Bonjour,
étant en première, ma professeur de français m'a demandée de faire une anthologie de poèmes.
J'ai choisi le thème de la révolution industrielle, mais je ne trouve pas de poèmes autres que ceux d'Emile Verhaeren, où d'auteurs très récents et peu connus. Auriez-vous des idées à me proposer? Je cherche des poètes célèbres et plus anciens, notamment ceux de la première révolution industrielle.
Les poèmes que j'ai trouvé:
Forme elliptique de Robert Tirvaudey
La Ville de Verhaeren
Chantier d'Alain Serres
Cité du poème d'Alain Serres
Il est cinq heures Paris s'éveille de Lanzmann
Le laveur de carreaux de Jacques Charpentreau
Le métro de Jacques Charpentreau
Travailleurs mécaniques de Joël Sadeler
Merci et bonne soirée 😀
Victor Hugo : Melancholia
Ce poème de Vigny après un accident de chemin de fer en 1842.
Sur ce taureau de fer qui fume, souffle et beugle,
L'homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encor
Quels orages en lui porte ce rude aveugle,
Et le gai voyageur lui livre son trésor ;
Son vieux père et ses fils, il les jette en otage
Dans le ventre brûlant du taureau de Carthage,
Qui les rejette en cendre aux pieds du dieu de l'or.
Mais il faut triompher du temps et de l'espace,
Arriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.
L'or pleut sous les charbons de la vapeur qui passe,
Le moment et le but sont l'univers pour nous.
Tous se sont dit: " Allons ! " mais aucun n'est le maître
Du dragon mugissant qu'un savant a fait naître ;
Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous.
Évitons ces chemins. - Leur voyage est sans grâces,
Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,
Que la flèche lancée à travers les espaces
Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
Ainsi jetée au loin, l'humaine créature
Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
Qu'un brouillard étouffant que traverse un éclair.
On n'entendra jamais piaffer sur une route
Le pied vif du cheval sur les pavés en feu :
Adieu, voyages lents, bruits lointains qu'on écoute,
Le rire du passant, les retards de l'essieu,
Les détours imprévus des pentes variées,
Un ami rencontré, les heures oubliées,
L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu.
La distance et le temps sont vaincus.La science
Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
Le Monde est rétréci par notre expérience,
Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
Immobile au seul rang que le départ assigne,
Plongé dans un calcul silencieux et froid.
Alfred DE VIGNY, Les Destinées.
ENFER-LES-MINES
Charade à ceux qui vont mourir Égypte noire
Sans Pharaon qu’on puisse implorer à genoux
Profil terrible de la guerre Où sommes-nous
Terrils terrils ô pyramides sans mémoire
Est-ce Hénin-Liétard ou Noyelles-Godault
Courrières-les-Morts Montigny-en-Gohelle
Noms de grisou Puits de fureur Terres cruelles
Qui portent ça et là des veuves sur leurs dos
L’accordéon s’est tu dans le pays des mines
Sans l’alcool de l’oubli le café n’est pas bon
La colère a le goût sauvage du charbon
Te souviens-tu des yeux immenses des gamines
Adieu disent-ils les mineurs dépossédés
Adieu disent-ils et dans le cœur du silence
Un mouchoir de feu leur répond Adieu C’est Lens
Où des joueurs de fer ont renversé leurs dés
Était-ce ici qu’ils ont vécu Dans ce désert
Ni le lit de l’Amour dans ce logis mesquin
Ni l’ombre que berçait l’air du Petit Quinquin
Rien n’est à ceux ni le travail ni la misère
Ils s’en iront puisqu’on les chasse ils s’en iront
C’est fini les enfants qu’on lave à la fontaine
Tandis que chante sous un ciel tissé d’antennes
La radio des bricoleurs dans les corons
Ils n’iront plus le soir danser à la ducasse
L’anthracite s’éteint aux pores de leur peau
Ils n’allumeront plus la lampe à leur chapeau
Ils s’en iront ils s’en iront puisqu’on les chasse
Les toits se sont assis sur le sol sans façon
Qui marche au milieu des étoiles brisées
Des fuyards jurent à mi-voix Une fusée
Promène dans la nuit sa muette chanson
Aragon
Usine de campagne
Usine ourlant de laideur grise un champ de blé
si honteuse dans sa logique
de dresser là ses murs de briques
qu’on la prendrait pour un grand vaisseau naufragé.
