Bonjour je voudrais savoir quel héritage Baudelaire a laissé et quelle est son influence à son époque et aujourd'hui.
Merci de bien vouloir m'aider.
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La poésie de Baudelaire, sous ses apparences classiques, ouvre l’ère de la modernité. L’artiste saura extraire la part de beauté intemporelle des sujets contemporains. C’est la beauté « bizarre » de ce monde moderne qu’il doit savoir exprimer. Le « nouveau » (dernier mot du poème « Le Voyage ») devient une valeur esthétique, ce qu’il n’était pas pour les classiques.
Selon Baudelaire, en art, le beau doit provoquer l’étonnement et échapper éternellement aux analyses des écoles (conçue comme la remise en cause du classicisme académique, la modernité est fondamentalement antibourgeoise). Il n’y a pas le « Beau », mais des beautés toujours nouvelles. Le poète ne doit pas chercher la beauté éternelle et absolue, qui n’est qu’un mythe, mais la beauté propre à son temps. « La modernité c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »
La modernité des thèmes
La modernité consiste à peindre son temps, le poète moderne prend ses sujets dans le présent et non dans le passé : « Le plaisir que nous retirons de la représentation du présent tient non seulement à la beauté dont il peut être revêtu, mais aussi à sa qualité essentielle de présent. » Chez Constantin Guys (« Le peintre de la vie moderne ») Baudelaire admire la modernité des sujets. L’auteur des Fleurs du mal choisit des thèmes nouveaux comme le spleen ou l’exotisme, mais surtout la grande ville. La modernité naît d’un regard porté sur le quotidien, le peuple et la ville.
Dans le lexique de Baudelaire se côtoient le vocabulaire traditionnel de la poésie lyrique (cœur, âme, ciel, amour…) et des mots réputés non poétiques appartenant à la modernité urbaine et industrielle (quinquet, wagon, réverbère, bilan, omnibus…, voir : « Le Cygne »).
Une esthétique moderne: forme, dualité et dissonance
Chez Baudelaire, la modernité de l’écriture s’appuie sur une réflexion critique. Les poèmes font souvent retour sur le mécanisme de la création poétique (voir : « L’Ennemi », « La Muse vénale »). Ce phénomène de mise en abyme de l’acte d’écrire est une constante essentielle de la poésie moderne. Les problèmes d’écriture deviennent un thème dominant, le texte s’offre à la fois comme résultat d’une opération d’écriture et description de cette opération. La conscience de la forme s’accompagne de l’exhibition des procédés d’écriture (« Allégorie », « Le Cadre », « L’Irrémédiable »).
Baudelaire affirme la valeur des techniques d’écriture contraignantes, comme le sonnet, l’auteur est créateur non par son inspiration, mais par son art d’utiliser le langage. Il établit une distinction radicale entre poésie et sentiment : « la sensibilité du cœur n’est pas absolument favorable au travail poétique ». Baudelaire a également détaché la poésie du récit (discours propre à la prose), Les Fleurs du mal ne contiennent aucun poème narratif. L’harmonie (terme de musique) est une qualité classique, les musiciens modernes cherchent la dissonance (Debussy). Les Fleurs du mal font sonner quelques «faux accords» (« L’Héautontimorouménos ») qui expriment la fêlure de la modernité. Le beau et le bien ne vont plus ensemble. La discordance intérieure s’appelle l’ironie.
La catégorie esthétique du grotesque définie par Victor Hugo est fondée sur le rapprochement inattendu du laid et du beau (« Le beau est toujours bizarre ») ; l’horreur et l’abjection, le décadent, le mauvais, le nocturne en sont les ingrédients indispensables, les infirmes pullulent dans le grotesque. Baudelaire fait de ces éléments négatifs des objets de fascination.
« Monsieur, ce matin votre fils, sommé par le sous-Directeur de remettre un billet qu’un de ses camarades venait de lui glisser, refusa de le donner, le mit en morceau et l’avala. Mandé chez moi, il me déclare qu’il aime mieux toute punition que de livrer le secret de son camarade et pressé de s’expliquer dans l’intérêt même de cet ami , […] il me répond par des ricanements dont je ne dois pas souffrir l’impertinence.
Je vous renvoie donc ce jeune homme qui était doué de moyens assez remarquables, mais qui a tout gâché par un mauvais esprit, dont le bon ordre du Collège a eu plus d’une fois à souffrir. »
Proviseur J. Pierot »