Origine de la lettre "z" finale

Langue française

15 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Quelle est l'origine de la lettre "z" que nous trouvons à la fin des mots suivants et qui ne se prononce pas :

assez ; chez ; nez ; et 2° personne du pluriel des verbes (vous chantez) ?

D'où sort cette lettre "z" et quand est-elle apparue ?
Cela me semble être une histoire longue et compliquée, comme peut-être toute celle de notre orthographe.

La lettre Z de notre alphabet latin est ancienne.
Elle provient de la lettre grecque Zêta ou dzêta (capitale Ζ, minuscule ζ ; en grec ζήτα) 6ème de l'alphabet grec.
Elle-même serait dérivée de la lettre de l'alphabet phénicien
zayin https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/6d/Phoenician_zayin.svg/20px-Phoenician_zayin.svg.png
En latin, il semblerait qu'il ait été sans emploi car le son qu'il représentait n'existait pas.
Mais après avoir conquis la Grèce les Romains en auraient eu besoin pour noter des mots empruntés au grec.
C’est alors qu’ils l’ont réintroduit et relégué à la fin de l’alphabet ! Donc reprise de la Z au Ier siècle avant JC pour des mots d'origine grecque (de même que la lettre Y : i grec). Le Z d'abord, jugé doux par certains (tss), mais barbare par d'autres, parce qu'il s'accompagne d'un rictus et " imite les dents d'un mort " !
En Ancien Français, x = us / z = ts. on trouve par exemple asez
Du XIIIème au XVIème siècle, nombre de tentatives ont lieu pour modifier l'orthographe des mots, particulièrement à la Renaissance.
On lit encore:
…Suiués rochers, et auecq'vostre Orphee
Admirés moy d'vn grand Roy le Trophee…
(E. Jodelle, 1558)

A l'époque classique, le dictionnaire de Richelet en 1680 simplifie des consonnes doubles, supprime des lettres qui avaient été rajoutées comme des lettres grecques, les remplace par é ou è. ; il écrit batême, ateindre, mistère… Corneille, en 1663, se prononce en faveur de l'accent grave, du s au lieu du z comme signe du pluriel.

Au XVIIIème siècle, tout n'est pas fixé en ce qui concerne beaucoup de mots. (Je ne crois pas que ce soit le cas pour la lettre z)
Mais on lit oi pour ai,des enfans, des parens, des Savans.
Ensuite l'Académie Française fait autorité au XIXème siècle, à la fin du siècle on se repose sur Littré et les grands dictionnaires Larousse.
Je crois qu'à cette époque on ne se pose plus trop de questions sur le z.
Si d'autres sont plus savants, ils vont sûrement se manifester.
Merci pour cette longue réponse.
Ce qui m'intrigue, ce sont ces "z" en terminaison des mots cités, sortis je ne sais d'où : les mots latins dont ils pourraient être issus ne contenant pas cette lettre.
Si je peux me permettre, il se peut que la question que tu poses soit liée à une bizarrerie du z : les mots se terminant en z ne prennent pas de marque du pluriel : un pot, des pots, un nez, des nez. Pourquoi ?
(une autre consonne partage cette curiosité, le x.)
Voici ce que dit le Dictionnaire historique de l'orthographe française (Nina Catach) :
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Chute de la voyelle (ou des voyelles) entre le t et le s.
Par exemple
adsatis > …. > as…ts > assez
Pour les conjugaisons -atis > -ets écrit -ez
Pour "chez" et les noms, voir la réponse de Lamaneur
En AF, le -z ne graphie pas seulement le groupe -ts, mais aussi le s derrière une liquide (filz, cumpainz, pleinz, uelz, jurz etc…) . Dans certains manuscrits, il peut se substituer (parfois capricieusement) à tout groupe comportant un s final ou même à un s seul, presque toujours à la finale. Comme pour le -x, il peut s'agir aussi d'une ligature.
Pour les mots nez et chez, c'est l'analogie qui a joué :
- nez a pu s'aligner sur les autres noms en -e(z) provenant des noms abstraits latin comme bontez (*bon(i)tat-s). Comme il est monosyllabique, et les accents n'existant pas, on pouvait le confondre avec des mots grammaticaux comme ne.
- chez a pu subir l'influence de lez, dont le -z est étymologique (*lat(u)s).
- Les autres mots que vous citez présentent le groupe t-s. (*cantat(i)s : chantez, *(ad) sat(i)s : (as)sez)

Quand j'ai posté, je n'avais pas vu les réponses précédentes…
Je fais sans document… peut-être ai-je tort.
Non, c'est bien cela.
Et puis il faut accepter qu'on ne puisse pas tout expliquer d façon rationnelle et absolue.
On trouve lez ou lès.
Bourg-lès-Valence. Mais Villeneuve-lez-Avignon. Et ce n'est même pas une question de région.
Merci à tous pour toutes ces réponses qui se confirment les unes les autres. Merci à Lamaneur pour ce gros travail de scan, de copier et de coller, au contenu riche en renseignements.
Je n'ai pas tout suivi par manque de compétence ou d'effort, veuillez m'en excuser.

Ai-je compris une partie de ce qui vient d'être dit si je dis que le z minuscule écrit à la main est issu d'une contraction de ts[sup]*[/sup] écrit à la main ou de ns écrit à la main (j'ai oublié le mot indiquant cette simplification d'écriture de deux lettres consécutives par fusion (je l'ai sur le bout de la langue, quel est-il ?)) ?
S'il en est ainsi, le z signifie originellement ts ou ns ou xs (x pouvant prendre plusieurs valeurs, comme en maths), ce qui expliquerait qu'un mot singulier se terminant en z ne prendrait pas de marque du pluriel puisque le z signifie xs (x = t ou autre). Ai-je bien compris ?

* : ts écrit à la main se transforme facilement en z écrit à la main.
Laoshi a écrit :Non, c'est bien cela.
Et puis il faut accepter qu'on ne puisse pas tout expliquer d façon rationnelle et absolue.
On trouve lez ou lès.
Bourg-lès-Valence. Mais Villeneuve-lez-Avignon. Et ce n'est même pas une question de région.
Bien sûr, on peut souvent trouver un -s à la place du -z ; ne pas oublier qu'il s'agit d'une graphie semi-savante, et que l'orthographe médiévale n'est pas fixée.

Hippocampe, tu veux parler de la ligature, comme le @ !
Ligature, oui, merci Jacques.

Et ça explique pourquoi pas de s après le z ?
Oui, ni derrière le -x, qui est la ligature par excellence.
Justement, j'attendais pour poser cette question, x est la ligature de quoi ?
Du -u et du -s. Il s'agit là d'une véritable ligature, la lettre -x ne pouvant être considérer comme graphème à l'inverse du -z. Je n'entre pas dans les détails.
On avait donc li cheval-s = li chevaus = li chevax (pas dans tous les mss.)
Dans le groupe -als, le l s'est vocalisé et s'est prononcé "ou". Par la suite, on a graphié cette syllabe au, conformément à la prononciation, tout en conservant le -x, alors qu'il eût fallu écrire -aus (qu'on trouve aussi au Moyen-Age). D'où la forme aberrante chevaux.