Questions sur la licence de lettres classiques

La filière littéraire

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Bien sûr que cela ne veut rien dire et qu'on (le pronom est tout de même pratique..!) a toujours crié à la baisse du niveau, c'est bien pour cela que je me méfie un peu de ce lieu commun, même s'il me semble que matériellement, les élèves et leurs professeurs disposent généralement et de toute façon de moins de temps qu'auparavant pour étudier et enseigner les langues anciennes.
Oui, réjouissons-nous toutefois que cela soit possible, pour celles et ceux qui le souhaitent, et y compris plus tard !
Cependant, les choses étant ce qu'elles sont, je me pose tout de même la question des débouchés de cette licence de lettres classiques.
Car s'il est bien d'étudier, et si l'on peut apprendre toute sa vie, il faut pour certains songer à gagner leur vie, et trouver un métier conforme à/ différent de leurs centres d'intérêt…(?)
Il me semble que l'enseignement est un débouché évident, qui plus est dans un domaine (les lettres) où je crois que l'on peine à recruter ces derniers temps - je pense surtout au CAPES en l'occurrence. Autrement, en effet, je ne vois pas bien !
Bien sûr. L’enseignement. Du français essentiellement, avec un CAPES.

Bonjour,

Caressant depuis longtemps l’idée de faire des lettres classiques un jour, je regarde par-ci par-là les programmes de licence des diverses universités. Je n’en ai pas encore vu qui délimite clairement les lettres modernes et les lettres classiques, et je trouve des cours de littérature moderne dans tous les parcours de LC que j’aie pu voir.

Je n’en comprends pas trop la logique. Pourquoi ne peut-on pas étudier le grec et le latin sans faire de littérature moderne ? L’inverse se défend, mais être obligé d’étudier Proust pour maîtriser Cicéron, j’ai du mal à le concevoir…

Je soupçonne que c’est peut-être lié au fait que les études de LC sont réputées ne déboucher que sur l’enseignement secondaire, où les classicistes se retrouvent à enseigner le français plutôt que de langues anciennes… j’espère me tromper, car il serait bien triste de voir l’Université se plier aux cahiers des charges de l’Éducation Nationale.

Je continue d’espérer avoir mal cherché : existe-t-il à votre connaissances des facs où en LC on peut ne faire que ce qu’annonce le titre de la mention, à savoir des lettres classiques ?

Merci.

Bonjour,

La différence substantielle entre LC et LM tient (en France) au latin et grec d’un côté et à la littérature générale et comparée de l’autre – il est par ailleurs évident qu’on peut s’intéresser aux langues anciennes étant LM et aux littératures étrangères étant en LC.

Cette proximité entre les deux champs disciplinaires tient à deux faits, qui ne sont pas reliés à l’Education Nationale. Les lettres modernes sont une discipline récente – l’agrégation de LM naquit en 1959 – auparavant il n’y avait qu’une discipline, les Lettres, héritière des Belles Lettres du XVII siècle, qui comprenait aussi bien la littérature française que les littératures anciennes. Au moment de la séparation, on n’a pas été jusqu’à calquer les Lettres classiques sur le modèle anglo-saxon des Classics. De plus, l’étude du grec et latin en Lettres Classiques est le plus souvent une étude exclusivement littéraire et linguistique, très peu de philosophie ancienne, d’archéologie ou d’histoire : on ne peut pas tout faire.

En effet, en Europe, on trouve deux paradigmes concernant l’étude des LC : d’un côté l’Europe latine où l’étude des littératures et langues anciennes ne peut pas être scindé de celui des littératures nationales (fait peut-être à mettre en relation avec le fait que le latin est l’ancêtre de ces langues et que pour en étudier la littérature médiévale il faut faire du latin? Il faudrait creuser), de l’autre l’Europe anglo-saxonne où l’étude du latin et du grec se rapproche davantage d’une vision globale du monde antique, en y couplant histoire, historie de l’art, philosophie etc. J’ai dressé un portrait volontairement simplifié afin de donner les principales raisons historiques qui font qu’en France, Italie, Espagne etc. les Lettres Classiques ne soient pas les Classics (la différence même du nom qui d’un côté contient lettres, de l’autre non, est parlante).

Le professeur de lettres classiques est depuis 1959 un professeur de français, de latin et de grec. Avant cette date l’agrégation de lettres modernes n’existait pas. Auparavant , depuis des siècles, on l‘appelait professeur de lettres et il enseignait les mêmes matières.

Au niveau de la licence, actuellement, je pense que tes recherches seront vaines, et qu’il te faudra étudier le français, le latin et le latin.

À un niveau plus élevé, il est possible de se spécialiser dans les langues anciennes, voire dans une seule langue ancienne. Ce ne sera pas dans le but d’enseigner dans le secondaire, mais dans le supérieur.

Mais cela se fait bien après la licence.

Merci pour vos réponses. Je ne m’étais pas rendu compte de cette dichotomie entre les pays latins et les pays germaniques/anglo-saxons, mais à y réfléchir c’est en effet assez logique. Dommage que les Classics ne soient pas vraiment accessibles en France (même si on peut espérer que le coronavirus donnera un coup de fouet à l’enseignement à distance), c’est exactement cela que je cherche. Quand on est en LLCE à la fac, il me semble qu’on n’est pas obligé d’apprendre la littérature française. Je trouve que cette même possibilité devrait être prévue dans le cas des langues anciennes.

