Pourquoi étudions-nous toujours des œuvres "anciennes" ?

Littérature

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'aurais une petite question sans intéret particulier mais qui me taraude : Pourquoi lors de nos études, et plus particulièrement au lycée les oeuvres imposées sont quasiment toujours "anciennes". Quel intérêt d'étudier Madame Bovary, La princesse de Clèves ou encore l'Odyssée d'Homère plutôt que des auteurs récents tels que Musso ou encore Levy pour ne citer qu'eux ?

Merci pour vos réponses 🙂
Je te répond à titre d'élève de filière scientifique et cette année nous n'avons que 'peu' étudier d’œuvres anciennes. Nous avons lu et étudié par exemple des extrait de Sylvie Germain, Laurent Gaudé et Pirandello (bon du XX mais assez récent).
Je pense que la date d’œuvres étudiées dépend des goûts du professeur et de leur personnalité.
Il est aussi "plus facile" d'étudier des textes anciens car nous pouvons avoir du recul sur ces œuvres.
J'y vois deux raisons :
- il faut du temps pour juger une œuvre
- les œuvres retenues le sont pour la qualité de leur écriture, leur contenu ou ce en quoi elles ont marqué leur époque
- la troisième, à laquelle j'adhère totalement, est la raison de Montesquieu dans les Lettre Persanes : « Il me semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux. » 🙂
la troisième, à laquelle j'adhère totalement, est la raison de Montesquieu dans les Lettre Persanes : « Il me semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux. »
Je trouve ça un peu réducteur comme vision. Implicitement, cela veut dire que ce que nous faisons actuellement est de moindre importance que ce qui s'est fait dans le passé. Nietzsche ne disait-il pas dans ses Secondes considérations intellectuelles qu'il faut parfois de débarrasser du passé pour profiter des avantages du présent ?
mike3150 a écrit :plutôt que des auteurs récents tels que Musso ou encore Levy pour ne citer qu'eux ?
Etudier des oeuvres récentes, c'est vrai que c'est rafraîchissant.
Par contre, ces deux-là, ce n'est pas de la Littérature.

Il faut étudier des oeuvres qui s'ancrent dans une pensée, dans un mouvement. Ces deux-là ne font pas ce genre d'oeuvres. Bien sûr, des oeuvres modernes et très récentes pourraient convenir, mais on a une certaine tendance à vouloir bourrer le crâne des élèves de vieux modèles. Je ne sais pas pourquoi cela étant…

C'est vrai que Laurent Gaudé, ça captive… 🙂
Embu a écrit :Je trouve ça un peu réducteur comme vision. Implicitement, cela veut dire que ce que nous faisons actuellement est de moindre importance que ce qui s'est fait dans le passé. Nietzsche ne disait-il pas dans ses Secondes considérations intellectuelles qu'il faut parfois de débarrasser du passé pour profiter des avantages du présent ?
Salut Embu ! 🙂

1/ Réducteur : non, il suffit de mettre en regard les 40 siècles de civilisation qui nous ont précédés et « les dix dernières années ».
2/ Pas besoin de Nietzsche pour savoir qu'il faut profiter du présent (c'est le mode de vie et de pensée des sages de la plupart des civilisations depuis l'origine des âges), mais, en effet, il est tout à fait intéressant de savoir ce qui se fait ; j'avais posé exactement cette même question à mon professeur de français, il y a très longtemps, et elle m'avait répondu : « oui, très bien, mais vous n'avez pas besoin de moi (ni du lycée) pour lire les dernières nouveautés à la mode ». J'avais eu à peu près la même réponse d'un professeur de musique à propos de l'enseignement des musiques actuelles. 😉
Le jour où Musso sera étudié dans le secondaire, on aura vraiment touché le fond…
Pour apprécier … ou non … :/

Extrait de Central Park.
1
Alice
Je crois qu’en tout homme, il y a un autre homme. Un inconnu, un Conspirateur, un Rusé.
Stephen KING


D’abord le souffle vif et piquant du vent qui balaie un visage.
Le bruissement léger des feuillages. Le murmure distant d’un ruisseau. Le piaillement discret des oiseaux. Les premiers rayons du soleil que l’on devine à travers le voile de paupières encore closes. Puis le craquement des branches. L’odeur de la terre mouillée. Celle des feuilles en décomposition. Les notes boisées et puissantes du lichen gris. Plus loin, un bourdonnement incertain, onirique, dissonant.

