Réflexion sur la transitivité directe / indirecte

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Réflexion sur la transitivité : Pourquoi dit-on "Nuire à qqn" et pas "Nuire qqn" (et pas "fatiguer à qqn", "Obéir qqn" …) Bonjour à toutes et à tous,

Une amie chinoise à qui je donne des cours de français m’a demandé pourquoi on disait "nuire à qq'un" et non "nuire qq'un". Vu du chinois, il est souvent très difficile de deviner le caractère direct ou indirect d'un objet en français.

Lorsque l'on fait des recherches sur la différence entre Cod et Coi (Coi avec à, de), on trouve des explications d'ordre syntaxique (un cod est un objet placé directement après le verbe, sans préposition/ Pour un Coi il y a une préposition)

On tombe aussi sur des explications sémantiques :
Ex : « il donne de la nourriture à son chien ».   ------ "Son chien" est objet destination, attribution. Le fait qu'il y ait un cod et un coi différencié permet de distinguer "de la nourriture" et "son chien" (il ne donne pas son chien à de la nourriture, il donne de la nourriture a son chien)
Ce sens d'attribution, qui justifie que "son chien" soit différencié de "de la nourriture" est clair, mais ne concerne pas tous les cas de Coi avec à.

 
J'ai pu constater en lisant quelques autres sujet, que les échanges sur ce site pouvaient être d'un très haut niveau en grammaire/linguistique, j'aimerais donc vous poser cette question : est-ce quelqu'un saurait m'expliquer ce qu'est, en soi, un COD, un COI.
Pourquoi tel verbe demande-t-il d’être suivi d’un COD  et tel autre d’un COI.
 
Comme dit précédemment, pour certain verbe, c'est évident.
Il donne de la nourriture à son chien  -- Objet d’attribution, destination du Cod.


Mais je liste d'autres cas, qui me posent problème :

Pour la question de savoir ce qu'est, en soi, un COD :

On dit que l'on met un COd lorsque l'action du verbe s'applique directement sur l'objet. Mais qu'est-ce que cela veut dire  exactement ?

Pour "je mange une pomme", je comprends. La pomme a véritablement "subi" le processus, elle a même été transformée.


Mais en quoi l'action s’applique-elle plus directement dans "je regarde un spectacle" que dans "J'assiste à un spectacle"(sur ce type de verbe, un apprenant chinois pourra faire une faute, il dira volontiers : j'assiste un spectacle).

En quoi "un spectacle" est-il plus objet direct (il l'est car la construction le fait l’être, mais pourquoi ?) avec « regarder » qu’avec assister ».

Dans " je regarde quelque chose" en quoi "quelque chose" n'est-il pas un objet destination ?  (destination de mon regard)
Un peu comme dans " je donne de la nourriture à mon chien"
Ou dans "je jette un regard à cet arbre"

Ainsi, pourquoi ne dît on pas "je regarde à un arbre"
(Vous me direz peut-être que l'action est directe pour "regarder" et indirecte pour "jeter".
Et que le fait qu'il y ait la possibilité d'y avoir un objet plus essentiel pour "jeter", justifie que l'objet destination "quelqu'un" soit placé en COI, alors que pour "regarder", il peut "glisser" en COD.
Pareil pour assister, on peut dire "assister quelqu'un", ce qui pourrait justifier le choix de dire "assister à quelque chose", pour différencier les deux sens possibles)

Mais alors pourquoi dit-on "Son attitude nuit aux autres"
et pas "Son attitude nuit les autres"
(alors que "nuire" ne peut pas avoir de COD)

Par ailleurs, pourquoi dit-on "Son attitude fatigue les autres" ?   (ou énerve/embête, défavorise, …)

Dans le verbe "nuire", je peux sentir un sens indirect en soi, car si je dis "il nuit aux autres", ce n'est pas vraiment "il" qui nuit mais ses actions (alors que dans "il regarde", c'est bien "il" qui regarde. « Regarder » est l’action, alors que dans « il nuit » nuire n’est pas l’action), mais cela est également vrai pour "fatiguer, "énerver" embêter"…. Ce sont les actions qui fatiguent et non directement "il"  (c'est à dire que "nuire" et fatiguer" décrivent non pas l'action réalisée, mais ses conséquences sur l'état de l'objet) Mais alors, pourquoi "fatiguer" est-il suivi d'un COD et "nuire" d'un COI.
Pourquoi ne dit-on pas « fatiguer à quelqu’un » ?
Ou, encore une fois, « nuire quelqu’un » ?

