Socrate : humilité ou pédagogie ?

Langues anciennes

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Je me suis bien persuadé depuis longtemps qu’une intransigeance apparente pourra ne plus rien être qu’une conviction absolue (et renouvelée à chaque preuve) dans ses idées. Je veux tout simplement dire avec cela que les vraies intentions humaines s’obscurcissent à cause de plusieurs facteurs qui leur sont extérieurs ; parmi ceux-là, l’on retrouve aisément le temps ! Or, je me suis posé une question pareille aujourd’hui. Mais n’allons pas si vite en besogne et lisons le texte qui m’a servi de départ à mes réflexions :

« Quand Socrate eut pris place : Plut à Dieu, dit-il, que la sagesse, Agathon, fut quelque chose qui pût passer d'un esprit dans un autre, quand on s'approche, comme l'eau qui coule à travers un morceau de laine d'une coupe pleine dans une coupe vide! S'il en était ainsi, ce serait à moi de m'estimer heureux d'être auprès de toi, dans l'espérance de me remplir de l'excellente sagesse que tu possèdes ; car pour la mienne, c'est quelque chose de bien médiocre et de fort équivoque : ce n'est qu'un songe; la tienne, au contraire, est une sagesse magnifique , et qui donne les plus belles espérances, ayant déjà jeté à ton âge le plus vif éclat, témoin avant-hier les applaudissements de plus de trente mille Grecs. » (Platon, Le Banquet, 175 D-E, traduction de Victor Cousin)

Je m’interroge si Socrate est ici profondément humble ou s’il cache quelque chose de pédagogique derrière ces mots auxquels une citation infidèle pourrait porter attente en ce qui tient à la philosophie elle-même ? Ces mots relèvent-elles de cette conviction dont je parlais tout à l’instant ?
Il s'agit de la fameuse ironie socratique : Socrate feint de se rabaisser et d'exalter son adversaire pour mieux nous faire apprécier sa chute sous les assauts de sa dialectique.
Mais attention, Socrate est un personnage des dialogues de Platon, non un philosophe qui s'exprimerait en son nom. On ne connaît pas vraiment Socrate, qui n'a rien écrit, et son image varie suivant les auteurs qui en ont parlé. Il suffit de comparer Platon et Xénophon…
Jacques, vous parliez tout à l'heure des différences entre le Socrate de Platon et le Socrate de Xénophon. À mon tour, j'étudie le Socrate de Perse (Sat., IV). Quand je finirai, j'en discuterai volontiers ; mais la lecture d'une satire requiert du temps (il y a beaucoup de vocabulaire que je ne connais pas et, en plus, je dois encore interpréter les références ironiques de l'auteur). En effet, j'ai déjà lu quelque chose de Juvénal (Sat., XV) et, même si c'est très pénible au début, à la fin c'est très rigolo. Cependant, entre temps, il serait aussi beaucoup instructif de savoir un peu plus sur ce que Xénophon pensait là-dessus. Est-ce que quelqu'un pourrait citer un passage significatif de Xénophon quant à sa propre vision de Socrate (si vous le pouvez citer aussi en grec, tant mieux ; ainsi en traduirai-je quelque chose pour m'entraîner…) ?
Il faut lire l'Apologie de Socrate et le Banquet de Xénophon. Il existe une édition accessible en ligne avec le texte et une traduction (ancienne).
Vous pouvez lire aussi les Nuées d'Aristophane et le Démon de Socrate de Plutarque.
J'ai lu en grec la première phrase de l'Apologie de Socrate de Xénophon, mais, rassurez-vous, je ne saurais le faire pour le reste du texte ! J'aimerais éclaircir quelques points de grammaire là-dessus :
Σωκράτους δὲ ἄξιόν μοι δοκεῖ εἶναι μεμνῆσθαι καὶ ὡς ἐπειδὴ ἐκλήθη εἰς τὴν δίκην ἐβουλεύσατο περί τε τῆς ἀπολογίας καὶ τῆς τελευτῆς τοῦ βίου.
Les verbes :
  • μεμνῆσθαι - infinitif parfait médio-passif (= meminisse) ;
  • ἐκλήθη - indicatif aoriste passif (-θη-) ;
  • ἐβουλεύσατο - indicatif aoriste moyen.
Pourrait-on traduire ὡς ἐπειδὴ para cum en latin ? S'agira-t-il d'une conjonction temporelle et causale à la fois ?
C'est plutôt l'idée de temps qui domine ici.
Attention à μεμνῆσθαι : rien ne s'oppose grammaticalement à ce que vous le traduisiez par "se souvenir de qqn", mais ici, il a manifestement le sens de "rappeler le souvenir de qqn".