Alice Schäfer ouvrit les yeux avec difficulté. La lumière du jour naissant l’aveuglait, la rosée du matin poissait ses vêtements. Trempée de sueur glacée, elle grelottait. Elle avait la gorge sèche et un goût violent de cendre dans la bouche. Ses articulations étaient meurtries, ses membres ankylosés, son esprit engourdi.

Lorsqu’elle se redressa, elle prit conscience qu’elle était allongée sur un banc rustique en bois brut.Stupéfaite, elle découvrit soudain qu’un corps d’homme, massif et robuste, était recroquevillé contre son flanc et pesait lourdement sur elle. Alice étouffa un cri et son rythme cardiaque s’emballa brusquement. Cherchant à se dégager, elle bascula sur le sol puis se releva dans le même mouvement. C’est alors qu’elle constata que sa main droite était menottée au poignet gauche de l’inconnu. Elle eut un mouvement de recul, mais l’homme resta immobile. Merde !
Son coeur pulsa dans sa poitrine. Un coup d’oeil à sa montre : le cadran de sa vieille Patek était rayé, mais le mécanisme fonctionnait toujours et son calendrier perpétuel indiquait : mardi 8 octobre, 8 heures. Bon sang ! Mais où suis-je ? se demanda-t-elle en essuyant avec sa manche la transpiration sur son visage.
Elle regarda autour d’elle pour évaluer la situation. Elle se trouvait au coeur d’une forêt dorée par l’automne, un sous-bois frais et dense à la végétation variée. Une clairière sauvage et silencieuse entourée de chênes, de buissons épais et de saillies rocheuses. Personne aux alentours et, vu les circonstances, c’était sans doute préférable.
Alice leva les yeux. La lumière était belle, douce, presque irréelle. Des flocons scintillaient à travers le feuillage d’un orme immense et flamboyant dont les racines trouaient un tapis de feuilles humides.
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Si Musso était humoriste, il aurait beaucoup de fans… mais attendez il en a déjà… 🙄
Et encore, l'extrait choisi, arrivé à la moitié, est encore plutôt bon. La suite par contre perd en qualité et le thème est inutilisable en cours de Littérature.
L'extrait choisi a toutes les caractéristiques d'un incipit, et un incipit bien fait car il donne envie de lire la suite !

Pour répondre à notre jeune ami, on étudie en classe des textes qui ont fait leurs preuves, dont la qualité ne se discute plus. Ainsi se forme le goût et s'acquièrent les critères de jugement.
C'est parce qu j'ai beaucoup lu des textes d'autrefois que je puis dire que l'incipit ci-dessus est bien fait.
Ca va, finalement, je ne suis pas le seul à trouver que c'est même plutôt bien écrit… 😉
Comme quoi le conseil donné aux apprentis écrivains de ne pas abuser des adjectifs serait totalement infondé ?
Ce qui me dérange le plus c'est l’invraisemblance (je ne trouve pas le mot juste, celui-ci conviendra) du troisième paragraphe avec le récit qui part dans tous les sens. La construction de l'extrait ne me plaît pas non plus mais c'est subjectif, chacun ses goûts.
Comateen a écrit :Le jour où Musso sera étudié dans le secondaire, on aura vraiment touché le fond…
Pourquoi ? Quand les oeuvres ne sont pas imposées il arrive souvent que des élèves (surtout au collège et lycée notamment les filières pro CAP/BEP) choisissent ces livres en vue d'en faire des résumés ou plus rarement des dissertations….