Bonjour.
J'ai une question concernant la dernière scène de Rhinocéros, à savoir le monologue de Bérenger, je voulais savoir si l'on pouvait considérer cette scène - outre le dénouement - comme une sorte de "conclusion" de l'œuvre.
Avec du recul, je me rends compte qu'il y a plus d'éléments qui jouent en la faveur d'une conclusion que d'un dénouement (relation entre le groupe et l'individu). Qu'est-ce qui fait finalement penser à un "dénouement" en bonne et due forme ? Les réponses à nos questions (du style : Pourquoi Bérenger est-il resté le seul individu encore humain ?) ne sont pas apportées.
Dénouer : enlever le nœud. Vont-ils tous se métamorphoser ?
Conclure : terminer. Il n'en reste qu'un.
Béranger ne se transforme pas en rhinocéros. Il reste seul.
La dernière scène est volontairement ambiguë.
La force de ce monologue final, dont le destinataire ultime est le spectateur lui-même, tient à son ambiguïté. Faut-il lire dans la résistance de Bérenger un espoir pour l'homme face aux tentations totalitaires ? Convient-il plutôt de voir dans l'absurdité de la situation de Bérenger face au monde un constat profondément pessimiste sur la condition humaine ? Ionesco ne délivre aucun message ; son théâtre s'adresse d'abord à ce qui remue profondément en l'homme.
Je ne comprends pas du coup ce qui pourrait jouer en la faveur d'un dénouement.
Et moi je ne comprends pas du tout la question que tu poses.
On classe les dénouements en trois catégories :
- le dénouement-résolution : il propose une solution aux problèmes posés dans la pièce.
- le dénouement-ouverture : une histoire s'achève, une autre commence.
- le dénouement-anéantissement : il ne propose aucune perspective d'avenir.
Donc ici, c'est un dénouement-anéantissement puisqu'on ne sait pas déjà pourquoi il y a eu irruption d'un rhinocéros (dans les pièces classiques, tous les éléments obscurs et éléments perturbateurs auraient été résolus) et en plus, on ne sait pas ce qu'il va devenir.
On a donc à la fois un constat sur ce qu'il se passe : Bérenger seul qui tente de ressembler aux rhinocéros et l'inversion des valeurs = dénouement-anéantissement puisque maintenant, la norme est d'être rhinocéros.
Mais aussi une conclusion sur la pièce : le poids du groupe sur l'individu et les dangers du conformisme.
Et la pièce s'ouvre sur un mystère : doit-on considérer Bérenger comme un héros ou un anti-héros ?
Tu défendras ton interprétation du dénouement.
Personnellement, mais je l'ai déjà dit, j'opte pour une ambiguïté volontaire de Ionesco qui n'est pas donneur de leçons mais donneur de questions :
- le dénouement-anéantissement : il ne propose aucune perspective d'avenir
- le dénouement-ouverture : une histoire s'achève, une autre commence.
D'accord. Comme la question est "Ce monologue est-il un dénouement ou une conclusion ?", je peux largement définir les deux types de dénouement qui apparaissent dans ce monologue et défendre la question de la conclusion à la pièce.