Calpurnius Siculus, Bucoliques, I, 13-18

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je travaille pour l'instant sur le texte ci-dessous. Corydon répond à son frère Ornytus qui lui avait suggéré de faire ceci : « hoc potius, frater Corydon, nemus, antra petamus / ista patris Fauni (…). » (Calp. Sic., Buc., I, 8-9)
quo me cumque vocas, sequor, Ornyte ; nam mea Leuce,
dum negat amplexus nocturnaque gaudia nobis,
pervia cornigeri fecit sacraria Fauni.
prome igitur calamos et si qua recondita servas.
nec tibi defuerit mea fistula, quam mihi nuper
matura docilis compegit harundine Ladon.
J'ai du mal à comprendre ce que le poète veut dire avec ce pervia … fecit sacraria (elle, Leucé, m'a rendu accessibles les temples). En quoi cette action empêche l'antérieure à propos des joies nocturnes ?

Pourquoi le futur antérieur defuerit ? et si qua recondita servas = et si tu gardes quelque chose de secret ? Je ne comprends pas…
1° Je pense que la chasteté rend le personnage plus digne d'entrer dans un sanctuaire, même si c'est celui d'une divinité connue pour ses appétits sexuels…
2° Il faut comprendre ainsi le futur antérieur : "et ma flûte ne t'aura pas fait défaut (sous-entendu : au moment où tu cesseras de jouer)".
Et à quoi fait référence l'expression "qua recondita" ? À des chants, des poèmes ?
Oui, l'expression est elliptique : "et tout ce que tu peux garder en réserve"
Si ce passage est assez facile à comprendre, je le trouve bien difficile à traduire.
Je me suis donc essayée à un mot à mot peu poétique pour m'assurer que j'ai bien compris.

quo me cumque vocas, sequor, Ornyte ; nam mea Leuce,
dum negat amplexus nocturnaque gaudia nobis,
pervia cornigeri fecit sacraria Fauni.
prome igitur calamos et si qua recondita servas.
nec tibi defuerit mea fistula, quam mihi nuper
matura docilis compegit harundine Ladon.

Quel que soit l'endroit où tu me convoques, je te suis, Ornytos.
Car ma Leuké, pendant qu(e) ou tant qu(e) (dum + présent) elle dit non à mes étreintes et aux plaisirs de la nuit,
m'a rendu accessible le sanctuaire du Faune cornu.
Sors donc tes chalumeaux, et si tu conserves quelque chose (des airs sans doute) en réserve, ma flûte de pan, que l'habile Ladon a fabriquée récemment pour moi avec du roseau ("mûr") à point ne te fera pas non plus défaut.

Le futur antérieur est impossible à garder en français.
Il me gêne ici, alors qu'il ne m'aurait pas gênée après si.
Je comprends ainsi : "Je t'aurai accompagné une fois tu auras décidé de jouer." Pour ainsi dire," je te précéderai" :/
Pour le si, je ne suis pas d'accord : il forme avec qua une expression indéfinie, comme le grec ei tis, et n'a donc pas sa valeur conjonctive ; l'éditeur a du reste mis un point après servas. On peut traduire : "et tous les airs, s'il en est, que tu gardes en réserve".
J'ai trouvé une édition allemande de 1804. On y rattache nos trois derniers vers non pas à Corydon, mais à Ornyte - ce qui rend la tâche d'interprétation bien plus aisée (je le crois du moins ; il me parâit plus logique…) ! Voici la traduction de Friedrich Adelung :

« Nimm nun (igitur) die Flöte hervor und was du etwa gedichtet.
Sieh, auch mein Rohr fehlet dir nicht, das neuerlich Lygdon
Künstlich (docilis) mir aus reifem Schilfe (matura … harundine) zusammengefüget.

La traduction des verbes est enviable (nimm … hervor = prome ; compegit = zusammengefüget -> l'on respecte vraiment le sens et les nuances même des mots), mais enfin je crois qu'en l'occurrence l'allemand s'y prête bien mieux que le français. En tout cas, vos airs, gabiana, y ont de l'écho : gedichtet ; et la nuance hypothétique a été bien rendue par ce petit etwa. La traduction de igitur par nun devrait nous faire penser aussi…

L'interprétation de Jacques, quant au futur antérieur, reste tout à fait plausible et vraisemblable. Corydon aurait donc joué la flûte de son frère (ou bien, comme vous dites, gabiana, Ornyte voulait précéder Corydon - ce serait donc une tentative de mobiliser son frère Corydon (plutôt triste) au jeu de flûtes ! Je ne sais pas si l'on peut dégager quelque chose du allemand sieh… Eh bien, je le crois : le futur antérieur latin est une expression synthétique qui peut très bien servir à raconter un petit "certamen" de flûtes entre les deux frères : l'un joue, puis l'autre etc. Le futur antérieur est un bilan d'un présent vécu par les deux personnes ; c'est d'ailleurs pourquoi l'allemand nous montre l'action en train de se dérouler au présent ("fehlet") avec cette marque de l'interaction entre les deux personnages ("sieh" -> à l'impératif).
Pour le si, je ne suis pas d'accord : il forme avec qua une expression indéfinie, comme le grec ei tis, et n'a donc pas sa valeur conjonctive ; l'éditeur a du reste mis un point après servas.
J'ai effectivement négligé le point après servas qui devient selon les éditeurs : ou ;
Je fais amende honorable.
J'ai cependant du mal dans le contexte à comprendre autrement que:
Prends donc tes chalumeaux si du conserves du moins quelque air en réserve. Point donc.
Et ma flûte t'accompagnera…
Enfin, je ne suis sûre de rien. (Il me semble que l'expression indéfinie si quid devrait être suivie d'un subjonctif. Mais dans ce passage, je trouve le choix des temps assez délicat à saisir.)
On a malgré tout et devant si
Mais n'épiloguons pas ; entre nous, ce n'est pas du très bon latin ; Calpurnius Siculus me semble surtout avoir comme mérite de faire éclater la supériorité de Virgile en matière d'églogues !!!

Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi
silvestrem tenui musam meditaris avena
[…] entre nous, ce n'est pas du très bon latin ; Calpurnius Siculus me semble surtout avoir comme mérite de faire éclater la supériorité de Virgile en matière d'églogues !!!
C'est rigolo (rigolot), ça 🙂 !
Rigolo, mais vrai ! 🙂
Merci, gabiana, j'ai déjà corrigé !