors entendez-vous par "dépaysement" l'effet produit par des traductions littérales à l'instar de celles de Klossowsky, par exemple ?
C'est bien ainsi que Chouraqui l'entendait : au lecteur qui n'a pu consentir l'effort d'apprendre une langue étrangère, il faut que la traduction demande un effort comparable. Voyez aussi Milan Kundera dans les Testaments trahis.
Pour le lecteur pratiquant la langue source, la lecture de l'œuvre paraît pourtant "naturelle", allant de soi, au point qu'il peut oublier la médiation du langage (sauf bien sûr écarts voulus par l'auteur ou focalisation sur le signifiant, comme en poésie, mais c'est un phénomène interne à la langue). Traduire en calquant un système sur un autre pour donner un "aperçu" de l'organisation linguistique de la langue source et créer ainsi un "dépaysement", c'est donner une dimension trompeuse à l'œuvre, et peut-être bien inquiétante. C'est la trahir un peu.
Sur un plan différent, c'est aussi le problème de l'interprétation des œuvres musicales.
Partant de là, ma question est simple : jugez-vous ce texte "bien écrit" ?
Je ne crois pas que l'on puisse soupçonner le professeur A.W. Mair, une référence en matière de traduction du grec ancien de mal écrire sa propre langue. Je ne m'y risquerai pas en tout cas. 🙂
Il est vrai qu'il colle mieux au texte grec (que je n'ai fait que survoler) qu'une traduction française choisie au hasard, je l'avoue, et qui omet carrément certains membres de phrases.
Certaines tournures m'ont paru étranges, et l'ordre des mots peut dérouter. Mais c'est pour les besoins de la poésie sans doute.
-choix de with music, plutôt que singing pour μέλποντες
-répétition de birds (ὄρνιθες/πετεηνῶν·
-τοσσάσδε …ὁσσάκι (il choisit de rendre la corrélation de façon différente.)
Que dire ?
J'ai traduit cela plus fidèlement, tu verras ! 🙂 La traduction de Cahen (chez Budé) me déroute souvent. Il me semble que l'anglais permet de mieux "coller" aux mots grecs, sens et connotation compris.
Heureusement que j'ai le dico Harrap's !
Comme je ne connais pas le texte source, je ne me suis pas risquée dans le texte anglais.
Une remarque, cependant : le texte anglais est en prose, le texte source en vers : rendre des vers par de la prose est une trahison majeure.
Oui, mais ma question ne porte pas sur la fidélité de la traduction…
rendre des vers par de la prose est une trahison majeure.
Toute traduction est trahison, mais vouloir rendre des vers grecs en français ou en anglais est complètement illusoire, et la fidélité au texte d'origine en sera d'autant plus affectée, même si le texte d'arrivée est beau, poétiquement parlant.
Ici, le texte anglais rend la poésie du texte grec dans un style particulier, en utilisant un ordre des mots peu usité dans la prose courante.
Au fait, Jacques, je me permets d'afficher l'extrait :
…ἣ μὲν ἔφη· κύκνοι δὲ θεοῦ μέλποντες ἄοζοι
Μῃόνιον Πακτωλὸν ἐκυκλώσαντο λιπόντες
ἑβδομάκις περὶ Δῆλον, ἐπήεισαν δὲ λοχείῃ
Μουσάων ὄρνιθες, ἀοιδότατοι πετεηνῶν·
ἔνθεν ὁ παῖς τοσσάσδε λύρῃ ἐνεδήσατο χορδάς
ὕστερον, ὁσσάκι κύκνοι ἐπ᾽ ὠδίνεσσιν ἄεισαν.
ὄγδοον οὐκέτ᾽ ἄεισαν, ὁ δ᾽ ἔκθορεν· αἳ δ᾽ ἐπὶ μακρόν
νύμφαι Δηλιάδες, ποταμοῦ γένος ἀρχαίοιο,
εἶπαν Ἐλειθυίης ἱερὸν μέλος, αὐτίκα δ᾽ αἰθήρ
χάλκεος ἀντήχησε διαπρυσίην ὀλολυγήν,
οὐδ᾽ Ἥρη νεμέσησεν, ἐπεὶ χόλον ἐξέλετο Ζεύς.
C'est le sens de ma question. Ne peut-on pas déceler des "vers blancs" ? Je n'ai que des connaissances basiques en anglais…
Gabiana, ma question s'adresse avant tout aux non-hellénistes.
Voyons, Jacques, tu n'avais pas remarqué que j'étais polyvalente ?
Ok…don't say anymore about it. 😞
Donc selon toi, on ne peut pas deviner qu'il s'agit d'une traduction ?
Ma foi, je n'en sais rien. On sait que c'est une traduction !
Si je peux apporter le point de vue d'un néophyte (non enseignant, non helléniste et seulement vaguement anglophone - mais gros lecteur), il me semble impossible quand on maîtrise à peu près bien sa propre langue de ne pas deviner qu'il s'agit d'une traduction.

Je parle pour ma part des textes français : il me semble que l'on reconnaît immédiatement s'ils proviennent d'une traduction de l'anglais, de l'américain, de l'allemand, de l'espagnol ou du russe. Seul peut-être l'italien très bien traduit est plus difficile à déceler. Pour les langues orientales, je reconnais l'origine mais moins précisément.

Toujours par rapport à ma petite expérience de lecteur, quand j'ai lu des traductions qui me paraissaient fluides, pour ainsi dire écrites en français, je me suis aperçu qu'il s'agissait plus d'adaptations que de traductions fidèles.
Ah bon ?
Alors voici un texte qui nous fera rire un peu : quelle en est la langue originale ?

Le pasteur fit encore deux fois le tour de l'église, trottant derrière la bête, tirant à chaque tour. Courant encore une fois dans l'allée centrale vers l'autel, il s'arrêta pour regarder le retable et se figea horriblement : une balle de mauser s'était fichée dans la peinture d'autel. Celle-ci représentait le Sauveur attaché à sa croix ; la balle avait transpercé la rotule du Christ.
Le mauser cracha une fois encore, vers le sol et visiblement par erreur. Le pasteur gémit et leva le pied droit. L'arme fumante lui échappa des mains, il se mit à pleurer. X… courut à lui, ramassa l'arme tombée à terre.
La balle avait traversé la chaussure vernie noire du pasteur par le milieu du pied. Un sang noir s'échappait sous la semelle. Il y avait un trou dans le plancher de l'église à l'endroit où l'homme avait tenu son pied.
Du finlandais !
Oui, j'avoue, j'ai triché.
Arto Paasilinna, écrivain finlandais de langue finnoise.
J'ai triché aussi.
Dans Le Lièvre de Vatanen
Mais ça rime à quoi tout cela ? Je renonce à cette discussion. De plus le texte de Paasilinna ne devrait pas être accessible en ligne !