Sa cheminée trop haute et qui semble vétuste
distille une fumée d’hiver
que le vent aussitôt conquiert
pour tracer dans le ciel un fin chemin d’arbustes.
Le lierre et les orties cernent les alentours
et la mousse attendrit ses tuiles
en leur donnant un air fertile
de jachère attendant l’époque des labours.
Mais dans l’été qui dort son haleine est trop forte
pour les papillons audacieux
et les blés ont pris l’air soucieux
des arbres quand ils voient tomber leurs feuilles mortes.
(Pierre Béarn)
L’effort humain de Jacques Prévert.
L’effort humain
n’est pas ce beau jeune homme souriant
debout sur sa jambe de plâtre
ou de pierre
et donnant grâce aux puérils artifices du statuaire
l’imbécile illusion
de la joie de la danse et de la jubilation
évoquant avec l’autre jambe en l’air
la douceur du retour à la maison
Non
l’effort humain ne porte pas un petit enfant sur l’épaule droite
un autre sur la tête
et un troisième sur l’épaule gauche
avec les outils en bandoulière
et la jeune femme heureuse accrochée à son bras
L’effort humain porte un bandage herniaire
et les cicatrices des combats
livrés par la classe ouvrière
contre un monde absurde et sans lois
L’effort humain n’a pas de vraie maison
il sent l’odeur de son travail
et il est touché aux poumons
son salaire est maigre
ses enfants aussi
il travaille comme un nègre
et le nègre travaille comme lui
L’effort humain n’a pas de savoir-vivre
l’effort humain n’a pas l’âge de raison
l’effort humain a l’âge des casernes
l’âge des bagnes et des prisons
l’âge des églises et des usines
l’âge des canons
et lui qui a planté partout toutes les vignes
et accordé tous les violons
il se nourrit de mauvais rêves
et il se saoule avec le mauvais vin de la résignation
et comme un grand écureuil ivre
sans arrêt il tourne en rond
dans un univers hostile
poussiéreux et bas de plafond
et il forge sans cesse la chaîne
la terrifiante chaîne où tout s’enchaîne
la misère le profit le travail la tuerie
la tristesse le malheur l’insomnie et l’ennui
la terrifiante chaîne d’or
de charbon de fer et d’acier
de mâchefer et de poussier
passée autour du cou
d’un monde désemparé
la misérable chaîne
où viennent s’accrocher
les breloques divines
les reliques sacrées
les croix d’honneur les croix gammées
les ouistitis porte-bonheur
les médailles des vieux serviteurs
les colifichets du malheur
et la grande pièce de musée
le grand portrait équestre
le grand portrait en pied
le grand portrait de face de profil à cloche-pied
le grand portrait doré
le grand portrait du grand divinateur
le grand portrait du grand empereur
le grand portrait du grand penseur
du grand sauteur
du grand moralisateur
du digne et triste farceur
la tête du grand emmerdeur
la tête de l’agressif pacificateur
la tête policière du grand libérateur
la tête d’Adolf Hitler
la tête de monsieur Thiers
la tête du dictateur
la tête du fusilleur
de n’importe quel pays
de n’importe quelle couleur
la tête odieuse
la tête malheureuse
la tête à claques
la tête à massacre
la tête de la peur
Extrait de Jacques Prévert, Paroles, Paris, Gallimard, 1946.
Les Mains d'or et Saint-Etienne de Bernard Lavilliers