Diderot, Lettre sur les aveugles

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
je dois réaliser un exposé sur la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient de Denis Diderot. J'ai déjà bien avancé dans mon travail toutefois j'ai du mal à trouver la problématique générale de la lettre. En effet, une partie du travail consiste à traiter le texte selon une problématique centrale. Mais j'ai du mal à la trouver. Qu'en pensez-vous ?

En espérant que quelqu'un puisse m'aider,
je vous remercie d'avance ! 🙂

Le texte :
https://fr.wikisource.org/wiki/Lettre_sur_les_aveugles_%C3%A0_l%E2%80%99usage_de_ceux_qui_voient
Diderot expose une thèse sensualiste. Rien n'est dans notre esprit que parvenu par nos sens.
Il prolonge son argumentation par des conséquences matérialistes, notamment dans les domaines moral et religieux.
Quelle est la différence entre sensualisme et matérialisme ? J'ai cherché mais ne comprend pas trop la différence.

Selon ce que j'ai compris, ces deux théories vont à l'encontre du dogme de l'Eglise de l'époque ?

Peut-on choisir comme problématique : en quoi la lettre sur les aveugles est marquée par l'entreprise des philosophes des Lumières ?
-> Le sensualisme et matérialisme comme visions nouvelles s'opposant au dogmatisme de l'Eglise
Cette problématique convient tout à fait.
Diderot ne s'oppose pas seulement au dogmatisme de l'Église, mais à toutes les philosophies qui considèrent qu'il existe des idées innées (Descartes, par exemple).
Justement le fait que les idées soient innées ne faisait-il pas aussi partie des valeurs de l'église ? Je pense au jansénisme notamment.. ?
J'ai bien dit "pas seulement au dogmatisme de l'Église".
D'accord c'était bien pour confirmer que les deux idées allaient ensemble
Merci

Bonjour, je reviens vous demander votre aide.
Il y a un passage dans la lettre que j'ai du mal à comprendre et j'aurais voulu savoir ce que vous en pensiez…


Voici le passage :
Notre aveugle juge fort bien des symétries. La symétrie, qui est peut-être une affaire de pure convention entre nous, est certainement telle, à beaucoup d’égards, entre un aveugle et ceux qui voient. À force d’étudier par le tact la disposition que nous exigeons entre les parties qui composent un tout, pour l’appeler beau, un aveugle parvient à faire une juste application de ce terme. Mais quand il dit : cela est beau, il ne juge pas ; il rapporte seulement le jugement de ceux qui voient : et que font autre chose les trois quarts de ceux qui décident d’une pièce de théâtre, après l’avoir entendue, ou d’un livre, après l’avoir lu ? La beauté, pour un aveugle, n’est qu’un mot, quand elle est séparée de l’utilité ; et avec un organe de moins, combien de choses dont l’utilité lui échappe ! Les aveugles ne sont-ils pas bien à plaindre de n’estimer beau que ce qui est bon ? combien de choses admirables perdues pour eux ! Le seul bien qui les dédommage de cette perte, c’est d’avoir des idées du beau, à la vérité moins étendues, mais plus nettes que des philosophes clairvoyants qui en ont traité fort au long.

Le nôtre parle de miroir à tout moment. Vous croyez bien qu’il ne sait ce que veut dire le mot miroir ; cependant il ne mettra jamais une glace à contre-jour. Il s’exprime aussi sensément que nous sur les qualités et les défauts de l’organe qui lui manque : s’il n’attache aucune idée aux termes qu’il emploie, il a du moins sur la plupart des autres hommes l’avantage de ne les prononcer jamais mal à propos. Il discourt si bien et si juste de tant de choses qui lui sont absolument inconnues, que son commerce ôterait beaucoup de force à cette induction que nous faisons tous, sans savoir pourquoi, de ce qui se passe en nous à ce qui se passe au dedans des autres.

