Dans la phrase :
Τῆς λεαίνης τὰ τέκνα τρέϕουσης, τὴν τόλμαν ϕοϐου.
que je traduis : Redoute la hardiesse de la lionne nourrissant ses petits.
Le verbe ϕοϐου est-il à l'impératif présent passif ou moyen du verbe ?
Peut-on le considérer comme correspondant à un verbe déponent latin ?
1° Je ne suis pas d'accord avec votre traduction : on n'aurait pas cet ordre des mots et surtout une âme charitable n'aurait pas mis de virgule entre le groupe complément et le nom complété. Cherchez ce que peut être ce groupe ainsi "détaché" par une virgule.
2° φοβοῦ est l'impératif passif du verbe φοβῶ qui signifie "effrayer".
3° Il y a une erreur d'accentuation sur *τρέϕουσης.
Il est difficile de comparer la voix "déponente" latine et la voix moyenne grecque. A l'origine, il semble y avoir un lien, mais à l'échelle des langues constituées, les verbes déponents forment une classe rigide assez peu motivée alors que les verbes grecs offrent presque tous le choix entre l'actif et le moyen, avec des spécialisations de sens qui nécessitent le dictionnaire, au début tout au moins. On peut là encore admirer la richesse de la langue grecque.
Merci beaucoup pour vos réponses toujours instructives.
1. Effectivement, cette virgule m'interrogeait. J'ai feuilleté ma grammaire pour découvrir les différents emplois du génitif. La virgule me conduit naturellement vers un génitif absolu. Je suis étonnée que l'auteur du manuel ait glissé un génitif absolu dans l'exercice, alors que ce dernier n'a pas encore été présenté dans son cours.
2. Je m'étonne aussi de l'emploi d'un passif avec un accusatif (τὴν τόλμαν).
3. Quant à l'accent sur le mot τρέϕουσης , je n'ai pas fait d'erreur de copie. L'auteur a bien mis un accent aigu sur l'epsilon. S'agit-il bien de τρέϕειν ?
Ma traduction serait alors :
La lionne nourrissant ses petits, crains sa hardiesse.
Il y a bien une erreur d'accentuation ; la loi de limitation impose à l'accent de ne pas reculer au delà de 3 mores (4 si la pénultième est longue). Dans le mot tel que vous l'avez transcrit, il est sur la 5ème ! C'est donc τρεφούσης qu'il faut écrire.
Pour ce qui est du passif, il s'agit là d'une construction ancienne qui s'est figée. Il ne faut pas assimiler d'emblée le complément du verbe à un complément d'objet. Il s'agit originellement d'un accusatif de relation. Mot à mot : "je suis effrayé relativement à sa hardiesse", donc, "je crains sa hardiesse". Vous remarquerez par ailleurs que ce n'est pas la seule construction possible pour ce verbe si vous consultez le dictionnaire.
Vu cette négligence, il est possible que la phrase ait une construction sans génitif absolu, mais il ne faudrait pas de virgule, et l'ordre "canonique" serait plutôt :
Τὴν τῆς λεαίνης τὰ τέκνα τρεφούσης τόλμαν φοβοῦ.
N'utiliseriez-vous pas un manuel très ancien ?
Concernant l'ordre peu canonique, l'auteur (Ch. Georgin)a peut-être cherché à rendre la vie plus facile à l'élève débutant. Quant à la virgule, j'ai remarqué que l'auteur en met à qui veux-tu en voilà pour séparer les groupes de mots. Il materne ses élèves : dans sa préface il a écrit : "Un de mes anciens disciples, aujourd'hui mon collègue, me disait récemment :
- Faites-vous toujours de petits livres paternels ?
Le mot ne m'a pas déplu."
Oui, ce sont des livres anciens. J'ai toute la collection Hellas (I, II, et III) de Georgin et sa grammaire.
Donc, pas de génitif absolu. Un conseil, si je puis me permettre : mettez-vous assez vite aux textes authentiques.
Etant grande débutante, le manuel de Georgin, par sa progression très lente, m'initie à la langue grecque. Lorsque mes connaissances me le permettront, je n'hésiterai pas à m'attaquer à un texte suivi à l'écriture plus canonique.
Ce que j'apprécie en grec, par rapport au latin, c'est la présence de l'article, bien commode pour discerner les cas aux orthographes semblables.
Ce qui me perturbe, ce sont les mots qui se transforment comme des caméléons. J'en perds du temps dans mon dictionnaire !
J'ai dit "canonique", mais ce n'est pas toujours ce que vous trouverez dans les textes. J'aurais dû dire : plus grec.
Oui, le grec a une morphologie très complexe, qu'il faut assez bien connaître au départ. En revanche, sa syntaxe est extrêmement souple (trop parfois). Nous parlions du génitif absolu ; eh bien en grec, le sujet de la participiale peut très bien être repris par un pronom dans la principale, ce qui est "interdit" en latin (surtout en thème !!!).
Les règles de l'accentuation sont également difficiles à maîtriser.
Une autre difficulté : ce qu'on appelle le "grec" est en fait une collection d'états de langue appartenant à des époques, des aires géographiques et des auteurs très différents, exactement comme l'ancien français et, dans une moindre mesure, le latin. C'est pour cela que les dictionnaires, qui collectionnent le plus de formes, de sens et de constructions diverses sont si fournis, et qu'on n'a jamais fini de l'apprendre.
Quand je pense que les grands hellénistes de la Renaissance n'avaient ni grammaire ni dictionnaire…