Quelques exemples encore :

Pourquoi dit-on "obéir à quelqu'un" et non obéir quelqu'un"

Pourquoi dit-on « respecter quelqu’un » et "suivre quelqu'un"

Pourquoi dit-on "appartenir à quelqu'un".



Lorsque l'on se pose ces questions, on peut se laisser aller à inverser cause et conséquences.
On dit : "il nuit à quelqu'un" car l'action de "nuire" est indirecte.
Mais en réalité, on "sent" que l'action est indirecte car la construction est indirecte.

la question est donc : pourquoi la construction est-elle indirecte ?

Pour résumer ce long post :
- Qu'est ce qui justifie, en soi, en tant que cause, l'utilisation d'un objet en COD plutôt qu'en COI.
- Puis pour les COI, qu'est ce qui justifie l'utilisation de la préposition "à" ou "de" (pour les cas où "attribution/destination" ne fonctionne pas)

Merci d'avance pour vos réponses,

Cordialement,

Daniel
C'est dommage pour ton amie chinoise, mais je doute qu'il y ait dans tous les cas une explication sémantique logique permettant de justifier un COD plutôt qu'un COI, ou inversement.
Certains verbes de même sens peuvent d'ailleurs être de construction directe dans une langue et indirecte dans une autre. Comme quoi…
Je suis d'accord, mais cela ne veut pas forcément dire qu'il n'y ait pas une logique propre a chaque langue.
Peut-être y a t-il des choses à comprendre du coté du latin, si quelqu'un a des connaissances en la matière.
S'il y avait une logique dans une langue ou une autre, elle serait sûrement expliquée depuis longtemps par les manuels d'apprentissage de la langue à l'usage des étrangers. Or, il ne semble pas que ce soit le cas.

Attends l'avis des latinistes, mais je doute fortement que le latin puisse apporter le genre de justification que tu recherches.
Jehan a écrit :Pourquoi le titre de ta discussion mentionne-t-il l'intransitivité, puisque ta discussion porte sur le seul choix COI / COD ?
Lorsqu'un verbe est suivi d'un COI ou d'un COD, il est toujours transitif (direct ou indirect) …
Dans la terminologie d'aujourd'hui, oui. Dans la terminologie ancienne, non, comme le montre précisément l'extrait suivant de la Syntaxe française du XVIIe siècle de Haase :
[lien invalide]185097Capture.png][lien invalide]/185097Capture.png[/img][/url]
Quelques pages plus loin (je conseille à Daniel de lire plus en détail), Haase cite justement le cas de "obéir" :
[lien invalide]187841Capture1.png][lien invalide]/187841Capture1.png[/img][/url]
Il nous en reste d'ailleurs l'usage "Madame, vous serez obéie" et nos voisins anglais utilisent également "to obey" de manière directe.
Ceci montre que tout ça est plus affaire de convention que de logique. Le recours au latin peut-il aider ? Il est exact qu'un certain nombre de verbes à régime indirect l'étaient déjà en latin : par exemple, nuire vient du latin nocere, également intransitif (dans l'ancien sens du terme) puisqu'il se construit avec alicui.
[lien invalide]501332Capture.png][lien invalide]/501332Capture.png[/img][/url]
Obéir, en reprenant un régime indirect aujourd'hui, est aussi plus fidèle à son étymon latin oboedire :
[lien invalide]208079Capture1.png][lien invalide]/208079Capture1.png[/img][/url]
Mais il n'est pas plus simple d'apprendre les régimes en latin que ceux en français, donc ça ne peut guère aider en pratique.
Merci Jehan pour avoir modifié le titre.

Oui, effectivement, s'il y a pu y avoir des modifications à l'usage, comme pour obéir, c'est sans doute qu'il n'y a pas de logique naturelle. Ou en tout cas, s'il y en avait une au départ, le français moderne ne la suit sans doute plus sur tous les cas.

Un grand merci à vous.

Pour mon amie, je vais lui dire qu'il faut qu'elle continue à apprendre par coeur, ou faire quelques fautes de prépositions, ce qui n'est pas vraiment genant.