Je lui demandai ce qu’il entendait par un miroir : « Une machine, me répondit-il, qui met les choses en relief loin d’elles-mêmes, si elles se trouvent placées convenablement par rapport à elle. C’est comme ma main, qu’il ne faut pas que je pose à côté d’un objet pour le sentir. » Descartes, aveugle-né, aurait dû, ce me semble, s’applaudir d’une pareille définition. En effet, considérez, je vous prie, la finesse avec laquelle il a fallu combiner certaines idées pour y parvenir. Notre aveugle n’a de connaissance des objets que par le toucher. Il sait, sur le rapport des autres hommes, que par le moyen de la vue on connaît les objets, comme ils lui sont connus par le toucher du moins, c’est la seule notion qu’il s’en puisse former. Il sait, de plus, qu’on ne peut voir son propre visage, quoiqu’on puisse le toucher. La vue, doit-il conclure, est donc une espèce de toucher qui ne s’étend que sur les objets différents de notre visage, et éloignés de nous. D’ailleurs, le toucher ne lui donne l’idée que du relief. Donc, ajoute-t-il, un miroir est une machine qui nous met en relief hors de nous-mêmes. Combien de philosophes renommés ont employé moins de subtilité, pour arriver à des notions aussi fausses ! mais combien un miroir doit-il être surprenant pour notre aveugle ? Combien son étonnement, dut-il augmenter, quand nous lui apprîmes qu’il y a de ces sortes de machines qui agrandissent les objets ; qu’il y en a d’autres qui, sans les doubler, les déplacent, les rapprochent, les éloignent, les font apercevoir, en dévoilent les plus petites parties aux yeux des naturalistes ; qu’il y en a qui les multiplient par milliers, qu’il y en a enfin qui paraissent les défigurer totalement ? Il nous fit cent questions bizarres sur ces phénomènes. Il nous demanda, par exemple, s’il n’y avait que ceux qu’on appelle naturalistes qui vissent avec le microscope et si les astronomes étaient les seuls qui vissent avec le télescope ; si la machine qui grossit les objets était plus grosse que celle qui les rapetisse ; si celle qui les rapproche était plus courte que celle qui les éloigne ; et ne comprenant point comment cet autre nous-même que, selon lui, le miroir répète en relief, échappe au sens du toucher : « Voilà, disait-il, deux sens qu’une petite machine met en contradiction : une machine plus parfaite les mettrait peut-être plus d’accord, sans que, pour cela, les objets en fussent plus réels ; peut-être une troisième plus parfaite encore, et moins perfide, les ferait disparaître, et nous avertirait de l’erreur. »

Et qu’est-ce, à votre avis, que des yeux ? lui dit M. de… « C’est, lui répondit l’aveugle, un organe, sur lequel l’air fait l’effet de mon bâton sur ma main. » Cette réponse nous fit tomber des nues ; et tandis que nous nous entreregardions avec admiration : « Cela est si vrai, continua-t-il, que quand je place ma main entre vos yeux et un objet, ma main vous est présente, mais l’objet vous est absent. La même chose m’arrive, quand je cherche une chose avec mon bâton, et que j’en rencontre une autre. »

Madame, ouvrez la Dioptrique de Descartes, et vous y verrez les phénomènes de la vue rapportés à ceux du toucher, et les planches d’optique pleines de figures d’hommes occupés à voir avec des bâtons[4]. Descartes, et tous ceux qui sont venus depuis, n’ont pu nous donner d’idées plus nettes de la vision ; et ce grand philosophe n’a point eu à cet égard plus d’avantage sur notre aveugle que le peuple qui a des yeux.

Aucun de nous ne s’avisa de l’interroger sur la peinture et sur l’écriture : mais il est évident qu’il n’y a point de questions auxquelles sa comparaison n’eût pu satisfaire et je ne doute nullement qu’il ne nous eût dit, que tenter de lire ou de voir sans avoir des yeux, c’était chercher une épingle avec un gros bâton. Nous lui parlâmes seulement de ces sortes de perspectives, qui donnent du relief aux objets, et qui ont avec nos miroirs tant d’analogie et tant de différence à la fois ; et nous nous aperçûmes qu’elles nuisaient autant qu’elles concouraient à l’idée qu’il s’est formée d’une glace, et qu’il était tenté de croire que la glace peignant les objets, le peintre, pour les représenter, peignait peut-être une glace.