Bonjour mikomasr,

Pour avoir précisément cherché à me constituer un parcours de "classics" en France, et donc à faire des LC sans avoir à suivre un seul cours de français, je peux vous dire qu’à ma connaissance seul le programme de l’UT2J à Toulouse le permet. Chaque licence à l’UT2J a une discipline principale et une discipline associée. En licence de LC, la discipline principale c’est évidemment les LC (grec, latin, philologie, sanskrit etc), et en DA on peut certes prendre lettres modernes, mais on peut aussi choisir tout autre chose, comme histoire, histoire de l’art/archéo, philosophie etc.

J’avais repéré des programmes de classics en EAD, à Bristol et à Manchester si je me souviens bien, mais déjà qu’ils étaient chers avant le brexit, ils sont maintenant devenus carrément inabordables pour les citoyens ou résidents français. Le programme à Toulouse en EAD est bien sûr beaucoup plus abordable.

Comme laoshi l’a souligné, si l’on se destine à faire de l’enseignement il faut évidemment choisir un cursus avec une composante importante de français / lettres modernes.

Merci beaucoup log!

Dans un avenir très très lointain, je me verrais bien donner des cours de latin au niveau universitaire, par pur intérêt intellectuel, mais je ne me vois pas du tout enseigner le français (ni même le latin d’ailleurs) en collège ou en lycée. Peut-être pourrait-on me recruter comme vacataire pour quelques cours de version, si je valide un parcours purement "antique" sans lettres modernes ?

Je m’en vais consulter les programmes de Bristol et Manchester, histoire de rêver un peu.

Et merci aussi pour les informations concernant Toulouse. Avez-vous suivi cette licence finalement ?

Je garde un amer souvenir de ma L1 d’arabe avec le SED ; la qualité des cours était catastrophique, un véritable scandale. J’ai laissé tomber après le premier semestre. Mais les professeurs de langues anciennes sont peut-être plus investis dans leur formation que ceux du département d’arabe…

@Mikomasr : Les vacations à la fac, c’est assez particulier : ça peut dépendre d’une candidature spontanée, du fait que vous connaissez les enseignants-chercheurs du coin. Mais pourquoi choisirait-on pour assurer de tels cours quelqu’un qui n’est pas agrégé/certifié docteur/doctorant de lettres classiques ? Je dois avouer que c’est un peu curieux de lire votre message au regard de la situation des Lettres classiques : vous semblez considérer les choses d’une manière très libre, disons, au regard des contraintes qui pèsent sur les personnes qui suivent la filière telle qu’elle est et qui cochent toutes les cases. Je comprends tout à fait la volonté de ne pas enseigner dans le secondaire, bien sûr, là n’est pas la question.

Je comprends que d’aucuns puissent se sentir à l’étroit dans notre système universitaire et académique français, même si je suis très dubitatif face à l’idée que c’est forcément mieux ailleurs : chaque système a ses failles, et je suis assez dubitatif quand je vois certaines études anglophones qui sont censées être littéraires mais qui ont complètement dérivé vers les cultural studies, par exemple.

@Ascagne vous avez sans doute raison… une amie a été recrutée comme vacataire pour donner des cours de version russe en LEA pour la simple et unique raison qu’elle est traductrice russisante. Cela dit la dynamique de l’offre et de la demande est peut-être différente en russe, et ça m’a fait presque oublier que les LC étaient complètement bouchées. Quoi qu’il en soit, ce n’est vraiment qu’une vague idée de mise à profit dans un futur incertain de ces études que je n’ai même pas encore commencées, et si au final je ne peux en faire profiter que moi-même, ça sera déjà très bien.

Je ne pense pas que l’enseignement soit de meilleure qualité ailleurs (surtout dans les pays anglo-saxons, il serait légitime de s’attendre à une maîtrise moins naturelle du latin), mais plutôt qu’il est différent. Comme le disait @log , je préférerais mille fois apprendre le grec, le latin et l’archéologie (même si je n’ai absolument pas l’intention de devenir archéologue) ou la philosophie antique, plutôt que de me coltiner de la littérature moderne, qui me paraît presque "hors-sujet" pour le coup. L’offre de Toulouse à ce titre est très encourageante, j’aimerais bien cependant avoir des témoignages à son sujet, après la douche froide de ma L1 d’arabe…

@mikomasr j’ai suivi la licence à Toulouse, par le SED effectivement, et j’ai trouvé tout cela très bien organisé. Les enseignants sont vraiment très disponibles, je trouve la formation excellente, et l’accès aux cours en ligne se fait sans problèmes. En outre, du fait des contraintes actuelles sur les cours en présentiel, on peut aussi assister aux cours en Zoom si on veut.

Je souligne que ma perspective est peut-être biaisée, j’ai longtemps travaillé tout seul de mon côté, en thèse et après en recherche, et donc toute forme d’encadrement est un gros plus. Je dirais que l’organisation / la motivation nécessaire pour bien réussir un cours à distance de ce type est comparable à ce qu’il faut en prépa, avec une moindre quantité de travail. On n’est pas "emporté" par le flot des autres étudiants qui vont en cours tous les jours, et donc il faut la discipline pour travailler un nombre minimum d’heures de latin, de grec, d’histoire etc tous les jours, même quand on n’en a pas envie. Ca aide aussi d’attaquer le programme bien avant la rentrée (puisque les listes d’œuvres à étudier, les manuels recommandés etc sont donnés dans la plaquette).

Merci beaucoup log pour ce retour d’expérience très encourageant. Je n’ai plus qu’à franchir le pas…